‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 2 sur 45 · LES ORIGINES DE L^ARMÂB DB BRETAGNE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE L^ARMÂB DB BRETAGNE

^ La.pnemière idée du camp' de Conliè et de Tarmée de Brelagike appartient incotitestableiiient à M.,4p Kératry.

Sorti de Paris le 14 octobre, uniquement préoo- Ciuj),é dçi Iji. nécessité urgente de tendre pur tous mp((ei^s et;.i^.pltts tdt possikle au raviila»HeDtient>.de ia^ç^p^aJ^ ^ il,>\ea ouirrîtle J6^ en passaat à Teuts , à JU[.;Gain))etta,, et le 21, à peine revenu de sa mission, .leu Espagne, il lui exposai son pltfn à ce sujet dansnuQ lettre qui a été publiée.

L'armée de ^ai^itaillement devait partir du Mans, en s'appuyant jd'uu côté sur les forces rassemblées en Nor^an^ie ^ da Tautre sur Taile gauche de Farjuéa dfiv la Loire. Elle devait se composer des contingents mobilisés de la Bretagne et du Maine et des gàfdes mobiles restant encore à ce. moment dans les sept départements de cette circonscription.

6 LE CAlfP DE GONLIE.

Pour consolider cette jeune armée, qu'il estimait à 40,000 hommes, M. de Kératry demandait quelques milliers de soldats de Tinfanterie régulière ; pour réclaîrer, deux escadrons de cavalerie ; et enfin une artillerie de campagne calculée à 3 pièces pour mille hommes environ, soit vingt batteries, dont 16 de 12 rayé et 4 de 4 rayé, avec faculté de requérir au besoin pour le service de cette artillerie les marins de Bretagne, et aussi d'accepter pour son armée les services des officiers de Tarmée (de terre ou de mer) laissés sans emploi, qui demanderaient à le suivre \

Le ministre de la Guerre admit ce plan et rendit le lendemain (22 octobre), un décret constituant Tarmée de Bretagne , dont voici le texte :

tt Le Gouvernement de la défense nationale a décrète :

a Art. 1 . — M. de Kératry est chargé du comtt mandement en chef des gardes mobiles actuelles, a des gardes nationaux mobilisés et corps francs des ((départements de TOuest : Finistère, Morbihan, a Côtes-du-Nord , Ille-et-Vilaine , Loire-Inférieure , ce avec facilité d'opérer et de se fixer au chef-lieu ce d'un département situé en dehors de la région citt dessus désignée : Laval ou Le Mans.

Art. 2. — M, de Kératry, investi de tous poua voirs pour organiser j équiper, nourrir et diriger

1 Résumé d'une lettre du %i octobre 1870, insérée par M. de Kératry dans sa première déposition ; voir cette lettre à V Appendice du présent volume.

« ces forces qui prendront le nom de Forces de Brett tagne, ne relèvera que du ministre de la Guerre.

a Art. 3. — M. de Kératry prendra immédiatea ment son commandement en qualité de général tt de division, brevet de Varmée auxiliaire ^ et pena dant la durée de la guerre.

«Art. 4. — M. Carré-Kerisouët, ancien député, a est nommé commissaire général des forces de tt Bretagne, avec rang de général de brigade.

tt Art. 5. — Un crédit de 8 millions, spécialement a affecté à V armée de Bretagne, est ouvert au corna mandant en chef.

tt L'armée de FOuest jouira, en outre, de la solde tt et des vivres de campagne réglementaires, à partt tir du jour où chaque corps ou fraction de corps tt aura été mis en mouvement.

tt Signé : L. Gambetta.

t Tours , le 22 octobre 1870. i

Il résulte de ce décret qu'en tout ce qui touche le service des vivres, de rhabillement, de l'équipement et du campement, l'armée de Bretagne était entièrement soustraite à l'intendance militaire et pourvue d'une administration particulière désignée sous le nom de Commissariat et dirigée par M. Carré-Kerisouët.

Quant au crédit de 8 millions, il peut être considéré comme une avance faite par l'Etat, car un autre décret de ce même jour, 22 octobre, en met-

tant à la charge des départements et des communes rhabîllement et l'entretien des mobilisés, devait faire entrer au Trésor, pour la part contributive de la Bretagne, une somme de pins de 15 millions \

Sur les sept départements dont M. de Kératry avait demandé les mobilisés et les mobiles encore disponibles, le ministre ne lui en accordait que cinq, lui laissant seulement la faculté d'opérer et de se fixer dans les deux autres, la Mayenne et.la Sarthe.

Enfin, dans Tentrevue où fut arrêté le texte de ce décret, un autre point fort important fut traité, celui de Tarmement. M. de Kératry savait (comme tous ceux d'ailleurs qui connaissent les populations de rOuest) que donner aux mobilisés bretons un armement inférieur à celui de Tarmée régulière , c'était les énerver d'avance en leur ôtant confiance et courage ^. Il demanda formellement pour eux des armes

1 Aux termes du décret du 2^ octobre, chaque département devait payer à l'État , pour chacun de ses mobilisés , une somme de 195 fr., savoir: pour les dépenses d'habillement, d'équipement et de campement, 60 fr., et pour trois mois de solde, à raison d'une moyenne de 1 fr. 50 par jour, 135 fr., soit, pour 1rs 79,305 mobilisés des cinq départements de la Bretagne, 15,464,475 fr.. — Un autre décret, du 5 novembre, augmenta ce contingent pécuniaire d'une somme de 20 fr. par homme pour l'armement (soit 1,586,100 fr. pour les mobilisés bretons) ; mais le décret de création de Tarmée de Bretagne n'ayant pas mis l'armement à la charge de M. de Kératry, il n'y a pas lieu de faire entrer ici cette taxe supplémentaire en ligne de compte.

2 Ce fut là la première préoccupation de M. Garré-Kerisouêt lorsque M. de Kératry sollicita son concours : c Je demandai » (dit-il) à M. de Kératry en première ligne l'obligation de ft se pourvoir d'armes perfectionnées , sachant très-bien que

I dans notre pays, les popuUtions ne marcheraient pas, si

PRElfltRB* PARTIS. CHAPITRE I. 9

>à tir rapide» etobtinl du ministre à cet:égàrd>les prome^^ies^ 1^ plus-âatisfaisantes, doiit il prit acte dès le IjBndeoiiiiii (23, octobre) dans sa procianiati<>n adressée an|L mobililét des cinq départements. Il leur, dit en. }9a appelant à former Tannée de Bre^ tagne :

. ' tt.]QfH€;i.dii-j^c|iHra tous seras; oonceàtrés aux partes tt^^^'ji^ ftr^fagpa pour faire fa4;e à renneiui? licfm a recjçvr^i; «^ibctenleat tout ee qui est nécessaire au a soldat : fusils à tir rapide , canons à longue portée, «: 9iitrf|iIle.iM$^ pieïJèciionnées seront confiés k vètre

D|anp ciçtt^prodamalion^ le point déconcentra* iion,4^ Tairiliée' de';Br6tagne.n*<éllftit fas indiqué. .L'içtçntionpremière du géaéralavait été de le fixer .^n.jarvafit du.Mans; mais l'un des. directeurs d« ministère de la Guar^Ci, Mé de Lofdrda,, lui alyant dit .que « l^ mim$tèrt^ ne comptait pas défendre le Mans parce q^^iln'éiaiipas difindàbU » , il vit tin sérieuk „p^ri4 aà . s'acculer h une ville que quatre allons pouvaient prendre dans résistance ii , et il chercha ..«ne position enttrrière*.

' X elièi 's'avticnt! deii âi^in£$ sembbbfeê à celles de l'armée « régulière. M. de Kératry me, répondit qu'il avait la promewe c formelle de 40,Ô0Ô fusiU Remington , et que lui-même

' i B'aiimit pofilt , sans cette promesse \ accepté le commande* c ment de ces forces-là. > (Déposition de M. Garré-ICerisottët;

aux Annexes du rapport, p* 19 ; cf. notre Appendice.)

^ Voir i V Appendice du présent volume , le texte complet de cette proclamation.

3 Voir aux Annexes du rapport , p. OS, oolomie 2.

Ir

10 LE CâlfP DE CONUE.

Celle qu'il cboisif fnt le mamelon de la Jaunelière , à six lieues et demie dans Touest du Mans , sur la grande route de cette ville à Mayenne et sur le chemin de fer de Paris à Brest, à 1,500 mètres environ du bourg et de la gare de Conlie. — Cette butte, couronnée par un plateau qui s'allonge du nord-est au sud-ouest, domine une vaste plaine circulaire, fermée au loin par une enceinte de collines dont r élévation est surtout sensible du côté du nord et de Test.

Le choix de cette position a été très-discuté , nous aurons occasion d'y revenir ; en ce moment il suffit de dire que, ce choix une fois fait, M. de Kératry appela de Brest immédiatement un ingénieur des plus distingués, M. Rousseau, lui confia avec le grade de colonel la direction du génie de l'armée de Bretagne , et lui donna la mission d'aplanir les pentes et les abords de la butte où le camp des mobilisés devait être assis , puis de tracer sur le plateau les lignes de retranchements et les ouvrages de fortification destinés à la protection du camp ^ .

Pendant que M. le colonel Rousseau , assisté d'une armée de terrassiers, entamait résolument ces travaux, M. de Kératry, partant de Laval, où était provisoirement son quartier général , parcourait en huit jours toute la Bretagne ( du 26 octobre au 3 novembre. )

Ce n'était point, comme on l'a dit, un voyage de

1 Voir 4n^ex€i, p. 170,

PRElflÈBE PARTIE. CHAPITRE I. Il

parada. Au cbef d'une si ardue entreprise, il importait de vérifier lui-même Tétat des choses et celui de Topinion , les ressources de la Bretagne en hommes, en armes , en patriotisme ; il fallait activer la mobilisation , presser auprès des préfets renvoi des contingents, visiter les arsenaux , mais aussi susciter les dévouements volontaires , les concours généreux sous toutes les formes, créer dans toute la province un vif courant de sympathie et de confiance , indispensable pour faire une armée réelle et vivante de Tarmée sur papier créée par le décret du 22 octobre. — En efiet, il s'agissait de constituer une armée de mobilisés, c'est-à-dire de découvrir, de combiner des éléments militaires cohérents et énergiques après la levée successive , jusqu'au dernier homme, de la classe de 1870, des mobiles, des anciens soldats de 25 à 35 ans, des volontaires , des corps francs, etc.

Eh bien, quelles que soient les déceptions survenues depuis, M. de Kératry, cela est certain, réussit vraiment alors à créer en Bretagne et dans tout rOu€st , en faveur de son œuvre , un courant puissant de confiance sympathique , on pourrait presque dire d'enthousiasme.

L'opinion publique, sans être complètement initiée au plan de M. de Kératry, appelait de ses vœux depuis longtemps l'organisation des forces défensives de l'Ouest sous une direction unique. Six semaines plus tôt, M. Carré-Kerisouët s'étant fait, après Sedan, le propagateur de cette idée, avait

12 LE GAIfP DE GONUË.

groupé autour d'elle jusqu'à treize départements ' et réuni à Rennes , le 16 septembre , treize préfets sous la présidence de M. le comte Daru pour convenir des résolutions à prendre et des demandes à adresser au Gouvernement sur cet objet. Si ce mouvement n'aboutit point alors , ce ne fut du moins la faute ni de ses promoteurs ni de l'opinion.

Maintenant, l'opinioii voyait cette idée reprise avec éclat sous une autre forme, confiée à un homme d'un esprit résolu , entreprenant , qui par son rôle politique et ses relations touchait à tout en Bretagne , et qui , à peine entré dans son commandement, parlait au patriotisme sérieux des populations de rOuest la langue la plus sympathique. Ainsi , sa proclamation se terminait par ces mots : ce Que les cœurs faibles restent en arrière , que les tt vrais Bretons marchent en avant; que votre seul tt cri de ralliement soit : Dieu et Patrie ! »

Partout , dans sa tournée , il protesta n'avoir qu'un seul but : défendre la France et sauvegarder la Bretagne, sans aucune arrière-pensée politique. A Nantes, où les républicains sont en nombre, il accentua davantage cette attitude. Le l*"" novembre, à la réunion de la salle Graslin , convoquée en son honneur par le Comité républicain, après un discours très-politique, très-imbu de républicanisme,

* Savoir, outre les cinq départements bretons, Manche, Calvados, Orne, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Deur- Sèvres et Vendée. — Voir aux Annexes du rapport. Télé' grammes officiels, !'« série, p. 179 à 183.

du président même de ce comité , le chef de Farmée de Bretagne, sans craindre le contraste, déclara :

a Je ne suis pas venu ici pour faire de la polia tique , mais pour adresser un patriotique appel à tt tous les gens de cœur, afin de préserver Tintégrité a du territoire et de sauver Thonneur du pays... Cl N'énervons pas la défense nationale par des disa eussions, des conflits, des hostilités. Abdiquons a tout esprit de parti pour être tout entiers à une tt seule tâche , la résistance contre l'invasion. . . tt Nous allons combattre : si nous triomphons, vous tt nous direz bravo! si nous succombons , vous nous tt vengerez ! »

Ainsi parla-t-il, non-seulement devant les républicains doctrinaires de la salle Graslin, mais devant les avancés du club de la Renaissance, et devant toutes les opinions, à la revue de la garde nationale.

Tout le monde, sauf les démagogues, se sentit entraîné par ce langage; les dons en argent et en nature pour l'armée de Bretagne, surtout pour les ambulances, affluèrent; et le général recuit en grand nombre des demandes de service qui n'étaient pas toutes réalisables, mais qui, provenant de toute classe et de toute opinion , prouvaient la bonne volonté de tous, et dont le recueil, quoique incomplet, déposé sur le bureau de la Commission par M. de Kératry, formerait un gros volume. Ce ne sont pas seulement des demandes individuelles, il y en a de col-^

14 LB GAHP DE OONLIE.

lectives, des marins surtout qui, par cinq, dix ou davantage, écrivent au chef de Tarmée de Bretagne : a Mon général , nous avons appris qu*il vous faut a des canonniers; Tinaction forcée, dans laquelle tt nous nous trouvons, nous pèse; nous vous prions a de vouloir bien nous &ire admettre dans votre « armée. » Deux bataillons de la garde mobile du Morbihan , cantonnés du côté de Troyes et que leur mauvais armement empêchait d'entrer en ligne devant Tennemi , écrivent au général pour lui demander des armes, Thonneur de servir dans son armée et d'être mis à Tavant-garde; parmi les officiers qui signent cette requête figure un Rohan-Chabot '. Même demande de la part d'un bataiUon de mobiles d'IUe-et-Vilaine , égaré entre Chartres et le Mans dans des conditions encore plus mauvaises.

Pendant ce temps, le préfet du Morbihan télégraphie au Gouvernement (31 octobre) : a Soutenez tt Kératrjr, nous vous soutiendrons tous. » Celui du Finistère, a sous la pression énorme de l'opinion n , sollicite, pour fortifier la défense de l'Ouest, deux mesures urgentes : P la levée des marins inscrits de 35 à 45 ans; 2^ l'examen des ressources des arsenaux de Brest et de Lorient (31 octobre). La même demande est faite le lendemain, en termes pressants et à l'unanimité, par le comité de défense de Nantes * . Quant à celui de Lorient, il va plus loin ; il réclame

^ Voir Annexes, p. 20Î, Î03.

2 Voir Télégr. offic., «« série, n« «), 21 , «8, aux Annexes du rapport, p. 187, 188,189

PRKlflÈBE PARTIE. CHAPITRE 1. 15

la mise immédiate a à la disposition des citoyens » de a toutes les armes et projectiles non compris dans a la défense de la rade et du port, ainsi que de tout tt objet d'équipement et d*babillement » ; si on les lui refuse, a il refusera de son côté le départ des tt gardes nationaux mobilisés, n'entendant à aucun tt prix accepter la responsabilité de désastres cer- « tains » , ou bien même, a il saisira ces armes, munitions et effets, pour les besoins de la défense de la Bretagne. » (31 octobre.) Dans cette résolution signée par tout le comité , y compris son président, le sous-préfet de Lorient, et notifiée télégraphiquement au Gouvernement de Tours \ il faut sans doute faire la part des exagérations de langage fréquentes dans les temps troublés; mais encore est-ce là une nouvelle preuve de la vive et sympathique émotion produite en Bretagne par Tœuvre de M. de KératryV

^ Télégr. offic , 2« série, n» 19, aux Annexes, p. 187.

3 Voir encore , à ce sujet , les pièces énuinées du comité de défense des Gôtes-du-Nord et de celui de la Mayenne, aux Annexes, p. 204, 205.

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