CHAPITRE PREMIER
l'évacuation du camp et le désaruement
de la redoute.
§ !•'. — Nécessité d'évacuer Conlie,
Du jour où Tordre du ministre de U Guerre fit prématurément sortir de Conlie une division de Tarmée de Bretagne appelée à opérer en avant du Mans , les plus actifs collaborateurs de cette entreprise, les hommes les mieux placés pour juger la situation , regardèrent comme tine nécessité imminente l'évacuation du camp. Le 22 novembre 1870, le directeur de Tartillerie , le colonel JuUien , écrivait à M. de Kératry :
tt Mon général, vous ne pouvez pas compter tt avoir sous les armes avant huit jours plus de 8 à « 12,000 hommes... Avec l'énergie que vous déa ployez vous arriverez probablement à arracher, u morceau par morceau, quatre batteries véritables, a Quant au reste (du matériel d'artillerie), il ne
« faudra pas le compter pour d^autre mission que tt pour la défense du camp. Voilà rotre point de tt départ dans huit jours.
a Si j'étais général en chef, dans une telle situatt tion, je me préoccuperais immédiatement : P de Cl la redoute ; 2* du moyen de faire évacuer sur tt Rennes le matériel roulant non pratiqué par des tt hommes spéciaux et le personnel du camp actuel ; « 3* de la marche en avant du corps de 8,000 homtt mes avec 8 batteries bien servies.
a Pour ce qui regarde la redoute , je continuerais tt sans relâche les travaux en tenant compte des imtt possibilités de la saison, et pourtant j'arriverais, tt avant dix jours, à la rendre très-défendable; avec tt 2,000 hommes, dont 500 marins, je répondrais tt de sa résistance tant qu'il y aurait un projectile.
« Pour ce qui regarde l'évacuation du matériel tt roulant et du personnel non encore en mesure tt d'entrer en ligne , je le ferais filer sur Rennes tt avec les troupes mobilisées, que l'on exercerait tt sous les ordres d'un divisionnaire. »
Et de son côté , M. Kerisouët écrivait de Rennes le lendemain (23 novembre) à M. de Kératry :
tt Mon cher ami, nous ne devons pas user inutitt lement les forces qui sont dans nos mains, et dont tt le pays aura le plus grand besoin plus tard. Nous tt avons 15,000 hommes armés ; le reste est un troutt peau sans défense qui tomberait au pouvoir de « 500 hommes avec tout le matériel du camp; maïs
a le matériel n*est rien, les hommes sont tout, en tt dehors même de Timmense responsabilité qui tt nous incombe. Mon avis est donc que vous laisa siez des ordres précis pour faire évacuer le camp a en cas de danger , et que toutes les précautions a soient prises à l'avance pour cela. Je vous dirai (c même plus : je serais d*avis de cesser tout envoi a de troupes, ou de les faire camper au polygone a de Rennes. Je crois qu'il faudrait renvoyer tous tt les hommes sans armes et tous ceux dont le u armes n'ont pas de munitions. On ne peut laisser a une masse désarmée si près de Tennemi '. »
Le départ de la division de marche et Tabsence du général en chef avaient effectivement privé le camp de tout ce qui en faisait le nerf et la force. Après la démission du général, ce fut bien pis. M. de Kératry n'était pas seulement le premier auteur de l'entreprise, il en était aussi le moteur, l'agent le plus zélé et le plus puissant, le plus immédiatement responsable. Pour lui, et pour lui seul, l'échec ou le succès de cette œuvre avait nécessairement toutes les conséquences d'un échec ou d'un succès personnel. Nul donc ne pouvait avoir autant d'intérêt que lui à la réussite , nul autant de moyens de la procurer. Dans sa situation politique, dans ses relations, dans les qualités et les défauts de son tempérament aventureux, surtout dans la confiance qu'il avait inspirée aux Bretons, il trouvait contre
* Voir Annexes , p. 207.
les difficultés de son entreprise ldes ressources précieuses , mais toutes personnelles , qui s'en allaient avec lui. Restaient au contraire les difficultés, qui s'aggravaient de jour en jour. Là où il avait échoué (et nous avons vu contre quels obstacles) , qui pouvait espérer de réussir? Qui même, n'étant pas comme lui poussé par le pressant aiguillon de l'intérêt personnel , voudrait tenter cette aventure ?
La retraite de M. de Kératry entraînait donc forcément l'abandon de son entreprise, du moins sous la forme où il l'avait conçue. C'est là notre opinion raisonnée, c'était celle de tous les hommes capables de voir et de juger la situation, entre autres du général Gougeard, qui écrivait le 28 novembre à M. Jaurès :
u Je ne sais quel effet va produire dans le camp c( la démission du général en chef; je crains que la (c dissolution de cette armée nationale, la disparition c( de celui qui depuis deux mois travaille à l'orgatt niser, ne porte une sérieuse atteinte au moral du a soldat et même d'un bon nombre d'officiers ' . n
Dans cet état , il ne restait qu'un parti à suivre : évacuer Conlie sauf la redoute , cantonner les mobilisés en Bretagne , et reprendre dans chaque département et arrondissement, par des moyens plus lents mais peut-être plus sûrs, cette formation militaire des contingents bretons, qu'on avait tenté d'accélérer par des procédés hâtifs. De la sorte, il y avait encore moyen d'en tirer parti et de créer, en
* Voir Annexes , p. 89.
temps utile, une force militaire sérieuse, qui eût pris toute sa valeur au moment même où la guerre se serait rapprochée des régions de TOuest.
Le Gouvernement sembla d'abord disposé à entrer dans cette voie. Il frappa en effet le camp de Conlie d'un interdit véritable, lui fermant tout crédit, et prescrivant formellement à Tintendance militaire tt de ne délivrer quoi que ce soit à Tarmée de Bre-r tagne* «. C'était lui retirer le pain et Teau. En même temps, le ministre de la Guerre laissait cette armée aux ordres d'un intérimaire (le général Le Bouëdec) et envoyait, dés le commencement de décembre , pour lui rendre compte de la situation du camp, une Commission d'enquête' présidée parle général Haca, qui conclut, dans son rapport rédigé le 5 décembre, à a suspendre immédiatement l'artt rivée de nouvelles troupes et reporter en arrière a tous les bataillons non armés. )) Or, comme ce rapport constate que les deux tiers des bataillons présents à Conlie n'ont pas d'armes et que l'autre tiers a des armes ce impropres au service » , c'était réellement conclure à l'évacuation complète du camp par les mobilisés ^
Cependant, loin de se vider, le camp continuait
* Voir aux Annexes^ p. 197, 198, Telégr, offic., 2 série, nos 70^ 74, — Voir nusgi notre Appendice.
2 Cette commission, composée du général Haca, de MM. Bézard, lieutenant-colonel d'artillerie et Bruyère, intendant militaire , fonctionna à Coolie les 2,3 et 4 décembre ; voir son rapport aux Annexes^ p. 216.
3 Voir Annexes, p. 219, 220, 221.
de s'emplir avec une rapidité extrême. Pendant douze jours que dura le commandement intérimaire du général Le Bouëdec , du 29 novembre au 10 décembre, Conlie reçut 23 nouveaux bataillons de mobilisés, faisant ensemble 20,000 bommes, etiechiffre des troupes présentes monta de 25,700 à 4fi,000 '.
Le 12 décembre , la population du camp comprenait jusqu^à 52 bataillons de garde nationale mobilisée , et dépassait 49,000 hommes '.
Ce fut là son maximum. Le 10 décembre , Conlie et Vaxxnèe de Bretagne avaient reçu un nouveau commandant en chef, le général de Marivault », qui , dès le 11 , expédia aux cinq préfets des départements bretons Tordre de suspendre tout envoi de troupes, après avoir, lé soir même de son entrée en fonctions, adrBssé la lettre suivante au ministre de la Guerre :
t Conlie, 10 décembre 1870.
tt Monsieur le Ministre , « Je vous prie de vouloir bien envoyer les ordres tt les plus formels et les plus immédiats pour que le tt camp de Conlie soit évacué sur un point de Tllle-
1 De 25,782 à 46,135 suivant les étals dressés par Tadminis- Iration des vivres, savoir, le 28 novembre, 24,922 soldats et 853 officiers; le 10 décembre, 44,708 soldats et 1,427 officiers.
2 Exactement, d'après les états susdits, 49,112 hommes, dont 47,610 soldats et 1,502 officiers.
3 M. de Marivault, nommé « commandant supérieur du camp de Conlie » par décret du 7 décembre 1870 , mentionné au. Moniteur du 9 (édit. de Tours), prit possession de son commandement le 10 décembre. Voir aussi Annexes, p. 279-280, et Télégr, offic,, 3« ^évie» n<» 1, au3ç annexes, p. 223.
a et-Vilaîne. La journée passée sur cette position tt m'a convaincu qu'elle n'a aucune importance straa tégique. Son réduit seul (la redoute de Tennie), a qui est à peu près achevé et muni de pièces de tt marine , avec très-peu de munitions , serait sustt ceptible d'une défense par 500 hommes environ a qu*il pourrait contenir.
tt 43,000 hommes d'effectif, dont la moitié à a peine est armée de fusils de onze modèles diffétt rents, n'ont point encore l'organisation qu'il fantt drait pour qu'on put les présenter, s'ils avaient tt des armes , à un ennemi qui dépasserait la force tt d'une brigade. Point de cavalerie , point de hartt nais pour des batteries de très-belle artillerie , tt dont deux seulement sont approvisionnées pour tt quelques heures de combat. En résumé , tout ce tt qu'il faut pour attirer une pointe en force de l'entt nemi , si l'invasion prenait cette direction ; rien tt de ce qu'il faudrait pour le repousser.
tt En Bretagne , ce personnel vaillant et robuste K serait sur son terrain , et avec Rennes sur ses dertt rières , il arrêterait dans le pays de Vitré toute tt force qui ne dépasserait pas 20,000 hommes.
tt Voilà mon appréciation de la situation. Elle est tt tellement formelle , que si vous en aviez une diftt férente, je vous demande de me donner immétt diatement une autre destination.
tt Le général commandant le camp de Conlie^
«DE MaRIVAULT' th • Vpir Annexes^ p 37.
84 LE CAMP DEjGONLIE.
Cette résolution si nette et si nettement formulée reposait sur les plus sérieux motifs.
Depuis le départ de M. de Kératry pour IvrérÉvéque (24 novembre), la situation avait beaucoup empiré. Les divers inconvénients que nous avons dès lors signalés dans le camp de Conlie , et dont on n'aurait pu triompher qu'en armant les hommes, en redoublant d'efibrts pour les instruire et les mieux organiser , ces inconvénients n'avaient fait que croître , d'abord parce qu'on n'avait pas donné d'armes ^, ensuite parce que la seule influence assez puissante pour obtenir des soldats et des chefs l'effort nécessaire avait disparu. Deux circonstances contribuaient en outre à aggraver le mal de jour en jour : l'encombrement progressif du camp par de nouvelles masses désarmées, sans instruction et sans organisation suffisante ; l'état de plus en plus mauvais de la température.
Aux brumes et aux premières pluies d'hiver avaient succédé les glaces, les neiges, les verglas, et ensuite d'affreux dégels, dont les eaux ruisselantes, inépuisables, ne pouvant être absorbées par un sous-sol argileux , détrempaient si complètement la couche supérieure du sol, que cet humus semi-liquide, remué déjà par un labour récent, délayé par les pieds de cinquante mille hommes, finit par former un vrai cloaque. On n'y pouvait
^ Ou du moins on n'en avait donné qu'un nombre tout à fait insufQsant ; nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre suivant.
s GONDE PARTIE. CHAPITRE i. 85
faire un pas sans enfoncer à mi-jambes. Non-seulement Texercice y était impossible, mais les corvées indispensables pour les vivres , Teau , le bois , la paille , y devenaient d'une difficulté extrême. L'humidité pénétrait sous toutes les tentes , dont plusieurs furent envahies en diverses circonstances par de véritables inondations. Les officiers chargés de dresser les états et autres pièces indispensables à l'administration militaire avaient peine à découvrir un coin sec pour y faire et conserver leurs écritures. Dans cette situation , que devaient penser tant de braves gens arrachés à leurs travaux, à leurs professions, à leurs familles, sous prétexte de défense nationale, et maintenant, mal vêtus, mal abrités, non armés , réduits à croupir dans un lac de boue , sans la moindre utilité pour la patrie?
. Us pensaient que la défense nationale , en ce qui les concernait , était un prétexte ; qu'on ne voulait point armer les Bretons , mais les réduire à l'impuissance en les tirant de leur pays et en les livrant à l'oisiveté , à la misère , à la fange. Cette idée , qui devint bientôt générale, les meneurs, les mauvais sujets la traduisirent brutalement en disant que tt les chefs voulaient les faire crever dans la boue » , et ils prêchèrent ardemment la désertion. Si bien qu'enfin un beau jour, c'est-à-dire un jour où le temps était plus vilain -encore que d'habitude , on entendit tout à coup dans le camp , de divers côtés , les cris répétés : a Partons ! Retournons chez nous! à la maison! à la maison ! » Ce n'était pas un com-
* plot tramé dans Tombre , c'était une résolution annoncée ouvertement , et dont il eût été bien difficile d'empêcher le réalisation. Le général de Marivault, assisté des principaux chefs de corps, y parvint cependant, mais avec des paroles sympathiques, en faisant appel aux bons sentiments et à Fhonnéteté bretonne , nullement à Tautorité militaire ^
Et de fait , dans une armée où les grades , issus de l'élection, ne constataient ni les services rendus, ni la supériorité des connaissances et des aptitudes, quel prestige, quelle autorité disciplinaire pouvaient avoir les chefs ? Quant aux voies de rigueur proprement dites , impossible d'y recourir par une bonne raison : les moyens de répression manquaient; la prison de la prévôté était tout à fait insuffisante, la prévôté plus encore que sa prison; on avait, pour 48,000 hommes, 40 gendarmes.
Cette situation était pleine de périls ; le plus grand de tous, c'était l'approche des Prussiens.
Le général Chanzy avait bravement résisté pendant cinq jours dans les positions de Josnes et de Villorceau; mais il venait de se replier sur Vendôme (le 12 décembre), et il était aisé de prévoir que sbn armée trop jeune, fatiguée de ces rudes combats, se verrait bientôt forcée d'abandonner la ligne du Loir pour se retirer sur celte de la Sarthe. Dès lors 1 objectif de l'ennemi serait le Mans, si important
* Voir Annexes ^p, 39 et 136.
comme nœud de chemins de fer. Et si le général Cbanzy, forcé dans cette dernière position, était contraint de battre en retraite sur la Mayenne, que deviendraient alors les 50,000 hommes du camp de Conlie, sans armes et, comme on Ta dit, incapables d*une défense sérieuse ?
Ou ils seraient pris en bloc, d'un coup de filet, et condamnés à pourrir dans les prisons prussiennes ; ou, à rapproche du péril, cette masse, se jetant en désordre sur toutes les voies comme un troupeau effaré, viendrait obstruer la ligne de retraite du général Chanzy, arrêter la marche de ses troupes poursuivies par le vainqueur et les livrer à une destruction certaine. D'une façon ou de Tautre^ pour la France et la Bretagne, c'était un affreux désastre.
Comme Français, comme militaire, comme chef de l'armée de Bretagne, M. de Marivault jugea que son premier devoir était de tout faire pour empêcher ce désastre et pour arracher cette armée au triste sort dont la menaçait la prolongation de son séjour à Conlie.
Son premier souci fut donc de tirer de là les mobilisés et de les ramener en Bretagne, soit pour les y réunir dans un nouveau camp , si l'on trouvait un terrain commode; soit plutôt pour les distribuer dans de bons cantonnements, où leur existence serait moins dure, leur instruction plus facile.
§ 2. — Hésitations du Gouvernement.
A en juger par les mesures prises depuis la démission de M. de Kératry, par les résultats connus de Tenquête du général Haca, il semble qu'en sollicitant révacuation de Conlie, M. de Marivault ne faisait qu'abonder de tout point dans le sens du Gouvernement; — et cependant, pour tirer du ministère Tautorisation formelle d'évacuer ce camp boueux, malsain, et éventuellement si périlleux, il lui fallut lutter près d'un mois. C'est là un des points curieux de cette histoire, sur lequel il importe de citer les documents eux-mêmes.
Voici d'abord la réponse du ministère de la Guerre à la demande pressante d'évacuation rédigée par le général de Marivault le 10 décembre * et qui , ayant pris la voie de la poste, ne parvint à Bordeaux que le 12. Le lendemain le délégué à la Guerre télégraphiait :
« Bordeaux, 13 décembre 1870, 2 h. 45 soir. — a Guerre à Marivault^ Conlie. — Urgence,
a Votre devoir, c'est d'organiser le plus rapidea ment possible toutes vos troupes et de les mettre a en état d'aller au feu. Il vous manque des armes : a réclamez-en au directeur de l'artillerie de la tt Guerre, lequel avisera dans la mesure de ses attritt butions. Faites-moi connaître incessamment com-
< Voir ci-deg8us, p. 82.
(( bien vous pourrez me fournir de bataillons [^rêts tt à entrer en ligne. — Quant à remplacement du tt camp, c'est une bonne étude à faire, mais qui doit tt passer après l'organisation même des troupes. A ce moins que Tennemi ne vous menace, occupez-vous (( surtout de vous organiser là où vous êtes.
tt DE Freycinet ' . >»
C'était un refus à peine déguisé. M. de Marîvault ne s'en émut pas; il avait, le 11 décembre, discuté la nécessité de l'évacuation dans le comité de défense d'Ille-et-Vilaine qui, après mure délibération, s'était tout entier rangé à son avis; ce jour-là même, il avait adressé aux cinq préfets de Bretagne l'ordre de suspendre tout envoi de troupes. Le lendemain de la dépêche qu'on vient de lire, il les invita, pour préparer l'évacuation , à rechercher dans chaque département et à lui indiquer : 1** les terrains les plus commodes pour l'installation d'un nouveau camp; 2"* les ressources des diverses localités au point de vue du cantonnement*.
Le 15 décembre, il télégraphiait au ministère de la Guerre :
tt J'ai écrit de suspendre les envois de personnel tt parce que le camp est inondé , défoncé , au point
i Voir Télégr. ofjk, 3^ série, n» 27, aux Annexes, p. 228. Dans une autre dépêche du même jour {Télégr. offic.» 3« série, n^ 29), M. de Freycinet disait encore : s Jusqu'à nouvel avis, servez-vous de votre mieux, du camp de Gonlie. s
2 Voir Annexes , p. 37 et 38 ; voir aussi notre Appendice.
tt que certaines tentes ont été enlevées par Teau^
Et dans une autre dépêche :
a Je demande de nouveau Tordre d'évacuation, tt 11 y a péril physique et moral à rester plus longtt temps sans pouvoir donner aux troupes l'assurance tt d'un changement, v
Cette fois, le délégué à la Guerre fut ébranlé ; le ministre (M. Gambetta) était à Bourges, il lui expédia de suite (16 décembre, 10 h. 30 matin) cette dernière dépêche de M. de Marivault, en y Joignant ce curieux commentaire :
« Comme le camp de Conlie confine à la poli- . tt tique, je ne crois pas pouvoir prendre une décia sion à son sujet sans vous en avoir référé. En D présence des mauvaises conditions physiques dans tt lesquelles il parait que se trouvent nos troupes , tt en présence aussi de l'éventualité d'une marche tt de l'ennemi sur le Mans, faut-il évacuer le camp a de Conlie ? Si oui , faut-il disperser purement et tt simplement les hommes, ou chercher un autre tt emplacement? — Réponse urgente.
« DE Fretginet * . »
Et d'urgence le ministre répondit :
* Télégr. offic. 3«» série, n® 31, aux Annexes, p. 228; réponse à une dépêche où M. de Loverdo lui disait : « Pourquoi écrivez-vous à Nantes de ne plus envoyer de troupes au camp de Conlie? » (Télégr, offic. 3^ série, no 28.)
2 Voir Télégr, offic, 3« série, n*» 33, aux Annexes, p. 229.
« BonrgeSy 16 décembre 1876, 12 h. 57 soir.
a Gambetta à Freycinet, Bordeaux, — Extrême a urgence.
a n ne faut évacuer le camp de Conlie sous au- « cun prétexte. J'ignore de quelles conditions phy- (c siques on veut parler. S'il y a des malades, il faut tt les évacuer seuls. Le Mans peut être menacé, mais a fort loin d'être attaqué. Je pe comprends rien à tt de pareilles paniques, et ^ous prie de donner des a instructions énergiques et au besoin d'envoyer un tt homme résolu pour les appliquer.
a LÉON Gambetta. »
Même jour, à 4 h. M. de Freycinet réplique :
(( Permettez^moi de revenir sur la question du tt camp de Conlie , qui ne me parait pas aussi tt simple. Les conditions physiques tiennent à ce a que, par suite des pluies et de la nature du ter- « rain , le camp est devenu très-boueux et inondé tt sur plusieurs points. Les conditions morales rétt sultent, d'une part, des conditions physiques, tt d'autre part, du mécontentement qu'éprouvent les tt hommes à être maintenus sur place sans être ^ armés. Enfin, je ne crois pas qu'on doive rett pousser l'éventualité d'une attaque sur le Mans. tt Je pense, au contraire, que Chanzy pourrait bien tt être repoussé prochainement dans le nord , et le tt prince Charles se porter sur le Mans et Conlie. tt J'ajoute que le général Haca, que je viens de voir
tt et qui a présidé la Commission cVenquéte, afGrme tt que ce camp n'est pas tenable et qu'il faut absoa lument se reporter en arrière de Rennes. Cet offitt cier général redoute , comme moi , une attaque tt de Tennemi , et considère la défense de Conlie tt comme impossible. »
M. de Freycinet est là aussi pressant pour l'évacuation que M. de Marivault lui-même; mais il a beau dire, M. Gambetta, à cette seule idée, regimbe et s'écrie (16 décembre, 6 h. 50 soir) :
a II ne faut se résigner à cette triste extrémité tt que s'il est bien établi qu'on ne peut agir autrett ment. »
Et M. de Freycinet, délégué docile, malgré son opinion si formelle sur la nécessité de Tévacuation , rend enfin, de Bordeaux (16 décembre 10 h. 40 soir), à la demande de M. de Marivault reçue le matin , cette étrange réponse :
tt Veuillez user de votre ascendant pour maintenir tt votre camp en bon ordre , et faites en sorte , par tt des travaux d'assainissement convenablement exétt cutés par les troupes, que les bommes n'aient pas tt trop à soufirir de l'humidité. Nous espérons poutt voir les'^rmer prochainement, et donner dès lors tt un nouvel aliment à leur activité.
tt C. DE Freycinet \ »
« Voir Télégr. ofjk,, 3^ série, n^« 34, 35, 36, 37, 38, aux Annexes, p. 229, 230; voir aussi Annexes ^ p. 41, col. i.
SECONDE PARTIE. CHAPITRE l. 93
Quels -pouvaient être ce» travaux capables d'assainir à bref délai ioute une plaine boueuse, où rhumidité étA'C sans cesse ramenée à la surface par Timperinéabilité du sous-sol ? Le délégué oublie de le dire et nous ne saurions le deviner. Quels qu'ils fussent d'ailleurs, pour les exécuter il fallait des outils, et le camp en manquait : ni outils, ni armes à Conlie. Aussi le lendemain , sans insister sur ce point, le général Marivault se borna à répliquer :
a Conlie, 17 décembre, 9 b. 20 matin. — Le tt médecin Cuche vient de donner sa démission, tt pour cause d'impuissance à soigner malades dans a l'eau. Reçu dépêche qui promet armement et a encourage à maintenir l'ordre. L'ordre existe , tt on meurt silencieusement ; mais la mesure est tt comble. Aucune arme à feu ne reste efficace au tt camp actuel. Je cherche abri pour les bataillons « armés dans les villes voisines. Si l'inspecteur est tt venu en temps de pluie , reportez- vous à ses rap- « ports sur le camp ; sinon , croyez-moi et décidez tt l'évacuation rapide ' . n
Cette dépêche, communiquée à M. Gambetta, l'émut ; elle lui sembla très-grave : « Je veux croire tt qu'elle est exagérée » , écrit-il par télégraphe à M. de Freycinet (de Bourges, 17 décembre, 9 h. 25 soir) ; a mais enfin, s'il y a nécessité, malgré le tt crève-cœur que fen éprouve, il faut sauver les
* Voir Télégr. o/Jic, 3« série, n«» 39, 40, aux Annexes, p. 230.
9* LB CAMP DE CONLlË.
a hommes , choisir un meilleur emplacement , tt armer au plus vite avec le chargement des dertt niers navires les 40,000 hommos qu'on dit là tt réunis et que l'absence d'armes décourage ^ prétt venir Chanzy à cause du matériel de marine qui « se trouve au camp , et voir s'il ne lui serait pas tt possible à lui d'en profiter, — enfin faire pour le « mieux, même en avouant que je me suis trompé.
tt LÉON Gambetta * . »
Dépêche curieuse, où M. Gambetta engage luimême complètement sa responsabilité dans l'affaire de Conlie. L'idée de ce camp, la conception de M. de Kératry, M. Gambetta avoue si bien l'avoir épousée, que son échec sera pour lui un échec personnel.
Aussi l'impression causée par la dépêche de M. de Marivault du 17 ne dura guère. Le lendemain matin , le ministre a vu un « offfcier qui vient de » passer par Conlie » et dont les rapports sur l'emplacement et sur les conditions matérielles du camp ne sont point aussi défavorables qu'on eût dû croire d'après les dépêches. — ci II dit cependant (cet ce officier) que la boue est si forte que les exercices tt sont impossibles. » Aussi , ajoute M. Gambetta en écrivant à ce sujet au délégué, M. de Freycinet, tt j'admets parfaitement qu'on étudie la question de tt translation du camp, mais je vous prie de faire
2 Voir Téiég^. ofjk. 3« aérie, n» 41, aux Annexes, p. 230.
SECONDE PAITDE. CHAPITEE 1. 95
n^ procéder à toute cette opénUian avec sagesse et
a lenteur. Ne perdez pas de vue qu'il ne but pas
tt que Ton poisse quelque jour mettre en aYant
ft Terreur de Conlie , — s'il y a eu vraiment erreur^
tt — pour attaquer l'institution des cang^Sj que je
a considère comme Tun des actes les plus importants
a de notre administration v (18 déc. 10 h. 45 matin) ' .
Ce fut là le dernier mot du ministre, et, d*aprës
ces instructions, H. de Freycinet, ce jour même
(18 décembre, 3 h. soir), pour mettre fin à cette
correspondance, télégraphia au général de Mari-
vault que, a si les nécessités y obligent, il faudra
« bien se résoudre à évacuer Conlie « , mais que le
Gouvernement lui recommande a d'y apporter une
tt extrême circonspection , de ne céder à aucuue
a exagération ; qu'on lui saura gré de tous les efforts
« qu'il fera pour prévenir cette extrémité » ; à tout
ic le moins doit-il rester à Conlie « de manière à
laisser aux armes le temps d'arriver '. »
Elles étaient depuis si longtemps promises, ces armes, depuis si longtemps annoncées chaque jour pour le lendemain, que le terme de leur arrivée n'offrait à l'esprit rien de fixe ni d'assuré.
Quoi qu'il en soit, si les Bretons demeuraient ainsi , malgré les réclamations de leur général , à croupir dans l'oisiveté , la boue et la misère, nous en savons maintenant la raison : c'est qu'il ne fallait pas qu'on put un jour se prévaloir de l'erreur de Conlie
1 Voir Télégr, offUi, n" 54, aux Annexes, p. 233. «^ Voir ihid. n» 55, aux Annexes, p. 233.
contre rinstitution des camps, Tun des actes les plus glorieux de M. Gambetta.
Il y avait peut-être encore un autre motif. Dans une des dépêches ci -dessus (du 16 décembre), M. de Freycinet — qui devait le savoir mieux que personne — nous apprend que a le camp de Conlie confine à a la politique ; n il ne nous dit pas par (juel côté , mais ce côté est assez important pour faire réserver à M. Gambetta, seul, toute décision un peu grave concernant ce camp. M. Gambetta aussi touche légèrement ce côté politique dans la dépêche du 18 décembre, où il invite M. de Freycinet à étudier a avec sagesse de lenteur d la demande d'évacuation : tt Je ne veux pas, dit-il, que Taflaire du camp de
> tt Conlie puisse devenir un embarras, pour nous ce moins que pour personne, et je m'aperçois qu'à « Nantes déjà , et bientôt à Bordeaux , on s'agitera tt fort autour de cette question ' . » Agitation polititt que et de parti , cela va de soi ; mais de quel parti ? Le préfet de la Loire-Inférieure (M. Fleury), républicain avancé, grand partisan et ami de M. Gambetta , va nous l'apprendre : a Général Marivault , ce écrit-il au ministre de la Guerre, veut évacuer
' (c Conlie ; le renvoi des hommes dans leurs foyers ou tt dans les villes produit découragement et alarme > « La réaction Vexploite déjà comme abandon de tt la défense *.
* Voir Télégr. offic, 3« séries û° 54, aux Annexes, p. 233. 2 Voir ihid, \fi 50, aux Annexes , p. 232. Voir aussi lettre . du préfet du Morbihan au ministre de 'la Guerre > du 21 décembre 1870, aux Annexes, p. 283.
Du moment que la réaction était soupçonnée de pouvoir tirer profit de Tévacuation de Conlie , n'étaitîl pas bien naturel — aux adversaires de la réaction — d'ajourner le plus possible cette mesure ? C'était là sans doute un des côtés par où Conlie confinait à la politique.
§ 3. — Comment s'exécute l'évacuation.
Pendant ces hésitations, ces ajournements, les événements se précipitaient.
Après avoir tenu, le 13 et le 14 décembre, dans les positions de Vendôme, le général Chanzy sévit enlever, le 15, les bauteursde Bel-Essort (rive gauche du Loir) qui, livrant à Tennemi Tentrée de la ville, rendaient la ligne du Loir intenable pour nous, et forçaient Farmée de la Loire à battre dès le lendemain en retraite sur le Mans. Sans qu'il y eût poursuite sérieuse , cette retraite , dans plusieurs corps, surtout à Taile droite, prit bientôt la physionomie d'une déroute , et dès le lendemain des masses de fuyards , débandés et démoralisés, commencèrent à encombrer les rues du Mans.
Le général deMarivault, en l'apprenant, crut avec raison que si — comme il était probable — les Prussiens suivaient de près ces fuyards, on n'avait que juste le temps de soustraire les mobilisés bretons à un immense désastre, et malgré tous les
ajournements, tous les refus opposés à ses demandes
98 LE GABiP DE CONLIE.
réitérées, il entreprit aussitôt Févacuation de Conlie.
Déjà même , il avait commencé à dégarnir peu à peu son camp. Ainsi, ayant reçu du ministère, le 12 décembre, Tordre d'envoyer aux lignes de Carentap 2,500 de ses mobilisés, il y en expédia environ 3,600 \ Deux jours après (15 décembre), il dirigea sur le Mans la légion de Vitré-Fougères, forte de 3,700 hommes, la mieux exercée du camp et qui, par une faveur unique, avait reçu, pour la moitié de son P' bataillon, 560 chassepotâ. M. de Marivault comptait qu'elle trouverait dans les ressources de cette ville les moyens de compléter son armement , son habillement et son équipement, d'achever son organisation , et de se mettre promptement en mesure de prendre part aux opérations actives de la guerre *.
Ces deux premiers groupes , sortis de Conlie le 13
* Voir Télégr, offic, 3® série, n® 24, et la lettre du général Marivault du 14 décembre , aux Annexes du présent rapport , p. S«7 et 282.
2 Sur tous ces points Tespoir du général fut trompé ; malgré les efforts de Texcellent chef de cette légion, l'équipement, rhabillement ni l'armement de ses hommes ne purent être complétés au Mans; on lui refusa même le petit nombre de chassepots nécessaire pour armer la seconde moitié de son premier bataillon .Alors le général de Marivault, ayant constaté dans une revue passée le 20 décembre le dénûment persistant de la légion en armes et en effets de toute nature , lui prescrivit de retourner en Bretagne chercher les ressources que le Mans lui refusait et d'y achever son organisation. En suite de cet ordre, ce corps était, six jours après (26 décembre), installé à Redon, dans des cantonnements. Voir le récit de ces faits et de ces pérégrinations dans VHistorique du colonel de Goniac, aux Annexes du rapport, p. 137, J38, 146.
et le 15 décembre, ne faisaient guère ensemble que 7,000 bommes (7,300). Eux partis, le camp renfermait encore plus de 40,000 soldats (40,557) , — dont 37,300 répartis dans 45 bataillons de mobilisés, — 1,900 mobiles, chasseurs, gendarmes, cuirassiers, — le reste artillerie, génie, remonte , avec les divers services du camp, soit environ 1,300 bommes, parmi lesquels un bon nombre prélevé sur les contingents mobilisables.
En face de Tinvasion ennemie qui s'avançait, qui pouvait dans quelques jours atteindre le Mans , le plus pressé était de retirer des boues de Conlie et de porter rapidement en arrière, dans une situation moins exposée, cette masse de 45 bataillons d'infanterie mobilisée qui, sans armes, sans défense, pouvait, le cas échéant, devenir la proie de quelques escadrons de uhlans.
La tâche n'était pas aisée. Le général de Marivault, agissant sous le coup d'une nécessité pressante , mais de sa propre autorité , sans ordres du Gouvernement ou plutôt contre ses ordres, manquait de pouvoirs suffisants pour s'assurer le concours efficace des chemins de fer, pour faire préparer d'avance des vivres et des logements.
N'importe, le premier devoir du chef de l'armée de Bretagne était de soustraire ses troupes à un tel désastre. Il n'hésita point. En trois jours, les 18, 19, 20 décembre 1870 , il fit sortir de Conlie 28 bataillons de mobilisés, ensemble 21,000 soldats et 700 officiers , soit 1 1 bataillons du Finistère (300
officiers et 9,800 soldats) , 3 baiSillons de la Loire- Inférieure (84 officiers, 2,260 soldats) , et 14 bataillons du Morbihan (9,000 soldats et 320 officiers).
Après ces nombreux départs, Conlie ne garda plus que 18 bataillons * de mobilisés bretons (12 des Côtes-du-Nord et 6 de Fllle-et-Vilaine) , forts ensemble de 400 officiers et 15,200 soldats, et du chifire de 40,500 hommes, qu'elle atteignait encore le 17 décembre (non compris 1,350 officiers), la population totale du camp était tombée , le 20 , à 600 officiers et 18,300 hommes.
Mais où porter cette colonne de 21,000 mobilisés sortis de Conlie en trois jours? Il avait été question à plusieurs reprises, entre le général Marivault, le préfet et le comité de défense d'IUe-et-Vilaine, de Tinstallation d'un nouveau camp dans ce département, soit en avant de Vitré dans les landes du Pertre , sur la limite de la Bretagne et du Maine ; soit dans les landes de Dingé et de Tanouarn, à 8 lieues environ au nord de Rennes , au bord du chemin de fer de Saint-Malo ; mais ces projets étaient à Tétude sans aucun commencement d'exécution. Craignant d'écraser la place de Rennes, M. de Marivault envoya les bataillons du Morbihan camper
' De 45 bataillons 28 étant partis , il n'aurait dû en rester que 17 ; mais ta légion de Dinan , inscrite d'abord pour 2 bataillons présents au camp , figure pour 3 bataillons à partir du 23 dl^cembre, sans augmentation sensible de son effectif, par suite probablement du dédoublement d'un de ses bataillons : ce qui porte le chiffre total à 18.
SECONDE PARTIE. GAAPrTXE:!. MOI
provisoirement à deux lieiieS'^.arci£re à^Xonli^ « dans la forêt de Sillé-le-Guillaume , position qui les mettait à couvert d'une attaque des Prussiens, et où ils pouvaient trouver de Teau , du bois » un peu d'abri.
Quant aux bataillons du Finistère et de la Loire* Inférieure (environ 12,000 hommes), ils furent acheminés sur Rennes, tantôt par le chemin de fer, tantôt par étapes, comme on pouvait. Ils y arrivèrent successivement, dans la nuit du 19 au 20 décembre et les deux journées suivantes (20 et 21 décembre).
Le préfet et le générarsavaient depuis le 17 , par une dépêche de M. deMarivault, que a l'évacuation précipitée n du camp de Conlie était imminente ' . Le 19 décembre au matin, la municipalité, prévenue que 10,000 mobilisés environ allaient venir immédiatement séjourner à Rennes, s'était aussitôt très-activement mise en quête de logements; mais, Taprès-midî, elle s'était arrêtée dans cette recherche, sur l'avis que l'administration militaire avait pris toutes les mesures nécessaires'. Malgré cela, quand les mobilisés arrivèrent, rien n'était préparé pour les recevoir, et il leur fallut, les premiers jours, par un temps affreux, d'abord dans la boue, puis
rVoir Télégr. ofjk. 3* série, n^ 42 et 58, aux Annexes, p. 231 et 234. M. de Marivault prévint anssi de ce mouvement le ministre de la Guerre et son délégué. Voir Télégr» offîc, 3° série, n»» 56 et 59, aux Annexes, p. 233 et 234.
2 Voir lettre du maire de Rennes, dans le Journal de Rennes du 21 décembre 1870, repifoduite dans notre Appendice.
102*: li (fA^lp DE CONLÏE.
..daJhfi-TSi'gUcft/bîvaqiier pftiiblement sur les promenades de Rennes.
Le mauvais accueil fait à ces pauvres soldats blessa au vif les sentiments très-hospitaliers de la population rennaise, et ce premier mécontentement fit place à une émotion poignante / quand on vit dans quel état revenaient les mobilisés.
Tous les journaux publiés à Rennes , sans distinction de parti , les documents officiels eux-mêmes , traduisent énergiquement cette impression, et avec
des traits bons à rappeler :
a Des bataillons' mobilisés sont en ce moment tt campés sur les boulevards entourant le Cbamp de « Mars : la vue de ces hommes est navrante. Des a vêtements en lambeaux , pleins de boue , des vice sages pâles, fatigués, maladifs, voilà ce que prétt sentent ces jeunes gens que nous avons vus , il y a « un mois et demi, passer pimpants et bien vêtus, a ne demandant qu'à être instruits pour marcher à a Tennemi. » {Avenir de Rennes j 20décembre 1870.)
Ainsi s'exprime la feuille radicale, et le journal monarchiste reprend :
a Ah I oui , ils font mal à voir ces braves jeunes tt gens venus du camp de Conlie. Oui, c'est un triste il et navrant spectacle. Les vêtements en désordre « et couverts de boue, portant de gros sabots, errant « au hasard dans les rues, ils paraissent accablés par tt rinaction , rongés , minés par la plus énervante a et la plus stérile de tonte? les fatigues, p^r la fjEiti-
SECONDE PARTIE. CHAPITRE I. lOa
tt gne de rennni. Un petit nombre a des armes : a dans quel état sont-elles ? Maculées par la terre et tt la rouille, hors de service. » (Journal de Rennes, 21 décembre 1870.)
Dans ses dépêches au ministre , le général de division parle comme les journaux :
ce Les arrivées successives à Rennes des troupes a venant du camp de Conlie portent leur effectif à tt plus de 10,000 hommes. Un grand nombre est à tt peine habillé, armé, et n'a dans les pieds que de a gros sabots. Ils ont Tair de mendiants pour la a plupart y et leur présence à Rennes produit Feffet a le plus déplorable. — Émotion profonde et doua loureuse dans la population, à leur aspect misécc rable. » (Télégr. du 22 et du 24 décembre 1870.)
Voilà Tétat où Conlie rendait à la Bretagne ses enfants! Les loger convenablement, à Tabri de la pluie et du froid , fut bien aisé : quoique déjà surchargés de logements militaires , les habitants de Rennes, d'accord avec leur digne maire (rhonorable M. Bidard), s'empressèrent d'ouvrir leurs portes aux mobilisés et se firent une joie de les héberger de leur mieux^ Mais pour relever le moral de ces hommes, les rappeler ^à leur mission patriotique, pour en faire des soldats, il fallait plus.
Il fallait tout d'abord régulariser la situation anormale où ils se trouvaient, ayant évacué Conlie sans ordre du ministre de la Guerre ' ; décider le Gou-
* Voir Télégr. offic. 3® série, n®» 69 et 70, aux Annexes, p. 235 et 2^,
veraement à leur donner des chaussures, des habillements et des armes ; l'amener à faire cesser Tétat de banqueroute dans lequel restait depuis un mois Tarmée de Bretagne.
Le commissariat de cette armée , créé par le décret du 22 octobre, avait cessé d'exister le l*' décembre, après la retraite de M. de Kératry, et à partir de ce jour, les services administratifs du camp de Conlie, remis à Tintendance militaire, s'étaient trouvés sous la direction d'abord de M. l'intendant Pérot, puis de M Descrimes ' . A partir dece jour aussi, plus de crédit pour Conlie. Plus moyen, par conséquent , de payer aux troupes leur solde , aux fournisseurs le prix de leurs marchés. En vain, dès le 10 décembre, M. Carré-Kerisouët signale au Gouvernement le danger de cette situation et sollicite instamment, au profit de M. Descrimes, l'ouverture d'un tt crédit suffisant pour liquider le passé , assutt rer le présent et préparer l'avenir * » . En vain M. Glais-Bizoin , de passage à Conlie ce jour-là, appuie énergiquement cette demande et fixe, comme minimum nécessaire, le chifire d'un million. Pendant que les bureaux de la Guerre répondent à
} M. Descrimes, intendant militaire de 2« classe, fut nommé administrateur-intendant du camp de Conlie par décret du 12 décembre 1870, mentionné au Moniteur universel du 15 décembre (édition de Bordeaux) ; mais il était au camp depuis les premiers jours de décembre. Cf. Annexes du rapport, p. 12, 280, 281.
2 Voir Télégr. offic, 3^ série, n®» 7 et 8, aux Annexes, p. 224, 225.
M. Kerisouët : a Crédits vont être ouverts » , le délégué, M. de Freycinet, télégraphie au contraire à M. Glais-Bizoin : a M. Gambetta m'a dit d'ajourner tt l'ouverture du crédit d*un million pour le camp tt de Conlîe ; j'ai donc le regret de ne pouvoir défé- « rer à la demande contenue dans votre dépêche. » — Et c'est cette dernière réponse qui fait loi.
En vain M. Glais-Bizoin , justement choqué de ce refus et se croyant aussi dictateur que M. Gambetta, donne de son autorité et signe de sa main (à Rennes, 11 décembre) l'ordre d'ouvrir immédiatement à l'administration du camp de Conlie, sur la caisse du trésorier général d'IUe-et-Vilaine, un crédit de cinq millions *. Cet ordre dictatorial, un peu excessif d'ailleurs dans son chiffre et assez original dans sa forme, ne fut pas obéi. Conlie resta sans argent. Une semaine et deux passèrent, et malgré toutes les réclamations, pas le moindre crédit. L'armée de Bretagne ne semblait plus être, aux yeux du Gouvernement, qu'une épave sans valeur dont on n'a point à se préoccuper, qu'on laisse flotter ou sombrer, vivre ou mourir, comme elle peut, à la grâce de Dieu.
Elle vivait pourtant, mais à grand'peine. Après avoir consommé le reste des approvisionnements formés par le commissariat et épuisé les marchés
1 Voir à notre Appendice la note relative à la visite de M. Glais-Bizoin au camp de Conlie ; on y trouvera de curieux renseignements.
conclus par lui, Tintendance en avait renouvelé plusieurs ; mais comme aucun fournisseur n'avait» depuis le 1"' décembre, touché un centime, tous étaient en droit de suspendre, quand ils le vou* draient, Texécution de leurs marchés. Plusieurs, constitués en avances considérables, se trouvaient fort gênés; les antres, lassés d'attendre ; tous, inquiets de voir Tudministration impuissante à payer ses dettes criardes (indemnités pour voitures et denrées réquisitionnées en cas d'urgence , dans les environs de Conlie), commençaient à concevoir des doutes sérieux sur la solvabilité du camp, et ne semblaient point disposés à prolonger leurs services au delà du 1*' janvier.
Aussi, le 23 décembre, après avoir exposé au conseil d'administration du camp cette situation impossible contre laquelle il luttait depuis trois semaines avec zèle et habileté, M. l'intendant Descrimes conclut que, sans un crédit d'un million pour solder l'arriéré , a l'administration du camp va tt devenir sous peu de jours impossible ». Et le lendemain , en envoyant à Bordeaux le rapport de Tintendant, M. de Marivault écrit au ministre de la Guerre : a Par suite de l'état d'apparente banquea route résultant, vis-à-vis des fournisseurs, de a l'absence de crédits , nous allons manquer de a pain d'ici à quelques jours et de viande au 1" jantt vier * , îj
^ Voir cette lettre et le procès-verbal de la séance da conseil d'administration, aux Annexes, p. 41 et 42.
SECONDE PÂETIE. CHAPITRE I. 107
Rester dans une telle impasse était véritablement intolérable. A tout prix , il fallait faire sortir le Gouvernement de ce système d'ajournements, d'bésitations, d'inertie, qui tuait Tarmée de Bretagne à petit feu, et le mettre en demeure d'opter entre deux partis : ou licencier les mobilisés, ou les traiter en soldats, c'est-à-dire se décider enfin à leur donner des moyens d'existence réguliers, des armes, des vêtements, des cantonnements en Bretagne dans des conditions hygiéniques et stratégiques qui permissent de reprendre et mener à bien l'œuvre de leur instruction militaire, désormais impossible à Conlie.
M. de Marivault avait déjà tant de fois insisté par lettres et par dépêches — et toujours inutilement — pour avoir une décision en ce sens , qu'il commençait à désespérer. Il voulut toutefois tenter un dernier effort, il envoya à Bordeaux un délégué plaider cette cause de vive voix auprès du Gouvernement. Il choisit pour cette mission son chef d'étatmajor, le colonel de Vauguion, ancien et brillant officier de l'armée du Mexique , — ce plus capable tt de vous renseigner que personne, écrivait-il au (t ministre (le 22 décembre) , car il a été, jusqu'à « présent, la cheville ouvrière de tout le service K »
M. de Vauguion était à Bordeaux le 24 décembre ; le 25 , il vit le directeur de l'administration militaire, M. Férot; le lendemain, M. deFreycînet, et
< Voir cette lettre, dans la déposition de M. de li'iarivault , aux Annexes, p. 43.
108 US CAMP I» COXUE.
ce jour même (26 décembre) , il télégraphia de Bordeaux à y. de MariTanlt :
tt Avez dû recevoir Tordre de cantonner les trou- « pes. — Longue conversation avec intendant Férot ; «tout est arrangé : solde, vivres et habillement, tt selon demandes des chefs de corps; capotes, le tt juste nécessaire '. »
Toutes les difficultés ne furent pas cependant résolues par cette dépêche. D*abord, elle ne parle pas des armes, nous verrons plus loin ce que M. de Vauguion obtint là-dessus à Bordeaux. Les capotes promises ne furent livrées qu'en février 1871 , après l'armistice. Les crédits ne furent ouverts que dans les premiers jours de janvier *. Et quant à Févacnation mêjhe de Conlie , le ministère était si loin encore d'en avoir pris son parti, que, quatre jours après (le 30 décembre) , M. de Freycinet télégraphiait au général de Marivault :
a Veuillez, tout en réservant la question du a camp de Conlie, déterminer le meilleur empla- « ment où tous les hommes mobilisés des cinq a départements pourraient être campés et bara- « qués *. Ti
• Voir déposition de M. de Marivault aux Annexes, p. 4V, et déposition de M. de Vauguion {Annexes, p. 70, 71).
2 Voir Télégr, offic, 3« série, n<» 91 et 94, aux Annexes,
p. 239 et 240; cf.. Annexes, p. 44, col. 1.
/ Voir re%r. offic. Z- série, n» 87, aux Annexes, p. 239;
cf. une dépêche du 29 décembre (même série uo 82. Annexes,
p. 238) et une autre du 30 décembre {Annexes, p. 46) ou le
Pourtant le résultat immédiat, et peut-être le plus important y de la mission du colonel de Vauguion fut de faire autoriser rétrospectivement, par le délégué à la Guerre, l'évacuation de Conlie, entreprise par M. de Marivault sans ordres du Gouvernement, et de permettre ainsi à ce général de continuer cette T)pération dans des conditions plus régulières. 11 en profita de suite pour renvoyer en Bretagne les 12 bataillons de mobilisés des Côtesdu-Nord, forts de plus de 8,000 hommes (8,270 soldats et 243 officiers) , qui quittèrent Conlie successivement dans les quatre journées des 31 décembre 1870, 1", 2 et 3 janvier 1871.
Dès lors, il ne restait plus au camp, en fait de mobilisés, que 6 bataillons d'IUe-et-Vilaine , soit ensemble 6,540 soldats et 140 officiers (le !•' janvier), qui eussent sans doute été promptement, comme tous les autres, acheminés vers la Bretagne , si M. de Freycinet , tout en admettant Tévacuation, n'avait cependant prescrit à M. de Marivault — par la dépêche du 30 décembre qu'on vient de citer — de a réserver la question de Conlie n, ce qui revenait à interdire l'abandon complet de cette position. Ce fut pour se conformer à ces instructions que le général maintint au camp, jusqu'à nouvel ordre, les 6 bataillons d'Ille-el-
délégué à la Guerre ordonne au général commandant le camp de Conlie de « presser la construction des baraquements « et de « poursuivre avec une énergie nouvelle les préparatifs d'instal- « lation. «
Vilaine, qui durent à cette circonstance Tinfortune dont ils furent, quelques jours après, frappés à la Tuilerie.
§ 4f. — Désarmement de la redoute.
Si le Gouvernement n'était pas définitivement fixé sur le sort de Conlie, il Tétait du moins sur celui de Timportant ouvrage défensif élevé pour la protection du camp, la redoute de Tennie. Cette redoute était la grande préoccupation, Tœuvre principale de Tartillerie de Tarmée de Bretagne. Le colonel JuUien, après être parvenu, le 24 novembre , à fournir à la division de marche, sortie du camp , une batterie de campagne et trois de montagne ' , s'était efforcé, avec les éléments défectueux qui lui restaient, d'en organiser cinq autres (trois de campagne, deux de montagne).
Il lui eût fallu pour réussir^ d'une part, quelques officiers de marine et une soixantaine de marins, de l'autre, des traits et des harnais; il demanda le matériel à la Guerre , les hommes à la Marine , et malgré ses sollicitations pressantes , réitérées-, ni d'une part ni de l'autre il n'obtint rien. Il reporta alors tout son zèle , tous les efforts de ses hommes, sur l'achèvement et sur l'armement de la redoute.
Avec un personnel improvisé, incomplet, et un
^ Plus exactement, une batterie de 12 de campagne, deux de 4 de montagne et une section de mitrailleuses.
outillage pins incomplet encore, ce n'était point une tâche aisée.
La rédoute surpassait de 30 mètres, en élévation , le niveau de la gare de Conlie.' 11 s'agissait d'abord de hisser de la gare à la redoute et d'y établir, sur leurs plates-formes , 35 gros canons marins (20 de 16 rayé se chargeant par la culasse , 15 de 30 n" 1 lisse), pesant chacun 3,600 kilos: et cela sur cet affreux sol, par cet affreux temps de décembre 1870, avec une telle pauvreté de moyens , que pour cette opération l'artillerie de Bretagne ne put avoir plus d'un seul triqueballe et d'une seule chèvre à déclic.
Cependant, du 10 au 15 décembre , les canons se trouvèrent mis en place * et , grâce à l'activité du génie, les magasins de la redoute terminés. — Un ordre du 17 décembre appelait les soldats du génie, concurremment avec ceux de l'artillerie, à armer et servir les pièces de la redoute, et l'instruction de tons ces hommes était poussée aussi activement que possible , eu égard aux faibles mojens dont on disposait. Le colonel JuUien demandait de nouveau avec instance qu'on renforçât son personnel d'officiers.
Au moment où une retraite du général Chanzy, de la Sarthe sur la Mayenne, entrait forcément dans
^ La redoute de Tennie , on redoute du Sud , fut armée de 17 canons -obttsiers de 16 centimètres et de 15 canons de 30 n^' 1 ; la lunette du Nord, à l'autre bout du plateau de la Jaunelière, de 3 canons- obusiers de 16 ccntimèti'es.
le cercle des prévisions militaires, aa moios comme possibilité, le directeur de Tartillerie de Bretagne pensait que nul ne pourrait méconnaître Timportance de sa redoute- pour protéger cette retraite. Après les frais faits et les efforts déployés pour cette fortification , en présence d'une éventualité où elle pouvait avoir à jouer un rôle si utile, il lui semblait impossible que le Gouvernement lui marchandât les moyens d'en tirer parti.
Il attendait donc avec confiance. — Le 25 décembre, par Tintermédiaire du commandant en chef de Conlie, il reçut ce télégramme :
a Guerre à général de MarivauU ^ Conlie.
tt Expédiez à Besançon, par Niort, Lauriëre, tt Montluçon, Moulins, vingt canons de 16 centitt mètres en fonte, affûts, armement et projectiles.
tt Thoumas. «
C'était purement et simplement le désarmement de la redoute. Le colonel Jullien pria aussitôt M. de Marivault de mettre sa démission à la disposition du ministre. Le général, avec de bonnes paroles, refusa et adressa au ministère , sur le désir du colonel , une demande de réarmement de la redoute qui resta sans résultat.
M. Jullien se vit donc réduit à détruire de ses mains, pièce à pièce, l'œuvre qu'il avait créée. Mais il procéda avec lenteur, espérant toujours en vain un contre-ordre. Le 26, il expédia trois ca-
nons, sept le 28, et ce même jour il télégraphia au ministère :
u Sept canons partis; laissez-moi ce qui me reste; tt je tiendrai bon avec 1,500 hommes contre Tena nemi, si Tarmée de Chanzy est obligée de battre a en retraite sous mon feu. »
Le 30, il s'écrie encore : « Demain, nous n'aurons a plus à la redoute que six canons-obusiers de tt 16 centim. y> ; il supplie le général Thoumas de les lui laisser, de remplacer les 14 déjà partis par 14 de 14 centim. se chargeant par la culasse, et de lui faire enfin donner les marins et officiers de marine réclamés par lui depuis si longtemps pour consolider son personnel.
Une telle obstination de la part d'un homme brave, désintéressé, voué à une arme et à une œuvre spéciale, dont il devait forcément connaître mieux que personne le fort et le faible, était faite pour donner à réfléchir. On continua simplement de désarmer. Le 2 janvier, Tennie n'ayant plus que quatre canons de 16 centim., nouvelle plainte du colonel JuUien. Le lendemain, pour en finir, la Guerre télégraphiait cet ordre à M. de Marivault :
a Faites expédier au Mans toutes les pièces restant tt au camp de Conlie avec leurs afiuts, armement et tt approvisionnements. Ce matériel est demandé par a le général Chanzy, pour armer les redoutes concc struites par ses ordres. Le colonel Jullien se mettra tt à sa disposition.
« Thooiias. »
lU LE CAMP DE CONLIE.
C'était la fin de la redoute. Quant à Tartillene de Tarmée de Bretagne , mandée en hâte , à une heure si tardive \ sur les positions du Mans, terrain nouveau, absolument inconnu pour elle et alors couvert de glace, malgré tout le zèle de son chef, elle ne put y rendre que peu de services*.
Ainsi, on maintenait encore, provisoirement au moins, le camp de Conlie malgré son inutilité démontrée, et la redoute de Tennie, dont Futilité plus ou moins grande en cas de retraite du général Chanzy ne semble guère contestable % on la supprimait immédiatement.
« On a parfois rejeté sur M. de Marivault la responsabilité de cette mesure, on Ta cru Finstigateur du
1 II était déjà tard le 3 janvier, et cet ordre ne parvint que le 5 au colonel Jullien.
*^ I Au Mans nous n'avoDs pu rien faire. Était-ce du 6 au il janvier que j'aurais pu recommencer le travail de Gonlie ? Au camp de Gonlie, bien que j'eusse peu de ressources, je pouvais, connaissant les lieux, m'ingénier, me débrouiller, comme disent les marins. Mais au Mans, élait-ce du jour au lendemain , au milieu de nouvelles glaces couvrant des terrains que je ne connaissais pas encore, sur le champ de bataille même, sans une seule voiture, sans chevaux, sans aide, et venant fort mal à propos, que je pouvais, dis-je, du jour au lendemain organiser mon travail ? C'est le 11 janvier seulement que nous avons essayé de mettre piocbe en glace ; il fallut abandonner le travail; notre plateau se couvrait de projectiles prussiens, nous étions en pleine bataille. » (JVote adressée à la Commission par le colonel Jullien, aux Annexes, p. 173, 174.)
-^ Une preuve frappante de celte utilité , c'est qu'après avoir fait achever, le 3 et le 11 janvier 1871 , le désarmement de la redoute de Tennie, le général Chanzy ordonna, le 12 après midi , À la légion de Paimbeuf-Saint-Nazaire , restée au camp
désarmement; c*est une erreur. Ce général, il est vrai y refusait à la position de Conlie toute valeur stratégique, mais il ne niait pas pour cela Futilité éventuelle de la redoute. Ce qui le prouve, c'est sa lettre du 10 décembre, citée plus haut (p. 83), et celle du 22, dont M. de Vauguion allant à Bordeaux était porteur, où , après avoir rendu compte au ministre des mesures déjà prises pour Tévacuation du camp , il ajoutait :
tt Je n'en ai pas moins fait achever la redoute, où a Ton peut, si Chanzy Faccepte, — ce sur quoi il a n'est pas fixé , — laisser dans tous les cas une garanison, dont la retraite ou l'emploi sera toujours tt facile ' . »
Le général Chanzy fut-il consulté à ce moment-là ? Nous l'ignorons ; il n'en parle pas dans son ouvrage, où nous le voyons d'ailleurs presque uniquement occupé des mesures à prendre pour l'éventualité d'une marche en avant. Il semble donc probable que le ministère de la Guerre eut seul Finitiative de cette décision , et que le général intervint seulement
de Gonlie, de s'enfermer dans ce réduit pour protéger la retraite de l'armée ; mais que pouvart-on faire sans canons ? — Voir lettres du colonel Jéhenne, du lieutenant-colonel de la Rochette et du commandant Rorthays, aux Annexes-, p. 253, col. i, 256, 257, 258, 259, col. 2; cf. Télégr, offic., 3» série, n"* 96, 114, 117 {Annexes, p. 240, 243 , 244) et un autre télégramme du général Chanzy du 12 janvier dans la déposition de M. de Marivault, aux Annexes , p. 51-52. * Voir Annexes , p. 37, 43 et 44.
le 3 janvier, alors que le désarmement était presque achevé.
Si Ton désarmait la redoute , avait-on du moins armé les hommes? Il y aurait eu là une sorte de compensation. C*est ce que nous allons examiner '.
^ Sur les faits rapportes dans ce paragraphe (Désarmement de la redoute) f voir aux Annexes, p. 172 à 178, la section intitulée : L'artillerie de l'armée de Bretagne et la redoute de Tennie; voir aussi Télégr. offic,, 3« série ^ n«* 74, 81, 8V, 00, 92, 05, 96, 97, 98, 109, aux Annexes, p. 236, 238, 239, 240, 242.