‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 9 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CONDITIONS GÉNÉRALES DE l' ORGANISATION DE L^ARl^ÉE

§ !•'. — Les mobilisés bretons.

Ce qu'était an moyen ftge l^arriëre*ban à Tégard des armées féodales, la garde mobilisée Ta été pour nous dans la guerre de 1870 : la dernière ressource de la résistance, mais, hélas! la moins solide. Après avoir drainé la nation de tous ses éléments militaires les plus jeunes, les plus forts, les plus actifs, — la classe de 1869 et celle de 1870, les gardes mobiles, les anciens soldats de 25 à 35 ans, les volontaires, les corps francs, — on finit par rencontrer cette dernière couche , la plus étendue , la plus profonde (635,000 hommes à elle seule), mais nécessairement aussi, à raison deTàge et des habitudes, la moins riche en énergies militaires. De trente à quarante ans, on s'arrange pour vivre : les calculs d'avenir et souvent même Fégoïsme remplacent l'imprévoyance et l'enthousiasme; si Ton a été soldat, on peut — non sans peine — revenir à ce rude métier ; mais si jamais on ne l'a mené, il est bien tard pour l'apprendre.

A ces conditions défavorables un seul sentiment peut faire contre-poids , celui du devoir. Les mobi-

lises bretons Tavaient. Nous en avons souvent vu partir. D'ordinaire, le bataillon faisait dire une messe à la paroisse; le prêtre bénissait le drapeau et les exhortait à se comporter bravement, en bons Français et en bons chrétiens. Il y avait quelques larmes chez les plus jeunes, mais chez tous la contenance grave d'hommes résolus. Pas un réfractaire, pour ainsi dire, et chose notable, souvent au départ pas un homme ivre. Par exemple, il y avait des non-valeurs , car on avait la manie du nombre ; on se plaisait à reviser les résultats des conseils de révision, jusqu'à ce que tout le monde y eut passé. On ne semblait pas se douter qu'à la guerre les éléments faibles sont non-seulement inutiles et encombrants, mais éminemment funestes, parce qu'ils paralysent l'action des éléments forts.

Donc les soldats ne savaient rien, mais ils avaient bonne résolution d'apprendre et de faire leur devoir. C'était aussi la situation des officiers ; parmi eux, fort peu d'anciens militaires, car les anciens militaires capables de reprendre du service étaient presque tous partis avec les volontaires, les mobiles ou les recrues. Pourtant, parmi les officiers supérieurs des mobilisés, il s'en trouvait; les autres, à défaut d'expérience, étaient pleins de bonne volonté. Mais parmi les officiers inférieurs et les sous-officiers, l'élection, il faut bien le dire, — par suite des influences de clocher et des influences de cabaret, — avait assez fréquemment donné de tristes résultats. Ce qui manquait surtout à tout ce monde, officiers

et soldats, c'était rinstruction; c'était aussi, hélas! les instructeurs. Si du moins on avait eu Tidée» comme, pour les mobiles, d'instruire ces troupes aux. chefs-lieux d'arrondissements, on eût pu trouver encore un nombre suffisant d'instructeurs auxiliaires dans les anciens militaires mariés ou célibataires au-dessus de 40 ans^ les gendarmes laissés dans les départements; sur les côtes, dans les anciens marins et même les marins inscrits de 35 à 45 ans, qu'on omit de lever et qui auraient fourni de bons cadres.

Malheureusement, outre la manie du nombre, on avait alors la manie du camp. Un décret du Gouvernement de Tours, du 20 octobre, venait de décider que du moment x)ù il y aurait dans une ville plus de 2,000 hommes de troupes*, on devrait les faire sortir et les envoyer camper à 3 kilomètres au moins, pour les exercer assidûment , les former aux exigences de la discipline et de la vie militaire ' . Quand vint la levée des mobilisés, on songea immédiatement à les mettre sous la tente, et ceux de l'Ouest, entre autres, semblent avoir été spécialement prédestinés aux camps. Dès le milieu d'octobre, on leur en préparait de tous côtés : à Ouée (près Saint- Aubin-du-Cormier) dans l'Ille-et- Vilaine ; à Quélern (près Brest) dans le Finistère; à Nesmy dans la Vendée, etc. Chaque préfet voulait avoir le sien.

Cette tendance était d'ailleurs, il faut le dire, généralement approuvée par l'opinion. L'automne

* Voir Bulletin des Lois, 12« série, p. 87.

' PREMifepE PARTIE CHAPITRE V. 61

était beau et sec ; on ne songeait pas que Tbiver allait tout à Fheure amener le froid et la pluie ; que les camps d'instruption , parfaits dans la belle saison, ont, dans la mauvaise, des inconvénients qui les rendent presque impossibles : la boue qui délaye le sol et oppose aux exercices un obstacle énorme ; les rigueurs de la température , excessives pour des troupes neuves, surtout dans les conditions où étaient celles-ci. — On songea encore bien moins que les instructeurs auxiliaires, si indispensables, dont nous parlions tout à Theure, et dont il était aisé d'avoir le concours au cbef-lieu d'arrondissement, c'est-à-dire à petite distance de chez eux, ne pourraient être concentrés, avec les mobilisés , sur un seul point du département ; qu'il serait même presque impossible de s'en procurer un seul si le point de concentration était porté, pour toute une province, à qnarante lieues de sa frontière.

Nous n'en sommes pas moins très-convaincus que si Ton avait su prendre à temps les moyens de donner aux mobilisés bretons une instruction militaire sérieuse et d'éliminer les non-valeurs , on eut fait d'eux de bons soldats, valant au moins la moyenne de ceux qui ont combattu dans cette guerre.

Ce qui le prouve, c'est que la division de marche, envoyée le 24 novembre du camp de Conlie à Ivrél'Ëvêque, a fait, sous les ordres du général Gougeard , la campagne de la Loire et du Mans et y a rendu constamment de très-bons services. — On »

cru devoir, il est vrai, établir une distinction : les

mobilisés de la division Gougeard provenaient , a-t-on dit, de contingents terftaen^^ supérieurs aux contingents ruraux. Ce fait est inexact : sur les six bataillons mobilisés que le général Gougeard garda jusqu^au bout dans ses brigades actives, il y en avait deux au moins tout à fait ruraux , le 3' de la légion de Nantes, le 1*' de la légion de Saint-Nazaire , qui firent, aussi bien que les autres, preuve de courage. Les mobilisés ruraux pouvaient donc, comme les urbains, devenir de bons soldats.

Avec le goût marqué pour les camps qui régnait en France dès le mois d'octobre, on ne peut s'étonner de voir M. de Kératry songer à mettre son armée sous la tente. C'était d'ailleurs le moyen d'exécution de son projet primitif, consistant à diriger du Mans sur Paris une armée entière formée des contingents de la Bretagne , pour laquelle il lui fallait un lieu de concentration voisin du Mans; et pour une armée de 60,000 hommes, ce lieu ne pouvait être qu'un camp.

On s'est demandé pourquoi le chef de l'armée de Bretagne n'avait pas placé son camp en avant du Mans. C'était sa première pensée ; mais après les événements qui se sont produits , on ne peut guère regretter qu'elle n'ait pas été suivie d'effet. Si, le Ûl novembre , les mobilisés bretons , peu exercés , point ou mal armés, avaient campé en avant du

Mans au moment de la pointe hardie poussée si près de cette ville par le dpc de Mecklemboorg, le camp breton eût couru un grand danger, et qui sait s'il n'aurait pas été le théâtre d'un grand désastre ?

Au point de vue stratégique, la position de Conlie a été très-critiquée ; on a dit, entre autres choses, que la redoute élevée au centre du camp, dans la partie sud du plateau de la Jaunelière, et que Ton appelait redoute de Tennie * ou redoute du Sud, était très-fortement dominée, à 3,500 mètres au plus du côté de Test, par les coteaux de Mézières et^e Lavardin ; qu'étant d'ailleurs facile h tourner, elle n'avait aucune valeur.

C'est là ujie question spéciale que nous laissons à débattre aux hommes compétents, en nous bornant à faire remarquer que les hauteurs situées vers Test, dont on vient de parler, n'étaient pas à 3,500 mètres, mais à près de 5 kilomètres (4,800 mètres) de la redoute de Tennie, et que le feu des grosses pièces de marine qui armaient cet ouvrage portait à 7,000 mètres*.

En outre, dans le plan primitif, la redoute, au lieu de rester isolée, devait servir de centre à tout un système d'ouvrages défensifs qui l'auraient rendue évidemment plus difficile à tourner. En effet, suivant une note de l'honorable M. Rousseau, député du Finistère, « il fut entendu, dès les premiers

^ Tennie est le nom d'un village voisin. Voir, sur la redoute de Tennie, Annexes du rapport, p. 174 à 178.

2 Voir Annexes, p. 174, col. 2, et p. 175, coK 1.

«jours, que tcdites les positions qui entourent le tt camp de Conlie, et qui commandent les routes tt par lesquelles ou y accède, recevraient des ou* tt vrages détachés et seraient mises en état de détt fense. Au centre même du camp, un ouvrage a plus important (la redoute de Tennie), destiné a à renfermer le parc d*artillerie et les magasins tt d'approvisionnements les plus précieux, devait a remplir le double but de soutenir tous ces ou-» tt vrages détachés et de mettre ces approvisionnées ments à Pabri d'un coup de main dans le cas « où Fun des passages aurait été forcé ' . » Mais la défaveur dont fut frappé, après la démission de M. de Kératry, tout ce qui se rattachait à son œuvre arrêta Texécution de ce plan, et Ton se borna à achever la redoute, qui elle-même, ainsi qu'on lé verra plus tard, fut désarmée à la veille du jour où elle aurait pu être utile.

Comme camp d'instruction, Conlie avait tous les inconvénients des camps d'hiver, entre autres la boue , qui dans cette saison se retrouve également à Satory, à Châlons^ à Lannemézan , et qui ici , dans un sol détrempé par de grosses pluies, continuelle^ ment piétiné par 40,000 hommes , devint insupportable à partir du commencement de décembre. Les 6 kilomètres de routes empierrées, construites avec soin par le génie pour le service du camp, ne pu-

1 Voir la note de F honorable M. Rousseau, aux Annexes, p. 169, 170.

rent quMmparfaîtement remédier à cet inconvénient. Quant à Teau, les troupes étaient forcées, dans le principe, d'aller la chercher par corvée à un ou deux kilomètres (selon la position des divers corps) ; mais le génie se mit à l'œuvre, établit, sur une longueur de 2 à 3 kilomètres, un système de tuyaux de fonte, armés d'une dizaine de robinets, et amena ainsi jusqu'au milieu du camp la source qui, grâce à une machine à vapeur , put arriver à une production quotidienne d'environ 360,000 litres. Ce travail était terminé au commencement de décembre ; il avait coûté environ 24,000 francs *.

La nourriture des soldats a toujours été, à Conlie, régulièrement distribuée, de bonne qualité et abondante, plus abondante à certains égards et cependant beaucoup moins chère que dans les autres armées. Chaque homme recevait, tous les huit jours, dix livres de paille de couchage, le double de ce qu'on en donnait à l'armée de la Loire', Cette paille , il est vrai , n'empêchait pas la pluie de pénétrer sous la tente.

Cependant, l'état sanitaire n'était pas mauvais. Dans la période du commandement de M. de Kérafry, sur 35,000 hommes qui entrèrent au camp, il n'y eut que sept morts; et pendant toute la dtil^ëé du camp, du 6 novembre 1870 au 7 janvier 1871 , sur près de 60,000 hommes qui y passèremt, il

< Voir la seconde partie de la note de M. Rousseau , aùi finnexes y p. 170, 171.

^ Voir 1'' déposition 4? M- 4^ Kératry, aux Annexes, p. 13.

entra en tout aux ambulances 1,942 malades, dont 143 morts (88 de variole et 55 d'autres maladies), 1,433 évacués, 208 réformés et 70 congédiés. — Les ambulances étaient bien organisées ; chaque département avait la sienne qui recevait continuellement de Bretagne de nombreux dons en nature et en argent \

Enfin , on comprend difficilement que Ton ait fait un grief à l'armée de Bretagne d'avoir, — dans son organisation improvisée sous le coup de la nécessité, — substitué à Tintendance militaire un commissariat civil, alors que ce commissariat a obtenu, pour sa gestion , le sufirage des hommes compétents : d'abord , celui des délégués des départements bretons, constitués en commission de contrôle; puis celui de Tintendance militaire elle-même qui, ayant pris, après la retraite de M. de Kératry, l'administration du camp, déclara ne pouvoir mieux faire que de continuer les marchés passés par le commissaire général et exprima le désir de conclure dans d'aussi bonnes conditions tous les traités qu'elle aurait à faire dans l'avenir *.

Ce n'est pas à dire que le commissariat eut pu sa-

^ Voir Rapport sur le service sanitaire du camp de Conlie par M. Morlet, aux Annexes, p. 129 à 131, et un autre l'apport de M. le docteur Aubry, p. 285. Sur les 1,433 évacués, il y eut évidemment un nombre plus ou moins grand de décès, dont on ne peut fixer le chiffre.

^ Voir Procès^verbal de la Commission de contrôle, aux Annexes, p. 308, 200 ; et la lettre de M, l'intendant Descrime^ aux Annex^^ , p. 11. — Voir aussi notre Appendice.

PREin&RE PARTIE. CHAPITRE V. 67

tisfaîre à tout. Ainsi, on a beaucoup parlé àefisabols de Conlie. Ce n*est pas. seulement à cause de la boue qu\ine partie des mobilisés bretons se chaussaient de la sorte ; c'est parce qu'ils ne trouvaient de souliers assez grands, ni dans les magasins du commissariat, ni dans ceux de Tadministration de la Guerre. Les fournisseurs militaires calculaient, en effet, leurs plus grandes pointures sur les besoins ordinaires des soldats de 21 à 25 ans; ici, il s'agissait d'bommes de 40 ans, dont le pied s'était élargi à Taise dans des sabots ; les plus grands souliers qu'on leur offrait étaient pour eux (comme ils le disaient) des souliers de demoiselle. Ce fut un des besoins le plus vivement ressentis au camp de Conlie , et qui ne fut que tardivement et jamais en^ tièrement satisfait ' .

Ce qui fit défaut encore aux mobilisés, ce furent les grands bidons et les petites marmites. Au moment de la formation du camp, on n'en trouvait nulle part; la Guerre, qui avait promis son concours, ne put ou ne voulut pas en fournir. Le manque de grands bidons obligeait les hommes à aller chercher de l'eau dans de petits bidons d'un ou deux litres, ce qui rendait les corvées fort pénibles. Quant aux marmites, il fallut les remplacer par de grandes chaudières en fonte où l'on faisait la soupe pour toute une compagnie (150 à 200 hommes

< Voir Rapport sur la %' légion d'Ille^t^Vilaine , aux Annexes, p. 14^.

en moyenne ) ' ; c'était bon pour un camp ; en campagne, expédient impraticable.

Le camp avait d'autres inconvénients. La surveillance y était fort difficile ; il était comme impossible d'empêcher les hommes d'aller courir aux villages voisins ou de céder aux sollicitations de ces mar* chauds de cidre qui , avec leurs charrettes chargées de tonneaux, venaient faire en quelque sorte le siège de cette armée bretonne ".

Le général en chef tenait la main, autant qu'il le pouvait, aux exerdces militaires. Il avait prescrit, pour le |matin , une promenade sur la route de Mayenne ; pour le soir, l'exercice par pelotons sur les pentes de la redoute '. Mais le mauvais temps, la boue qui en résultait , y mettait souvent obstacle , ainsi que les nombreuses coii^ées auxquelles donnaient lieu les travaux, aménagements et emmagasinements nécessaires pour l'installation du camp : corvées pour l'eau, pour les terrassements de la redoute, pour le débarquement et le transport en magasin des effets et provisions de toutes sortes. K Quelquefois, — écrit un chef de légi<m dans un tt rapport que nous avons sous les yeux, — quelle quefois on me demandait d'un coup 400 hommes, a et je ne les revoyais plus de la journée ^. t^

* Voir Annexes, p. 19, 20.

2 Voir Rapport sur la 2« légion d'I Ile-et-Vilaine, aux Annexes, p. 136, col. 1.

3 Voir Annexes, p. 128.

4 Voir Rapport sur la 2« légion d'Ille-^ff-^Vilaine, «ui: ^nfie^es, p. 136; col. \ pi ^^

PREUIÈRE PARTIE. CHAPITRE V. 69

Pour être rraî, toutefois , disons que les deux plus grands obstacles à Tinstruction des mobilisés (nous les avons déjà signalés), c'était d'une part rextréme disette d'instructeurs capables ; de l'autre, le défaut d'armement, qui, en se prolongeant de plus en plus, décourageait fortement ces jeunes soldats.

Ceci nous ramène à examiner le degré de concours donné par le Gouvernement h l'organisation de Tarmée de Bretagne.

§ 3. — Le concours du Gouvernement.

Et d'abord revenons, pour en finir, à la question de l'armement. Le 22 octobre, le ministre de la Guerre avait formellement promis d'armer les mo* bîlisés bretons de fusils à tir rapide. Cette promesse, solennellement annoncée à la Bretagne par la proclamation de M. de Kératry, renouvelée d'ailleurs à celui-ci sous dix formes différentes, tant par la Commission d'armement que par le ministre, et qui avait abouti, le 20 novembre, à un engagement précis de livrer aux Bretons, a en attendant mieux» , 30,000 armes perfectionnées, comment avait-elle été tenue ?

' Nous l'avons vu : le 24 novembre, lorsque M. de Kératry sortit de Conlie avec une division de marche pour se porter au-devant des Prussiens, l'armée de Bretagne comptait environ 30,000 hommes ; elle avait reçu du Gouvernement, en armes perfection-

nées, 2,000 fusils Remington, 5,000 carabines Spencer et, au moment de sa marche vers Tennemi, 1,400 fusils Chassepot dépourvus d'aiguilles de rechange et de nécessaires d'armes.

Donc, les engagements pris envers Farmée de Bretagne et envers son chef n'avaient pas été tenus.

Était-il impossible de les tenir ?

Si oui , pourquoi le ministre de la Guerre et le président de la Commission d'armement avaient-ils écrit le contraire, une dizaine de fois, à M. de Ké^ ratry ?

Mais cette impossibilité n'existait pas.

A s'en tenir aux armes acquises par la Commission d'armement et débarquées en France jusqu'au 13 novembre 1870 (date du déchargement durPcreire), il y eut, — cela est constant, — pendant le mois de novembre, plus de 38,000 armes à tir rapide laissées sans emploi et qu'on eut pu réserver aux mobilisés bretons V

Si on ne les arma pas, la cause est ailleurs.

Mais ce n'est pas seulement des armes quje M. de Kératry avait demandées au ministre de la Guerre en lui exposant son plan. — Comprenant l'impossibilité de mettre en campagne une armée composée uniquement de mobilisés, il avait demandé (on l'a vu) , pour la soutenir, un noyau de troupes régivlières, au minimum 2,000 hommes d'infanterie,

2 escadrons de cavalerie, 20 batteries de campagne,

* Voir, aux Notes et éclaircissements qui suivent le rapport, la Note sur les armes, àoni nous donnons un extrait à V Appendice,

avec faculté de requérir au besoin pour son artillerie les marins de Bretagne , et aussi de recevoir dans son armée les officiers de Tarmée régulière de terre et de mer qui , sans emploi dans la guerre , demanderaient à le suivre.

Or, comme infanterie, on lui donna, au lieu de troupes de ligne, 2,000 mobiles bretons à, peu près aussi neufs que les mobilisés.

En fait de cavalerie , on fit d'abord miroiter devant lui deux beaux escadrons de chasseurs qui devaient venir d'Afrique, et qui, au dernier moment, quand il partit pour Ivré , se changèrent en un escadron de lanciers incomplet \

Pour rartillerie, ce fut mieux. Le décret du 22 octobre mettait sous son commandement les mobiles bretons restés en Bretagne. A Rennes étaient alors, justement, les cinq batteries d'artillerie des cinq départements, bien complètes, bien exercées, bien commandées; elles formaient naturellement le premier fonds sur lequel M. de Kératry avait compté. 11 cherchait des chevaux pour les atteler ; le ministre lui ôta ce soin en lui ôtant ces batteries et les mettant, malgré ses protestations, sous les ordres du général Fiéreck *. — En revanche , on lui donna des canons tant qu'il en voulut, même plus, car comme on n'y ajoutait ni traits ni harnais,

1 Voir, 2<' déposition de M. de Kératry, aux Annexes , p. 100 et 101.

2 Voir, Télégr. offic, 2« série, n*^* 5, 8, 9, aux Annexes ^ p. 185.

li LE CAlfP DE CONLAE.

il n*en pouvait faire aucun usage, d^autant que le personnel lui manquait. Bpn nombre d*officiers de marine \ oisifs dans les ports de TOuest, demandèrent à servir dans Tarmée de Bretagne ; le ministère refusa de les y autoriser. Pour avoir des artilleurs, M. de Kératry fit un appel aux anciens marins ; mais Tautorité maritime restant étrangère à ce inouvement , ils craignirent d'être rappelés et il n'en vint que très-peu. Il demanda la levée régulière des marins inscrits de 35 à 45 ou au moins à 40 ans ; mais bien que cette demande fût appuyée en Bretagne de tous côtés, le Gouvernement ne crut pas devoir s'y rendre.

Pen de marins et pas de mobiles : où prendre des artilleurs? ils ne s'improvisent pas. Aussi fout ce que put faire le brave colonel Jullien, commandant en chef l'artillerie de Bretagne, après des efforts désespérés, ce fut de former quatre batteries, qui sortirent du camp le 23 novembre avec la division de marcbe, sous les ordre du commandant Coq.

Encore, deux de ces batteries n'avaient pas d'attelages et durent être traînées à bras par les mai^ins^ dans la reconnaissance poussée, le 26, d'Ivré sur Bouloire.

Enfin les officiers de l'armée de terre, non employés dans la guerre, et qui demandèrent à servir dans l'armée de Bretagne , ne furent pas plus heureux que ceux de la marine; ils trouvèrent devant

< Quarante, selon M. le colonel JuUien, voir Annexes, |). 172, col. 2.

eux mille obstacles. En somme, quand, le 24 novembre, la division de marche quitta le camp de Conlie, l'armée régulière avait fourni en tout à celle de Bretagne sept officiers \

Tel fut le concours du Gouvernement.

^ Voir Annexes du rapport, p. 95, col. 2, à la note, p. 06 à 100, et p. 101, col. 2.

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