DE LA PREMIÈRE PARTIE
Maintenant que nou« connaissons les conditions principales de cette entreprise, il semble possible de faire la part de chacun.
Les trois grandes difficultés de Tœuvre de M. de Kératry, c'est-à-dire de la rapide formation de Tarmée de Bretagne , étaient :
P La qualité même de l'élément mobilisé, condamné, pour ainsi dire, à avoir de mauvais cadres et disette d'instructeurs.
2** Le défaut d'armement, qui, après les solennelles promesses faites à cet égard , découragea les mobilisés et fut un très-grand obstacle à l'instruction : sans armes, point d'exercice complet, surtout — de la part du soldat — pas de cœur à l'exercice ; et Ton ne doit pas oublier que, parmi les bataillons venus au camp jusqu'au 27 novembre, plus de la moitié restèrent, non-seulement sans armes perfectionnées, mais sans armes d*aucune sorte.
3* Enfin, la boue de Gonlie.
Le Gouvernement (nous l'avons vu) pouvait supprimer la seconde difficulté en donnant des armes, et en grande partie aussi la première , en levant les
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marins inscrits; dès lors, à force de zèle, la troisième aurait pu être surmontée; on n'en peut vraiment douter quand on tient compte de Tentrain , deTespoir , de la confiance , que Tarmée de Bretagne eut en elle, en son chef, en sa mission, pendant la première période de son existence.
Le général en chef, de son côté , qu'on pressait d'agir, à qui le ministre écrivait : « Agisses: avec la tt dernière énergie, je seconderai par tous les a moyens en mon pouvoir la mission dont vous êtes a chargé », — le général était fondé à croire que le Gouvernement ne reculerait pas devant les moyens indispensables à la réussite de sa mission.
On ne peut donc guère s'étonner que , sous la triple pression des circonstances, de son ardeur, enfin du Gouvernement, M. de Kératry ait précipité, comme il le fit, la concentration de l'armée de Bretagne.
Mais le Gouvernement n'ayant point agi, cette précipitation fut regrettable ; car si , au lieu de venir dé suite à Conlie, les bataillons mobilisés fussent restés un mois à s'exercer aux chefs-lieux d'arrondissement, ils y auraient trouvé , comme on l'a dit, beaucoup plus de facilités pour leur instruction ; ils seraient arrivés au camp dégrossis , disciplinés , maniables, aptes à entrer dans une organisation définitive.
Enfin , même en admettant la nécessité de cette concentration précipitée , si le Gouvernement avait tenu l'essentiel de ses promesses et laissé à l'armée
rre le camp de gonlie.
de Bretagne un délai suffisant de préparation, nous ne voyons aucune raison de douter que, dans le courant de décembre et le commencement de janvier , elle eût fourni à U défense nationale deux ou trois divisions de même qualité que la première , c'est-à-dire 20 à 30,000 bons soldats, avec lesquels on eût pu , au lieu de la perdre , gagner la bataille du Mans.