‹ Le Cameroun Depuis le Traité de VersaillesChapitre 18 sur 33 · ROSES · texte numérisé non relu

ROSES

I faut aussi ajouter à cela la griserie qui s'empara des commerçants lesquels croyant à une hausse continue ne surent pas entrevoir la réaction prochaine que la fin des hostilités devait provoquer.

Un trouble considérable fut apporté dans la mentalité de l'indigène auquel échappe les motifs de la variation du cours des produits. Mais si son produit était payé moins cher, pendant longtemps encore, il eut à supporter le prix élevé des marchandises stockées.

D'ailleurs, le coût des marchandises importées enleva à l'indigène la plus grande partie de son pouvoir d'achat.

Enfin. il faut ajouter que les disponibilités financières des Maisons de Commerce européennes, du fait d’avoir stocké des marchandises difficiles à écouler, se sont infiniment restreintes.

Une des plus importantes Sociétés de la place, au capital social de 12.000.000 de francs à dù notamment déposer son bilan. La plupart des autres ont restreint considérablement leurs affaires, réduit leur personnel, arrêté leurs achats.

Telles sont les causes qui ont provoqué dans le cours de l'année 1921 un arrêt marqué dans la reprise de l’activité commerciale du pays.

Cependant il ya tout lieu d'espérer que cette période d’arrêt des affaires touche à sa fin, mais la politique de mise en valeur sera nécessairement orientée vers d'autres méthodes que celles pratiquées jusqu'alors par les premiers occupants du pays et par nous-mêmes pendant les premières années de la guerre.

La mise en valeur est appelée à devenir surtout une œuvre indigène. Les grandes plantations ont vécu et la colonisation devra se cantonner à des exploitations réduites en raison de la pénurie de la main-d'œuvre ou chercher à employer des moyens mécaniques pour y suppléer.

L'activité indigène devra être dirigée vers les productions

SAONE

vivrières et non plus seulement vers les produits d'exporlation. Des efforts très sérieux ont déjà été faits et ont été couronnés de succès. Les derniers mois de l'année 1919 donnent un exemple caractéristique.

L'approvisionnement des centres urbains était devenu extrèmement difficile. L'indigène attiré par les prix élevés des produits d'exportation avait totalement négligé les cultures vivrières, le cheptel avait disparu. L'administration locale s’est attachée à la reconstitution du cheptel en prenant des mesures énergiques : interdiction de l’abatage et de l'exportation des femelles, reprise de la culture du riz, laquelle avait été abandonnée pendant là guerre ; des distributions de graines de produits coloniaux ont été faites aux chefs indigènes pour leurs villages.

Dans la région de Yaoundé qui jouit d'un climat extrèmement favorable, la culture de la pomme de terre et celle des haricots ont donné des résultats surprenants.

Un personnel technique agricole a eu pour principale mission d'éduquer les indigènes et de guider leurs efforts vers les produits d'alimentation et d'élevage.

Eafin, par la création d'une Chambre consultative de Commerce, l'Administration a cherché à s'entourer des conseils de tous les éléments qui contribuent à l'activité économique du pays et à s'assurer leur collaboration.

Telle est, résumée, l'évolution économique de la Colonie durant les dernières années.

Dans les parties qui suivront, nous étudierons brièvement les principales richesses du pays, nous attachant spécialement à celles qui laissent entrevoir le plus d’espérances et nous indiquerons les chiffres fournis par les dernières statistiques.

Mais, tout d’abord, nous indiquerons les situations créées au Commerce et à l'Agriculture, du fait de la raréfaction de la main-d'œuvre indigène.

La main-d'œuvre. — Un gros écueil que notre Administration a rencontré pour la mise en valeur du pays a été la divergence des moyens employés par les Allemands et ceux que nos principes de civilisation basés sur notre conception de la liberté du travail nous permettaient d'employer.

Il est indéniable que s'ils ont pu faire parvenir le pays àun développement économique que nous n'avons pu encore lui faire atteindre, les Allemands le doivent à leur politique de la main-d'œuvre qui, cependant, peut, à plus d'un point être sévèrement appréciée.

À ce propos, nous rappellerons les paroles prononcées au Reichstag, par le Docteur Solf, Ministre des Colonies, le 6 mars 1913: « Avec la thèse que tous les hommes sont égaux, on ne peut rien faire dans les colonies ». Cet aphorisme est exact si l'Etat considère ses colonies comme des affaires financières à rapports immédiats, mais l'œuvre qui incombe aux nations civilisatrices est un placement à lointaine échéance et les générations actuelles sèment les récoltes de celles qui les suivront.

Les Allemands tard venus dans la conquête de l'Afrique, ont voulu faire vite et surpasser ce que trois siècles d'expérience coloniale avaient permis à la France et à l'Angleterre d'acquérir.

De là, à considérer l'indigène comme un moyen d'exploitation et de mise en valeur du pays, il n'y avait qu'un pas, le travail étant la base mème de tout développement social et économique.

Ils ont encore commis peut-être l'erreur de concéder de trop grandes étendues de terrain qui impliquait le déracinement et le transfert sur les plantations d'un grand nombre de travailleurs. |

Par une réglementation minutieuse, ils cherchaient à préserver cette main-d'œuvre en lui procurant une nourriture relativement abondante et des soins médicaux et ainsi à 6Co-

nomiser leur € matériel humain ». Cependant, l'indigène vil mal loin de sa région natale et on ne transporte pas impunément un homme de la forêt dans la région côtière, ou un homme de la savane dans la forêt en lui imposant un travail auquel il n’est pas habitué, loin de ses habitudes familiales.

Enfin les concessions de culture étaient sans doute encore trop vastes et trop nombreuses et exigeaient aussi une maind'œuvre de beaucoup supérieure aux possibilités locales de la population. Les Allemands s’en étaient déjà rendu compte eux-mêmes et avaient cherché par la suite à développer la culture familiale.

Nous avons vu que la densité de la population du Cameroun, bien que relativement élevée, ne doit pas dépasser 6 hommes au kilomètre carré pour une population d'environ 2.500.000 habitants.

Par comparaison, elle est de beaucoup supérieure aû territoire que l'accord de 1911 avait cédé à l'Allemagne où on prétendait qu'il y avait 1.000.000 d'indigènes alors qu'en réalité il y en avait 270.000. Et encore ce chiffre doit-il être admis sous réserves jusqu'à ce que soient connus les résultats du dernier recensement.

De plus, cette densité de la population est inégalement répartie.

Enfin, ce qui augmente encore les difficultés c'est que cette main-d'œuvre indigène déjà si peu nombreuse est de mauvaise qualité et de très faible rendement.

Dire que l'indigène méconnaît le travail est un lieu commun. Bien plus, le travail est considéré par lui comme avilissant et comme tel devant être uniquement réservé aux femmes. Son éducation est donc entièrement à faire. Accroitre ses besoins, lui donner le goût du bien-être, de façon à l'inciter au travaïl pour acquérir ce qu'il souhaite, telle est l'œuvre immense à laquelle notre administration s'attache d'une facon inlassable.

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