‹ Le Cameroun Depuis le Traité de VersaillesChapitre 16 sur 33 · EXPORTATIONS ET IMPORTATIONS · texte numérisé non relu

EXPORTATIONS ET IMPORTATIONS

Le Cameroun est un pays qui se prête d’une façon admirable à la colonisation par sa configuralion, les aptitudes de ses habitants et ses ressources naturelles.

Ilest infiniment supérieur,comme facilité d'exploitation, à l'Afrique Equatoriale Française dont il représente pourtant tous les caractères physiques, ethnographiques et climatériques. Mais il faut voir sa supériorité dans deux raisons principales : proximité relative de la mer de l'hinterland, et densité plus élevée de sa population.

Dès la signature du Traité de Paix, le Cameroun vit affluer une masse d'Européens venant tenter la belle aventure dans ce nouvel Eldorado. Ces commerçants ou colons souvent mal avertis de la difficulté des affaires coloniales, éblouis de fortunes rapides, édifiées durantles deux dernières années de guerre, étaient mal préparés à la lutte économique. Certains déchantèrent. Après avoir perdu leur petit capital, beaucoup durent, soit reprendre le chemin du retour, soit chercher des emplois salariés dans les grandes Sociétés de commerce ou dans l'Administration.

C'est que leurs illusions proviennent d'une erreur initiale que beaucoup de coloniaux contribuent, à leur retour en France, à entretenir et à propager. On a coutume de dire qu'à la colonie le travail est interdit à l’européen et que ce dernier n'a qu'une surveillance à exercer sur la main-d'œuvre indigène. Il n’en est rien, au contraire, les affaires ne réussissent qu'autant qu'elles sont dirigées par des hommes d'une énergie de fer,d'un courage et d'une endurance à toute épreuve. « Tant vaut l'homme, tant vaut l'entreprise ». Tel qui affecte en Europe des airs de dilettante et de grand seigneur ne craint point, à la colonie, de se mettre rudement à la tâche, de vivre de facon misérable pour atteindre son but. - Dominé par sa volonté, débilité par le climat, l'homme s'use dans une lutte sans merci pour la conquête de la richesse. Mais, ces qualités d'énergie nécessaires pour réussir sont rares et pour quelques favorisés de la fortune, qui ont vu la récompense deleurs efforts etde leur ténacité,qui pourra dire combien de jeunes hommes au cœur ardent séduits par le mirage colonial sont morts obscurément dans un combat dont ils n'avaient pas envisagé les difficultés.

Mais si, à notre avis,l'élémentindividuel est capital, il n'est pas le seul nécessaire encore pour mener à bonne fin les entreprises coloniales. Il faut compter sur les aléas.Les fluctua-

tions énormes des denrées coloniales sur les marchés mMODdiaux sont un obstacle dont il faut tenir compte et contre lequel il faut être paré.

D'autre part, la lenteur des moyens de communications dans l’'hinterland et la distance qui sépare le pays de la Métropole, nécessitent des capitaux assez élevés.

En effet, tel produit acheté à l'indigène ne peut ètre réalisé sur les marchés d'Anvers,Liverpool ou Hambourg qu'environ une année après son acquisition. Il faut encore à l'heure actuelle ajouter les variations du change. Aussi les petites entreprises à faibles capitaux sont-elles vouées à une disparition

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fatale, Certaines ne trouvent leur salut qu'en s'agrégeant par un rachat à une société plus puissante.

Il ne faut point voir dans ces quelques observations un excès de pessimisme et conclure qu'il serait vain de porter son activité sur les pays neufs. Bien au contraire, nous estimons qu’il y a là un débouché pour les énergiques. Mais connaître le danger c'est souvent l'éviter. L'expérience ne s’enseigne pas, elle s’acquiert par la pratique des hommes et des choses. Si ces quelques avertissements fondés sur ce qu’il nous a été permis de constater pendant les trois premières années de séjour en Afrique peuvent laisser entrevoir à quelqu'un la banale ei dure réalité, ils n'auront pas été inutiles.

Plus que tout autre, le Cameroun est voué dans un avenir que nous ne pouvons entrevoir, à une évolution rapide. Les Anglais, les Français, les Allemands sont unanimes sur ce point.

C'est que tout d'abord, la facilité d'accès de eette colonie à la mer est de beaucoup supérieure à celle que nous rencontrons dans nos autres possessions.

Duala situé au long d'un estuaire, dont la largeur atteint à Suellaba environ 8 kilomètres, est un port sûr où la barre ne vient pas, comme sur tous les autres points du golfe de Guinée, compliquer les opérations d'embarquement et de débarquement en rendant le littoral à peu près inaccessible. A l'heure actuelle, les services de la marine n'ont pu désembouteiller l'estuaire dans lequel les Allemands avaient coulé les navires destinés à empêcher l'entrée de la flotte francobritannique. Les dragues ont été coulées et n'ont pu encore être renflouées, mais dès que les opérations de draguage du chenal balisé seront reprises, l'accès du port de Duala sera permis à des bateaux calant plus de 6 m. 30 auxquels il est déjà accessible aux marées les plus hautes.

Us pourront trouver là, le frêt que déversent deux voies ferrées venant de l'hinterland.

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