OBSERVATIONS SUR L*AFFAIRE DE LA TUILERIE
La défaite du Mans , en refoulant dans TOuest la dernière armée qui pût porter secours à Paris , ruina le dernier espoir de la défense nationale. L'affaire de la Tuilerie est généralement regardée comme la principale cause de la défaite du Mans. H importe de rechercher qui en est responsable.
Dans une mesure et à des degrés divers, cette responsabilité peut retomber : 1* sur les mobilisés engagés à la Tuilerie ; — 2* sur le commandant en chef du camp de Conlie et des mobilisés de Bre* tagne ; — S"" sur le commandant en chef de Tarmée du Mans ; — 4>" sur le Gouvernement.
Certains écrivains se sont montrés très-^sévères pour les mobilisés, et cette sévérité serait justice si les mobilisés eussent été instruits, équipés, armés, comme doivent Tétre de vrais soldats. On sait qu'il n'en était rien. Laissés sans armes pendant deux mois dans une boue où tout exercice, c'est-àdire toute instruction militaire, était devenu im* possible , munis au dernier moment d'armes détestables , les trois quarts d'entre eux ne sachant même pas la charge , jetés à Timproviste devant l'ennemi , — leur part de responsabilité , que nous laissons à
la conscience publique le soin de déterminer, ne saurait en tout cas être la plus lourde.
S'ils n*ont pas tenu à la Tuilerie , c'est que leur armement était mauvais, leur instruction nulle. La première responsabilité de leur échec tombe donc sur ceux qui devaient leur donner de bonnes armes et qui n'en ont pas donné , qui devaient les mettre dans des conditions où fût possible leur instruction militaire et qui ont résisté un mois à l'évacuation de Conlie. Cette responsabilité est celle du ministre de la Guerre.
Après celle-là il y en a une autre. L'incapacité militaire des mobilisés de Conlie lors de la bataille du Mans étant évidente, la plus simple prudence commandait — sous peine d'un échec certain — ■* de ne pas les engager dans cette lutte. S'ils s'y sont trouvés méfiés , à' qui la faute ?
Est-ce le général de Marivault, qui n'aurait pas fait connaître l'état de ses hommes, soit au général Chanzy, soit au Gouvernement?
Est-ce le général Chanzy, qui aurait négligé les renseignements fournis à cet égard ?
Est-ce le Gouvernement qui n'en aurait pas tenu compte, qui même aurait induit en erreur le général Chanzy?
C'est ce que nous allons examiner.
Il ne semble pas que M. de Marivault ait en rien dissimulé l'incapacité militaire des mobilisés bretons. Le 10 décembre, il représentait les 43,000 hommes de Conlie comme à peine capables de re-
pousser Fattaque d'ane brigade ^ Le 22, il écrivait au ministre :
a II faut absolument ne voir dans les contingents A mobilisés qu'une armée de réserve , qu'il faut a pourvoir de tout et laisser en repos, pour s'exercer a et se former, pendant les quelques semaines qui « peuvent encore s*écouler avant qu'elle ait à déa fendre le sol même de la Bretagne, si l'ennemi a ose s'étendre jusque-là '. »
Impossible de mieux dire que l'armée de Bretagne ne pouvait fournir aucune force active, présentement ou prochainement disponible, pour la campagne que le général Chanzy s'apprêtait à soutenir autour du Mans. — Quatre jours après, d'ailleurs, le colonel de Vauguion, en remettant cette lettre à Bordeaux au ministère de la Guerre, en donnait un commentaire énergique :
tt Ces mobilisés/ affirmait-il, ne sont pas des tt soldats , et, s'ils n'ont pas confiance dans leurs a armes, ils ne se battront jamais '. »
Il semble avoir réussi à faire passer, au moins momentanément, cette conviction dans l'esprit du délégué à la Guerre, car M. de Freycinet télégraphiait, le 27, à M. Gambetta, alors à Lyon :
tt J'ai reçu du général Chanzy la dépêche suivante : tt Le camp de Conlie est dans de mauvaises conditt tiens et n'est pas en situation de fournir aucune
* Voir Annexes, p. 37, col. 1.
2 Ihid,^ p. 44, col. 1.
3 Voir Annexes y p. 71, cel. i.
ItÙ LE CAMP DE GONLIE.
<i/brce (tctive en ce moment. 9 — Cette dépêche est tt d*accord avec les renseignements fournis par Marici vault, ainsi qu'avec les déclarations orales que a m'ont faîtes hier le général Le Bouêdec et le « colonel de Vauguion ^ 9
Le 28 décembre, en annonçant au général Chanzy que H. Le Bouëdec était appelé à commander une brigade de la 2* armée, le délégué ajoutait :
ft Nous vous prierons de Tautoriser à adjoindre à tt sa brigade dçiuc ou trois bataillons de. mobilisés « de Conlie , qu'il choisira de concert avec le gétt néral de Marivault '. »
Et le lendemain 29, le général Chanzy répondait :
tt Si le général Le Bouëdec joint à la brigade qu'il « va commander ce qu'il peut y avoir de disponible a au camp de Conlie, je crains qu'il ne reste plus tt personne sur mes derrières ; ces troupes ne sont tt pas, du reste, organisées pour lia marche '. »
Toutes ces dépêches concordent. La dernière
prouve que, le 29 décembre, de l'avis du général
Chanzy , « ce qu'.il pouvait y avoir de disponible i>
dans l'armée de Bretagne consistait en « deux ou
tt trois bataillons, » pas même organisés pour
* Voir Télégr, offic,, 3® série, n» 78, aux Annexes, p. 237
2 Ihid. n® 80, aox Annexes ^ p. 237.
3 Ihid,, 3« série, nP 83, aux Annexes, p. 238. — Dans une dépêche du 30 décembre 1870, M. de Marivault dit formellement que, parmi les* troupes placées sous ses ordres, « la seule ft en état d'aller en ligne « est un bataillon de mobiles de la Haute«Garonne, qui stationnait depuis un mois au eamp de Conlie. Voir Télégr. offic,^ n« 85, aux Annexes, p. 238.
la marche, et cela revient à Topinion formulée par lui le 27, que a le camp de a Conlie n*était pas en état de fournir a aucune force active. » A Bordeaux on ne pensait pas autrement, et il est bon d^en prendre note , car on va voir tout à rheure se produire de ce côté-là un revirement étrange.
Le général Chanzy, en effet, était impatient de reprendre Toffensive. Dans un télégramme du 30 décembre 1870 et une lettre plus explicite du 2 janvier suivant, il exposa au Gouvernement tout un plan de campagne en vue de secourir Paris : plan hardi et judicieux , ayant pour base essentielle Tattaqne simultanée des armées allemandes par les trois armées françaises (de Chanzy, de Faidherbe et de Bourbaki), convergeant au même instant de trois directions diverses sur les forces assiégeantes, de façon à les contraindre de se diviser pour repousser ce triple assaut et de laisser à . Tune au moins des attaques françaises une chance sérieuse de succès, même en cas dMnsnccès des deux autres. Pour lui , sous peu de jours il se déclarait prêt à marcher, il demandait que ce fut le plus tôt possible : a La tt base d'opération d*où je partirai, disait-il, sera (i la Sarthe et la ligne ferrée du Mans à Alençon ; la tt nouvelle base vers laquelle je marcherai sera tt TEure, probablement de Dreux à Chartres. Dans tt cette position , il me faut à tout prix assurer mes tt communications avec ma base d'opération et ma a ligne de retraite. C'est pourquoi je vous ai de-
I73 LE CAUP DE GONLIE.
« mandé de me faire connaître quelles troupes je tt pourrai tirer de TOuest pour couvrir la ligne du tt Mans à Alençon et même du Mans à Tours * . »
Ce plan, le Gouvernement ne voulut pas en adopter Tessentiel , c'est-à-dire Tattaque simultanée des armées allemandes par les trois armées françaises convergentes. On avait déjà lancé Bourbaki Vers Belfort , on ne voulait pas le rappeler, mais on tenait à ne pas laisser refroidir le zèle du général Chanzy. Comme condition nécessaire de sa marche en avant, le général réclamait avec raison des forces capables de couvrir les positions qu'il abandonnerait et de lui assurer sa ligne de retraite. Il fallait donc lui trouver ces forces. Malheureusement , on était à court , on n'en avait point de sérieuses. C'est alors que les mobilisés de Conlie prirent aux yeux dn ministère de la Guerre une valeur, une importance qu'ils n'avaient jamais eue jusque-là.
Le 1" janvier 1871, M. de Freycinet répondit au général Chanzy :
tt J'ai donné des ordres pressants au général de a Marivault, pour qu'il vous prépare le plus rapidett ment possible des bataillons de mobilisés de Contt lie *. »
Voici, en effet, ces ordres, du même jour, ci qui furent communiqués au général Chanzy :
' Voir général Chanzy, Deuxième armée de la Loire, p. 243, 244, et aussi p. 245 et 249; cf. Télégr, offic., 3« série, n« 83, aux Annexes, p. 238.
2 Télégr. offic, 3« série, n<» 89, aux Annexes, p. 239.
SECONDE PARTIE. CHAPITRE V. ItS
tt Guerre à général de Marivault,
ce Je vous prie instamment de pousser avec la plus Cl grande activité possible Tinstruction de vos homa mes sur les divers points où ils sont cantonnés .. tt Au fur et à mesure que vous aurez des bataillons tt en état d'entrer en ligne, vous en aviserez le gétt néral Chanzy et les tiendrez à sa disposition. J'estt time que bon nombre de bataillons doivent être tt prêts pour le 15 courant, et je compte sur voire tt patriotisme pour ne pas dépasser cette date.
« DE Freycinet * . »
Nous n'en sommes plus aux » deux ou trois bataillons f> du 28 décembre; maintenant on veut en toute bâte un u bon nombre de bataillons » . M. de Marivault (lettre du 22 décembre) demandait pour préparer ses hommei^ un délai de » quelques semaines D après leur cantonnement en Bretagne et leur armement; M. de Freycinet fixe pour délai de rigueur le 15 janvier, sans songer apparemment que les mobilisés bretons n'étaient encore, pour la plupart, ni armés, ni même installés dans leurs cantonnements définitifs.
Quant au général Chanzy, à qui l'on présentait ces mobilisés comme une ressource sérieuse, il lui était peut-être difficile de résister à. une illusion si conforme à ses désirs et qui lui promettait une force capable de couvrir ses positions en arrière.
* Voir Anneices, p. 46, col. 2,
iO.
Aussi s'efiTorçait-il d'estimer à quel chiffre montait cette force et de hâter Tinstant qui la devait mettre dans sa main. Le 4 janvier 1871, il télégraphiait au ministre de la Guerre :
(c II y a, tant à Conlie qu'à Redon et à Rennes, (( 5,000 hommes armés ; je demande à les faire venir a de suite ici (au Mans). Ily a à Conlie, Vitré, Rennes, « Fougères et Redon, 17,000 hommes formés en (i bataillons ; il leur manque des fusils. Il y a à Rente nés 40,000 fusils Springfîeld. Je demande à faire m armer d'urgence ces 17,000 hommes (22 batail- (( Ions) et à les appeler sur les positions que je leur » assignerai ' . »
Tous ces chiffres sont inexacts ; il importe peu de les rectifier, mais il importe dé remarquer ceci : Le 27 décembre, M. le général Chanzy pensait que les mobilisés bretons a n'étaient pas en situation de fournir aucune force active » ; huit jours après (4 janvier), il estimait à 22,000 hommes la force qu'ils pouvaient fournir.
Il dut trouver, d'ailleurs, cette évaluation bien réservée quand, le lendemain et le surlendemain, il reçut les réponses deMRf. deFreycinet et Gambetta. La première , venue le 5 janvier par télégraphe , portait :
tt Je réponds à votre dépêche d'hier, 6 h. 45 soir. « J'ai tout lieu de croire, d'après les dépêches du « général de Marivault, que l'armement des hom-.
* Télégr. offic.y 3« série y n» 99^ «^if Ar^nexes^ p. 241.
SECONDE PAETIE. CHAPITRE V. 175
K mes de Conlie est beaucoup plus avancé que vous u ne le supposez. Quoi qu*il en soit, vous êtes pleia nement autorisé à demander à M. de Marivault de a mettre ces hommes à votre disposition aussitôt tt qu*îls seront armés et formés ou non en bataillons. ce Tous les hommes de Conlie, sans exception j vous a sont destinés, en vue d*occuper les positions que c( vous leur assignerez. Le général de Marivault, qui u est animé du plus vif désir de faciliter vos opératt tions et qui s'y emploie avec beaucoup d'activité, tt vous remettra avec empressement tous les hommes tt que vous lui demanderez, et si les armes n'arritt valent pas assez vite, il ferait en sorte d'en presser tt renvoi. Concertez-vous donc avec lui, et vous aurez a toute satisfaction de ce côté. Il est prévenu par tt moi ^ et je n'aurai nul besoin d'intervenir dans ft cette transmission de troupes, pleinement autott risée d'avance, je le répète. »
M. Gambetta était plus bref, mais plus affirmatif et plus péremptoire :
tt D'importantes troupe^ de mobilisés, disait-il-, (c se concentrent graduellement pour occuper les « positions en arrière. Déjà vous avez sous la main fuprès de 40,000 Bretons qu'on vient d* armer pour tt garder votre ligne du Mans*. »
^ Cette dépêche fut, en effet, immédiatement expédiée en communication à M. de Marivault ; voir Annexes^ p. 47, col. i.
^ Lettre du ministre de la Guerre au général Gbaazy, du 5 janvier 1871, remise au général le 6 janvier par un officier de son état-major; voir général Ghanzy, Deuxième armée de la (joire^ in-rSo^ p. 25^.
Comment le général Chanzy aurait-il pu révoquer en doute des déclarations aussi formelles, qui comblaient ses vœux? M. deMarivault, malgré les éloges dont on le couvrait» n*en pouvait être aussi satisfait. Il n*avait nullement donné à M. de Freycinet le droit d'invoquer ses dépêches à Tappui du rapport que ce dernier adressait au général Chanzy sur Tétat des mobilisés bretons. Aussi, dés que le commandant du camp de Conlie eut reçu communication de la dépêche du 5 janvier, où le délégué à la Guerre disait au chef de Tarmée de la Loire : u Concertez-vous avec M. de Marivault » , son premier soin fut de se rendre au Mans le lendemain, pour éclairer le général sur le véritable état des choses :
tt J'allai voir le général Chanzy (dit M. de Maritt vault dans sa déposition), après lui avoir envoyé a sans observation toutes nos compagnies d'artillerie tt avec le matériel. Il demandait, en outre, toute Tin* tt fanterie pour occuper , disait-il , les positions tt qu'abandonnerait son armée en se portant en a avant. J'ai dit mon re^ect pour cette forme de « langage, exigée peut-être par les circonstances, tt et ce fut en la ménageant autant que la sincérité a le permettait, que je représentai très^nettement « Vincapacité actuelle des bataillons restés au camp « et V insuffisance de leur armement ^ Je trouvais
^ c A plusieurs reprises le général de Mariirault prévint le géc néral Chanzy que ces troupes ne pouvaient rendre aucun service, « qu'elles n'avaient pas de cadres, pas d'armes, pas d'instrnctioo
a nécessaire de les laisser se former pendant quelque tt temps encore là où ils étaient, et, dans tous les a cas, j'insistais pour que, après les avoir pourvus (i des munitions qui leur faisaient défaut, on ne les a plaçât que dans une position fixe, fermée s*il se tt pouvait, et où il fut bien entendu qu'ils n'auraient a pas à compter sur leurs propres ressources pour tt se nourrir et's'approvisionner de munitions.
tt Le général était très-souffrant ; surmené par les a événements et par son courage, il ne pouvait dans tt ce moment donner à mes raisons toute l'attention tt qu'il eût peut-être prêtée en d'autres circonstances tt à un officier qui, dans une carrière parallèle, a a été pendant longtemps son supérieur et son antt cien. Sous l'impression des dépêches optimistes tt qu'il recevait, il croyait trouver à Conlie plus de tt troupes qu'il n'y en avait réellement, et, sans tt s'arrêter à la qualité, il disait qu'une fois en taSy tt ces troupes se battraient comme les autres '. Bref, tt il avait besoin de son temps et de ses forces qu'il tt ne pouvait détourner sur cette question; renfermé tt tout entier dans l'action qu'il dirigeait, il y devait
c militaire, et qae, par conséqaent il était impossible d'en at^ I tendre aucun résultat utile. ^ (Déposition du général de Vauguion, aux Annexes^ p. 71-72.)
^ Dans une lettre écrite du Mans le 7 janvier à son chef d'étatwnajor, le général de Marivault dit encore : « Ghanzy, qui c d'ailleurs était souflrant hier soir et que je veux revoir après c la nuit, nous demande indistinctement tout ce qui peut tenir c une place, sans vouloir rien entendre de la qualité, i (Annexes^ p. 286.)
tt subordonner toute préoccupation d*un autre ordre, a comme je Teusse fait moi-même du moment où tt j*aurais été sous ses ordres. — Mais tant que durait (( Tindépendance de mon commandement, je jugeais tt la situation avec mes propres lumières, et je ne tt doutais nullement que mon devoir formel ne fût tt de ménager les réserves bretonnes pour Tépoque tt de leur efficacité. J'étais certain que leur emploi tt présentait plus de dangers que d'avantages, et la tt douleur que j'eus de ne pouvoir convaincre le tt général se rapportait à lui aussi bien qu'à mes tt troupes.
a Nous nous séparâmes sur cette parole a qu'il tt allait demander au ministère de me placer sous « ses ordres * . »
Le général Chanzy, à la suite de cet entretien, envoya à Conlie un officier de son état-major « pour tt savoir ce qu'il y avait de troupes au camp, tt quelles étaient ces troupes, quel armement et tt quelles munitions elles pouvaient avoir. Quand tt vint cet officier d'état-majop, j'étais présent (raptt porte le général de Lalande dans sa déposition ) ; tt voici ce qu'on lui répondit : — » Dites bien au tt général que nous n'avons pas de troupes, que tt nos hommes n'ont jamais tiré un co^p de fusil , tt et que ce sera un mauvais moment pour leur faire tt apprendre l'exercice. » — L'officier nous répon-
^ Déposition du général de Marivault, aux Annexes^ p. 47
a dît : Je ne crois pas que le général veuille vous tt mettre dans une position difficile ^ »
Malgré ces déclarations, le général Chanzy, on le sait, appela le 7 janvier tout ce qui restait de mobilisés à Conlie , c'est-à-dire les six bataillons d'IIIeet-Vilaine , qui couchèrent au Mans le 8 et furent » le 9 au matin , portés sur la ligne du chemin aux Bœufs, des deux côtés de la route de Mulsanne.
Lorsqu*iI apprit qu*au lieu d'être placés en se-* conde ligne et dans des positions en arrière , comme on l'en avait toujours assuré , les mobilisés bretous allaient être mis en avant du Mans , dans un poste qui pouvait d'un instant à l'autre devenir très-périlleux y M. de Mari vault protesta énergiquement i
« Le général de Marivault (dit notre honorable coltt lègue, M. Carré-Kerisouët) déclara d'une manière tt très-ferme au général Chanzy , en lui envoyant a ces hommes, qu'il avait la responsabilité de leur tt vie, que ce n'étaient pas des soldats, et que, s'il les tt mettait dans des endroits exposés , il répondrait tt de leur vie : il lui indiquait qu'ils n'avaient jamais tt tiré un coup de fusil. J'ai vu la dépêche adressée tt au général Chanzy ^. ))
Puis, pour dégager nettement sa responsabilité des malheurs qu'il redoutait , M. de Marivault expé-> dia, dans la nuit du 8 au 9 janvier, le télégramme
1 Annexes^ p. 60, col. % Cf. déposition de M. de Vauguion, Amiexes^ p. 71, col. 2.
2 Déposition de M. Carré-Kerisouët, Annexes^ p. 22, col. 1.
IgO LE CAMP DE CONLIE.
suivant au ministre de la Guerre à Bordeaux :
a Vous m'avez toujours dit de mettre à la dispott sîtion de Chanzy les hommes formés ou non en a bataillons, et de ne pas m*occuper de Tusage à tt faire de ces forces. Le général parait s'attendre tt à trouver des troupes organisées. Vous savez que tt c'est tout le contraire de la situation , je vous ai v^fait connaître fréquemment à ce sujet toute la « vérité, — Je fais tout le possible pour servir Tintt tention du général , regrettant autant que lui Timu puissance contre laquelle il s'irrite. Veuillez lui « dire nettement que mon poste est au camp d'intt struction et non ailleurs, et que je ne saurais aca cepter aucun genre de responsabilité dans Vem- « ploi qu'il fera des éléments qui ont fait partie de « mon commandement^, »
Le général Chanzy, de son côté, pour mettre fin aux tiraillements, aux difficultés de cette situation, avait demandé au ministre de placer directement sous ses ordres le général de Marivault ; et celui-ci reçut , le 9 janvier au matin , le télégramme suivant, bien difierent de la réponse sollicitée par sa dépêche de la nuit :
tt Guerre à général de Marivault.
«La défense du pays exige que, dans vos contt trées , le commandement supérieur de toutes les u forces soit concentré dans les mêmes mains. En
* Voir Annexes^ p. 48, col. i.
tt conséquence , et provisoirement, vous serez placé a sous la direction du général Chanzy, au même tt titre qu*un commandant d'un corps d^armée est ce placé sous les ordres du général en chef de Tara mée. La totalité des forces mobilisées de Bre^ 'i tagne constituera en quelque sorte votre corps ce d'armée.. Vous le réunirez, l'embrigaderez et ce Tannerez. Vous en disposerez pour la défense ce des positions qui lui seront assignées par le généa rai Chanzy. n
La dépêche contenait ensuite une vive exhortation à bien faire ^ fortement assaisonnée d'éloges et terminée par ces mots :
(c Le Gouvernement vous tiendra compte des ser^ tt vices que Vous allez lui rendre dans cette grande et et difficile position.
te DE Freyciket * . »
Cette responsabilité , expressément repoussée pai* M. de Marivault, on l'y enchaîne au moment même où elle va devenir plus redoutable. Comme soldat, il obéit; comme général, comme chef des mobilisés^ il continue à combattre ce système déplorable ; il proteste énergiquement dans trois télégrammes expédiés à Bordeaux , le 9 janvier, doht il importe de citer lés termes.
Le premier, adressé à M* de Freycinet, répondait à la dépêche qu^on vient de lire :
^ Voir Annexes^ p. 4B«
ce Pour que les mobilisés, actuellement placés sous tt mon commandement, pussent représenter un corps (( d'armée capable d*opérer dans un rayon donné ,
tt il faudrait avant tout que les hommes fussent
tt armés, approvisionnés de cartouches, chaussés et (c vêtus. Tout cela était en voie d'exécution à peine tt commencée. — Employer jces éléments d'une faci con différente , c'est détruire d'avance toutes les tt réserves du pays.
tt DE Marivault. »
A MM. Fourichon et Glais-Bizoin , avec qui il avait eu précédemment des relations personnelles , M. de Marivault disait :
tt Je fais appel à votre honnêteté patriotique, tt pour que vous représentiez quel crime stérile ce tt serait de pousser en tas nos mobilisés à peine arft mes, sans cartouches et sans souliers , au-devant u d'une destruction qui anéantirait tout espoir d'une « résistance ultérieure. — Leur place est à Vitré, tt quand ils auront tiré quelques coups de fusil , et tt non au-devant dé l'ennemi, où leur accumulation tt ne sei'ait qu'un obstacle. -*^ Chanzy s'irrite qu'ils tt soient ce qu'ils sont : mais ce n'est pas avec ses tt désirs, c'est avec les faits qu'il faut compter à la
« guerre.
tt DE Marivault. »
Enfin , au Gouvernement de Bordeaux tout entier il télégraphiait :
SECONDE PAUTIE. CHAPITRE V. 183
a J'ai mis à la disposition da général Cbanzy six (c bataillons mal armés du général de Lalande ; six a autres sont en route pour le rejoindre , et un à tt Conlie qu'il faut armer, — Il faut absolument que ce le reste des mobilisés continue à s^armer et à s'intt struire dans les cantonnements , sous peine de détt truire gratuitement tout espoir de résistance ultétt rieure. — Je vous demande de rester à Rennes, « pour m*occuper exclusivement de la formation te d'une armée de réserve. — Si vous voulez conii- « nuer le sacrifice commencé de nos contingents^ Il choisissez quelqu'un à qui sa conscience permette tt de le faire. Je ne ferai de ma retraite aucun éclat tt qui puisse créer, pour vous ni pour €banzy, aucun d embarras d'aucun genre.
a DE MARlVAtLT * . «
Obligé de prendre des mesures » le 10 janvier» pour réprimer un désordre qui venait de se produire à Rennes dans un bataillon du Finistère , le général Marivault envoya au Mans son chef d'étatmajor renouveler près du général Cbanzy les plus vives instances pour qu'on épargnât aux mobilisés bretons les périls d'un poste en première ligne dans un lieu exposé. Le général de Vauguion (il avait été promu à ce grade, au titre auxiliaire, le 3 janvier) s'exprima aussi nettement que possible :
* Voir aux Annexes, p. 4ft ci 50.
tt Je VOUS garantis, dit- il au général en chef, que u ces hommes ne tiendront pas; j^ai l'expérience de tt ces choses, j*ai passé dix ans de ma vie en campatt gne devant Tennemi , et je suis certain que ces u mobilisés, qui n'ont ni cadres, ni armes sérieuses, tt ni instruction militaire , ne pourront pas tenir en tt rase campagne. Vous le savez aussi bien que moi, « mon général ! »
Le général Chanzy répondit :
tt Ce que je veux , c'est du nombre , ce sont des Cl hommes pour occuper des positions en arrière. Du tt reste, on va faire venir, de tous les cantonnements, tt des mobilisés qu'on placera dans sept ou huit des «principaux villages en arrière du Mans, suivant tt une ligne allant de la Suze à Ballon par Soulignéa sous- Vallon. » — a D'après cela, ajoute M. de tt Vauguion, je crus jusqu'au dernier moment que tt la brigade Lalande serait mise en arrière dû Mans tt et non pas maintenue à la Tuilerie, qui est le, tt centre des positions en avant de cette ville; je ic partis avec cette conviction *. »
Il serait superflu d'insister : voilà sans doute assez de faits , de témoignages , de documents authentiques, pour établir formellement que l'incapacité
1 Déposition du général de Vauguion, aux Annexes, p* 72,
col. 1. — Revenant ailleurs sur cet entretien, M. de Vauguion
dit encore dans sa déposition : « Ce qui est certain, c'est que
« j*avais fait observer que ce n'étaient pas des combattants que
K nous pouvions donner et qu'on m'avait répondu : C'est un ri--
ft deau que nous voulons, s (Annexes, p. 72, col. 2.)
militaire et Tarmement détestable des mobilisés bretons ont été, de la façon la plus catégorique, à plusieurs reprises, dénoncés par le chef de Tarmée de Bretagne au gouvernement de Bordeaux et au général Chanzy. Mais il faut bien avouer que celui-ci, en face de Taffirmation non moins catégorique de M. Gambetta lui assurant, le 5 janvier, « quMl avait a SOUS la main 40,000 Bretons armés pour garder . a la ligne du Mans », a dû tout naturellement faire fonds sur cette déclaration, officielle et tenir pour suspectes \ au moins pour exagérées, les informations en sens contraire — malheureusement trop exactes — des généraux de Marivault , de Lalande et de Vauguîon.
L'erreur du général Chanzy serait difficile à comprendre, si elle ne ^'expliquait pas par les assu* rances venues de Bordeaux.
M. de Freycinet , dans sa déposition, rejette toute la responsabilité sur le général Chanzy, à qui le Gouvernement se serait borné à dire :
« Concertez-vous avec le général de Marivault; s'il a existe parmi ses mobilisés des légions ou parties
^ I Les chefs du camp de Gonlie se faisaient axée peine à ft Vidée de céder à d'autres un commandement^ qu'ils avaient K exercé évidemment avec le plus grand patriotisme, mais qui, I par suite de difficultés dont on ne peut les rendre responft sables, n'avait pas atteint le résultat désirable, t (Général Chanzy, Deuxième armée de la Loire, in-S^, p. 394.) Gela ne semble-t-il pas vouloir dire que la résistance opposée aux demandes d'hommes du général Ghanzy par le général de Marivault venait de la répugnance de celui-ci à céder ou dégarnir son commandement?
de légion qui vous paraissent en état de faire le « service , d'un commun accord , arrangez-vous avec u lui pour les incorporer. — Il y a eu une sorte de ft conflit entre les généraux Chanzy et de Marivault u (ajoute M. de Freycinet) ; nous n'avons pas voulu a intervenir, car nous n'avions pas la possibilité u matérielle d'apprécier la valeur de ces mobilisés. u Nous leur avons dit (aux deux généraux) de u prendre les bommes que , d'un commun accord , a ils jugeraient bons pour ce service. J'ignore si le u général Cbanzy, de son autorité privée, a donné a d'autres ordres., de manière à faire venir des « bommes qui n'étaient pas en état. Quant à nous , a nous sommes absolument étrangers à ce fait. Je (( n'ai donné d'autre autorisation que celle d'agir a d'un commun accord ^
Les souvenirs du délégué à la Guerre ne sont pas complets. On avait bien dit d'abord au général Cbanzy : « Concertez-vous avec M. de Marivault. « Mais du moment où il y eut conflit , c'est-à-dire opposition de ce dernier au départ des bommes jugé&par lui incapables de faire campagne , le Gouvernement intervint pour mettre M. de Marivault sous les ordres immédiats du général Cbanzy, c'est-à-dire pour supprimer l'opposition* ; puis , sur les réclamations du cbef de l'armée de Bretagne , le ministère ima-
^ Voir déposition de M. de Freycinet dans Enquête sur le Gouvernement de la défense nationale. Dépositions, t. III, p. 14, col. 2 ; 15, col. 2.
3 Voir ci-dessus, p. 180-191.
gina une combinaison qui rendait à celui-ci son indépendance , mais donnait au général Cbanzy le droit de faire inspecter les mobilisés bretons, de choisir dans cette masse , sans aucun contrôle , tous ceux qui lui contiendraient, et de les faire immédiatement passer sous son commandement \
Est-ce là un choix fait d'accord commun entre les deux généraux? N'est-ce pas, au contraire, un plein pouvoir donné à Fun au détriment de l'autre ? — et cela, après avoir officiellement affirmé, le 5 janvier, au général investi de ce plein pouvoir qu'il trouverait dans ces mobilisés 40,000 hommes en état de garder la ligne du Mans. On avoue bien aujourd'hui « que l'on n'avait pas la possibilité matérielle d'ap* tt précier la valeur de ces hommes. » Mais que penser, alors, de l'affirmation du 5 janvier? Comment surtout contester qu'en ce qui touche les illusions du général Cbanzy au sujet des mobilisés bretons, la responsabilité première incombe au ministre de la Guerre ?
Malgré les assurances optimistes venant de Bordeaux, les informations reçues de Conlie ne pouvaient manquer de causer au général Chanzy de graves incertitudes. Son livre sur la guerre en porte la trace : à telle page, le général affirme qu'avant la bataille du Mans il regardait les mobilisés de Bretagne comme «une force efieclive et 'sérieuse »; à telle autre^ il nous les 'montre, avant cette journée,
* Voir Annexes, p. 50, col. 2, télégr, du 11 janvier, Guerre à général Chanzy; voir aussi notre Appendice,
a mal armés, à peine exercés, manquant de cadres tt sérieux et des munitions indispensables * v ; caractères incompatibles avec Tidée d'une force militaire sérieuse et effective.
Aussi, son intention déclarée était-elle de les mettre en seconde ligne et dans des positions en arrière; mais dans cette malheureuse guerre la distinction entre les deux lignes était souvent illusoire, et en fait, tous les mobilisés bretons employés par le général Chanzy se trouvèrent en première ligne, aux lieux les plus exposés. Pour ceux de la Tuilerie, ce n*est certainement pas de dessein prémédité que le général en chef les maintint sur cette position en présence de Tennemi. Il avait assigné ce poste à une force bien autrement nombreuse et solide, aux dix mille hommes de la division Curten; le 11 janvier, sur le champ de bataille , il le dit au général de Lalande^et au colonel d'EHeil, il le déclare aussi dans son livre ' ; aucun doute n'est donc possible à cet égard.
On sait pourquoi le général Curten ne put occu-
* Voir général Chanzy, Deuxième armée de la Loire^ in-8®, p. 306 et p. 346-347.
2 Après avoir mentionné un petit succè» remporté par la division Curten, le général Chanzy ajoute : c Ce succès partiel c montre ce que Ton aurait pu obtenir si le général Curten, a marchant plus vite et plus directement sur Châtean-du-Loir et « sur Ecommoy, gagnant une étape', était arrivé le soir du c il janvier sur la position de la Tuilerie qui lui était assi- « gnée, » (Général Chanzy, Deuxième armée de la Loire^ in-S®, p. 369.) Voir aussi ci-de^us, p. 156.
per cette position. Lancé entre Blois et Vendôme en avaat de Châteaurenault , et fort loin du reste de Tarmée, il ne fut rappelé au Mans que le 9 jaavier; il coucha ce jour-là à Beaumontla-Ronce, le 10 à Chàteau-du-Loir, et le il dans Taprès-midi, il vient se heurter à Ecoinmoy contre l'arrière -garde du 10* corps prussien qui occupait déjà la route de Mulsanne. A deux heures et demie, le général Chaiizy annonçait aux mobilisés bretons, comme imminente, l'arrivée de celte division, qui devait les couvrir et tenir devant eux la première ligne. Il ne se faisait donc pas illusion sur la force de résistance des mobilisés, il ne voyait en eux qu'un rideau \ masquant provisoirement une lacune jusqu'à l'arrivée du corps chargé de défendre la position. Ce corps n'étant pas venu, à défaut de mieux on laissa le rideau , et la position resta sans défense sérieuse. Si elle fut enlevée par l'ennemi, est-ce bien au rideau qu'il faut s'en prendre ? N'estce pas plutôt à l'absence de la division Curten , à qui ce poste était destiné par le général en chef? Pourquoi n'arriva-t-elle pas à temps? Fut-elle rappelée trop tard '? Mit-elle trop de temps à revenir? Ces questions ne sont pas de notre compétence ; mais si l'on veut savoir sur qui doit tomber, en bonne jus-
^ Voir ci-de8808 p. 184, à la note.
3 II y a, dans le livre du général Ghanzy, des dépêches qui tendraient à le faire croire ; voir Deuxième année de la Ij)ire, in-»8^, p. 552, 558, 559, 560. Nous n'entendons en aucune façon nous prononcer sar ce point.
tice» la responsabilité de la perte de la Toilerie avec toutes ses conséquences, c*est là le point à éclaircir.
On a préféré faire de la brigade d'Ille-et-Vilaine le bouc émissaire, chargé des malédictions et des fautes de tous. Au premier moment, cela était peut-être inévitable ; aujourd'hui , — toutes les circonstances de Févénement connues , — charger exclusivement les mobilisés de cette responsabilité serait injuste ; ce serait méconnaître les faits acquis.
Cependant M. le général Chanzy a réimprimé dans son ouvrage , sans aucune atténuation ' , les ' lignes suivantes du rapport qu'il avait écrit le 13 janvier :
tt Le général de Lalande, placé par Tamiral au a plateau de la Tuilerie, au centre de sa ligne, avec a les mobilisés de Bretagne et de Tartillerie , avait tt évacué spontanément , à la nuit , cette magmtt fique position sans la défendre , et devant des ((forces très-inférieures. Les mobilisés d'ille-et- (( Vilaine avaient fui au premier obus ; Tennemi
^ Daus la 6« édition de son livre^ parue en 1873 pendant qu'on imprimait le rapport sur Gonlie, M. le général Ghansy a inséré à Verrata (p. 664) la note suivante, dont le rapporteur aurait certainement tenu compte s'il avait pu la connaître, et que nous nous faisons un devoir de reproduire :
t II convient toutefois de dire , à la décharge des mobilisés t bretons , qu'arrivant du camp de Gonlie , leur organisait tion laissait beaucoup à désirer, et que leur armement était « fort défectueux. »
tt 8*était installé à la Tuilerie sans coup férir \ n
II y a là plusieurs inexactitudes. Ce n^est point Tamiral Jauréguiberry, alors absent, c'est le général Cbanzy lui-même qui mit la brigade Lalande à la Tuilerie*. Le 11 janvier après-midi, le général de Lalande n'avait sous ses ordres que quatre batail- Ions, 4,000 hommes à peine; il fut attaqué par toute une division prussienne , la 20*, son général en tête ; s'il céda, ce ne fut pas devant des forces trèsinférieures. On ne peut dire non plus que les mobilisés d'IlIe-et-Vilaine s'enfuirent au premier obus, sans coup férir, quand il est constant qu'il y eut d'abord un combat d'artillerie soutenu depuis trois heures jusqu'à la nuit, dans lequel les batteries de la Tuilerie tirèrent près de 300 coups *, et qu'en
1 Général Ghanzy, Deuxième armée de la Loire ^ îa-89, p. 348.
^ Voir, entre autres, les t instructions générales du 10 jan-' • vier • du général Ghanzy, où on trouve les dispositions suivantes : a 1<> £n avant de Pontlieue, les hauteurs qui vont ( d*Arnage jusqu'au-dessus de la gare d'Ivré-rÉvêque, et que a borde le chemin aux Bœufs. La défense en sera assurée, entre « la Sarthe et la route de Tours, par les troupes ds Bretagne « aux ordres du général de Lalande; — de la route de Tours à a la route de Parigné, par la division Deplanque du 16^ corps ; c — de la route de Parigné-rÉvêque jusqu'à la gare d'Ivrét rÉvêque , par les divisions Roquebrune et Jouffroy du « 17® corps. » (Général Ghanzy, Deuxième armée de la Loire^ in-8o, p. 308.)
3 Voir général Ghanzy, Deuxième armée, p. 318, et les Annexes au rapport, p. 272-273. — N*y a-t-ilpas lieu de s*étonner un peu que ce long combat d'artillerie qui, dès trois heures, accusait du côté des Prussiens l'intention évidente d'une attaque
outre les mobiliséB bretons , attaqués parrinfanterie prussienne à quatre heures et demie, n'abandonnèrent la position qu'à six heures.
Assurément, ce n'était pas assez; nous ne songeons nullement à faire Fapologie de cette infortunée brigade ; nous demandons seulement ce qu'on penserait d*nn architecte qui , ayant mis un rideau là où il fallait un mur, s'étonnerait de voir Torage enlever cette toile et s'en prendrait du désastre à la fragilité du rideau.
En somme, ces mobilisés — malgré leur séjour et leurs souffrances à Conlie, n'ayant jamais eu du soldat que Thabit — méritent quelque indulgence.
Il en serait tout autrement de leur commandant supérieur, M. de Marivault, s'il n'avait pas fait tous ses efforts pour leur procurer une instrjuction militaire et des armes sérieuses, ou encore si, au moment ou l'on voulut transformer ces mobilisés en force active , il n'avait pas fait connaître au Gouvernement et au général en chef leur mauvaise condition. Mais nous avons vu M. de Marivault, depuis le jour de sa venue à Conlie, demander sans cesse l'armement d£ ses troupes et l'évacuation du camp oii, par suite des circonstances que nous avons exposées ailleurs, l'instruction militaire et même
sérieuse contre la Tuilerie, n'ait pas provoqué, de la part du cpinmandemcnt, l'envoi sur cette position d'une troupe solide en état de la défendre et de soutenir efficacement les mobilisés, dont l'incapacité militaire et le mauvais armement avaient clé tant de fois dénoncés?
Teutretien des armes étaient devenus impossibles. Ses efforts étant restés inutiles et n^ayant pu obtenir qu^une évacuation tardive et un armement très-défectueux y nous Tavons entendu dire et redire soit au général en chef, soit au Gouvernement, que les mobilisés de Conlie n'étaient pas des soldats, que les mettre devant Fennemi serait en faire un sacrifice criminel, auquel sa conscience lui interdisait de s'associer.
Devant ces décorations et ces efforts, qu'avait fait le Gouvernement? Jusqu'à la fin de décembre, rien : ni évacuation , ni armes , ni secours de l'intendance, ni crédit, l'armée de Bretagne n'en avait rien obtenu. Cette situation commençait à peine à se modifier aux premiers jours de 1871; les springfields de VEriéj si mauvais qu'ils fussent, n'étaient pas encore tous distribués, — et le ministre de la Guerre, dès le 5 janvier, annonçait officiellement au général Chanzy a qu'il avait sous la main 40,000 Bretons armés pour garder la ligne du Mans ! n — Le Gouvernement est donc responsable, d'abord, de n^avoir pas pris en temps utile les mesures nécesf(aire«, réclamées de lui, pour transformer les mobilisés bretons en soldats, puis de les avoir offerts comme de vrais soldats au général en chef de l'armée de la Loire, alors qu'ils étaient restés, par sa faute, incapables d'un service atif.
Quant au général Chanzy, il eut sans doute trop de confiance aux affirmations venues de Bordeaux,
pas assez aux avertissements venus de Conlie ; mais pouvait-il en être autrement? Il mit la brigade d*nie-et-Vilainé à la Tuilerie; mais avait-il autre chose à y mettre ?