PREMIÈRE PARTIE. GHAPITREII
a préalables avec les autorités maritimes, de tont ce a qui vous est nécessaire pour vos opérations. Mais a je vous recommande de ne pas contrarier les a miennes. »
Le lendemain, 1" novembre, seconde réponse plus explicite encore (reçue à Nantes) :
Guerre à général Kératry, — Urgent.
tt Je vous confirme ma dépêche précédente vous « annonçant que je suis résolu à seconder par tous a les moyens en mon pouvoir la mission dont vous « êtes chargé. Ordre formel a été donné à Roussin, a du ministère de la Marine , de lever tous les oba stades que vous pourriez rencontrer de la part des tt préfets maritimes pour Tarmement de votre corps tt d'armée. Je n'aifait de réserves, dans mes rap" a ports avec vous, qu'en ce qui touche les opéraa tions militaires générales; je vous renouvelle à a cet égard l'invitation de les seconder aussi activett ment que possible. Agissez avec la dernière énertt gie. Communiquez la présente dépêche à toute V. personne tentée de vous opposer résistance. »
Fort d'un appui aussi explicite, M. de Kératry s'empressa de transmettre ces dépêches aux préfets maritimes et aussi au directeur d'artillerie de Brest, à qui il télégraphia dès le P" novembre :
tt En raison de cette dépêche, je vous prie de dé- « livrer immédiatement au sous-préfet (de Brest \ tt les 3,200 chassepots et cartouches correspondantes
d^qv» vous m^veï 4édaré dispM^bles». «elbij't. v^ns f& faî^ responsable de^ la piroisipte. QxéontioDrde' cette
tt pouvoir en connaissance de cause. » t ,"'\ ; ..
. Deux. jour9 après^^ répçifl?e du dirpct^w ^'vtillerie :
ttMon général, ayant Tordre de ne délivrer de tt chassèpots que sur une décision du ministre de la tt Gtterre , j'ai dii raviver et je vous tûtamnnitfne sa a réponse (ainsi conçne) : — « Je votïs autorise K ft délivrer, sur deuiande de général Kératry, des ft fusils ou carabines à percussion. Me laissez pren-ft 'dre sous aucun prétexte lés Jksûs et cartouches » Chttssepot, >» -—^ Et lé directeur éonduaiit- : « J^a! <ile i*egret d^ajouter , mon général, quMl n'y a plus tt ici de fusils ni de carabines à percussion, n
Cependant les chassèpots disponibles de la Guerre avaient été compris, le 22 octobre, dans les armes à tir rapide promises à Tarmée de Bretagne, et la dépêche du ministre du P" novembre, répondant à la demande de ceux de Brest, ne contenait, on Ta vu, aucune réserve'.
M. de Kératry, bien qu'il ne dût pas s'attendre à être éconduit de la sorte, s'était déjà tourné d'un autre côté et adressé à la Commission dWmement, présidée par M. Le Cesne, que M. Gambetta lui
1 Sur C{^% iacidç^l^ voir aux Jinnexes du rapport ,.,p« 180 k 190, les Télégr, offic, 2^ série ,'iaP^ 10, 11 , 17, lÔ, 22, 23, 24, 25, 26, 29, 30, 33; voir aussi Annexes, p. 127, col. 2.
PaElidUB'PAfiTIE. CHAPITRE II. Si
ftvM', -dé» le 23 octobre, désigirée « eomibe devtt«rt faire face à téud lés besoins de ce genre d : dèsign'ation parfkttemetyf fondée* d'àfUeurs, puisqu'un détjret Ae> k Délégation, en date du 29 septembre-, avait, en ^termes etprès, «chargé» cette commis^ ^\&a ct.de toutes leé mesures rela<ive8 à ranùement dis» gardes inalionales «tobilisées. »
Bée le 26 octobre^ le chef de Tarméede Bretagne avait' fait eonmaitre k Sf. Le Cesne que Feffeotif des mobilisés «bretons dépassait de bëaucMp 9e& prévi*- Bions,et << nàanquait totalement d'armesT» ; qu*il lui faudra» 1^,000 fusils Spencer, 40,000 fusMs it tir rapide, nMmporte de quel système, 5,000 carabines Spfencer , et il ajoutait : a Je compte sur tous pour tt cargaison 'prodhaine- de New-York à Brest. « Ce jour mémé^ M. Le Cesne répondait : » Je ferai pour (b VOUS' plaire tout ce qui sera possible pour fusils. » Et le 28; sur là desiande de M, Kèratry, ii faisait envoyer, de Brest à Laval , à destination de l'armée de Bretagne; 2,060 reipiogtons, modèle es[iaghol, eti^ûO ïrevolvers *. -^ Ce début denna- grande* espé* ranée et fit tout naturellement interpréter la réponse dtt'^ comme un engagement réel; une promesse sériense deiréserver aux mobilisés bretons 1à première cargaison d^armcs qui viendrait de New- •York; ' j:
A>ee:menieiyt on attendait d'un instant à l'autre lefUifu'àif^'leSaint^Laurent^ qui arriva effedlive^
Voir aux Annexes, p. 184 , 185, 186, Télégr. offic, 2« série, W* %s ^'f iâ et i8.< ■ > • . ^ . , • * •
2S LB CAMP DE CONUfi.
ment à Brest dans la matinée du 31 octobre, avec 30,800 armes à tir rapide, 24,300 fasils rayés à percussion, 2,000 revolvers, 5 mitrailleuses, et près de 8 millions de cartouches. Ce navire a eu dans rbistoire de Tarmée de Bretagne un rôle et un renom quasi-légendaire. Les premiers bataillons appelée à Conlie sMnquiétaient fort, en effet, de partir point ou mal armés comme ils étaient, et demandaient avec anxiété les armes perfectionnées solennellement promises. Le 4 novembre, H. Carré- Kerisouêt, qui se trouvait à Rennes, assistant au « punch d'adieu » offert par les officiers de la garde nationale sédentaire à leurs collègues de la garde mobilisée , crut devoir dissiper ces inquiétudes : il annonça que le Saint - Laurent venait de débarquer à Brest 75,000 fusils Remington avec des munitions abondantes, et que Tarmée de Bretagne avait dans cette cargaison une large part. L'auditoire n'eut qu'un cri de joie. Quatre jours après (le 8 novembre) , un journal de la même ville, qui entretenait des relations fréquentes avec les autorités civiles, affirmait, delà façon la plus positive, que les mobilisés bretons avaient, ce jour même, « à leur disposition 65,000 fusils Remington « , — les fusils du Saint'- Laurent évidemment. — Cette heureuse nouvelle fit le tour de la Bretagne,^ ramena partout la confiance, et depuis lors, armés ou non, les mobilisés partirent sans nulle inquiétude, sûrs de trouver à Conlie les excellents remingtons du Saint-Laurent^ *
^ Voir Annexes^ p. 155, et V Appendice de ce volume.
Or voici ce qu'il en était.
M. de Kératry, avisé par le sous-préfet de Brest, avait, dès le V' novembre, réclamé énergîquement pour ses mobilisés les armes du Saint-Laurent. M. Le Cesne, quatre jours après (5 novembre), lui promit a environ 35,000 spencers, quelques mille remingtons et trois mitrailleuses Gatling d . Mais une lettre du même, et du même jour, lui parlait de u spencers avec baïonnettes » ou fusils Spencer , de snîders sans baïonnettes , sans la moindre mention de remingtons ; et une autre lettre du surlendemain (7 novembre) portait : a On vient de commander en Angleterre 25,000 baïonnettes pour vos carabines Spencer, d Ainsi , on promet d*abord des fusils Remington et des fusils Spencer, puis, en place des remingtons , des sniders sans baïonnettes ; et enfin, par une dernière métamorphose , les fusils Spencer à baïonnette se changent en carabines sans baïonnettes ou à baïonnettes problématiques , commandées la veille en Angleterre , et que Tarmée de Bretagne ne vit jamais.
En face de ces promesses confuses, contradictoires, H. de Kératry, ayant insisté pour obtenir une réponse précise et positive , reçut du président de la Commission d'armement une lettre en date du 7 novembre , indiquant avec beaucoup de précision, par quantités, espèces et provenances, les armes dont la Commission « pouvait disposer » pour Tarmée de Bretagne, — savoir : 19,000 fusils Spencer à baïonnettes, 27,000 carabines Spencer
24 il LB GAMP DE GONLIE.
sans baïonnettes, en tout 4f6,000 armes à tir rapide. Mais, elioto étrange, dans cette masse considérable les armes du Saint-Laurent ne figurent plus que pour un chiffre insignifiant (2,275 carabines Spenceir) ; ce qu'on promet maintenant aux Bretons , ce sont les armes du Perdre, dont la grosse part — 8,000 fusils et 20,000 carabines Spencer — leur est positivement réservée; quant aux 11,000 autres lusils Spencer, ils sont en mer, assure-t-on, sur le steamer Avon, parti de New-York depuis sept jours seulement; il les faudra donc attendre un peu; ceux du Pereire, en revanche, on les tient, car ce navire doit arriver dans deux jours.
Un fait curieux, c'est que, tandis qu'on assignait ainsi l'armement des mobilisés bretons sur des car* gaisons encore en mer, il y avait à Brest plus de 15,000 armes à tir rapide (carabines Joslyn, Remington , Spencer ) venues d'Améilque pour le compte de la CoimmissioB d'armement et, à cette date, parfaitement disponibles. AI. de Kératry le savait, les demanda, ne les obtint point \
Qu'importe? car le Pereire arrivait (9 novembre) pc^rtant, disait-on» 28,000 armed formellement promises deux jours avant à l'armée de Bretagne'. Son arrivée ee produiisit même avec certaines circonstances boanes à relever. D'après les obligations
^ Voir sur tout ceci les pièces citées dans la ^^ dëpdsîtlon de M* de Kératry {Annexes, p. 106, 107, 108) et la «eetion 3 des Documents relatifs à rarmemènt (Annexes^ p. 15$ à 158).
^ Ce navire entra dans le port du GTavre le 9 novembre , mais le déchargement u^cut lieu que le 13.