COMMENCEMENTS DE L'ÉVACUATION DE CONLIE
(Télégrammes officiels.)
Bordeaux, 17 décembre. 11 b. 20 soir.
Guerre à Gambetta, Bourges, — Urgent,
Je crois devoir vous communiquer la dépêche suivante :
« Division à Guerre , Bordeaux, — Le préfet d'Ille-et-Vilaine me communique le télégranome ci-dessous qu'il reçoit du commandant de Gonlie : « Les circonstances vont exiger l'évaa cuation précipitée; pouvez-vous préparer quelque chose au K Pertre et y envoyer toutes l.es baraques et tentes disponibles « à Rennes ? L'armée est en retraite précipitée sur le Mans » . La place de Rennes renfermant d'inmienses magasins d'artillerie f de campement et de vivres , je croîs devoir vous tran»mettre ce renseignement^ « .
a G. DE FrBTCINET. >
* Snr lei hait piècei qni raivent, Mpt lont dei télégnmmeê, une tenle (la cinquième) eit nne lettre.
^ Cette dëpéche , qui émanait da général commandant la 1 6* division , était datée de Bennes, 17 décembre 1870, 6 fa. 15 soir.
APPENDICE. dOl
, Rennes, 19 dëcembro 1870, 3 h. 40.
Préfet à Guerre, Bordeaux,
Camp de Gonlie commence son évacuation sur Rennes; environ 40,000 hommes. Seront-ils placés sous l'autorité militaire territoriale , qui jusqu'à présent ne les a pas reconnus , attendu leur désignation spéciale d'armée de Bretagne? Question très-urgente , à cause de la subsistance des troupes ^
A. Blaize.
Bourges, 18 décembre, 10 h. 45 matin.
Guerre à délégué Freycinet, Bordeaux 2.
Je vous accuse réception de toutes vos dépêches et vous remercie de votre ponctualité.
J'ai peur que dans l'afFaire du camp de Gonlie il ne se glisse quelque peu de passion. Je ne sais si je me trompe, il y a là des exagérations évidentes. J'ai vu ici un officier, aide-decamp du général Trochu , qui vient de passer par Gonlie , et qui ne m'a pas foit, sur l'emplacement et les conditions matérielles de l'installation du camp , un rapport aussi défavorable que je m'y attendais après les dépêches que j'avais reçues. Il dit cependant que la houe est si forte que les exercices sont impossibles. Pour cette seule raison, j'admets parfaitement qu'on étudie la question de la translation du camp, mais je vous prie de faire procéder à toute cette opération avec sagesse et lenteur.
Je ne veux pas que l'affaire du camp de Gonlie puisse devenir un embarras pour nous {sic) moins que pour personne, et si je vois clair, je m'aperçois qu'à Nantes déjà, et bientôt à Bordeaux, on s'agitera fort autour de cette question. Je vous recommande spécialement votre correspondance avec Marivaolt. Mettez-y tous vos soins. N'envoyez à Gonlie que des honmies de confiance.
Enfin., ne perdez pas de vue qu'il ne faut pas que l'on puisse
1 La solution da cette question est donnée par une dépêche du l*'' janvier 1871, ei-dessas p. 136. — Ce télégramme et le précédent prouvent que les autorités de Rennes étaient prévenues de l'arrivée des mobilisés de Gonlie.
^ On a donné quelques passages de celte dépêche et de la suivante ci-dessus, p. 94 et 95 ; nous les imprimons ici tout entières, à cause de leur importance ; il faut les rapprocher de celles qui sont publiées ou analysées de la p. 88 à la p. 94.
quelque jour mettre en avant l'erreur de Gonlie — s'il y a eu vraiment erreur — poar attaquer Tinstitution des camps, que je considère comme Tun des actes les plus importants de notre administration.
LéON G/UIBBTTA.
Bordeaux, 18 décembre. 3 h. soir.
Guerre à de Afarivattlt, commandant le camp de Conlie; communiquer à Gambetla, Bourges, — Urgence,
Si les nécessités y obligent, il est évident qu'il faudra bien se résoudre à évacuer le camp de Gonlie; mais nous vous recommandons d'y apporter une extrême circonspection et de ne céder à aucune exagération. 11 paraît difficile d'admettre que les conditions hygiéniques soient aussi mauvaises que vos dépêches semblent le dire. Au surplus, nous avons envoyé sur les lieux un médecin inspecteur , qui nous renseignera après avoir conféré avec vous. Quant au danger provenant de l'ennemi , il n'est pas non plus absolument urgent^. Il serait fort désirable à tous les points de vue que vous pussiez demeurer à GonUe encore quelques jours , de manière à laisser aux armes le temps d'arriver. En un mot, ne perdez pas de vue que le Gouvernement attache un grand prix à utiliser les grandes ressources de tous genres accumulées à Gonlie et dont une évacuation prématurée lui ferait perdre le bénéfice *^, On vous saura gré de de tous les efforts que vous ferez pour prévenir cette extrémité .
G. DR Frkycinbt.
A M. le ministre de la Guerre^,
Vannes, 21 décembre 1870.
MoNsiBUR LB Ministre,
J'ai reçu deux dépêches du général de Marivault , commandant le camp de Gonlie , relatives à l'existence même du camp,
^ 11 disait le contraire, on pea s'en fant, deax jonrs avant (16 décembre) dans one dépêche adressée à M. Gambette, ci-dessas, p. 91.
^ Objection absolament incompréhensible, car il était aisé de refonlcr ces approvisionnements sur Rennes , plos aisé encore de les amener au Mans , où Gfaaniy en ce moment même venait réorganiser son armée. Quant aux travaux de terrassement et autres exécutés sur place, ils n'eussent pas non plus été perdus , puisque la redoute aurait continué d'être occupée.
3 Cette leUre s'accorde avec la dépêche dn préfet de la Loire-inférienre ,
et par conséquent d'une înaportance telle, que je crois devoir prendre vos instructions.
L'idée qae semble poursuivre le général serait sa translation immédiate....
Pour mon compte, je repousserais d'une manière absolue l'idée de répartir les mobilisés dans leurs départements, à moins qu'ils n'y soient conduits en corps par les nécessités de la guerre ; ce serait vouloir favoriser la désorganisation par la désertion , en soumettant les hommes aux influences de tous les intérêts de famille et, ce qui est plus dangereux peut-être, aux influences cléricales et légitimistes dans le Morbihan, qui attendent peut-être le moment de se démasquer. Si cette mesure doit être prise , que ce ne soit qu'au dernier moment , et quand la nécessité de défendre le foyer domestique se présenterait....
Il peut être utile, au point de vue stratégique, de déplacer le camp de Gonlie. Il peut en être de même au point de vue sanitaire ; je ne me permets pas de discuter cette utilité. Mais je me demande si un si grand changement est suffisamment justifié par le mal que produit au camp la trop grande humidité , car c*est la seule chose dont on se plaigne. Ces bruits de changement ont déjà circulé , et la malveillance leur cherche une autre cause que l'intérêt de la salubrité.
Dans ces circonstances, il m'est nécessaire d'avoir votre
pensée , et je vous la demande.
Je suis, etc.
G. Ratier.
Bordeaux, 21 décembre, 10 h. 15 soir.
A commandant de Marivault, Conlie; copie pour M, Gambetta^ Lyon,
Je ne me rends pas très-bien compte de votre dépêche de ce jour, 2 h. 35 soir. Il semble résulter, en effet, de cette dépêche que vous évacuez Gonlie , tandis qu'il avait été convenu que vous ny procéderiez qu'à la dernière extrémité. Or vous ne me dites point quelles sont les raisons majeures qui vous y ont déterminé. Je n'aperçois pas, en ce qui me concerne, que
citée ci-denoi p. 96 , pour montrer qae lei préfets radicaux étaient opposéi , par raiton txelutivemtnt polUiqut , à révacnation de Conlie. Lenr opinion , ainii motivée , f nt ponr beaaooop dana la résistance faite i cette meiore par le ministr*.
le danger de rennemi soit imminent. Prière de me fournir des éclaircissements et de me dire aussi si vous avei enfin reçu des armes de Brest pour tous vos hommes.
G. DE Freyginet.
Conlie, 22 dëcembre, 9 b. matin.
Général à Freycinet^ Bordeaux, — Urgence.
J'ai préparé le mouvement d'évacuation avant que Turgence lût absolue. Elle Tétait depuis plusieiurs jours quand je Tai commencé , après concert avec Chanzy, par envoi de contingent, armes, campement du Morbihan dans forêt de Sillé, et dispositions générales pour faire partir par les voies non interdîtes 20,000 hommes , suivant concert avec Ghanzy et utilisation éventuelle de la redoute,. Attendre l'ennemi pour faire retraite avec 40,000 paysans sans souliers, sans habits, sans armes et sans solde ni provisions sur le chemin , ne serait pas une retraite.
Je crains qu'on ne vous conununique pas tous mes télégrammes, pas plus qu'on ne m'y répond. Il y a huit jours que je demande des ordres pour payeur de Rennes et préfet. Ce dernier d'ailleurs a compris et se prépare.
La pluie a cessé , les tentes et les vêtements mouillés sont gelés raide aujourd'hui.
DB Marivault.
Conlie, 22 décembre, 11 h. 59 matin.
Général en chef à Guerre , Bordeaux, — Urgence,
Difficultés de trésorerie continuent à se produire^. Les fusils de Brest sont retenus à bord. Les mouvements, dont je vais signaler le détail au ministre, sont faits d'accord avec Ghanzy.
DE Marivault.
* Voir à ce sa jet le procèt-verbal de la leanee dn oonseil d'administration du camp de Gonlie, do 25 décembre 1870, ci^deMoi, p. 304^305.
l'hospitalité rennaise^.
A M, le rédacteur du Journal de Reniies \
Rennes, 21 décembre 1870.
Monsieur le Rédacteur, sachant que depuis Tarrivée de nos mobilisés à Rennes Fadministration municipale est en butte à des récriminations injustes de la part de ses concitoyens, j'ai cru devoir vous adresser la note suivante.
M. le maire, prévenu lundi matin (19 décembre) que, par suite de la levée du camp de Gonlie , un grand nombre de mobilisés (6 à 10,000 environ) séjourneraient à Rennes, avisa immédiatement à se procurer, grâce à F obligeance si dévouée
de ceux de nos concitoyens qui possèdent de vastes locaux , ainsi que des établissements religieux , — les logements nécessaires pour venir en aide aux logements particuliers.
L'administration , après des recherches actives et empressées , obtint la certitude de pouvoir loger les mobilisés au fur et à mesure de leur arrivée , en attendant une décision ultérieure à leur égard.
Tout était prêt lorsque, lundi dans Taprès-midi, M. le maire fut avisé que Tadministration militaire avait pris les dispositions nécessaires pour leur campement, et qu'il devait dès lors re* garder comme non avenue la demande que cette administration lui avait adressée.
M. le maire ne dut plus , par suite de cette communication , s'occuper des préparatifs de logements, pour lesquels l'admi* nistration militaire avait pris ses dispositions , qui ont peut-être été entravées par l'heure tardive des trains et le grand nombre des arrivants.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, etc.
Pour le maire empêché ,
Le premier adjoint délégué ,
P. Martin.
A M. le rédacteur du Journal de Rennes 3.
Rennes, 29 décembre 1870.
Monsieur le Rédacteur, au nom des officiers de la garde
* Voir ci-dessus, p. 101 à 103.
^ Jowrtud de Rtnnei dn 21 décembre 1870.
' JomnuU d4 Rmnes da 30 décembre 187 a ■
mobilisée de la Loire-Inférieure ', je vous prierai de vouloir bien iosérer daos votre journal les quelques lignes suivantes.
Les officiers des bataillons de la Loire-Inférieure, devant partir de Rennes le 29 du courant, ne veulent pas quitter cette ville sans témoigner aux habitants, tant en leur nom qu'en celui de leurs soldats, toute leur reconnaissance pour la bonne volonté qu'ils ont mise à empêcher, par tous les moyens possibles , leurs hommes de souffrir de la rigueur de la saison.
Le souvenir de cette action honorable sera éternellement gardé par les soldats des bataillons de la Loire-Inférieure.
Pour les officiers des trois bataillons ,
Le commandant du i«i' baiaillan ,
H. Girard.
Xote de la mairie de Rennes ^.
(30 décembre.) — Plusieurs colonnes de gardes nationaux mobilisés , voyageant par étapes et se rendant à leurs cantonnements d*hiver , doivent traverser Rennes ces jours-ci. L'effectif de ces troupes , dont le passage est annoncé pour le 30 et lé 31, dépasserait 7,000 hommes. Bien que ces troupes doivent camper et que Thabitant ne soit pas rigoureusement tenu de les loger, le maire de Rennes espère que ses concitoyens s^empresseront, par un sentiment d'humanité et de cordiale sympathie, d' offrir spontanément au plus grand nombre possible r hospitalité , afin de leur éviter ainsi une nuit passée en plein air par un temps des plus rigoureux.
Avis du maire de Rennes^,
(31 décembre.) — Tous les mobilisés arrivés le 23 et qui doivent rester à Rennes sont désormais' casernes et doivent , d'ordre de M. le général Lafont^, coucher à leur casernement Les habitants de Rennes qui leur ont donné l'hospitalité sont donc invités à reporter aujourd'hui leur sympathique accueil sur les mobilisés qui sont arrivés hier et qui vont arriver aujourd'hui pour séjourner deux jours.
' Légion de Paimbeuf-Saini-Naiaire.
* Journal de Rennes du 30 décembre 1870.
3 Journal ie Rennei da 31 démmbre 1870.
* Commuidaiit la labdit iaion d'lU«-«(-Vilaiaeu
Le maire invite donc les habitants qui peuvent recevoir un nombre d'honmies supérieur à celui pour lequel ils sont imposés, à faire connaître de suite, par un mot, au 4« bureau (de la mairie) le nombre qu'ils peuvent recevoir.
Le maire de Rennes,
Th. Bidard.
PLEIN POUVOIR OONNi AU ciNÉRAL CUANZY SUR LES MOBILISÉS^.
Bordeaux, ll'janvier 1871, 10 h. matin.
Guerre à général Chanzy, le Mans, (Copie pour le général MarivauU, Conlie; faire suivre*)
Vous avez reçu copie de la dépêche par laquelle , selon votre demande, le général de Marivault était placé avec tout son monde sous vos ordres directs. L'exécution de cette mesure parait souffrir quelques difficultés du côté du général de Marivault, qui la croit funeste aux intérêts de ses mobilisés et menaçante pour sa propre responsabilité. Si effectivement vous ne pouvez pas vous entendre là-dessus, je vous autorise à substituer à cette mesure la mesure suivante.
Le général de Marivault resterait indépendant de vous; mais vous auriez le droit de détacher un de vos généraux pour procédera une inspection générale de tous les mobilisés de Bretagne, et pour ranger sous votre conmiandement tous ceux de ces mobilisés que vous jugeriez à propos d'utiliser. Vous auriez également le droit de mettre à réquisition toutes les armes délivrées en vue de l'armement de ces mobilisés , et de procéder vousmême à l'armement et à l'équipement de ces mobilisés en y procédant au moyen des services de votre armée. Bref, vous auriez le droit de trier dans Tensemble de ces mobilisés tout ce qui vous conviendrait, et d'en prendre charge. Le restant appartiendrait, comme devant, à M. de Marivault, qui continuerait à s'en occuper dans les formes ordinaires et sous sa responsabilité propre.
Mettez-vous en rapport direct avec le général de Marivault , auquel j'adresse copie de la présente dépêche , et faites-lui connaître le parti apquel vous vous arrêtez définitivement.
G. DE Freycinet.
' Télégramme officiel — Voir ci-deMos^ p. 187 et la note»