DETRESSE FINANCIÈRE DU CAMP DE CGNLIR
Procès-verbal de la séance tenue par le Conseil d'administration du camp de Conlie, le 23 décembre 1870.
Le Conseil d'administration composé de
MM. Carré-Kerisouët, président; Rousseau , colonel du génie ; De la Martinie , colonel , chef de brigade ; Descrimes, intendant militaire; Martin, médecin en chef.
Au début de la séance , M. l'intendant mUitaire donne lec- * Voir ci-dennif, p. 105-106.
ture à ranemblëe de Texposé suivant sur la situation à son arrivée au camp de Gonlie :
I Dés les premiers jours de mon arrivée au camp , j'ai été préoccupé de la situation anormale faite à radministration : d'une part, les crédits ouverts à M. de Kératry, suspendus brusquement du jour de sa démission et arrêtant la liquidation des dépenses de diverses natures antérieures au 1''' décembre ; d'autre part, un administrateur nouveau arrivant dénué de tous crédits pour assurer les dépenses à venir.
c Cet état de choses, en se prolongeant, devait forcément s'aggraver et arriver à ce point de compromettre l'existence même du camp de CSonlie , en paralysant l'exécution des services administrati&. Nous touchons précisément à ce moment critique , et j'ai tenu à exposer la situation dans tout son jour au Conseil d'administration du camp.
c Dès son entrée en fonctions , l'administration militaire a trouvé le service assuré par divers marchés passés par l'administration de l'armée de Bretagne.
< Ces marchés ont tous été acceptés pour le compte de la Guerre, car ils étaient avantageux pour le Trésor; quelquesuns de ces marchés sont encore en cours d'exécution: d'autres ont été renouvelés par mes soins , et voici un rapide aperçu des ressources dont dispose l'administration du camp de Gonlie.
t Pain. — Production journalière assurée jusqu'au 31 décembre, pouvant atteindre le chiffre maximum de 39,000 kilogr. L'un des marchés de 10,000 kilogr. se trouve très-compromis aujourd'hui par suite des difGcultés qui font précisément le sujet du présent rapport , mais il va y être suppléé par un nouveau marché dont la production atteindra 15,000 kilogr.
t Viande. — Le service de la viande est assuré par un marché valable jusqu'au 10 janvier; la quantité à fournir est indéterminée et n'a d'antres limites que les besoins de l'administration.
c Le vin et Veau-de-vie sont livrés sur commande , en vertu d'un marché passé par l'administration de l'armée de Bretagne et dont la durée est indéterminée.
« Bois. — Des marchés considérables , passés avec divers fournisseurs , assurent dès ce moment un approvisionnement de près d'un mois.
« Paille. — G'est la denrée la plus difficile à obtenir. J'ai quatre marchés m'assurant 420,000 kilogr. ; mais les livraisons ne se font pas, et je crains que les engagements ne soient pas
tenus si je n'arrive pas prbmptement à payer les envois antérieurs.
< Enfin les vivres de campagne me sont envoyés des magasins de rÉtat, sur les demandes que j'adresse au ministre.
c Cette exposition est rassurante au premier aspect; mais il ne faut pas oublier que l'exécution des marchés que je viens cTénumérer est subordonnée au payement prochain des fournitures déjà faites. Tous les fournisseurs ont fait des avances considérables, dont quelques-unes approchent du chiffre de 160,000 francs.
« Ils n'ont rien reçu depuis le l*** décembre, et leur crédit est épuisé. Les pïus compromis sont certains titulaires de marchés pour le pain, représentant des syndicats de petits boulangers n'ayant qu'un crédit très-limité et aujourd'hui à bout de ressources.
c Je n'ai parlé que des marchés les plus importants , mais il est d'autres services dans le*camp envers lesquels il a été contracté des dettes criardes qu'il y aurait urgence d'acquitter. Je veux parler des voituriers requis , des petits propriétaires qui , dans un rayon assez étendu et dans des moments d'urgence, ont été requis de livrer des denrées. De tous côtés s'élèvent des réclamations, auxquelles il m'est impossible de satisfaire.
t Sur mes instantes demandes , et grâce surtout à l'intervention de M. Kerisouët , j'ai reçu depuis quelques jours un crédit d'un million , dont je n'ai pu , du reste , disposer jusqu'ici , par suite d'un défaut de formalités. Il reste à savoir si ce million reste affecté exclusivement à la solde des troupes, ou s'il pourra servir à payer les divers services.
c J'attends les instructions du ministre à cet égard. Dans le premier cas, ce crédit ne modifie en rien la situation que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer , et l'administration du éamp va devenir impossible sods peu de jours; dans le second cas, les arriérés de solde et de fournitures auront complètement absorbé le crédit, mais du moins les à-compte donnés aux créanciers leur faciliteront de nouvelles avances , qui assureront le service pour quelques jours, »
Considérant que l'exposé ci-dessus présenté au Conseil d'administration par M. l'intendant militaire résume bien la situa-
tion et les beioin» à venir du camp de €onlic , les conseillers d'administration approuvent le rapport ci-dessus.
Signé :
Le vice-président du camp , président , Garr^-Kkrisoukt.
Le chirurgien-major , Martin.
Le colonel instructeur du camp ,
DE LA MaRTINIB.
Le colonel du génie, Rousseau.
L'intendant, Descrimes.
Le secrétaire-rapporteur, d'Espivent.