‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 33 sur 45 · LES MOBILISÉS BRETONS A LA TUILERIE · texte numérisé non relu

LES MOBILISÉS BRETONS A LA TUILERIE

Le récit suivant noos montre , avec la vérité simple et saisis- ''sante d'une photographie prise sur nature, la navrante situation des Bretons dans TafTaire de la Tuilerie. Il a pour auteur M. Buffé, capitaine adjudant-major du l^^' bataillon de h^^ légion mobilisée d'Ille*et-Vi laine, autrement dite légion de Saint- Malo.

Lr i^^ BATAILLON DE SAINT -MALO.

Le 30 décembre, on distribua des fusils Springfîeld; mais en même t«mps, on ordonna de les déposer dans une baraque de Fintendance , afin de les empêcher de rouiller.

Le 7 janvier 1871, dans l'après-midi, on rendit aux mobilisés leurs fusils.

Le 8, le bataillon partit pour le Mans avec les cinq autres de la brigade d'IUe-et-Vilaine , seuls restés jusque-là au camp de Gonlie sous les ordres du général Lalande. Il arriva au Mans vers quatre heures du soir. Il fut logé en partie dans une église', en partie dans une école , après de nombreuses difficultés provenant de l'encombrement des troupes cantonnées au Mans et du défaut de direction.

Le 9, il reçut l'ordre d'aller occuper une position à droite de la route du Mans à Ghâteau-du-Loir, le long du chemin aux Bœufs, près de la Tuilerie. Arrivé là, contre-ordre fut donné par le général Deplanque qui, paraît-il, était chargé du commandement de la circonscription; il assigna au bataillon un cantonnement aux Hunaudières, près de Mulsanne, à environ 4 kilomètres de la Tuilerie. Il n'était pas question de l'approche des Prussiens, et le bataillon, dont on connaissait l'inexpérience absolue, ne devait pas être employé dans les mouvements ultérieurs.

Il faisait nuit quand le bataillon entra dans son cantonnement. Une grand'garde fut envoyée près d'un étang pour surveiller un passage , à un kilomètre et demi environ du château des Hunaudières. En outre, chaque compagnie dut établir un poste et des sentinelles pour se garder à une certaine distance.

Le 10, une corvée fut envoyée au Mans pour aller chercher

3%i LE GAUP DE CONLIE.

des yivres , car let hommes u'avaient pas reçu de distribution depuis leur départ de Gonlie. Cette corvée ne revint pas; elle fut arrêtée au Mans et ne rejoignit le bataillon que dans la nuit du il au 12 janvier, à PontÛeue.

Le général de Lalande fut prévenu du changement qui avait été opéré dans notre cantonnement.

Vers onze heures du matin, des caisses de cartouches ayant été apportées, furent distribuées entre les mobilisés; moitié des cartouches environ étaient mouillées. Depuis quelques heures, on entendait un bruit de bataille qui se rapprochait insensiblement. Les officiers et Faumônier se mirent en devoir de charger les fusils qu'ils purent faire manœuvrer ; mais les baguettes , fortement attachée^ aux tenons par suite de Thnmidité qui avait gonflé le bois, ne pouvaient être arrachées qu'avec la plus grande difficulté.

Vers midi, le bataillon fut appelé sur la route de Châteaudu-Loir par le général ..., dont les troupes se repliaient siir le Mans dans le plus grand désordre. Des marches toute Taprèsmidi sur la route, dans la neige, achevèrent d'énerver des hommes qui avaient besoin de repos et de nourriture, et de les décourager en les mettant en présence de bandes éparses de soldats de la ligne, qui se moquaient de leur armement et de leur équipement et les excitaient à abandonner leurs armes et à fuir avec eux. La bataille se continuait tout près de là , sur la gauche.

Le bataillon ne rentra dans ses cantonnements qu'à une heure avancée de la soirée. La nuit se passa en gardes, rondes, patrouilles. Les Prussiens étaient proches ; désormais aucune troupe française, sur le front, ne les séparait plus du bataillon.

Le 11, la bataille recommença dès le point du jour sur la gauche, à 6 ou 7 kilomètres des Hunaudières.

Le bataillon , depuis le 8 , n'avait pas reçu de vivres, et les mobilisés ne pouvaient plus se procurer même un morceau de pain dans les fermes. Un officier se rendit à la Tuilerie pour demander des vivres et des ordres. Le général de Lalande lui dit qu'il avait demandé des vivres au Mans, et lui remit les instructions que le bataillon devait suivre pendant la journée. Le bataillon avait pour mission de couvrir le château du Houx avec son extrême gauche , et d'occuper avec sa droite le passage de l'étang.

Lorsque la fusillade se rapprocha , vers onze heures du ma-

tin, les compagnies furent placées conformément aux ordres du général ; le bataillon], comptant alors environ 700 hommes présents, se trouvait disséminé sur un espace de trois kilomètres.

Les mobilisés , déployés en tirailleurs dans des fossés pleins de neige , exténués par la privation de nourriture et de sommeil et par les marches, engourdis par le froid faute de vêtements indispensables, Fesprit abattu par le sentiment de leur incapacité et le défaut de confiance, attendirent les Prussiens. A chaque instant, des soldats de la ligne armés de chassepots^ venant de la gauclie , fuyaient à travers les mobilisés. Du reste, à gauche, jusqu'à la Tuilerie, à droite, jusqu'à Arnage, en arrière, jusqu'au chemin aux Bœufs, il n'existait aucune troupe pour servir d'appui au. bataillon.

Après cinq heures d'attente dans les conditions ci-dessus indiquées, vers cinq heures du soir, les Prussiens, faisant le mouvement tournant qui avait été prévu dans la matinée par les généraux Deplanque et Delalande , attaquèrent la Tuilerie et en même temps, se portant plus à droite, attaquèrent le bataillon.

Une colonne prussienne de 5 à 6,000 honunes se dirigeait de façon à le couper par le centre. Le commandant, craignant que les compagnies de droite ne fussent cernées par les Prussiens ^ leur fit donner l'ordre de se replier sur les Hunaudières. Ce mouvement s'opéra en bon ordre.

A la fusillade prussienne les mobilisés répondirent par quelques coups de feu tirés au hasard et plus dangereux pour leurs camarades que pour l'ennemi. La plupart des fusils ne purent faire feu , soit parce qu'ils avaient été mal chargés , soit parce que la poudre était mouillée, soit que les batteries ne fonctionnassent pas ou que les cheminées et les tonnerres ne fassent pas forés, comme cela a été vérifié depuis.

Il n'y avait que les braconniers qui se trouvaient dans le bataillon à être capables de charger leurs armes, et encore ceuxlà n'étaient pas mieux armés que les autres.

Les fuyards dé la ligne et de la cavalerie criaient : Sauve qui peut ! Les mobilisés , pris de panique , se retirèrent en toute hâte dans la direction de la Tuilerie , sous une grêle de balles prussiennes. En vain les officiers cherchèrent à les arrêter pour sauver leur honneur, trop convaincus eux-mêmes de l'impossibilité d'une résistance dans les conditions qui viennent d'être indiquées.

Engagé dam nn bois de sapins , le bataillon déboucha sur la roote de Ghâtean-dn-Loir derrière la Tuilerie. La nuit était venue. Il se rendit à Pontiieue , où il apprit la prise de la Tuilerie par les Prussiens.

Le général de Lalande , qui venait d'arriver, fut informé de la retraite do bataillon, qui resta aligné les pieds dans la neige sur la place de PontUeue , jusque vers neuf ou dix heures du soir.

A ce moment, on fit parvenir an bataillon un ordre ainâ conçu : > Les mobilisés bretons, en fuyant lâchement, ont laissé «prendre la Tuilerie; il faut qu'ils la reprennent à la baïonnette, s Quoique cette accusation ne pût s'adresser au bataiUon de Saint- Ifalo qui n'était pas à la Tuilerie , elle le blessa profondément, car elle était aussi cruelle qu'injuste , à quelque bataillon des mobilisés du camp de Gonlie qu'elle s'adressât. Ce n'était pas des hommes qui de leur vie n'avaient jamais chargé ni déchargé nn fusil, dont on connaissait l'état physique et moral, qui auraient dû élre chargés de la défense de la position la plus importante.

Le bataillon obéit, les mobilisés marchèrent automatiquement dans la direction de la TuOerie. Arrivé à environ 500 mètres , il fut laissé sur le bord du chemin , attendant de nouveaux ordres. Il resta ainsi plusieurs heures ne recevant aucun ordre, et voyant ramener l'artillerie à Pontiieue , U revint.

Sur la place de Pontiieue il trouva du pain , qu'avait apporté la corvée partie le mardi des Hunaudières pour chercher des vivres ; c'était la première distribution que recevait le bataiUon depuis le départ de Gonlie. Le reste de la nuit se passa sur la place, dans la neige, où les hommes se couchèrent, ne pouvant plus rester debout.

Le 12 , dès le point du jour, une attaque fut dirigée sur la Tuilerie. Le bataillon attendait Tordre de marche qu'on lui avait annoncé. Vers neuf heures , des obus passèrent par-desdus la place de Pontiieue ; la bataille du matin était perdue , l'ordre fut donné de battre en retraite et de se porter de l'autre côté du Mans. Le bataillon traversa les rues du Mans, encombrées de toutes manières, et fut dirigé sur Gonlie où il passa la nuit.

Le 13, il partit de Gonlie et alla coucher à Voutrë.

Le 14, il s'arrêta à Evrou.

Le 15, ordre fut donné, vers deux heures de l'après-midi , de partir pour Mayenne , après avoir reçu une distribution de

vivres. A trois heures et demie , comme le balaillon prenait cette direction, un contre-ordre le dirigea sur Laval, oh il arriva vers minuit. Il passa le reste de la nuit dans les églises, grâce à la bienveillance des curés, car le maire ni le commandant de place ne voulurent s'occuper des logements.

Le 16, ordre fut donné de prendre la direction de la Groixille, mais en chemin le bataillon s'arrêta à Bourgneuf , où il passa la nuit.

Le 17, le bataillon s'arrêta à Livré.

Le 18, il arriva à Rennes dans la soirée. Il fut cantoimé, le 19, dans le Palais de justice.

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