CHAPITRE VI
LES MOBILISÉS BRETOKS aPBÈS LA BATAILLE DU MANS.
§ 1 . — Révocation du général de Marivault.
Le général de Marivault ne parut pas sur le champ de bataille du Mans. — Il avait protesté contre Tusage qu^on voulait faire des mobilisés bretons, refusé même, autant qu'il était en lui, de s*y associer, et, sur ses protestations, une dépêche ministérielle du II janvier ' Ten avait effectivement désintéressé en excluant de son commandement, redevenu indépendant, tous ceux des mobilisés que le général Chanzy emploierait. Ce même jour, avant Farrivée de cette dépêche *, alors que H. de Marivault, en vertu de celle du 9, se trouvait encore soumis an général Chanzy ', celui-ci Tavait envoyé à Rennes concentrer de nouvelles troupes ^, et il
^ Gi-dessas, p. 1S6-187, et Annexes, p. 50, col. 2. c Guerre c à général Chanzy , «
^ Par les heures inscrites sur rorîginal de cette dépêche ^ on voit qu'elle fut rédigée dans le cabinet du délégué à la Guerre à 9 b. 50 du matin, déposée au télégraphe à 10 h. 35, transmise à Angers seulement à midi 5 minutes ; elle ne put donc être au Mans que vers midi et demi.
3 Ci-dessus, p. 180-181, et Annexes,^, 48, col. 2. < Guerre c à général de MarivauU, «
4 Le 11 janvier, à 11 b. 40 du matin, le général de Vau-
était parti de Conlie vers midi pour exécuter cet ordre. Cest donc à Rennes qu'il apprit, le lendemain 12, dans l'après-midi, Tentrée des Prussiens au Mans et la retraite des Français vers la Mayenne. Son premier souci , à cette nouvelle, fut de courir à la recherche des mobilisés engagés dans cette ba* garre et de les en retirer le plus tôt possible , d'abord pour les soustraire aux périls et aux souffrances d'une telle situation, puis pour dégager d'autant la ligne de retraite de Chanzy.
Outre les six bataillons d'llle«et*Vilaine engagés à la Tuilerie, il y avait effectivement, à cette heure, sur la ligne de Laval au Mans, sept autres bataillons de mobilisés, lancés dans cette direction par suite des ordres du généraLen chef, mais que la rapidité des derniers événements militaires avait empê* chés d'y prendre une part active. C'étaient les trois bataillons de la légion de Paimbœuf-Saint-Nazaire ou légion Jéhenne (2,200 hommes), le 3* bataillon de la légion de Saint-Malo (660 hommes), et toute la légion de Vitré-Fougères (3,000 hommes).
La légion Jéhenne avait été renvoyée de Saint* Malo à Conlie le 9 janvier ^ et le 3* bataillon de Saint-Malo y était venu pour la première fois la
guion télégraphiait du Mans au général cte Marîvault à Conlie : t Al vu Ghanzy ; il demande que vous envoyiez le plus de troupes t possible, ctf pour arriver à ce résultat, il pense qu'il faut aller I concentrer rapidement à Rennes. Le train s'arrêtera pour t vous attendre. «
t Elle partit de SaintrMalo le 9 et arriva au camp de Conlie le 10 au matin. Voir Annexes, p. 252*353.
veille 8 janvier, mais il n^était pas armé et ne put l'être au camp, d'où Ton venait d'expédier les derniers springfields au Mans sur la demande du général Cfaanzy ; en sorte qu'on le fit repartir pour Laval le 12 au fnatin et de là ensuite pour'Rennes ' . La légion de Paimbœnfy installée dans la redoute de Tennie, le 12 après midi, par ordre du général en chef, fut, au contraire, le dernier des corps mobilisés maintenu sur la position de Conlie, qu'elle abandonna seulement le 13 janvier entre trois et quatre heures du soir, pour se retirer sur Silljè-le-Guillaume et Rouessé- Vassé, puis sur Assé-le-Bérenger et sur Gommer, d'où elle fut par Mayenne dirigée sur Fougères et, de cette dernière ville , renvoyée directement dans la Loire-Inférieure '.
Quant à la légion de Vitré, partie en chemin de fer de Redon le 11, à neuf heures du soir, mais traînée par une locomotive en mauvais état, elle n'arriva à Evron que le lendemain à huit heures du matin. Là, défense de passer outre, la voie étant encombrée par des trains venant du Mans. De huit heures du matin à six heures du soir, elle resta là enfermée dans ses wagons, sans recevoir^^'ordres, malgré les dépêches télégraphiques lancées par le colonel au Mans, à Conlie, à Rennes. A six heures et demie seulement, ordre de rétrograder sur Laval où, par suite d'un accident très-grave arrivé au train qui la portait, cette légion ne put arriver que
1 Voir Annexes, p. 270-271.
2 Voir Annexes, p. 253, 261, 262.
le 13 à deux heures après midi. Le 14 enfin, elle était tout entière de retour à Rennes et campait sur les promenades ^
Ce même jour, le général de Marivault , alors à Laval , recevait du général Lalande cette dépêche :
a Je suis à Evron avec ma brigade presque en- « tière, ralliée dans cette localité, en empêchant de tt passer les isolés. Malgré réquisitions du maire, u beaucoup d*hommes n*ont pas de vivres. J*en ai « demandé au général Chanzy ce matin; je lui écris tt de nouveau et lui demande où nous devons aller. a Pouvez-vous me répondre à Evron et m^envoyer tt'6,000 rations par un train de nuit? »
Bien que Ton eût incorporé la brigade mobilisée d'Ille-et-Vilaine dans la deuxième armée, il semble que Tintendance de cette armée ne la connaissait guère et la laissait se nourrir à peu près comme elle pouvait. Le général de Marivault alla le lendemain à Evron lui porter des vivres. Au milieu d^une masse
* Voir Rapport sur la 2* légion mobilisée éTllle-et-Vilaine, aux Annexes, p. 139, 140, et 147, et Télégr» offic, Z^ série, no» 104, 107, 110, 111, 112, anx Annexes, p. 241, 242, 243. Au sujet d^ cette- légion et de son séjour à Rennes, en cette circonstance, on lit dans le journal l'Avenir de Rennes du 16 janvier 1871 : « Tout le monde a remarqué la bonne tenue de la c 2^ légion des mobilisés d*IlIe-et-Vilaine (Vitré-Fougères), c campée en partie au Thabor. La bonne organisation de ces a bataillons est due à leur colonel, M. de Goniac, notre concia toyen, ainsi qu'à ses officiers. Nous sommes persuadé que si t toutes les légions étaient conunandées par des patriotes aussi a dévoués et fermes que M. de Goniac et, en outre, aussi estit mes que lui de leurs soldats, les Prussiens ne resteraient pas f longtemps désormais en France. »
confuse de 15 à 20,000 fuyards inondant cette petite ville, à la débandade, sans armes et sans officiers, les six bataillons d'IIIe-et- Vilaine conservaient seuls, malgré les souffrances de la déroute , une attitude d'ordre ; le général les trouva formés en rangs sur diverses voies, leurs officiers it leur tête, avec leurs armes, presque toutes hors de service et sans munitions convenables V
Le lendemain 16, ils se rendirent à Laval , et le général Chanzy ayant prescrit aux mobilisés d'évacuer cette ville, ils repartirent pour Rennes par étapes, mais non par la route directe, déjà encombrée d*hommes et de convois ; ils firent un détour au nord entre Fougères et Vitré et arrivèrent à destination dans la soirée du 18 *.
La place de Rennes était alors encombrée , nonseulement par les fuyards qui refluaient en grand nombre jusque-là, mais surtout par les troupes de passage qui y affluaient pour aller renforcer, les unes Farmée de Chanzy, les autres deux autres corps en formation à Vire et à Cherbourg. Le général commandant la 16* division demandait avec instance Tévacuation de cette ville parles mobilisés. Il fallait bien cependant y laisser les bataillons revenus du Mans, pour leur permettre de s*y refaire et de s*y reformer. Mais on envoya à Saint-Malo la lé-
* Voir Annexes, p. 52.
2 Voir Annexes, p. 270 coL i ; 275, col. 1 ; 277, col. 1 ; cf. Télégr, o/fic., 3« série, n»» 119 à 123, mx Annexes, p. 244; 245,
gion de Vitré; on expédia à Nantes environ 4,000 mobilisés du Morbihan et des Côtes-du-Nord , sur la demande du général de Noue, commandant la 15' division, qui gardait, en outre, dans la Loire- Inférieure tous ceux de ce département *. La brigade du Finistère, restée à Rennes depuis son retour de Conlie , fut dirigée sur Vannes , et le général de Marivault résolut de concentrer aussi à Vannes et à Saint-Brieuc, ou dans le voisinage de ces deux villes, tous les autres groupes de mobilisés épars sur divers points, afin de pouvoir reprendre leur instruction militaire, empêchée jusqu'à ce mo^ ment par tant de fausses mesures et de déplorables contre-temps.
Mais il avait compté sans le ministre et le délégué à la Guerre, qui, malgré tous les avertissements et tous les événements, persistaient à voir dans ces mobilisés des troupes sérieusement armées, exercées, formées, s'obstinaient à leur donner des destinations actives, modifiaient à chaque instant ces destinations par des contre-ordres, et tenaient ainsi, sans aucun profit, ces hommes dans une fatigue et une agitation continuelles.
ce La confusion des ordres relatifs aux mouvements de troupes, aux commandements, aux questions de personnes, dit M. de , Marivault , augmentait en proportion des difficultés accumulées par les événements... Les mêmes ordres étaient donnés
* Voir Annexes, p. 53, 54, 55; cf. Télégr, o//ic., 3® sériey n«>» 124 à 127, aux Annexes, p. 245 et 246.
par des directions différentes (du ministère de Ik Guerre), mais avec des modifications de chiffres et de langage qui souvent en faussaient le sens. Des ordres directs étaient donnés à des troupes déjà en mouvement, des commandements nouveaux étaient créés sur des troupes qui avaient déjà leurs chefs et leur destination. De là, pour les troupes, un mouvement perpétuel, incompatible avec aucune espèce de progrès, des conflits, des faui mouvements qui produisaient un mécontentement général V »
Citons seulement, à titre d'exemple, quelques dépêches qui précisent cette situation :
a Rennes, 17 janvier, 3 h. 30. — Général de tt Marivault à général Haca et Freycinet, Guerre, a Bordeaux.
u Trois bataillons se mettent en marche pour a Saint-Malo; un autre (désarmé), à Fougères, y a serait dans trois jours. — Cinq sont à Sainttt Brieuc et trois en mesure de s*y embarquer dans «i deux jours. — Huit, qui occupaient Rennes, a Tévacuent sur demande vers Vannes , où ils sett raient ultérieurement disponibles pour Nantes ou tt pour embarquer. — Le reste est dans la Loirett Inférieure ; six prêts à s*y rendre par Nort , et les te autres en marche pour revenir de Tarmée. — On tt ferait bien de laisser leurs arihes, dont Texécratt ble qualité les décourage, en évitant, si Ton peut,
1 Déposition dii général de Marivault, aui Annea:es, p. 53, col. 1.
a02 LE CAMP DE CONLIE.
ce les foux mouvements qui les fatiguent et arrêtent tt toute instruction.
tt DE M ARIVAULT. »
Le lendemain, 18 janvier, le ministère demande douze bataillons pour les lignes de Garentan , et il faut changer tout cet arrangement ' :
tt Rennes, 20 janvier 1871 , 1 h. 40 soir. — Gé- ^ néral de Marivault à Freycinet et à général a Haca, Bordeaux.
a Suivant vos ordres, les bataillons en route pour tt Saint-M alo continuent pour Garentan , suivant étatt pes réglées par subdivision. Sept, par Fougères, tt suivent même mouvement. Geux arrivés à Rennes tt après défaite sont trop fatigués pour compléter tt immédiatement à douze. La voie la plus courte tt serait d'embarquer à Saint-Brieuc deux de ceux qui « y sont. Ils sont sans armes, mais cela vaut mieux M que les armes d'une inefficacité reconnue qu'ont tt les autres ; j'ai envoyé officiers pour les préparer, tt — Je répète qu'aucun n'est propre à paraître en « campagne.
tt Ginq bataillons Lalande, que j'ai passés hier eu tt revue , ont eu la constance de conserver depuis le tt Mans leurs détestables armes et leurs cartouches tt inefficaces. J'aurais fait un ordre du jour pour les tt en féliciter, si je n'avais craint que ce contraste
1 Voir, outre la dépêche suivante, Tèlègr* o/fic», 3*^ lenV* no» 130, 131, 132, aux Annexes, 247.
SECONDE PARTIE. CHiTPITRE V 1. 2Ô3
tt avec les calomnies dont ils sont Tobjet n'augmena tât encore le découragement indigné qui s^étend u chaque jour dans toute la Bretagne.
tt Le mouvement perpétuel auquel sont soumis ce les mobilisés n*a permis aucune espèce d*instrucu tion. Les voies ferrées sont interceptées , et toutes tt les communications difficiles. Il faudrait absolutt ment un peu de calme et, après instruction, des ft armes réelles, de tel système qu*on voudra, inspitt rant confiance.
tt DE MARIVAULT. iî
Mais, sur cet envoi de troupes au camp de Carentan, le général Chanzy intervient et réclame de son côté des mobilisés :
tt Le ministre a autorisé, v (écrit-il par télégraphe le 20 janvier, 3 h. du soir, à M. de Freycinet), tt le tt ministre a autorisé, sur ma demande, le colonel tt Cathelineatt à se rendre avec son corps à Châteaua Gontier, avec mission de couvrir la droite de Tartt mée et de défendre TAnjou contre les partis tt ennemis qui se dirigent de ce côté. Il peut tt rendre là dMmportants services ; mais il lui faut « du monde. Le ministre Ta autorisé tout d'abord ttà prendre 5,000 hommes, en faisant appel aux tt gens de bonne volonté des mobilisés bretons. On a me dit que le général de Marivault, je ne sais sur tt quel ordre \ fait diriger ces mobilisés sur Ca-
^ Sur Tordre exprès du ministère de la Guerre. Voir Télégf, offic.^ 3® série ^ n<» 130, aui Annexes^ p. 247.
âÔ4 ' LE CAMP DE CONLIE.
u rentan, où je crains qu'ils ne puissent former tt une résistance sérieuse. — Le mieux» et c'est tt ridée du ministre S est de donner à Catheli- « neau ce qu'il faut et de disposer du reste pour tt renforcer les régiments de mobiles du pays. — Je L demande donc que vous donniez Tordre au général tt de Marivault d'envoyer de suite à Catbelineau, à tt Cbâteau-Gontier, les mobilisés du Morbiban et tt des Côtes-du-Nord. »
Le délégué à la Guerre prescrivit en conséquence à M. de Marivault de réduire Uenvoi de Carentan à sept bataillons et d'expédier les cinq autres au colonel Catbelineau '. De ce nombre étaient le 1*' et le 3' bataillon de la légion de Saint-Malo, ce qui obligea le chef de cette légion, le colonel Hénault, d'adresser au commandant de la brigade d'IUe-et-Vilaine la lettre suivante :
« A M. le général de Lalande.
ft RenneSf 21 janvier 1871 .
tt Mon général,
tt J'ai reçu Tordre de me rendre avec deux batailtt Ions de la i^ légion d'Ille-et-Vilaine à Cbâteau-
^ Le ministre, M. Gambetta, n était pas alors à Bordeaux ; il était parti la veille au soir (19 janvier) de Laval pour Saint- Malo, d'où il devait se rendre par mer à Calais, puis à Lille.
2 Voir Télégr, offic , 3« série, n" 138. Par suite d'une faute d'impression, ce télégramme porte aux Annexes (p. 249) la date du s 30 janvier i qui doit être corrigée en « 20 janvier > . Cf. Télégr. ofjic,, 4« série, n»» % et 3, aux Annexes, p. 5^90, 29t.
a Gontier, c'est-à-dire vers les Prussiens. Soldat , u j^obéis ; mais il est de mon devoir de vous faire (f connaître la situation des troupes qu'on envoie u vers l'ennemi.
a Le 1*' bataillon, rentré du Mans dans un état de u délabrement complet, profondément démoralisé a d'être armé de mauvais fusils, dont la moitié au et moins ne peut servir, sans aucune instruction mia litaire , même sans chef (son commandant étant a épuisé et malade), ne tiendra devant aucun enne* a mi ; c'est un bataillon qui aurait besoin d'un mois « pour se refaire et surtout pour s'instruire. Le a mettre en ligne, c'est le livrer à la déroute, à la (c débandade la plus complète.
tt Le 3' bataillon a été armé le 20 janvier ; il n'a a pas la première notion d'instruction militaire, tt neuf dixièmes des hommes ne savent pas charger u un fusil. Est-il possible de faire quoi que ce soit ce avec de pareilles troupes? Non, mon général. tt C'est donc aller à une défaite certaine. Je proteste tt hautement contre la situation qui nous est faite, « et surtout contre le mauvais armement qui nous « a été donné. Mieux armés de fusils à longue portt tée et à tir rapide ^ ainsi que cela avait été solen^ tt nettement promis^ nous aurions pu tenir. Mal tt armés, ou pour mieux dire, désarmés^ nous ne tt pouvons être d'aucune utilité; au contraire, nous tt serons plus nuisibles qu'utiles. Les conséquences, tt quelles qu'elles soient, ne pourront nous être imtt putées.
a Je VOUS prie de vouloir bien transmettre ma « protestation à l*aatorité militaire supérieure.
a Le lieutenant-colonel commandant la 3* légion « mobilisée dHHe^et-Vilaine,
c HiNAULT. »
Le général de Marivault, en recevant communication de cette lettre, ne put se dispenser de protester à son tour auprès du Gouvernement. Ce jour même 21 janvier (1 h. 30 soir), Il télégraphia de Rennes au délégué à la Guerre :
tt Je vais, puisqu'il le faut, envoyer à Chàteau-Gon' tt tier trois bataillons de la Guerche, qui seront suivis a de deux d*ici, sitôt reformés. Vous avez le temps de tt donner contre-ordre et d'éviter de nouveaux mal- (t heurs. — Tous les mobilisés, autres que ceux a entraînés du Mans à Rennes par les fuyards de tt Chanzy, sont concentrés à Saint-Brieuc et à Vannes, a où ils seront rejoints par les bataillons qui n'avaient a pas été au camp. Ceux de Rennes se reforment. tt — Je tiens à vous répéter j puisque vos dépêches tt affectent de Vignorer, qu'aucun de ces bataillons tt n'est capable d'aucun service en campagne, que tt les armes sont pires . que nulles , non par leut tt modèle, mais par leur qualité et celle des munitt tions ; qu'il n'y a ni souliers, ni équipement ; que tt les mettre devant l'ennemi avant que chaque tt hoàime ait eu quinze jours d'instruction , avec tt une arme qui parte, ne sera que répéter le sa-
a crifice inutile et criminel que vous en avez fait ft au Mans.
a DE MaRIVAULT * . d
Depuis quelque temps déjà^le ministre supportait difficilement les observations de M. de Marivault, surtout contre le mauvais armement ; on lui avait même enjoint de a ne plus parler des armes que u pour dire si les bataillons en ont ou n*en ont a pas*. » Cette dernière protestation épuisa, parait-il, les dernières ressources de la patience du ministre, et le lendemain (22 janvier, 7 h. soir), le délégué à la Guerre expédia au général de Marivault ce télégramme :
a J'ai reçu votre dépêche d'hier 2 h. soir. — u M. le ministre de Tlntérieur et de la Guerre, Gamttbetta,'m'a chargé de vous informel que votre a commandement sur les mobilisés bretons a cessé, (c et que vous êtes remis à partir, de ce jour, à la distt position de M. le ministre de la Marine.
tt DE Freycinet \ î>
Le général, qui n'eut cette réponse que le 23, répliqua :
1 Voir aux Annexes, p. 57, col. 1.
2 Voir Annexes, p. 56 col. 2, et Télégr. offic,, 3« série, ii<» 144, aux Annexes, p. 250.
' Voir Annexes, p. 57, col. 2.
a08 LE CAMP DE CONLIE
(c Rennes, 24 janvier, 11 h. 15 matin. — Gênétt rai de MarivauU à délégué Guerre, Bordeaux,
a Reçu dépêche répondant à la mienne par la a suppression de mon commandement. Tenez tt compte des vérités'que je vous ai dites ; armez ce tt pays et rendez-lui confiance; je vous serai re- <( connaissant.
tt DE MaRIVAULT ' . îî
La dépêche qui révoquait M. de Marivault confiait jusqu^à nouvel ordre le commandement des mobilisés bretons au général de Planhol, commandant la 16* division militaire, et lui attachait comme chef d'état-major, chargé exclusivement de ce service, le général de Vauguion.
Si le ministre croyait ainsi se débarrasser des récriminations élevées contre le mauvais armement donné par lui aux Bretons, il se trompait.
Déjà, le 21 janvier, dans une dépêche relative aux mobilisés , le général de Planhol avait dit : » Toutes tt ces troupes ne sont que très-mal armées*. »
Le 27, il télégraphie au général Thoumas, directeur de Tartillerie : tt Cinq mille hommes des mêmes tt troupes sont mis sous les ordres de Cathelineau, tt qui se trouve en première ligne devant Tennemi. a II y a urgence de remplacer les armes dont ils tt sont pourvus par des chassepots ou des reming-
* Voir Annexes, p. 57, coi. 2.
2 Télégr. offic.^ 3« série, n» 140, aux Annexes, p. 249.
a tons (des fusils et non des mousquetons). D'après a les ordres de M. de Freycinet, je vous prie de « faire envoyer ces armes le plus tôt possible. »
Le même jour, dans une dépêche au ministre , il y revient : a L'habillement, Féquipement et Farce mement de ces troupes sont bien défectueux. ce Pour hâter Tamélioration de cet état de choses, je ce m'adresse, d'après vos ordres, au général Thouce mas * . »
Du reste, ce n'était qu'un cri sortant de toutes les bouches; les amis les plus zélés du Gouvernement tenaient le même langage; le préfet de Nantes télégraphiait au ministre :
tt Je ne puis assez vous dire à quel point le défaut ce et la mauvaise qualité des armes démoralisent les u mobilisés ; j'en suis à craindre des mutineries et ce refus de départ. Pour remettre le moral de tous, ee il nous faudrait dix à douze mille bons fusils à tir tt rapide. Avisez, je vous prie.
ce Fleury*. »
Ce préfet ne parle là que pour son département, et chacun de son côté en disait autant.
Devant ces réclamations, le Gouvernement se borna à envoyer un habile officier d'artillerie pour démontrer aux mobilisés que leurs armes (toujours les springfields de ÏErié) valaient mieux que leur
' Télégr, ofjk, 4* série, n»« 24 et 25, aux Annexes, p. 298. 2 Ihid.^ 3*» série i n° 141, aux Annexes, p. 249.
réputation. La mission du commandant Plumerel ne fut assurément point sans utilité, et lui-même pourtant, après ses expériences, concluait :
u Je ne crois pas qu'il faille compter sur un cpnu cours sérieux des mobilisés de Bretagne, tant qu'ils c( n'auront pas de fusils à tir rapide '. »
§ 2. — Plan de défense de la Bretagne par les mobilisés.
Pour employer utilement les mobilisés, il fallait donc, de Taveu de tous, les munir d*armes perfectionnées. Sans remplir cette condition nécessaire , on songeait pourtant plus que jamais à les utiliser, à les mettre en ligne devant Tennemi ; plus que jamais on en sentait le besoin.
Après avoir réorganisé ses forces sur la ligne de la Mayenne, le général Chanzy n'entendait nullement y attendre une attaque de Tennemi. Avant l'armistice, il s'était arrêté à l'idée de conduire son armée vers les lignes de Carentan, de façon à u coutt vrir la Normandie le plus longtemps possible, en a restant à même de se reporter sur la Seine et sur
< Voir télégramme de « Rennes, 9 féurier 1871/ Comman- « dànt Plumerel à Guerre, » aux Annexes, p. 166, col 1. Dans son rapport du 10 février, cet oflGcier dit encore : c II est perft mis de penser cpie si de pareilles troupes conservent leur K armement actuel, elles seront peu solides au feu et que leur c présence dans une bataille rangée sera plus nuisible qu*utile. » {Annexes, p. 166, col. 2.) — D'après une autre dépêche du commandant Plumerel, sa mission dut commencer -e 30 janvier. (Annexes, p, 166.)
a Varié ' . » Après rarmistlce , son plan fut de transporter ses forces au su^ de la Loire » son quartier général à Poitiers , de manière à couvrir le midi de la France et barrer devant Tennemi la route de Bordeaux^. Dans un cas comme dans Tautre, impossible — et le général le sentait — de laisser la Bretagne ouverte, sans protection, à la merci de rennemi\ Pour rendre disponible la deuxième armée, il fallait donc — c^est lui-même qui le dit, car nous ne faisons que rappeler ce qu*il expose en détail dans son livre — il fallait trouver moyen de (i couvrir solidement la Bretagne^. » Mais avec quoi ? Avec « les 45 ou 50,000 » mobilisés bretons, en leur donnant pour noyau, pour point d'appui, un corps d'armée formé de troupes régulières, soit deux ou trois divisions avec de Tartillerie, de la cavalerie et quelques bataillons de francs-tireurs.
La conclusion de la paix n'ayant pas permis d'expérimenter la valeur de ce plan , il serait superflu de l'examiner, voire même de rechercher s'il remplissait la condition, indiquée comme essentielle, 'découvrir u solidement » la Bretagne.
Tout au plus serait-on tenté de relever certaines contradictions, au moins apparentes, dans le langage de l'honorable général qui, à telle page de son livre.
^ Général Ghanzy, la Deuxième armée de la Loire, in-8<», p. 386.
2 Id., Ibid., p. 422, 423.
3 Id., Ibid,, p. 622.
4 Id., Ibid., p. 422.
représente les mobilisés bretons comme « mal armés» a mal commandés, mal organisés* « , à telle autre, comme très-capables de résister immédiatement à rinvasion prussienne. Bornons-nous à signaler Tillusion qui lui faisait écrire, le 22 janvier, au ministère de la Guerre : a Les 45 ou 50,000 hommes de Brea tagne, qu^on ine dit armés actuellement, peurent, tt bien répartis et commandés par des chefs sérieux, a défendre efficacement le pays*. » Et cela, quand pas une arme nouvelle ne leur avait été donnée depuis la bataille du Mans.
Mais, pour relever ces troupes, pour leur communiquer une valeur réelle, le général Chanzy comptait principalement — cela est certain — sur les influences morales et sur les puissantes excitations du patriotisme local stimulé par Tintérét personnel : u Les mobilisés bretons, dit-il, si détt sorganisés qu*ils eussent été par les mauvaises tt dispositions prises au camp de Conlie, n'en poutt vaient pas moins être utilisés, dès que, réunis sous tt des chefs de leur choix, ils sentiraient que c'était tt leur sol, leurs foyers et leurs familles qu'ils allaient tt défendre. y> Plus loin, il ajoute que la défense locale devait être organisée » en faisant appel à tous les tt gens de cœur, en les groupant autour des pertt sonnalités influentes dans leur propre pays', tu
II avait déjà fait choix de la tt personnalité in-
1 Général Ghanzy, Deuxième armée de la Loire, p. 622. 3 Id., Ibid,^ p. 393; cf. toutefois, p. 417.
3 1(1., Ibid.p, 386 et 420.
fluente » à laquelle il voulait remettre le soin de diriger la défense de la Bretagne. C'était le général Charette. Et il ne s'agissait pas alors de lui donner, comme on le fit plus tard, une seule division, mais bien le commandement supérieur de toutes les forces chargées de défendre FOuest.
Le général Chanzy pensait que, dans un moment où toutes les dissidences politiques devaient s'effacer devant le péril commun, ce chef jeune, actif, énergique, qui avait déjà montré tant des qualités de rhomme de guerre, une bravoure, admirable et un caractère si sympathique, pouvait, mieux que per« sonne en Bretagne, susciter les dévouements, relever et enflammer les courages, grouper et féconder toutes les ressources, tous les éléments de résistance qu'enfermait encore la vieille province. 11 comprenait qu'un Charette chargé d'une telle tâche s'y dépenserait tout entier, qu'en un mot si la Bretagne pouvait être sauvée de l'invasion, c'était par cette main. 11 y avait là une de ces inspirations qui ne viennent qu'aux esprits élevés, aux cœurs vraiment patriotes.
De la part du Gouvernement le général Chanzy se croyait certain de ne trouver aucun obstacle, surtout après les déclarations reçues par lui à Laval, le 19 janvier, qu'il rapporte ainsi :
tt Toute préoccupation politique devant s'effacer a en présence de cette grande œuvre de la défense a nationale; il était nécessaire que tous, généraux, « officiers et soldats , sussent^ sans arrière-pensée j
« qu'ils ne combattaient pas pour un partie mais Cl bien pour le salut de la patrie. Le général en u chef demanda au ministre de la Guerre de Faffirmer « devant tous les chefs supérieurs de la deuxième a armée , réunis à cet effet dans le salon de la pré- * tt fecture (de Laval). M. Gambetta, animé des sentt timents les plus patriotiques » le fit avec beaucoup ((de force et d'éloquence, annonçant lui-même (( qu'il confiait aux grands noms de la Bretagne, « quelles que fussent leurs opinions, le comman-
(( dément des forces destinées à en interdire Taccès
(( à Tennemi*. »
Le lendemain (20janvier), pendant que M. Gambetta s'embarquait à Saint-Malo pour Calais, le général Chanzy demandait au ministère de la Guerre de mettre M. de Charette à la tète de toutes les forces chargées de la défense de la Bretagne. Le 22 , n'ayant point de réponse, il télégraphie de nouveau à Bordeaux :
a Je désirerais connaître votre décision au sujet a de la proposition que je vous ai faite le 20, de tt confier au général de Charette la réorganisation a sérieuse des mobilisés de Bretagne et la défense tt du pays*. »
M. Gambetta étant à Lille , M. de Freycinet lui expédie le lendemain ce télégramme (23 janvier, 9 h. 33 matin) :
^ Général Chanzy, Deuxième armée de la Loire, p. 387. 2 Voir Télégr, offic, 4« série ^ n» 6, aux Annexes^ p. 291,
. SECONDE PARTIE. CfiAPlTBE VI. 21&
tt Je VOUS serai obligé de me répondre au sujet de a Cbarette, pour lequel je vous ai déjà télégraphié, a il y a trois jours. Le général Chanzy insiste de a nouveau vivement pour que le commandement de tt tous les mobilisés bretons soit confié à ce général. tt Je vous ai fait connaître que , cette mesure ayant a un côté politique, j'étais dans l'impossibilité abso-» tt lue de prendre aucune décision. Veuillez me don- « tier vos instructions pour cette aflfaire , à laquelle tt le général Chanzy attache une grande impor-^ tt tance. H dit que ce sera le seul moyen pour lui de « reprendre V offensive sans compromettre la Bre^ tt tagnei
tu m Freyginet. »
Le même jour, le délégué à la Guerre ayant teçU la réponse du ministre , la fait connaître en ces ter» mes au général Chanzy ( 23 janvier, 2 h. 55 soir) :
tt M. Gambetta petise qu'il y aurait des inconvétt nients à constituer à Charëtte utie sorte de comtt mandement régional. Le mieux, dans son opinion^ tt serait de lui adjoindre purement et simplement tt un certain corps de mobilisés bretons , avec lestt quels il guerroyerait comme Lipowski et Cathelitt neau. Si cela vous convient, indiquez-moi le u nombre de mobilisés que vous jugeriez utile de tt lui donner, en sus des volontaires qu'il a déjà. // tiijavt en tous cas éviter de donner à Charette une tt sorte de suprématie politique. Il doit rester ce
tt quMl est, le chef militaire d'un corps de partîtt sans.
tt C.deFheycinet*. »
Ainsi ce dialogue est simple. Le général Chanzy dit : Le seul moyen de ne pas compromettre la Bretagne , c'est de mettre à la tête de la défense le général Charette. M. Gambetta répond : Impossible, cela ne convient pas à ma politique. — Et cela, quatre jours après la déclaration de Laval de ne pas mêler aux questions de défense les questions de parti.
Cependant le général Chanzy , qui voulait avant tout recouvrer sa liberté d'action, voyant sa proposition repoussée , présenta, le 24 janvier, un autre plan a dans lequel j'ai cherché , dit-il , à tout concitt lier'. D A la tête des forces chargées de couvrir la Bretagne il plaçait, au lieu de Charette, un des chefs de son armée , le général de Colomb , commandant le 17* corps, avec deux divisions d'infanterie , la division de cavalerie et la réserve d'artillerie de ce corps , plus quatre autres corps de troupes commandés par les généraux Charette , Cathelineau, Berranger et Lipowski , qui devaient recevoir chacun un groupe de 12 à 15,000 mobilisés bretons ^ auquel leurs volontaires serviraient de réserve et de
1 Télégr. offic.y 4* sèrie^ n®» 7, 8, 9, aux Annexes, p. 292. Voir aussi notre Appendice,
2 Général Chanzy, Deuxième armée de la Loire, p. 394.
noyau '. Ce projet, proposé au Gouvernement le 24 janvier, fut formellement approuvé le 27*.
Dans ce plan du général Chanzy agréé à Bordeaux , le corps de Charetf e devait a couvrir Rennes a et défendre le pays en arrière de la Mayenne et a au nord de Laval ' » • A Laval , le général de Co* lomb , avec ses deux divisions et les mobilisés de la Mayenne, s'étendait jusqu'à Château-Gontier. De Château-Gontier à la Loire , le corps de Cathe-* liueau avait mission de défendre le cours inférieur de la Mayenne dans le département de ce nom et dans celui de Maine-et-Loire^, en se reliant au gé^ néral Berranger (capitaine de vaisseau), qui était à Nantes depuis le 23 janvier avec la mission spéciale d'organiser la défense de cette ville et de la Loire- Inférieure*.
Ce dernier avait dès lors sousla main, dans le dè-^ partement dont il était chargé , plus de 14,000 mobilisés : quelques jours après, ce nombre fut porté jusqu'à 18,000 •. On avait déjà donné — nous l'avons vu — cinq bataillons (environ 5,000 hommes),
i Général Chanzy, Ibid., p. 394, 395. Cf. Télégr. o/Jic., 4« série, n<» 10, 11, 13, aux Annexes,, p. 292, 293.
2 Voir Télé^. offic., 4e série, n»» 22 et 23, aux Annexes, p. 295, 296.
3 Ibid,, 4« série, n<* 10, aax Annexes, p. 293.
^ Ibid, Cf. général Chanzy, Deuxième armée de la Loire, p. 422 et 425.
B Ibid,, 4« série, no»63, 72 à 77, 80, aux Annexes, p. 303^ 304, 307, 308.
6 Ibid,, n<» 25, 81 et 87, aux Annexes, p. 296, 398 ei
919 LE CAlfP DE CONLIB.
le 27 janvier, à M. de Charette*. Quant an général de Lipowski , il était alors au nord d'Alençon , au Merlerault, airec ses francs-tireurs et ne semblait pas songer à venir prendre en Bretagne le commandement qu'on lui réservait. Les bataillons restants et non employés hors de Bretagne durent être ultérieurement répartis entre ces quatre chefs, et Ton donna ordre de réunir ceux qui n'étaient point concentrés, carie département des Côtes-du-Nord en avait encore sept dans ce cas*.
Ce que valaient ces éléments de résistance , le général de Colomb va nous le dire , dans deux télégrammes adressés par lui de Laval au ministre de la Guerre :
fc (30 janvier, 5 h. 25 soîi\) J*arrîve de Rennes, tt ou j'ai vu le général de Planhol , le général de '( Charette , le chef d'état-major du général Cathelitt neau et la plupart des commandants des légions tt ou brigades de mobilisés. Ces messieurs m'ont dit tt que les hommes étaient encore en sabots , mal artt mes, commandés par des officiers sur lesquels il tt n'est pas possible de compter ; que les légions et tt brigades sont dispersées. Ils demandent avec intt stance des souliers et des armes autres que les futt sils Springfield qu'ils ont entre les mains. — Je
i Voir Télégr, offic,, 4« série, no24, p. 296. Le général de Charette eut sous ses ordres , un peu plus tard , jusqu'à treize bataillons de mobilisés bretons.
2 Ibid,, no« 34, 47 et 92, aux Annexes, p. 297, 301 et
tt VOUS prie de me faire savoir ce qu'il est possible tt de faire. »
a ( 2 février, 1 1 h. 15 soir. ) Je ne saurais accepa ter rénorme responsabilité d'une organisation a d'armée avec des éléments aussi incomplets que tt les mobilisés de Bretagne , si je ne suis investi u d'un pouvoir qui ne saurait être contesté et assez tt étendu pour agir avec promptitude et sûreté*, n
Au reste, les difficultés ne venaient pas' seulement des^ mobilisés, mais de partout un peu, du Gouvernement lui-même. Ainsi l'un des agents les plus utiles et les plus dévoués , l'un des organisateurs les plus actifs de cette défense de TOuest qu'il fallait improviser parmi tant d'obstacles , c'était as* sûrement M. Cathelineau. Le général Cbanzy se loue de son zèle en maintes dépêches , met en lui toute eonfiance, toute espérance pour la réussite de ses projet?, et dès avant le 20 janvier il l'avait chargé^ avec l'approbation du ministre, de défendre le bas cours de la Mayenne ( depuis Château-Gontier) et l'Anjou*. Mais le département de Maineet-Loire avait alors un préfet (M. Engelhard), non moins connu par l'ardeur de son radicalisme que par ses luttes contre la presse. Il venait de supprimer un journal par un procédé renouvelé de l'Empire, que le ministre de l'Intérieur avait
1 Voir Télegri offic^^ 4» sèrie^ n»» 34 et 40, aux Annexes^ p. 298 et 300. .
s Ihid.^ no» % et 3, aux Annexes^ p. 290^ 291.
approuvé. On ne voit pas en quoi tout cela peut toucher le corps de Cathelineau, la défense de rOuest , le plan de campagne de Chanzy ; la dépêche suivante nous l'apprendra :
a Angers, 20 janvier 1871, 12 h. 5 soir. — Pré- ^fet à Gamhetta, Laval, — Extrême urgence,
tt Une dépêche du sous-préfet de Segré m'apprend ce que Cathelineau y est arrivé, venant de Châ(eautt Gontier, et qu'il est chargé d'organiser la défense a générale de TAnjou. Cette nouvelle doit êlre tt fausse. Il est impossible que le Gouvernement tt donne un commandement à Cathelineau à Angers, tt où YUnion de VOuest a été suspendue, et où le tt préfet comparait aujourd'hui même en police tt correctionnelle, assigné par M. de Cumont. Ce « serait la guerre civile, La municipalité d'Angers, tt et probablement celle de Nantes, donnerait sa tt démission. Je vous prie de me donner des explitt cations sur la prétendue mission de Cathelineau.
Ainsi, parce qu'un préfet a supprimé un journal et s'est mis dans le cas de paraître en police correctionnelle, il faudra, en face des lignes prussiennes qui guettent chacune de nos fautes et en savent profiter si cruellement, il faudra déplacer les corps de troupes, modifier les plans de défense, briser les
> Maurice Engelhard, préfet de Maine-et-Loire ; voir Télégr* o/fic,^ 4« série, n»» 4, 5, 19, aux Annexes, p, 291 et 295.
mesures arrêtées avec réflexion par le général en chef! £t si Ton n*obéit de suite à ses injonctfons, ce préfet menace de la guerre civile ! C'est peu encore ; un préfet n'est qu'un subordonné; celui-ci venait de mériter sa révocation, il ne fut pas même frappé d'un blâme. Cette impunité était un encouragement. Dix jours plus tard, M. Cathelineau ayant reçu les nouvelles troupes placées sous ses ordres, voulut les mettre sur les positions indiquées par le général en chef; nouvelles protestations de M. Engelhard :
« Angers, 31 janvier 1871, 9 h. 15 soir. — Prév^fet à Guerre et Intérieur^ Bordeaux.
a Le colonel Cathelineau a l'intention de prendre c( des cantonnements dans le département de Maine* a et-Loire, au lieu de rester dans la Mayenne. Per* a mettez-moi de vous faire observer que la présence tt de ces ironies pendant la période électorale peut tt présenter de graves inconvénients. Je désire que a le corps Cathelineau reste en dehors du départe-
tt ment.
ce Angers, 2 février, 9 h. 50 matin. — Préfet à tt intérieur, Bordeaux; à Gambetta (personnelle).
a J'apprends que, malgré mes protestations, le tt colonel Cathelineau a envoyé 2,50.0 hommes au tt Lion-d'Angers et aux communes environnantes, tt pour y prendre cantonnement. Je demande que la tt brigade Cathelineau retourne dans la Mayenne. U
122 LE CAUP DB CONLIEc
a est impossible de donner à MM. de FaUoux et tt de Cumont une armée cléricale au moment des et élections. J'attends des ordres en ce sens, et d'urtt gence.
M Engelhard n'attendit guère. Ce même jour, 2 février, un télégramme du ministère de la Guerre ordonnait au général Chanzy de faire rentrer le corps de Cathelineau dans le département de la Mayenne \ Immédiatement le général protesta :
a Laval, 2 février, 6 h. 45 soir, — Général a Chanzy à Guerre, Bordeaux,
a Je ne m'explique pas les nouveaux ordres don- « nés au colonel Cathelineau, alors qu'il était en-- Cl tendu qu'il était chargé de la défense de la a Mayenne, en aval de Château-Gontier , et du ce département de Maine-et-Loire. J'insiste donc ce pour que, à moins de motifs que j'ignore, mes tt premières instructions puissent s'exécuter. Il n'y Cl aura pas de conflit si les autorités locales, au lieu ce de créer des difficultés, prêtent, ainsi qu'elles ce doivent le faire , leur concours à M. de Cathelice neau .
ce Général Chanzy. »
^ Ce télégramme portait : k Pour prévenir tout conflit relaft tivement à la position des troupes de Cathelineau, je vous prie c de prescrire immédiatement à ce chef de corps de cantonner « ses troupes dans la Mayenne. » (Télégr. offic, 4® série ^ n» 44, aux Annexes, p. 300.)
SECONDE PARTIE. CHAPITRE VI. SiS
Le délégué à la Guerre répond (et ce sera sur cette étrange affaire notre dernière citation) :
a Bordeaux, 3 février 1871, 10 h. 45 matin. — Guerre à général Chanzy, Laval, — Urgence^
tt Les ordres que vous avez reçus hier, concernant 'a M. Cathelineau , vous ont été passés de la part de tt M. Gambetta qui, pour des raisons politiques que a je n'ai pas à discuter, a jugé préférable que prott visoirement le corps Cathelineau fût cantonné tt dans le département de la Mayenne. Veuillez donc a vous y conformer, à moins que vous n*obteniez de a M. Gambetta lui-môme le changement desdits tt ordres.
tt Le délégué, C. de Freycinet. »
Tout commentaire serait superflu ' ,
Outre ces difficultés politiques, il y en avait d'un autre ordre, et quelques-unes assez singulières. Ainsi, le plan du général Chanzy du 24 janvier en* traînait, comme on Ta vu, la répartition de tous les bataillons de mobilisés bretons entre les généraux Charette, Cathelineau, Lipowski et Berranger. En conséquence, ordre avait été donné au préfet des Côtes-du-Nord et au général de la subdivision de réunir les sept bataillons de ce département qui
1 Voir, sur les faits relatifs au corps Gathelinean, Télégr, offic., 4e série, n»» 4, 5, 19, 20, 21, 35, 42 à 46, aux Annexes, 291, 295, 299, 300 et 301.
Ît4 LE CAUP DE COKLIE.
jusque-là n'avaient pas été appelés à Factivité ' . Huit jours après, cet ordre était encore lettre morte; la concentration ne s'opérait pas, les mobilisés restaient chez eux. L'autorité supérieure s'étonnant de cette inertie, voici l'explication qu'elle reçut :
(i, Rennes, 31 janvier 1871, 10 h. 40. — Général tt commandant la 16* division à Guerre j Bar» « deaux; et à général de Colomb, Laval,
tt Le général commandant la subdivision des tt Côtes*du-Kford m'envoie la dépêche télégraphique tt ci*aprës :
« Reçu le télégramme suivant, auquel j'ai obtemtt péré : « Je vous invite à informer les bataillons tt mobilisés du département que, sauf ordre éma-tt nant du ministre, ils ne pourront quitter leurs ik foyer s que sur le mien. Signé : Le Luyer^ général a de brigade \ r>
Déjà, le 28 janvier, le général de Planhol, com^ mandant la 16* division, avait adressé au ministère de la Guerre la dépêche qui suit :
« Rennes, 28 janvier 1871, 7 h. 20 soir. — Z)ett vision à Guerre, Bordeaux.
tt II m'est rendu compte par le général commantt dant la subdivision des Côtes-du-Nord (général
1 Les mobilisés des Gôtes-du-Nord étaient divisés en 2 1 batail* lonSf dont 14 avaient été dès le mois de novembre envoyés à Conlie.
2 Voir Télégr.offic.^ 4« série ^ n« 99, aux Annexes, p. 315.
a Legay d'Arcy) et par le colonel Villarceaux, de tt Tétat-major des forces mobilisées de Bretagne, a que des scènes très-regrettables ont eu lieu à tt Saint-Brieuc, où un M. Le Luyer, s'armant d'une tt commission signée Gambetta et dont il est muni, tt porte la désorganisation et Tindiscipline dans les tt bataillons de gardes nationaux mobilisés, stationnés tt dans ce département, et menace de destitution a les officiers généraux et supérieurs s'ils viennent « à lui déplaire.
tt Us demandent qu'il soit mis le plus promptement tt possible fin à cet état de choses, qui pourrait, en se tt prolongeant, avoir des conséquences très-fâcbeuses.
« DE Planhol ' . »
La veille , le préfet des Côtes-du-Nord télégraphiait de son côté :
« Saînt-Brieuc, 27 janvier 1871, 3 h. 25 soir. — « Préfet à Guerre, Bordeaux.
a Le commandement des sept bataillons mobilisés a restant dans mon département, formant un eOectttifde 5,150 hommes remis par moi à l'autorité « militaire, vient d'être confié en même temps à Ti M. Le Luyer, capitaine de l'armée, délégué par tt vous y et à M. Braccini, colonel des légions mobilîtt sées du Morbihan. Ces changements successifs de a chefs suscitent des conflits entre les autorités,
^ Voir Télégr. ofjk.^ h^ série ^ Ti» 95, aux Annexes^ p. 3i4,
(c portent le trouble et le découragement parmi les a officiers et les mobilisés de mon département, qui (( ne savent plus à qui obéir. Veuillez faire cesser tt cet état de choses on ne peut plus regrettable, en a indiquant définitivement Tautorité qui doit prendre (c le commandement des mobilisés de mon départe* « ment.
« J. M. VlET-DOBODRG *. »
Le colonel Braccini, dont il est ici question,commandait la brigade des mobilisés du Morbihan , cantonnée en grande partie dans les Côtes-du-Nord depuis le commencement de janvier : circonstance qui avait déterminé le général de Marivault, — dont le .commandement embrassait, comme on Ta vu, tous les mobilisés de Bretagne, — à mettre sous les ordres de M. Brdccini les sept bataillons non concentrés du département des Côtes-du-Nord. En admettant que la suppression du commandement de M. de Marivault eût remis ipso facto ces sept bataillons dans le droit commun , c'est-à-dire sous les ordres du commandement territorial, ils auraient dû passer de Tautorité de M. Braccini dans celle du général commandant la subdivision des Côtes-du-Nord , M. Legay d'Arcy.
Mais ici, c'est toute autre chose; car, d'après les deux dépêches qu'on vient de lire, M. Le Luyer ne représente évidemment ni le commandement territorial , ni le commandant spécial créé sur les mobi-
' Voir Téiégr. offic, 4^ série, n^ 92, aux Annexes, p. 313.
lises bretons; il est indépendant de Tun et de Fautre et ne relève que du ministre. Ce fait a semblé si singulier à votre Commission que, pour éviter tout malentendu, elle a cru devoir s'adresser à M. Le Luyer, qui a bien voulu lui transmettre, avec des explications dont nous parlerons dans un instant, le texte même de la commission qu'il avait reçue de M. Gambetta. Le voici :
(c RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
tt Liberté — Égalité — Fraternité.
a Gouvernement de la Défense nationale.
tt Le membre du Gouvernement de la Défense tt nationale, ministre de Flntérieur et de la Guerre,
tt En vertu des pouvoirs à lui délégués par le Goutt icrnement, par décret en date, à Paris, du l*'octoabre 1870,
tt Donne commission à M. Le Luyer, ancien tt capitaine de Farmée, de se rendre dans les Côtestt du-Nord pour, avec les mobilisés du département, tt former une brigade d'après un plan qui lui est » propre. Il pourra prendre, pour l'organisation des tt cadres, toutes les mesures nécessaires.
tt Le préfet et le général de la subdivision militt taire lui prêteront le plus actif concours pour tt Taccomplissement de sa mission.
c Laval, 18 janvier 1871.
tt Léon Gambetta. r,
II s'agit donc bien d'un commandement indépendant établi en debors de toutes les règles, aussi bien au détriment de l'autorité militaire territoriale que du commandement spécial établi sur les mobilisés bretons \ En un mot c'est de l'anarchie. Mais pour quel motif?
. M. Le Luyer, d'après sa commission même , avait Ti un plan propre » , grâce auquel il se promettait de donner aux mobilisés bretons, officiers et soldats, une instruction militaire plus efficace et surtout plus rapide que par les procédés ordinaires. Sa mission avait de plus un autre objet, qu'il indique ainsi iMÎ-méme dans une lettre adressée à la Commission :
<c La question d'instruction complétait la mission « que le ministre de l'Intérieur et de la Guerre ft m'avait confiée, le 18 janvier, dans les conditions « suivantes. Le vrai poste, auquel il me destinait en a ce moment, était celui à' ad latus du général en a cbefde la deuxième armée de la Loire, autrement tt dit, de représentant, auprès de cette armée, de tt la direction générale des opérations. — Cette a position, assez délicate à cause^de l'usage absurde u qu'on en a généralement fait, exigeait une entente a préalable avec le général en chef pour le modus
'- ^ En se bornant à réclamer les sept bataillons restés dans les Câtes-du-Nord, M. Le Luyer — on doit le reconnaître — montra de la modération, car la teneur de ses pouvoirs mettait à sa discrétion, sans distin(|uer, tons les mobilisés de ce département, qui formaient, comme on Ta dit, vingt et un bataillons. '
a Vivendi. C'est pour donner au ministre le temps a de conclure cet arrangement, et pour ne pas tt arriver les mains vides, que je suis allé dans les tt Côtes-du*Nord jeter les fondements du système « d'organisation et .d'instruction dont il s'agit. Pour tt cela quatre ou cinq jours m'eussent suffi en temps a ordinaire *. »
Du reste, M. Le Luyer était depuis longtemps (an moins depuis le commencement de décembre) en rapports fréquents avec le ministre :
tt J'ai vécu, dit-il, durant ces mois, complètement « absorbé par le travail de tête incessant, nécessité « par l'envoi régulier, je pourrais dire journalier, tt d'une note au ministre sur l'ensemble des opé* « rations*. »
Cependant il avait promis d'instruire et organiser en huit jours sa tt hrigade-division » . Il lui fallait un général, trois colonels, et neuf chefs de. bataillon. Pour le général, il le trouva aisément dans l'un de ses frères, jusque-là » avocat laboureur )) , comme il l'appelle, mais à qui, » en quelques heures » , il communiqua une instruction militaire suffisante pour que ce frère lui pût servir de suppléant dans l'exposition de sa doctrine. Le 24i janvier, il télégraphiait au ministre de la Guerre :
a Je vous fais faire, et je vous enverrai par le
^ Voîr Annexes, p. 310, col. 2.
2 Ihid,, Annexes, p. 311, col, 2
« courrier, un rapport destiné à prouver qu'on avait tt compliqué comme à plaisir la cuisine militaire, tt qui est en réalité la chose la plus simple du monde. a C'est un avocat-laboureur qui fait ce rapport et tt qui sera chargé de transmettre l'instruction, quHl « a reçue en quelques heures, aux colonels et chefs ^ de bataillons que je choisirai demain, sans me a préoccuper davantage de leurs antécédents militt taires.
Cl Quoique les hommes d'intelligence moyenne ne « me paraissent pas pulluler, je ne doute pas qu'à ((leur tour ceux que je choisirai acquièrent, en tt deux oîi trois Jours, la capacité nécessaire pour tt instruire les autres officiers et les soldats en moins « de temps qu'il n'en faudra pour les faire arriver a par étapes sur le point que vous indiquerez. Ces, a étapes serviraient en même temps à entraîner les tt hommes. Toutefois, si elles présentaient des inu convénicnts, il suffirait d'un séjour de huit ou dix v^ jours dans un camp de passage, qu'on installerait tt en quatre ou cinq jours moyennant quatre ou cinq tt mille francs, en s'adressant aux sabotiers de notre « pays '. n
Nous ne sommes pas une Commission militaire ; nous n'avons ni à apprécier ni même à exposer le plan d'organisation et la méthode d'instruction de M. Le Luyer; nous constatons seulement que, d'après lui et moyennant cette méthode, quelques
1 Voir Têlégr. qffic, 4« série, n« 90, «nj Anneûrejf, p. 3t2,
heures devaient suffire pour former un général, deux ou trois jours pour les officiers supérieurs, pour les autres officiers et pour les soldats huit jours.
Plus ces promesses étaient belles , plus elles soulevaient d'incrédulité, d'opposition : sentiments qui éclatèrent jusque dans les conférences où Ton expo» sait le système. De leur côté, les soldats, en apprenant par cet exposé combien il était aisé de devenir général, se croyaient tous aptes à Tétre et respectaient d'autant moins leurs supérieurs. Ils avaient, de plus, sous les yeux le fâcheux spectacle de ce commandement attribué à deux chefs sur les mêmes troupes et restant, entre MM. Braccini et Le Luyer, disputé et incertain. Toutes ces circonstances, poussant à Tindiscipline, créaient une situation dangereuse. Le préfet des Côtes-du-Nord , nous Tavons vu , pressait le ministre d'y mettre fin ; le général de la subdivision protestait contre cet état de choses plus énergiquement encore, comme en témoigne cette dépêche de M. Le Luyer, adressée, le 26 janvier, au ministre de la Guerre.
a L'autorité militaire, appuyée par un chef de (( légion et un chef de bataillon, m'est littéralement « tombée dessus à bras raccourci, sans savoir ce tt dont il s'agissait. Le général commandant la subci division,, entre autres, a profité de- mon absence a pour troubler la réunion, déclarant, du haut de Cl sa médaille de Sainte- Hélène, que tout est pour ce le mieux et qu'il n'y a rien à changer, sous pré-
232 LE CÂNP DE GONLIE.
tt texte, sans doute, qu'il a envoyé 10,000 hommes tt au cimetière de Conlie * . »
Deux jours après (28 janvier) , ébranlé par ces diflicultés, il écrivit au secrétaire général des télégraphes, M. Le Goff, son compatriote et son intermédiaire habituel auprès de M. Gambetta : k Je ne a veux pas décourager le ministre; mais, d'après tt ce que je vois , vous ferez bien de le prévenir que, ce s'il ne prend pas incessamment les mesures les tt plus énergiques, il sera trop tard *. »
Il reçut cette réponse :
tt Bordeaux, 28 janvier 1871. — Secrétaire gé-^ tt néral [des télégraphes) à général Le Luyer.
tt Je sors de chez le ministre , que je n'ai pu voir tt sérieusement que ce matin. Il est très-content de tt vos rapports. Quant à Tincident du général, voici tt ce qu'il m'a dit : ^ Le Luyer a mes pleins poutt voir s; le général sera brisé si cela est néces-tt saire. » — Pour ma part, j'aime mieux que vous tt arriviez au but plus doucement; mais sachez bien tt que vous avez pleins pouvoirs et que tous les ohtt stades doivent disparaître. ' »
M. Le Luyer, plus sage que le ministre, répliquait le lendemain :
tt Si j'écoutais mon amour-propre, j'accepterais
* Télégr. offic., 4® série^ n® 91, aux Annexes, p. 313. 2 Ihid., n<»94, aux Annexes, p. 314.
^ Ibid.^ n® 96, aux Annexes, p. 314,
a immédiatement la proposition relative à la démott lition du général, d'autant plus volontiers qu'il a n'est, au fond, qu'un vieux gabion farci de jésuitt tisme, derrière lequel s'embusquent des gens on tt ne peut plus malintentionnés. Mais, comme je ne V veux pas exposer le ministre à être accusé, même tt injustement, d'avoir confié des pouvoirs à une tt corneille qui abat des noix , ou seulement à un tt homme capable de se laisser entraîner par des restt sentiments personnels, je pense que le mieux est tt de faire le préfet juge de l'opportunité, quitte à « tenir en réserve, pour un cas grave, les foudres tt que le ministre veut bien mettre à ma dispositt tîon \ ri
En revanche, il demandait l'extension de ses pouvoirs sur tous les mobilisés de Bretagne :
tt (30 janvier). Faute de moyen d'action trèsci énergique, je cours risque de faire fiasco. — Il ce faudrait peut-être étendre la mesure à toute l'artt mée de Bretagne, d'accord avec Carré-Kerisouët. tt Je vais faire appel aux hommes qui seraient distt posés à m'aider. Cet appel ne pourrait être contrett signé par le préfet et le général qu'à la suite d'un tt titre officiel ; comment doîs-je libeller ce titre : tt Délégué pour les Côtes-du-Nord ou pour la Brett tagne? »
tt (31 janvier). Je pourrais faire presque aussi
^ Télégr. q/fic., 4® sériCy n9 97, aux Annexes, p. 314.
« TÎfe pour tontes les trovpes de Bretagne qne ponr & ceDes des C6tes-d»-\onl '. »
Cette demande, agréée, aniait erapéehé radieale- ■lent la répartitioD projetée des nidnlisés bretons entre les eommandements de UU. de Charette , Gatbelinean et Berranger, supprimé, ponr ainsi dire, ees commandements, et anéanti font le plan de défense de la Bretagne adopté snr la proposition du générd Gkanzy. Qoel qne put être le crédit de M. Le Lnyer anprès dn ministre , nne mesure ayant de telles conséqnem^es était bien difficile à enlewer. En attendant, il se bornait à maintenir les mobilisés cbes eux ' ; il continuait à receroir des encon ragements de Bordeaux '. Et néanmoins, le l*' fé- ¥rier, sans donner tout à lait sa démission , il se décida à remettre entre les mains du préfet les pou^ Toirs qu^il tenait do ministre :
« Si TOUS les repassez au général qni commande « actuellement la snbdÎTÎsion (écri¥ait-il au préfet), « ¥ons le ferez sons votre responsabilité. Pour moi , « je n^ensse pas bésité à briser ce général et à dis-
* Télégr. nf fie., hl^ série, vt^ 98 et 100, usLAjmtoces, p. 315.
2 Voir le télégmnme do général de PUnhol du 31 janvier, cidessus p. 224, aux Annexes, ^,Vi\^. {TéUar.offic.,h^ série, n« 99.)
' Le 31 janvier an soir, le secrétaire général des télégraphes, H. Le GofiT, télégraphiait à M. Le Loyer : c Je viens de voir c le ministre. An premier mot , il m*a arrêté tout court en me c disant : t II a tous les pouvoirs; il est couvert et je le couvre t de tout; mais qn il me laisse la tranquillité en retour de la i liberté qoeje lui donne, t (loirT^'^r. offic,,ki^ série, j^\&%, aux Annexes, p. 315-316.)
tt soudre les légions de Dinan , Londéac et Guinttgamp, comme j'en avais le pouvoir, s'il s'était « agi d'une mesure générale. La seule raison qui a m'ait empêché de le faire, c'est qu'il n'en sett rait, pour ainsi dire, résulté qu'une satisfaction a d'amour-propre pour moi. En vous remettant mes a pouvoirs, je ferai une seule réserve. Je maintiens, tt à l'égard de la légion de Lannion, jusqu'après ma Cl visite au ministre, l'invitation de ne pas la détt placer sans un ordre direct du ministre de la tt Guerre ' . »
Les deux bataillons de Lannion non concentres restèrent donc chez eux; tant qu'ils y étaient, impossible de lever les' cinq autres. D'ailleurs M. Le Luyer, ayant réussi à supplanter M. Braccini, laissait par son départ ces sept bataillons dépourvus de commandement supérieur. Aussi, le 6 février, le général Legay d*Arcy écrivait-il au ministre de la Guerre :
«Mobilisés des Côtes-du-Nord , n'étant pas sur « pied de rassemblement et n'ayant pas de solde , «pas de commandant supérieur, n'ont pu être tt exercés comme on désirerait *. »
Et le général Chanzy, mis au courant de cette situation, télégraphiait le lendemain au ministre :
tt Par suite de considérations que je ne m'explitt que pas, l'organisation des forces de Bretagne tt rencontre partout des difficultés. Les ordres de
^ Télégr, ofjic., ¥ série, n® 103, aux Annexes, p. 316. 2 Ibid., n® 54, aux annexes, p. 302.
tt concentration ne s*exécutent pas; M. Le Luyer, tt auqnel je vous ^i demandé de retirer la mission tt quMI prétend avoir dans les Côtes-du-Nord , contîa nue à apporter des entraves '. n
Cependant M. Le Luyer n'était plus là ; mais les fâcheuses conséquences de la situation anarchique , créée par sa mission, subsistaient'.
Qu'il soit bien entendu, néanmoins, que nous n'avons nulle intention d'incriminer M. Le Luyer, qui a sincèrement cherché, nous le croyons, à se rendre utile à la défense nationale et qui n'a, dans tous les cas, péché que par excès de zèle. Si nous avons insisté sur cet épisode , c'est qu'il met dans tout son jour le désordre d'idées , le mépris complet de la hiérarchie qui régnait au ministère de la Guerre, et aussi l'étrange façon dont on continuait de s'y prendre pour assurer sérieusement la défense de la Bretagne.
Du côté des mobilisés et de leurs chefs, il y avait cependant à ce moment même, dans tous les cantonnements, un grand eflbrt pour s'instruire et s'exercer de façon à être en mesure de défendre
^ Télégr. offic, 4« série, n» 55, aux Annexes, p. 302.
^ Cette mis<iion a toujours été, d'ailleurs, exclusivement militaire. Nous insistons sur ce point, parce que, suivant une dépêche du février 1871, M. Jules Favre, après la levée du blocus de Paris, semble avoir pris, mais à tort, M. Le Luyer (qu'il appelle Laluyé) pour « un commissaire du Gouvernement i char<][é des fonctions de préfet dans le département des Côtesdu-Nord. Voir Télégr, offre,, 4« série, vfi 104, aux Annexes, p. 316. — Cette dépêche est à notr Appendice,
énergîquement le sol de le patrie , si la guerre se rallumait après rarmistice.
Inutile de dire que les bataillons adjoints aux corps des généraux Charette et Cathelineau reçurent une éducation militaire solide » qui ne pouvait manquer d'en faire de bonnes troupes , du moment où on leur donnerait de bonnes armes. Dans la Loire- Inférieure, le général Berranger avait aussi plusieurs légions très'bien exercées , entre autres celle de Paimbœuf-Saint-Nazaire dont on a déjà parlé , et celle de Cbâteaubriant qui n'était point venue au camp de Conlie, mais que son zélé colonel , M. de la Pervanchère, avait instruite avec toutes les ressources locales et rendue Tune des meilleures de Tarmée de Bretagne ^
Mais enfin un point faisait défaut , un point essentiel, indispensable , pour donner à ees troupes improvisées Tardeur et même la confiance, sans laquelle on ne pouvait attendre d'elles un effort sérieux et efficace : il leur manquait toujours de bonnes armes, ces armes si souvent promises et si vainement espérées , des armes à tir rapide.
En dépit de toutes les promesses, elles ne venaient point. Le 12 février, le général de Planhol télégraphiait au ministre de la Guerre :
a D'après les ordres du général Chanzy et du gé-
1 La Commission d'enquête de l'Assemblée nationale a eu sous les yeux les excellents témoignages d'estime et de satisfaction rendus à cette légion etàson chef par les généraux de Noue et Berranger, et par le colonel Debelfort, chefd'état-major du général Berranger.
anéral de Colomb, les mobilisés de Bretagne vont tt aller prendre les positions qu'occupait la deuxième a armée de la Loire. Il serait urgent de donner à ce ces troupes les chassepots ou les remingtons qui tt leur ont été promis et leur rendraient la confiance a qui leur £ait défaut maintenant. »
Le lendemain, le général de Charette, revenant à la charge, a demande » par télégraphe au ministère de la Guerre a chassepots ou remingtons qui ont été » promis pour armer les mobilisés sous ses ordres' .»
Toutes ces demandes restaient sans résultat.
Et les tiraillements politiques continuaient. Les officiers de six bataillons , désignés pour faire partie du corps du général Cathelineau , refusaient de a servir sous un chef dont leurs idées politiques les tt éloignent*» . Ils envoyaient à Bordeaux des délégués pour justifier leur refus, et Ton parlementait avec eux.
Le général de Colomb, malgré ses instances réitérées, n'avait même pas reçu encore les pouvoirs nécessaires pour dompter les résistances, pour réunir et organiser les divers éléments de son armée. Aussi , le 12 février, voyant la deuxième armée s'éloigner et se transporter au sud de la Loire , devant cette situation impossible dont le poids allait lui échoir, il crut devoir la faire connaître tout en-
* Tèlégr. offid, 4* sérié, n»» 58 et 59, aux Annexes t p. 303.
^ Télégramme da colonel Paris au ministre de la Guerre , du 7 février 1871 ; 6f. télégr, offic.M série, n® 56, aux Annexes, p. 302-303.
tière dans la dépêche suivante, afin de metire sa responsabilité à couvert :
tt Laval, 12 février 1871, 5 h. 42 soir. — Général de Colomb à Guerre j Bordeaux,
(c Le général Chanzy est parti, et la deuxième ara mée est en mouvement pour se porter sur la rive ce gauche de la Loire. — Je reste à Laval avec deux a divisions d'infanterie très-faibles , une division de a cavalerie , et une réserve d'artillerie sur laquelle tt la deuxième armée a prélevé deux batteries de 8 tt et une de 7. — Les mobilisés de Bretagne sont tt encore dispersés dans les départements , mal tt chaussés et déploràblement armés. Ma situation , tt comme commandant des forces de la Bretagne , tt n'est ni établie ni définie par aucun acte officiel. « — Le général de Lipowski , qui doit commander tt un des corps, est on ne sait où; il a quitté l'armée tt sans autorisation.
ttJe ne puis accepter une pareille situation, si tt je n'ai pas les pouvoirs nécessaires pour réunir et tt maintenir tous ces éléments un peu hétérogènes. tt — La France est dans une situation telle, que pertt sonne n'a le droit de reculer devant une respon*^ ttsabilité, quelle qu'elle soit. Je ferai ce que je « pourrai , mais je ne puis rien si je n'ai pas- les tt pouvoirs nécessaires.
tt Je demande instamment que les mobilisés du T) Finistère, désignés pour aller au Corps de Cathelitt neau, ne reçoivent pas une autre destitiation^ Je
240 LE CAMP DE GONLIfi.
tt ne saurais laisser intervenir les questions de pertt sonnes. Les mobilisés remis à la Guerre doivent, a comme des troupes régulières , aller là où on les tt envoie. Sans cela il n*y a ni discipline, ni com^ a mandement possible \ »
Ce télégramme ressemble à un cri de détresse. — Il montre combien la défense de la Bretagne était mal organisée , mal assurée , et quel désaslre aurait inévitablement frappé TOuest si la guerre eût continué.
La date de cette dépêche, qui est celle de la première séance de TAssemblée nationale à Bordeaux , marque le terme de ce rapport.
^ Télègr, ofjic,, 4c série, n® 57; aux Annexes, p. 303.
Au début de ce rapport nous disions :
tt Un effort considérable a été, dès le mois d'octobre 1870, fait par la Bretagne pour mettre son contingent mobilisable en état de prendre une part active à la défense nationale ; et tandis que, dans le reste de la France, les mobilisés n'ont été presque partout remis à la Guerre que dans le courant de janvier 187], dès la fin de novembre précédent, la Bretagne avait levé plus de 40,000 hommes et dès le 9 décembre plus de 50,000. '
« Pourquoi cet effort a-t-il avorté ? »
La réponse à cette question se dégage du récit que nous venons de faire.
Nousavonsnettement marqué lesdéfauts des gardes
nationales mobilisées, qui péchaient surtout par la
mauvaise qualité des cadres. Mais Texemple de la
division de marche (ou division Gougeard) prouve que
ces troupes, bien armées, bien traitées et mises dans
des conditions convenables , pouvaient rendre à la
défense de bons services. Si l'effort patriotique de la
Bretagne n'a pas abouti, ce n'est donc pas à la nature
de l'élément mobilisé qu'on doit imputer cet échec.
Faut-il en voir uniquement la C£tuse dans le mau*
vais emplacement du camp de Conlie et riiiconvénieut de son sol boueux? Cette opinion a été soutenue; M. Gambetta, devant la Commission d'enquête, s*y est rattaché énergiquement :
« Je suis allé voir ce camp (a-t-il dit) ; il était tt très-mal choisi... Le grand reproche, le reproche tt fondé, c'est d'avoir choisi l'emplacement dans un tt lieu qui n'était pas nivelé, dont les terres étaient ft très-fortes, et où il n'y avait pas d'écoulement tt pour les eaux. Comme la saison a été très-plutt vieuse, il y avait une boue horrible dans laquelle tt les hommes pataugeaient... C'est la faute de M. de « Kératry ; il ne fallait pas qu'il choisit cet emplatt cément *. «
Quand il s^ exprimait ainsi, M. Gambetta avait oublié son télégramme du 25 novembre 1870, dans lequel, le lendemain de sa visite à Conlie, il » félicitt tait le général de Kératry sur l'excellente organitt sation de ce camp et l'état des fortifications '• n 11 avait oublié son décret du même jour, qui maintenait et consacrait la création de M. de Kératry en en faisant un des onze camps régionaux institués par ce décret '. Il avait oublié sa dépêche à M. Jules Favre en date du 26 novembre, od il dit tt qu'il s^est rendu an camp de Conlie, qu'il l'a
ï Enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale, Dépositions, I, p. 561 et 562.
3 Voir d^essus, p. 54«
3 Voir Bulletin des Lois, xn^ série, Délégation de Totin et de Bordeaux, p. 2014
a trouvé bien établi, bien fortifié, en bon état détt fensif ^ » II avait oublié le malheureux journaliste du Mans^ traduit en cour martiale pour s'être permis de contester la satisfaction de M. Gambetta dans sa visite à Conlie '. M. Gambetta, enfin, avait oublié qu'à la demande d'évacuation de ce camp, formée le 10 décembre par M. de Marivault et soutenue par M. de Freycinet, il avait opposé un refus positif, maintenu sous diverses formes jusqu'en janvier, et qu'avant de céder à ces instances il avait reconnu comme sienne « Terreur de Cordie — sHl (n y a eu vraiment erreur *. »
Si l'emplacement de ce camp était mauvais et s'il y a eu là une faute, M. Gambetta ne saurait la rejeter exclusivement sur M. de Kératry ; il la partage avec lui .
Mais pour apprécier, comme il convient, cette question de remplacement, il importe de distinguer deux périodes, l'une avant, l'autre après le 27 novembre 1870.
Pendant la première période, l'armée de Bretagne a pour objectif le ravitaillement de laris, elle est appelée à marcher prochainement en avant ; il y a donc pour elle — et elle le sent — nécessité d'une concentration dans le voisinage du Mans, à portée des lignes de fer qui doivent la transporter vers la
^ Voir Jules Favre, Gouvernement de la Défend nationale, II, p. 122.
2 Voir ci-dessas, p. 53.
3 Voir ci-dessus, p. 82-83 et 89 à 95.
capitale. En outre, la mauvaise saison ne fait que commencer; la boue, déjà incommode, n'est pas encore devenue intolérable.
Dans la seconde période, plus de marche en avant ; la reprise d'Orléans par les Prussiens (4 décembre) la rend impossible et fait prévoir, au contraire, une attaque contre le Mans, très-périlleuse pour Conlie : premier et pressant motif de tirer de là les Bretons et de les ramener en Bretagne. Autre motif non moins pressant : la boue qui croit de jour en jour et change le camp en cloaque, au point de rendre tout exercice et presque tout mouvement impossible. Les mobilisés, qui ne comprennent plus pourquoi on les laisse sans armes, oisifs et misérables dans cette fange, perdent confiance et se démoralisent.
Pour la première période, M. de Kératry est responsable des inconvénients de remplacement : c'est lui qui Ta choisi.
Pour la seconde, la responsabilité passe à M. Gambetta : c'est lui qui a retenu sur cet emplacement les mobilisés bretons.
Mais la principale cause de l'avortement du patriotique effort de la Bretagne fut incontestablement le manque d'armes.
Les Bretons s'étaient levés au premier appel : on leur avait marqué un point de réunion à cinquante lieues de chez eux, on leur avait promis en même temps de les traiter en soldats, de les munir d'armes à tir rapide, et ils étaient accourus. Le Gouverne-
ment ne tînt pas sa promesse. La Commission d'armement, avant le 16 décembre, avait reçu d'Amérique (sans parler du reste) près de 160,000 armes perfectionnées (73,724 fusils, 84,713 carabines) ; sur ce nombre, plus de 50,000 carabines et de 55,000 fusils restèrent disponibles en novembre et en dér ormbre 1870 '; on pouvait en armer les Bretons, on ne le fit pas. Du moins — si Ton ne voulait pas leur (donner de suite des armes à tir rapide — eût-on dû, provisoirement et le plus tôt possible, les armer de fusils rayés Enfield ou Springfield. La Commission d'armement en avait reçu au 15 décembre plus de 230,000 ' ; les trois quarts furent envoyés dans les départements du Midi, dont les mobilisés ne sortirent de cbez eux que vers la mi-janvier; les mobilisés de Conlie n'en eurent pas. Ils reçurent, au commencement de janvier seulement, les springfields de YEriéf les derniers venus et les pires.
Us restèrent ainsi deux mois sans armes, sans moyens de s'exercer et de s'instruire ; de ce manque d'armes et de cette oisiveté forcée ils conclurent qu'on ne voulait pas faire d'eux des soldats, mais les soumettre à des privations, à des souffrances, sans aucune utilité pour la défense nationale. De là, un complet découragement, contre lequel demeura inefficace la tardive distribution des springfields : en voyant le mauvais état de ces fusils, le triste résultat
* et ' Voîp, à la suite du rapport officiel , la Note sur les armes; et, à notre Appendice , Teitrait que nous donnons de,, (îette^notç, ... . i
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des essais d*armes, les mobilisés bretons se crurent de plus en plus voués au rôle de Tictimes et même — après la Tuilerie et Tincident des dépêches ' — de victimes qu*on voulait déshonorer.
Telle est, aujourd'hui encore, Fopinion générale en Bretagne, et cette opinion — conséquente avec elle-même — attribue le non-armement des troupes de Conlie aux sentiments de défiance du Gouvernement de Tours à Tégard des Bretons.
Sans rien préjuger, deux points nous semblent acquis : 1* la possibilité d*armer les mobilisés bretons, conformément aux promesses qu'on leur avait faites; 2* Texistence à Tours et à Bordeaux, dans le monde gouvernemental, de préventions politiques défavorables à Tarmée de Bretagne.
Un troisième point tout aussi certain, c'est que le non-armement des troupes de Conlie porta un grave préjudice à la défense nationale. En armant et instruisant en temps utile, c'est-à-dire en novembre et en décembre, les mobilisés bretons, on en eût tiré 30 h 40,000 hommes de bonnes troupes ', qui se seraient trouvés prêts au commencement de janvier. C'était la réserve qu'il fallait et qui manqua au général Chanzy pour se maintenir dans les positions du Mans et battre les Prussiens *.
1 Voir ci-deuu8, p. 165-166.
3 II ne faut pas oublier que le contingent mobilisable des cinq départements bretons était de 79,000 hommes.
3 A cet égard, le témoignage du général Chanzy est formel. M. le comte Rampon, membre de TÀssemblée nationale, ayant dit dans son rapport sur les opérations de la Commission d'ar-
Qnant à rarmement en fusils Springfield donné au dernier moment, il ne fut pas moins funeste. Voici le jugement qu'en portaient dès lors les amis les plus zélés du Gouvernement : a Envoyer au feu des tt hommes armés de fusils qui ne fonctionnent pas... « c'est une véritable conspiration contre la défense tt nationale ' . »
s Trois mots résument cette histoire de Conlie.
La Bretagne avait donné, au premier appel, pour la défense nationale, tout ce que le Gouvernement lui demandait en hommes et en argent.
Le Gouvernement dépensa Targent, imposa aux hommes trois mois de souffrances, exposa le nom breton au déhonneur.
Et la défense nationale n'en retira aucun profit.
mement (p. 144), que « le retard apporté à Tarmement des c mobilisés de Bretagne avait pu contribuer à la désastreuse c issue de la bataille du Mans, « le général Ghanzy lui a écrit,
le 6 juin 1873 :
« Mon cher collègue, tous avez parfaitement raison dans votre c appréciation de l'influence que les retards apportés dans Tart mement des mobilisés de Gonlie ont eue, non-seulement sur « l'issue de la bataille du Mans, mais encore sur toutes les opéc rations de la deuxième armée de la Loire, à laquelle on anc nonçait toujours une réserve qui n*a, par le fait, jamais existé c à Gonlie. Vous pouvez parfaitement maintenir la phrase dont c vous voulez bien me donner le texte. « (Pièces annexes du rapport de M. le comte Rampon, p. 143.)
* Avenir de Rennes du 23 janvier 1871, aux Annexes, p. 164-165.