‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 14 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'affaire de la tuilerie * .

Ces six bataillons étaient : le 2* et le 3* de la !'• légion d'Ille-et-Vilaine , ou légion de Rennes; — le I*' de la 3' légion, ou légion de Saint-Malo; — les !•', 2% 3" de la 4* division dlIle-et-Vilaine, ou légion de Redon-Montfort.

Bien que ces troupes fussent au camp depuis longtemps', elles n'en étaient ni mieux exercées, ni mieux armées. Les deux bataillons de la légion de Rennes avaient eu de ces fusils à percussion

1 Les principaux documents sur lesquels est composé ce chapitre, se trouvent réunis aux Annexes, de la p. 263 à la p. 278, sous ce titre : La brigade d'Ille-et-V Haine à la Tuilerie; ce sont, entres autres, un rapport de M. d'Elteil, colonel de la légion de Redon ; un extrait de V Historique de la S*' légion d'Ille-et^Vilaine par le colonel, M. Hénault, et le Capitaine adjudant-major du l^"^ bataillon, M. Buffé; une lettre de M. Deloisy, chef du Z^ bataillon de la légion devenues; une lettre de M. Rabatel, chef d'escadron d'artillerie, qui commandait les batteries de la Tuilerie , etc. — Voir aussi la déposition du général de Lalande, aux Annexes, p. 61 à 63.

^ Les dates de l'entrée au camp de ces divers bataillons , ou du moins celles où ils figurent pour la première fois sur les états de l'administration des vivres sont : légion de Rennes , 2^ bataillon, 19 novembre; 3<' bataillon, 27 novembre; légion de Saiot-Malo , 1^' bataillon , 28 novembre ; légion de Redon , 1er bataillon , 23 novembre ; 2<* bataillon , 1<^' décembre ; 3<> bataillon , 3 décembre.

160 US CAUP DE GONLIE.

signalés plus haut, incapables de faire feu ; la légion de Redon, des spencers ; le bataiUon de Saint-Malo, rien .

A la légion de Rennes , on avait dit : Vous aurez des fusils à tir rapide, inutile d'enseigner à vos hommes la charge du fusil à piston. — Les spencers étaient bien à tir rapide, mais d*un usage impossible à Finfanterie mobilisée , même pour Texercice. Donc , dans ces six bataillons , on n'avait jamais appris à charger un fusil.

Il est vrai que, sur les 1.0,000 springfields expédiés à Conlie le 27 décembre , 6,657 furent délivrés, les deux jours suivants, par le colonel Jullien, aux chefs des six bataillons d*nie-et-Vilaine ' ; mais le général de Lalande , qui commandait la brigade des mobilisés de ce département, dit au général en chef : tt Si nous donnons en ce moment ces fusils à nos hommes, par le temps qu'il fait, ils seront rouilles en trois jours de manière à ne plus pouvoir servir ; avant de les leur mettre en main , au moins faudrait-il avoir des moyens de nettoyage, n Sur cette observation, les armes restèrent en caisse. On en a voulu faire un grief à M. de Lalande ; le motif allégué par lui était cependant sérieux.

Que faire d'ailleurs de ces fusils, sans cartouches ? Elles ne vinrent que le 9 janvier. Et, quand on en aurait eu plus tôt , ne se rappelle-t-on pas l'exemple de la légion Jéhenne, qui prouve combien les essais

1 Dans la situation du 28 au 29 décembre 1870, l'effectif présent des 6 Itataillons d'Ule-et-Vilaine est poHé à 6,600 soldats et 147 officiers.

faits sur de telles armes étaient propres à ruiner le peu de confiance mijs en elles par les mobilisés et à démoraliser ceux-ci ?

Cependant, le samedi 7 janvier, vint un ordre du général Chanzy, prescrivant aux six bataillons d*Ille-et-Vilaine de se rendre le lendemain au Mans sons le commandement du général de Lalande.

Alors le bataillon de Saint-Malo fut armé , et l'armement des cinq autres changé. Tous reçurent des springfieldSy livrés en caisse et distribués aux hommes de chaque bataillon sous la surveillance du commandant, après versement des anciennes armes à la direction d'artillerie de Conlie.

'Chaque bataillon toucha, en outre, deux jours de vivres. Ces diverses opérations absorbèrent la journée du 7, une partie de la nuit suivante : le temps manqua pour examiner les armes.

Le 8, dans la matinée, labrigade'd'IUe-et-Vilaine partit à pied pour le Mans, où elle arriva dans la soirée et fut logée pour la nuit dans les églises. A défaut du général Chanzy, qui était malade, le général de Lalande vit son chef d'état-major, le général Vuillemot, lui demanda des cartouches qui manquaient , lui représenta la mauvaise qualité de Tarmement et l'incapacité des hommes qui , mis dans une position critique, ne pourraient tenir K

Le 9, on distribua des cartouches *; beaucoup (comme on l'a dit au chapitre précédent) étaient trop

^ Voir Annexes^ p. 61, coi. 1 et 63, col. 2.

2 M. le colonel Jullîen, directeur de l'artillerie de Tannée

fortes; de plus, certains batailïons (au moins celui de Saint-Malo) ne reçurent les leurs que le 10, vers midi.

Au reste , d'après le portrait tracé par le général Chanzy des mobilisés bretons à leur passage au Mans, il semble que son chef d'état-major lui eût assez fidèlement transmis les observations de M. de Lalande ; il les représente , en' efiet , comme a mal Cl armés de fusils de différents modèles, à peine tt exercés, manquant de cadres sérieux, n'ayant pas «•même, à leur arrivée au Mans, les munitions qui u leur étaient indispensables ^ »

Néanmoins, le lendemain dans la matinée, sur Tordre du général Chanzy, les six bataillons d'Illeet-Vilaine sortirent du Mans pour aller occuper, sur la rive gauche de THuisne, en avant du faubourg de Pontlieue, une ligne de hauteurs marquée par le chemin aux Bœufs, voie vicinale qui , partant d'Arnage pour aboutir près d'Ivré-FÉvêque, met en communication la route du Mans à la Flèche avec la route du Mans à Paris.

Trois des bataillons d'IUe-et-Vilaine (P*^ de la légion de Redon, 2* et 3* de la légion de Rennes) furent placés à la gauche de la route de Mulsanne ',

de Bretagne, dans une note de son Tableau des armes distribuées à Conliey dit formellement que les six bataillons d'Ille-et- Vilaine durent recevoir leurs cartouches le 9 janvier à la gare du Mans (voir Annexes, p. 159, note G); un ordre du même colonel Jullien (aux Annexes, p. 164, col. 2) montre que k distribution de ces cartouches continuait encore le 10 janvier.

* Voir Deuxième armée de la Loire, in-S», p. 306.

3 Ici et ailleurs, quand, suivant l'usage local, nous parlons

le long de la section du chemin aux Bœufs qui va de cette route à celle de Parîgné-rÉvéque, et les trois antres (2* et 3* de Redon, V de Saint-Malo), à la droite de la route de Mulsanne, derrière la section du chemin aux Bœufs allant de cette route vers Arnage.

Le centre de ces positions était la maison de la Tuilerie, sur la route de Mulsanne, un peu en arrière du chemin aux Bœufs.

Toutefois, le bataillon de Saint-Malo fut, ce Jour même (9 janvier) , — par ordre du général Deplanque, Fun des divisionnaires du 16* corps, — envoyé au château des Hunaudiëres, en avant du chemin aux Bœufs, à plus de trois kilomètres de la Tuilerie.

Nous n'avons pas à décrire la bataille du Mans, mais il suffit de jeter les yeux sur la carte pour comprendre que si Tarmée du général Chanzy était , — comme on pouvait le craindre dès le 9 janvier, — définitivement refoulée sur les positions du Mans, le poste où Ton avait mis les mobilisés d'IUe-et-Vilaine prendrait une importance capitale. Il couvrait effectivement trois grandes routes : — route de la Flèche au Mans par Arnage , de Tours au Mans par Ecommoy et Mulsanne, de Tours au Mans par Grand-Lucé et Parigné-rÉvéque , — venant toutes trois aboutir au rond-point de Pontlieue, juste en

de la route deMuisanne ou route de Tours ^ il s'agit de la route du Mans à Tours par Mulsanne, Ecommoy, Ghâteau-du-Loir. La route de Par igné ou du Grand-Lucé est celle du Mans à Tours par Parigué-l'Évéque, le Grand-Lucé et la Ghartre.

164 LB GAUP DB GONLIB.

face d'un très-beau pont sur rHuisne, qui formait de ce côté le passage le plus direct et le plus commode pour entrer au Mans. Aussi, au centre de cette position, à la Tuilerie, on avait fait dresser deux batteries , Tune à droite et l'autre à gauche de la route de Mulsanne, toutes deux très-bien placées pour la battre , ainsi que les bois qui la bordent des deux côtés * .

La journée du 9 janvier fut employée par les bataillons d'Ille-et-Vilaine à établir leurs campements, à placer les grand'gardes et les petits postes, à s'initier, non sans peine, aux rudes nécessités de cette vie de bivouac en présence de Tennemi, toute nouvelle pour les soldats et pour la plupart des officiers. On se mit aussi à apprendre, dans chaque compagnie, la charge du fusil à piston.

Le 10, on reçut les cartouches en retard; moitié de celles du bataillon de Saint-Malo étaient mouillées ; on vérifia Tétat de l'armement, contre lequel éclatèrent des plaintes nombreuses dont nous savons les motifs, nous n'y insisterons pas. Les officiers et les aumôniers, suppléant h l'ignorance de la plupart des soldats, chargèrent ceux des fusils qu'on pouvait faire manœuvrer, opération longue et malaisée, à

^ La batterie de droite, Gommandëe parle capitaine Gauthier, était armée de 4 canons de 12 rayé de campagne et de 2 mitrailleuses; la batterie de gauche, capitaine Përet, avait 6 mitrailleuses et 2 canons de 12 venant de la batterie de droite ; ces deux batteries étaient sous la direction du jcommandant d'artillerie M. Rabatcl, de la Ir^ division du lôf corps^ ygh An-^nexes^ p. 273^ col. %^ " ' *

canse de Tirrégularîté des cartouches et de la difficulté d'extraire les baguettes ' .

Le lendemain , les Français étaient repoussés partout , rennemi serrait de toutes parts les positions du Mans ; dès lors , les six mille mobilisés du général de Lalande se trouiraient, non-seulement en première ligne, mais à un poste des plus importants, par suite, des plus exposés de la ligne de bataille.

D*abord placés sous les ordres du général Deplanqne, commandant la 1'* division du 16* corps, ils furent ensuite mis directement sous ceux du commandant en chef de ce même corps, le vice-amiral Jauréguiberry, qui, le 11 , dans la matinée, passant à la Tuilerie, s'entretint quelques instants avec Hf . de Lalande. Celui-ci saisit cette occasion de renouveler les déclarations déjà faites au général Vuillemot : a Ces hommes n'ont jamais tiré un coup a de fusil ; ils ne savent pas charger leurs armes et « n'y ont aucune confiance ; attaqués , aucun fond à tt faire sur eux; ils partiront à la débandade, c'est « indubitable. » On se borna à lui répondre : a Pre- « nez vos précautions pour vous défendre *. » ' Cependant l'action se rapprochait peu à peu de la droite française, où étaient les mobilisés bretons.

1 ft Ou ne put faire le tir à la cible ni essayer les armes (dit c le colonel d'Elteil), cela aurait jeté Talarme dans les corps c voisins, et mis en rumeur toute Tarméc. t (Annexes, p. 264,

col. 1.)

2 Voir Annexes, p. 61, col. 2 ; cf. Enquête sur le Gouver^ nement de la défense nationale. Dépositions, t. JH, p, 29?. çoK %, et 299^ col. %,

166 tE CAMP DE GONLIE.

Sur la route de Parigné et dans les bois qui la bordent, le combat s'échauffait, s'étendait de plus en . plus. A midi, c'était un engagement très-vif; à deux heures, presque une bataille. A ce moment, on rappela l'un des trois bataillons d'IUe-et-Vilaine postés entre la Tuilerie et la route de Parigné (le !•' bataillon de la légion de Redon) , pour le réunir aux trois placés à la droite de la Tuilerie. En allant faire exécuter ce mouvement , le colonel d'Elteil , commandant la légion de Redon , croisa dans le chemin aux Bœufs le général Chanzy, auquel, sur son interpellation, il rendit compte de l'ordre dont il était chargé et dit quelques mots du mauvais armement de ses hommes, du peu de fonds qu'il y avait à faire sur eux. Le général répondit : a Vous êtes couverts m par le corps du général de Curten, qui arrive par tt la route de Mulsannç; ainsi vous vous trouvez en ft seconde ligne; du reste, tout va bien, nous tenons tt bon partout. » Quelques instants après (vers deux heures et demie), il répétait, presque dans les mêmes termes , au général de Lalande : k Je ne u pense pas que vous soyez attaqués; le général de tt €urten va venir ; faites que vos grand'gardes ne «i tirent pas sur ses coureurs* . »

Le général de Curten commandait la 3* division du 16* corps; mais lancé en flèche entre Blois ël Vendôme de l'autre côté de Chàteàurenault et rappelé trop tard , il avait couché le 10 à Château-du-

1 Voir Annexei, p. 61, col. 2, et Î65, col. 1.

Loir; au moment où le général Chanzy annonçait son arrivée aax mobilisés, il entrait dans le village de Mayet, un peu au sud d'Écommoy, et venait peu de temps après se heurter en ce dernier lieu au 10* corps de Tarmée allemande, qui de la route du Grand-Lucé était passé sur celle de Mulsanne pour attaquer de front les positions de Textréme droite française. Au lieu de la division Curten, c'est ce 10* corps que les mobilisés bretons allaient bientôt avoir devant eux ^

Ce corps n'était point resté à Écommoy, il continuait de marcher vers le Mans; une de ses brigades (brigade Lehman) et sa réserve d'artillerie n'allèrent pas au delà de Mulsanne, mais une division entière (20* division prussienne, général de Kraatz-Koschlau) poussa en avant ', et à trois heures de l'après-midi, le commandant Rabatel, qui dirigeait les batteries de ia Tuilerie, se trouvant dans celle de gauche, vit déboucher sur la route, à 3 kilomètres devant lui , une forte colonne d'infanterie allemande suivie d'artillerie. Il la laissa s'avancer de quelques centaines de mètres, puis ouvrit le feu. Au premier coup tiré, l'infanterie ennemie se jeta dans les champs des deux côtés de la route , l'artillerie en fit autant,. prit position et commença de répondre aux

1 Voir général Chanzy, Deuxième armée de la Loire ^ p. 368-369; Rustow, Guerre des frontières du Rhin, trad. franc., t. II, 'p. 194.

^ Voir Blume, Opérations des armées allemandes depuis la bataille de Sedan, d'après les documents officiels du grand quartier général, trad. franc., p. 304. *

batteries de la Toilerie. Vivement soutenu de part et d'autre, ce combat d'artillerie dura jusqu'à la nuit, c'est-à-dire jusqu'à cinq heures et demie ; pendant ce temps, les deux batteries de la Tuilerie tirèrent 276 coups ' .

Les mobilisés d'Ille^et-Vilaine ne se trouvèrent pas d'abord engagés dans ce conflit. Vers trois heures et demie de l'après-midi» voici quelle était leur position.

Deux de leurs bataillons, restés sur la gauche de la route de Mulsanne, distraits momentanément du commandement de M. de Lalande et annexés à la brigade Isnard de Sainte -Lorette (de la division Deplanque), étaient chargés de concourir à la défense , soit de la batterie du Tertre-Rouge , soit de la batterie de gauche de la Tuilerie* . L'autre batterie de la Tuilerie, établie à droite et sur le prolongement de la maison de ce nom, demeurait confiée exclusivement aux quatre bataillons laissés sous le commandement de M. de Lalande. Le bataillon de Saint-Malo, posté en avant, comme on l'a dit, avait reçu Tordre de se déployer parallèlement à la route de Mulsanne , occupant avec sa droite le passage d'un étang situé un peu au sud du château des Hunaudières, et couvrant de son extrême gauche le château du Houx^ Le premier bataillon de Redon était massé comme réserve près de la batterie de droite, en arrière du chemin aux Bœufs; les deux autres, échelonnés en avant de cette ligne, avaient

1 Voir Annexes, p. Î72, 273.

2 Ibid., p. 271-272.

SECONDE PABTIE. CHAPITIE IV. 159

devant eux leurs grand*gardes et leurs tirailleurs, postés le long du ruisseau de TArclie-aux^Moihes et dans les bois de sapins qui bordent la plaine de THippodrome ^

Vers quatre beures et demie, pendant que [Fartillerie prussienne continuait le feu contre les bat- ^ teries de la Tuilerie , Tinfanterie attaqua les mobilisés. L'ennemi tira quelques coups de canon pour fouiller les sapinières où étaient nos grand*gardes , ety presque aussitôt, sortant des bois dont lui-même s'était couvert jusque-là, il déboucba en face, de nos tirailleurs placés le long de FArobe-aux-Moines. Débusqués de leur poste, ceux-ci se replièrent sur leurs bataillons.

A ce moment, les mobilisés d'IlIe-et-Vilaine reçurent tin petit renfort de troupes régulières : deux compagnies de cbasseurs à pied venant du côté de Pontlieue et trois compagnies d'infanterie de ligne venant d'Arnage, ensemble 400 bommes au plus. Pendant que quelques sections de la ligne s'avançaient en tirailleurs vers l'Hippodrome , le reste s'établissait derrière les épaulements du cbemin aux Bœufs : les chasseurs à gauche , s'appuyant immédiatement à la route de Tours, juste en avant

1 Voir Annexes, p. 269, col. 1.

2 Plaine de fonne ovale s' étendant en avant du ruîssseau entre la route de Mulsanne et celle d'Arnage. Voir Annexes, p. 264, col. 2, et 265, col. 2. — Dans les documents soumis à la Commission d'enquête de F Assemblée nationale, ce ruisseau est appelé VAnetie; mais sur les nieilleures cartes, il porte le nom de VAfche-mX'Moines.

de la maison et de la batterie de la Tuilerie; les soldats de ligne à droite des chasseurs, mais séparés d'eux par quelques compagnies du premier bataillon de la légion de Redon intercalées entre ces deux ti*oupes. En arrière, prés de la batterie, le reste de ^ce bataillon. En avant du chemin aux Bœufs » les deux autres bataillons de cette légion, postés dans les sapinières, et sur lesquels se repliaient les grand 'gardes et les tirailleurs débusqués de THippodrome et de TArche-aux-Moines. Aussi est-ce là que se porta le colonel d'Elteil , pour maintenir par sa présence les hommes de sa légion.

Pendant ce temps, une forte colonne prussienne marchait sur le bataillon de Saint-Malo de façon à le couper par le centre. Le commandant rappela en hâte les compagnies les plus éloignées à droite et se mit en défense. — u A.la fusillade prussienne, lesL tt mobilisés répondirent [ ar quelques coups de feu, u plus dangereux pour leurs camarades que pour K Tennemi. La plupart des fusils ne purent faire ^feu, soit parce qu'ils avaient été mal chargés, soit u parce *que la poudre était mouillée, soit que Jes tt batteries ne fonctionnassent pas ou que les chett minées et les tonnerres ne fussent pas forés , tt comme il a été vérifié depuis *.» — : En face d'un tel résultat, les efforts des officiers pour maintenir la résistance devaient être vains, ils le furent; le

t Récit de M. Btiffé, capitaine adjudant-major du bataillon, aui Annexes, p. 269, col. %

bataillon se retira en hâte dans la direction de Pontlieue.

Tout Teffort des Prussiens se porta alors sur la ligne du chemin aux Bœufs, défendue par les hataillons de Redon; les fusils Springfield- donnèrent là encore leurs résultats déplorables , et cependant jusqu'à la nuit, tant que la ligne et les chasseurs restèrent à leur poste, les mobilisés tinrent bon. Mais à nuit close, vers six heures, les munitions des troupes régulières étant épuisées, les soldats de ligne se retirèrent sur Arnage par le chemin aux Bœufs ; les chasseurs, après s'être bravement battus jusqu'à leurs dernières cartouches, ne voyant venir ni secours ni munitions, se jetèrent dans les sapinières de droite et regagnèrent Pontlieue à travers bois. Malgré l'énergique effort du colonel d'Elteil pour retenir ses hommes et pour arrêter la débandade, une partie des mobilisés partirent avec les chasseurs, les autres restèrent groupés autour de leurs chefs ; mais l'impossibilité de prolonger la résistance n'étant que trop évidente \ ceux-ci se virent obligés

1 D'autant plus que les mobilisés d'Ille-et-VîIaine avaient été depuis deux jours fort mal nourris et souffraient de la faim : s Partis de Gonlie le 8 , avec des vivres pour cette journée et « pour celle du 9, dit le colonel d'Elteil , les hommes sont enc suite restés deux jours sans toucher de rations, les voitures s qui les apportaient n'ayant pu arriver que le 11, vers quatre « heures, alors qu'une grande partie des hommes étaient en c avant de la position, v £t M. BulTé, capitaine adjudaut-major du 1®^ bataillon de Saint-Malo., dit de son côté : c Le 11 , la « bataille recommença . . Le bataillon, depuis le 8, n'avait pas i reçu de vivres, et les mobilisés ne pouvaient plus se procurer

de ramener à Pondieue leurs hommes, qui tous avaient conservé leurs armes.

Le général deLalande, de son côté, en voyant la batterie sans défenseurs, s*était ingénié à rallier une force capable de la protéger ; n*y pouvant réussir, il était revenu aux canons, il fallait, avant tout, les sauver ; ils étaient attelés , prêts à partir. A ce moment , le général Isnard de Sainte-Lorette le fil appeler dans la maison de la Tuilerie ; la batterie ^e gauche venait d*être , elle aussi , abandonnée par ses défenseurs ; H. de Laknde écrivit au général en chef pour demander des renforts. Quelques minutes après , il revint à la batterie de droite : hommes , chevaux, canons avaient disparu. Seul, dénué de tout moyen de résistance , il dut se résigner à regagner Pontlieue. Presqu*au même moment, le commandant Rabatel , après avoir assuré le départ de ses pièces , sortait de la maison de la Tuilerie sous une grêle de balles prussiennes.

Les 2* et 3* bataillons de la légion de Rennes, restés à la gauche de la route de Mulsanne, arrivèrent à Pontlieue à peu près en même temps que ceux de la Tuilerie, si bien qu'entre huit et neuf heures , à Texception de quelques compagnies, dont nous parlerons tout à rheure, toute la brigade Lalande était réunie sur la place de Pontlieue , les hommes grou-

ft même un morceau de pain dans les fermes. Les mobilisés, « exténués par la privation de. nourriture et de sommeil..., c attendirent les Prussiens. > (Annexes^ p. S67, col. 1, et 269, col, 1.)

pés par bataillons , avec leurs armes , les pieds dans la neige. Ils y couchèrent '.

Le lendemain, 12 janvier , vers cinq heures du matin, Farmement des mobilisés d'Ille-eti-Vilaine fut examiné par Fétat-major de Tamiral Jauréguiberry et par Tamiral lui-même * : examen d'où il résulta que le mauvais état des armes rendait impossible remploi de ces bataillons , auxquels ordre fui donné de battre en retraite. Sur cet ordre , le général de Lalande partit de Pontlieue vers neuf heures avec sa brigade , assisté d*un officier d'étatmajor chargé de lui faciliter le passage dans la ville du Mans.

Il manquait toutefois à la brigade un de ses officiers supérieurs, le colonel d'Elteil, et quelques compagnies de la légion de Redon. Occupé de maintenir les tirailleurs postés dans les sapinières en avant du chemin aux Bœufs , H. d'Elteil n'eut pas connaissance à temps du mouvement général de retraite sur Pontlieue. Avec 800 hommes environ qu'il avait pu réunir, il se porta vers la Tuilerie, qu'il savait abandonnée de ses défenseurs, mais ne croyait pas encore évacuée. Elle était déjà occupée par les Prussiens ; si bien que le lieutenant Coudrais

1 Voir Annexes,^, 269, col. 2, et 276, col. i. Le bataillon de Saint-Malo fnt même appelé , vers 10 heures du soir, à prendre part à une attaque tentée contre la Tuilerie. (Ibid,^ p. 270, col. i.) -

2 M. de Lalande affirme qu'après son retour à Pontlieue ^ il avait lui-même demandé à l'amiral de &îre cet examen. Voir Annexes, p. 63, col. i ; voir aussi p. 270, col. 1, et 276.

(de la 2* compagnie da 1*' bataillon de Redon ), lancé en avant en reconnaissance, tomba avec quelques hommes aux mains de Fennemi. Se voyant ainsi conpé de Pontlieue , le colonel d*Elteil se rabattit , par le chemin aux Boeufs, sur Arnage , où il se mit sous les ordres du général Barry.

Le lendemain 12, vers onze.henres du matin, il quitta cette position avec toute la division Barry, entra dans la ville du Mans par les faubourgs, traversa vers trois heures le pont du chemin de fer, où il eut plusieurs hommes blessés par un feu de mousqueterie assez vif venant de la gare des marchandises que Tennemi occupait déjà , alla coucher à une lieue et demie en arrière du Mans, et deux jours après (le 14 janvier), rallia avec tout son monde la brigade d'Ille-et-Vilaine à Evron.

Tel fut, d'après les renseignements que nous avons pu recueillir, le rôle des mobilisés bretons dans Taffaire de la Tuilerie.

Pendant qu'ils étaient si malheureusement mêlés à la bataille du Mans, une autre troupe, détachée aussi de Tarmée de Bretagne , y jouait un rôle des plus honorables, qui lui attirait Téloge public du général en chef. C'étaient les mobilisés de la division de marche, venus de Conlie à Ivre le 24 novembre 1870, et maintenus par le général Gougeard dans ses troupes actives. L'histoire de cette division ne nous appartient pas ; elle a déjà été faite par le chef énergique qui commandait ce corps. Mais nous pouvons bien rappeler que le plus beau

SECONDE PARTIE. CHAPITRE IV. m

hii d*armes de cette bataille , la reprise du plateau d'Auvours sur les Prussiens dans Taprès-midi du 11 janvier, fut exécuté par une colonne où, aux zouaves pontificaux placés en tête, s'adjoignaient un bataillon de mobiles des C6tes-du-Nord et des bataillons de mobilisés de Rennes et de Nantes *.

Comment se fit-il que les dépêches sur la bataille du Mans , envoyées de Bordeaux dans^ toute la France, et qui relevaient avec soin la débandade des mobilisés de Bretagne à la Tuilerie , omirent, au contraire, de mentionner le beau rôle des Bretons d'Auvours, signalé dès le 11 janvier au ministre de la Guerre par le général en chef * ?

1 Voir général Gougeard , Deuxième armée de la Loire, Di' vision de l'armée de Bretagne, p. 51.

2 La dépêche du général Ghanzy au ministre de la Guerre relativement au combat d'Auvours, en date du il janvier, il h. 30 soir, portait : « Le général de Golomb s'est battu s pendant six heures avec acharnement sur le plateau d'Au- I vours. Le général Gougeard, qui a eu son cheval percé de ft six balles, a montré la plus grande vigueur, et les troupes de t Bretagne ont puissamment contribué à conserver cette position s importante. J*ai annoncé au général Gougeard qu'il était ft commandeur. Au-dessous de Changé et sur la route de Paric gné-l'Ëvêque, nous nous sommes maintenus, etc. >

Le lendemain 12 janvier, la dépêche expédiée par le ministre de l'Intérieur aux préfets abrégeait ainsi le passage relatif à l'aiTaire d'Auvours : « Le général Colomb s'est battu six heures ft avec acharnement sur le plateau d'Auvours. Le général Gouft geard a eu son cheval percé de six balles. Nos positions, auft dessous de Changé et sur la route de Parigné, ont été mainc tenues, etc. t Les Bretons ne sont même pas nommés.

Ils sont nonmiés, au contraire, dans la dépêche sur la Tuilerie, adressée ce même jour (12 janvier) par le ministre aux préfets, et qui porte : « Nos positions étaient bonnes hier soir, sauf à la

En face de cette omission malbeurense , jusqu'ici inexpliquée , Topinion se souleva vivement en Bretagne contre la dépêche gouvernementale relative à la Tuilerie , au point qu» certains préfets n'osèrent rafficher, témoin ce télégramme :

«Vannes, 13 janvier 1871. — Préfet à Intérieur

et Guerre, Bordeaux.

tt Je n*ai pas affiché votre dernière dépêche. Le a passage relatif aux mobilisés de Bretagne aurait tt renouvelé les récriminations contre le camp de tt Conlie, où les hommes n*ont pas été suffisamment tt exercés. Je me préoccupe surtout de la réaction , tt qui exploite toutes nouvelles fâcheuses. L'élan est tt toujours le même : défense à outrance!

tt 6. Râtiei. 9

« Toilerie otf des mobilisés de Bretagne ont, en se débandant, I entrainé F abandon des positions occupées sur la rite gauche « de fHuisne, Le vice-amiral Jaaréguiberry et les autres gêné* « raux croient que la retraite est commandée par les circonc stances, etc. «

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