‹ Le Cambodge ÉconomiqueChapitre 9 sur 53 · PART ARE · texte numérisé non relu

PART ARE

Parmi les poissons qui se rapprochent des espèces que nous connaissons dans nos régions, citons-en qui sont analogues à la raie. Mais ces poissons sont parfois d’une taille énorme; puis, la sole et ses variétés, la plie et la limande. Comme en Europe,

la chair de ces animaux est très estimée,

Le mulet s’y trouve en petite quantité; quant au maquereau, il constitue une réelle spécialité du zambodge, car il ne se rencontre pas en Cochinchine, seul pays pouvant rivaliser avec lui pour l'industrie de la pêche. On le rencontre en grande abondance aux environs de Phnôm-Penh, particulièrement à l’époque de la baisse des eaux, soit de janvier à mai.

Le bar est très commun, ainsi qu’un poisson auquel on attache un grand prix et qui ressemble beaucoup au turbot ou au merlan par la forme et la chair.

On trouve des crevettes de toutes les tailles, parfois même aussi grosses que de petites langoustes : les indigènes les apprécient beaucoup et les utilisent pour la préparalion de nombre de sauces et con: diments.

Les crabes aussi pullulent, et comme il suivent en remontant les plus petits cours d’eau, on en trouve parfois jusque dans les riziéres, où ils causent de grands ravages, en coupant les tiges de paddy.

A côté de ces poissons on en retire un grand

nombre qui ne rencontrent peu ou pas dans nos régions. |

C'est d’abord le poisson aiguille, qui sillonne les rivières du Cambodge et atteint parfois de considérables dimensions, comme font en général les animaux de cette seconde catégorie ; la plupart sont des poissons dont la chair ressemble à celle de la lamproie ou de l’anguille. C'est à ceux-là que vont toutes les préférences des habitants; il envahissent les cours d’eau, les mares, les étangs, les fossés, enfin partout où un peu d'humidité et de vase leur permet de subsister.

Par un contraste bien naturel, en même temps que les poissons, la crue des eaux amène leurs ennemis, qui sont encore ou pourraient devenir une ressource économique liée à la pêche. Ce sont surtout, la loutre, qui vient par famille, et toutes les variétés d’oiscaux aquatiques : marabout, pélican, cormoran, héron, flamand, cigogne, grue, antigone, aigrelle, canard sauvage, etc. Les indigènes chassent ces animaux avec passion.

Quelle est l'importance annuelle de la pêche que nous venons de décrire au Cambodge ?

En 1896, le poisson sec est exporté dans la quantité de 20 millions de kilos, soit la valeur approximative de 1 million de piastres : la piaslre étant alors au taux approximatif de 2 fr. 35 ou 2 fr. 40.

Le poisson vivant figure aux statistiques de

l'exportation pour 9.327.542 kilogrammes, soit 111.900 piastres.

En 1898, le poisson séché expédiéen Chine, Cochinchine et Tonkin figurait avec une diminution de 2.330.395 francs sur l’année précédente, pour 6.485.841 francs.

Les vessies, l'huile et la saumure de poisson, qui sont les sous-produits de la pêche, sont estimées à 150.000 piastres.

En 1906, l’ensemble de ces trois articles donnait

une somme approximative de 15 à 20 millions de francs. Il en est expédié environ 260.000 piculs par an en Chine, à Singapour et à Java.

Police el réglementation de la pêche. -— Le protectorat français a voulu que cette entreprise ne constituât pas, pour les riches étrangers, un bénéfice net qui leur profitât exclusivement. Il a voulu que le pays en retirât un profit direct et que la police des pêcheries fût assurée rigoureusement.

Autrefois, il n’y avait pas de règlement : le roi percevait des droits arbitraires des riches Chinois qui s’étaient adjugéle monopole de la pêche dans les endroits les plus poissorneux.

Dès le début de son protectorat, la France décide l'établissement de l’affermage du droit de pêche, en même temps qu'elle prescrivait que les règles à suivre en cette matière se diviseraient en deux espèces : une réglementation générale qui s’applique-

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rait à l’ensemble du territoire et une réglementation locale, dont les détails seraient prévus par les diverses autorités.

Nous ne parlerons que de la première et nous signalerons seulement qu’on a remédié aux abus en exigeant que les barrages devraient tous disparaître le 15 juin, pour permettre la libre navigation quand les intérêts de la pêche n’en souffrent plus ; on a, de même, interdit certains engins de pêche, édicté l’obligation de porter devant les tribunaux résidentiels tous les différends en matière de pêche, organisé, enfin, une surveillance et une police sous la direction des résidents français assistés des gouverneurs cambodgiens.

Disons un mot sur le détail même de l’affermage, dont l'importance est très grande av point de vue du fisc et de la limitation de l'immigration étrangère. Il est mis aux enchères publiques tous les lrois ans et son produit donnait les sommes suivantes évaluées en piastres (la piastre valant alors 2fr. 70) de 1900 à 1903 : 80.000 piastres; de 1903 à 1906 160.000 piastres,et depuis cette progression a continué : en 1906, l’adjudication a atleint 400.000 piastres c’est donc une augmentation considérable que l’on constate chaque année dans les revenus provenant dec ener.

Les pêcheries sont subdivisées en lots, qui euxmêmes sont affermés le plus souvent à de petits entre-

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preneurs : les lots sont ainsi sous-loués à l'infini.

La population ne souffre d'ailleurs point de ce régime, car on a respecté scrupuleusement tous les droits acquis et chacun peut pêcher en toute liberté pour sa consommalion personnelle.

Ainsi organisée la pêche au Cambodge est assurément la source d’un commerce incessant ; elle facilile l'écoulement et la vente des denrées du pays, et crcc une activité profitable à tous. Mais, il faut bien dire qu'il reste encore beaucoup à faire pour la nation protectrice.

Il est certain que la pêche pourrait être encore de beaucoup plus rémunératrice, si les engins n’élaient point aussi primitifs, et l’on ne compte plus les cas où le poisson pêché n’a pu être vendu, faute de sel ou de transports suffisants.

Il faut ajouter que l'éducation des pêcheurs n'est pas complète. On laisse échapper énormément de poissons, on n’ulilise pas tous les déchets pour faire des amorces, et, parmi ceux qu’on jelle à l’eau, une grande partie pourrait être transformée en un engrais d'une efficacité remarquable.

Pêche marilime. — Nous ne pouvons terminer ce chapitre sur la pêche sans dire un mot de la pêche maritime sur les côtes, qui s'exerce dans les résidences de Kampot ct de Krat, cette dernière étant raltachée au Cambodge depuis la convention francosiamoise du 12 décembre 1904. On y prépare du

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poisson salé et du mam de crevetles très apprécié en Slam.

Les engins de pêche et les pêcheries rapportaient au gouvernement siamois par Îles taxes qu’il avait élablies à Krat de > à 3.000 licaux, celles de Kas Kong en rapportant de 5 à 8.000.

Sur toute celle rive maritime du Cambodge, la pêche est aux mains presque exclusivement, des Annamites, des Malais et des Chinois.

L’énuméralion de ces détails et l'énoncé des populations suflisent à indiquer dans quelle voie doit s'engager le protectorat pour faire progresser la vrospérilé économique du pays, en créant des ports cl en essayant par les encouragements de toute nature, les primes, l'exemple des autres peuples, à réveiller l’émulation des populations intelligentes

mais apathiques, qui sont originaires du pays même.

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