APRÈS LA BATAILLE DU MANS
nicir Di l'ivtindant du camp.
A M. le ministre de la Guerre^
Rennei, 17 janYÎer 1871.
Monsieur ie Ministre ,
J'ai rhonnear de voos rendre compte , au point de vue administratif, des événements survenus dans ces derniers jours au camp de Gonlie. Préoccupé des approvisionnements considérables existant au camp de Gonlie, j'avais fait amonceler, dès le 11, sur le quai d'embarquement, la partie des denrées placée dans les magasins les plus éloignés , afin de pouvoir à un moment donné activer le chargement de ce matériel ; j'avais même, dès le 12 au matin, chargé et fait partir en arrière quinze wagons.
Après avoir plusieurs fois provoqué des ordres du commandement sur la destination définitive à donner au matériel , j'avais reçu pour dernières instructions de laisser en place, pendant toute la journée du 13, les approvisionnements du camp, afin de permettre aux troupes venant du Mans, par la ligne du Mans à Laval, de se ravitailler au passage. Un train, expédié dans la nuit du 13 au 14, devait venir prendre les excédants.
Ces mesures, excellentes par elles-mêmes, ont péché par inexécution. Le 13, dès dix heures du matin, il demeurait évident pour moi que le gaspillage allait commencer. La partie inférieure du camp, où se trouvaient les approvisionnements, avait été complètement évacuée dès le 12 au soir; j'étais resté avec M. Héliot, sous-intendant militaire, cinq officiers d'administration auxiliaires, et un sergent commandant un détachement de huit hommes des 12» et 0« sections d'ouvriers d'administration. 11 y avait impuissance à Intter contre le débordement des troupes débandées qui envahissaient le camp'.
' M. Cauvet, inipocteur dei eampi , qai le trouvait à Conlie le 13 janvier, dit dam une lettr^ adresa^e le 16 au délégué à la Guerre : • Vert onie heures
Je me rendis à la redoute de Tennie, où se trouvaient encore deux ou trois mille hommes sous le commandement du général Morin; je lui exposai la situation, lui demandant instamment cent honmies armés pour maintenir la foule pendant le jour, apporter un peu d'ordre dans les distributions, et pour aider ensuite dans la nuit au chargement du train attendu. Le général me répondit qj^'il n'était pas possible d'obtempérer à ma demande ^.
Je redescendis de Tennîe pour constater une nouvelle aggravation dans l'état des choses, et je portai tous mes efforts sur la défense des liquides, que je pus préserver jusqu'à trois heures du soir. A ce moment la foule s'était accrue , on commençait à attaquer les fûts.
Je remontai à la redoute , mais elle était évacuée ; les scènes d'ivresse commençaient à se produire , des honunes ivres-morts étaient étendus sur la neige ; je pris le parti qui me parut le seul possible pour arrêter ces scènes , et je fis défoncer tous les tonneaux par mes hommes.
Vers sept heures du soir, je renvoyai à Sillé-le-Guillaume H. Héliot avec les cinq officiers d'administration et les huit honmies des sections ; ils devaient revenir avec le train attendu dans la nuit et en hâter l'envoi ; leur présence, d'ailleurs, m'était tout à' fait inutile, et c'était les exposer à se faire prendre sans aucun profit. Le train arriva entre une et deux heures de la nuit , avec le seul personnel dont je viens de parler ; on se mit aussitôt à l'œuvre et on se hâta de charger tout le matériel le plus rapproché du quai, soit denrées, soit munitions.
en ûkêùn t lef troupes en retraite affla^rent daot une eoofiinon nimaiite» Bientôt le quai sur leqael étaient rangées les caisses fut eiifrti dans fonte sa loDgoenr, soit une centaine de mètres , et la surveillance cessa d'être possible. M. l'intendant, nàé de six offiders d'administration, agissait de son mieux pour maitriser la fonle ; inais nos malheareux soldats venaient de faire SB kilo* mètres, ils avaient faim^ ils attaquèrent d'abord les caisses contenant les provisions de bonoke; qmlqnes iodividos pillèrent des eaiMOs d^efMs. le pas remarqwr l'hdnleté des tftkiê pour ce genre d'oeonpation. * {Anneeeti do rapport sor Gonlie, édii officielle, p. 887.)
> Parce qne , en isffet , i ce moment-là , le général ttorin arrivait de DOntfroht avec l'ordre dv général Ghanty de « partir ka ^lus vite » et d'aller s'-éta^. irfir en avant^garde au-delà de Sillé-le*Gnillaume , ponlr barrer la route Aox fofards. Les mobilisés qui occopaiént alors la redonte de Tennie étaient eeuk do la légion de PaimbaoBf-Saiat*Nasalre , t)ommandée paf le colonel léhemo ^ comptant an plus 2,200 hommesp
Si» LE CAMP DE COKLIE.
Les vagons forent mal chargés; rarrimage, mieux £ut, eftt permis de placer beaucoup plus de matériel.
Le 14, & sept heures, les hommes étaient brisés de fatigue; on pouvait craindre à chaque instant de voir enlever le train par un parti de Prussiens. Je donnai Tordre du départ.
Je me présentai à SilIé-le-Guillaume au grand quartier général, et je rendis compte de la situation à M. le général chef d'état-major , lui faisant connaître que le manque d'hommes de corvée m'avait mis dans l'impossibilité d'enlever le restant des approvisionnements .
M. le général Gbansy donna Tordre qu'un nouveau train partirait de Sillé pour Gonlie à une heure du soir, le 14, avec deux cents hommes pour charger le matériel. Ce train, précédé d'une locomotive de reconnaissance, ne put se mettre en marche; la reconnaissance annonça que les Prussiens étaient au camp * . Rendes-vons fut donné à ces mêmes troupes à la gare de Sillé, le 15, à neuf heures du matin, pour essayer une nouvelle tentative ; mais un contre-ordre fot donné dans la matinée.
Je remis à l'intendance le biscuit et le lard salé que j'avais pu ramener de Gonlie, et n'ayant plus rien à régler à Sillé, j'en partis le 15, à dix heures du matin, par un train se rendant à Rennes.
Je m'arrêtai à Laval pour rendre compte de ces faits à M. l'intendant en chef de l'armée, et pour mettre à sa disposition environ 1,600 quintaux d'avoine et 1,500 quintaux de biscuit que j'y avais en dépôt.
Je gagnai de là Vitré, pour assurer les subsistances des mobilisés de Rretagne du général Lalande, qui y étaient attendus, et enfin je me suis rendu à Rennes, où j'ai rejoint Tétat-nnajor du camp.
Tous mes papiers sont encore emballés, je n'ai pas sous la main de renseignements précis. Toutefois, je puis dire, dès ce moment, que nous avons abandonné à Gonlie environ 700 quin-
* Le général Ghanif le trompe donc qoead. dus noe d^pA^e dn 14 janvier 1871, 4 heorei dn loir, il dit qa A ettt* AMre4& l'arfliêe fnoçiiw oeeapait encore le camp de Gonlie {DnueUme année de la Loire, in*8<* p, 582). Cette dépêelie le trompe encore en diaantqae, la veille (13 Janvier), ■ pins de « 3,000 mobilisa avaient refnaé à lean cbefi d'aider à l'évacuation rëgaliére • da camp ; le colonel J^henne a déclaré . an contraire » qoe, « jeiqn'aa dernier t moment . il n'a pas en on acte d'indiieipline à réprimer. • (Anmexet dn rapport ofûciel, p. 263, coL I.)
taux de biscuit, 50 quintaux de lard, 60,000 rations de liquides (répandues) , plus la paille et le foin.
J'avais fait défoncer, comme je Tai dit plus haut, tous les fûts de liquides; j'aurais voulu incendier le reste, mais une baraque contenant une trentaine de varioleux se trouvait engagée dans les magasins et eût été infailliblement gagnée par le feu. Le danger était d'autant plus grand, qu'en face de cette baraque se trouvait un dépôt de munitions. J'ai dû renoncer à cette idée.
Je suis, etc.
L'intendant militaire ,
Dbscumrs.