‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 5 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE. fflAflTRE U. 2S · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. fflAflTRE U. 2S

de la Compagnie transatlantique, c*est à Brest, oû le sait, à moins d'obstacles causés par le mauvais temps, que les paquebots doivent débarquer. Or, le temps était ttès-beau, le P&reire était attendu à Brest depuis le 7'novembre ; ce n^e^t pas à Brest, c^est au Havre qu*il aborda. A Brest, IT. de Kératry avait de nombreuses relation^ qui le te*naient au courant de tout, qui lui avaient pennis notamment de suivre, jour par jour, les diverses péripéties du Saint-Laurent et de sa cargaison; au Havre, ces moyens d'information lui manquaient *. Prévenu le 9 novembre de Tarrîtéé du Pereire, il attend quelques jours ; le 12, ne voyant rien venir, ir télégrafphie à M. Le Cesné r te J'attend» avec impatience votre réponse pourles fnsils et les mifrailleûses. » Alors il reçoit une letfte et une dépêche (12 novembre); c'était tout un nouveau plan d'armement , le quatrième depuis huit jours ^ Au lieu de 46,000 armes à tir rapide (19,000 fusils et '27,000 carabines Spencer), on lui promettait maintenant 10,000 carabines, 28 à 30,000 fusils, dont 20,000 spencers, le reste de divers modèles (Bîer^ daii, Remington espagnol, etc.), dont 8,000 environ' se trouvaient encore en Amérique , mais on télégraphiait en toute hâte pour les faire venir. Saîns se lasser, le chef de Tarmée de Bretagne répond , 12 novembre : c( J'acceipte les 20,000 fusils Spen-

. f Voir 2f ;dépositioa de If. do Kératry, aux Annexas du rapport, p. 104, iÔ5; voir aussi notre Appendice.

cer '. » Mais en vain on promettait et en vain il acceptait, rien ne venait.

Ainsi tt comblé d*espérances , mais d'espérances seulement », et « on ne peut plus désireux d'y substituer des réalités * » , M. de Kératry crut devoir envoyer à Tours, au siège du Gouvernement, le lieutenant-colonel' Queneau, son premier aide de camp , pour presser la solution de cette difficile affaire de Tarmement, et de plusieurs autres dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Cet envoyé devait agir de concert avec le commissaire général , M. Carré-Kerisouët , aussi à Tours en ce moment pour des questions d'administration.

Le 16 novembre, vers une heure, M. Carré-Kerisouët et M. Queneau se présentèrent chez M. le ministre de la Guerre, qui d'abord « les accueillit trèsfroidement » ; mais les deux Bretons ayant , parmi leurs griefs, lancé une attaque contre le ministre de la Marine, cela rompit la glace : a Je profite du moment, écrit le colonel Queneau, je saisis mes pièces, et en cinq minutes tout est signé. » Quant à l'armement, M. Gambetta leur dit » qu'il mettait tout ce qui serait disponible, en dehors du service de la Guerre, à la disposition de l'armée de Bretagne '. »

i Voir Annexes, p. 109, co!. i (2e déposition de M. de Kératry), et p. 191, Télégr, offic, 2e série, n*» 40.

2 Lettre de M. de Kératry à M. Le Cesne , du 14 novembre , aux Annexes du rapport, p. 191, 192.

3 Lettre de M. Queneau à M. de ïCératry, du 16 novembre , à notre Appendice,

Le lendemain 17, M. Queneau ayant dû quitter Tours, M. Carré-Kerisouët vint seul présenter à la Commission d'armement leç demandes de Tarmée de Bretagne. Fort des promesses multiformes, mais très-multipliées, très- explicites, faites depuis un mois par le président de cette Commission , fort de l'assurance récente donnée par le ministre , le commissaire général pensait arriver promptement à une solution satisfaisante. H vît surgir contre lui une résistance des plus vives et Tun des membres de la Commission combattre le principe même de sa demande, en contestant formellement le droit des mobilisés bretons à un armement perfectionné.

Les fusils à percussion n'étaienMls pas parfaitement suffisants pour des mobilisés? Les autres provinces s'en contentaient bien ; la Bretagne n'avait nul droit à une exception. — La réponse était aisée. Les mobilisés des autres pays étaient encore à cette heure tranquillement cbez eux ; les Bretons seuls étaient portés en avant , à cinquante , cent lieues de leurs foyers, pour former un corps d'année que l'on prétendait mettre à bref délai en présence de l'ennemi. D'ailleurs, le 22 octobre, en créant cette armée, le Gouvernement avait fait à ce sujet des promesses formelles, renouvelées la veille par le ministre. Sur ces promesses, le chef de l'armée de Bretagne avait pris envers ses compatriotes un engagement solennel ; au point où en étaient les choses, il était clair que pour faire battre ces troupes avec confiance, il fallait remplir ces engagements, sans

ft8 LE CAMP DR CONUS.

^poi \e^, xDOJbilisé» bjçetons, déçu; , décom:aj[jës par j[f ur déçepti^ii i ne ren^r^enj h )a défenie natiûnale auciu^ f erTJce utile. ]^. Ctrré-KerUouët fît valoir cç) riMSon^ avec force; oéanmoios laiÇpipmU^ion.^$ta p Art^/60 , indéctoe , la question {vendante ' • . . , .Ip^(u*ipé de cet Hicide^t, Mr de Kérutry éclata; d^^. d^ftfx dépêches adressées^ le 18 et le 19 no^ ;^einbi^. Tune au mini&tre de la Guerre, Vautre k ilL Kerisouêt» il dit : (^ Je refuse net de marcher, .$c et Ton verra le camp se dissoudre s'il n'est pas (( àçf^n^ d*armes perfectionnés. Je. ne veux nulle-» IL me^nt condiiire mes hommes h nx^ désastre cer- « tain.,*%* 1.103 deux tiers de mes hommes sont .4 noii armés..,.. La Bretagne est ii^i^ée de ce tt.qui. sa. passe. On m'a ()ereé de promises illur

« spires 4woi)cez ap G<;mité d'aripenjrent pour

tt, demain ufie lettre ofGci^Ue à^xas tpus. lesjourfi jum^x •, », ,

C^tte protiestation sembla d'abord £aire quelque effet : le 19 npvemhre, le ministre de la Guerre demanda expressément, pour Tarmée de Bretagne^, 30,000 fusils perfectionnés i la Commission d'arnobemeat, qui dut en délibérer le lendemain. Il y eut encore qujçlque r^siatance. D'autre part. M.. Keri- ^onët, trouvant trop b«|s le chiffre de 30,0Q0, insistait ppur celui de 46,000 formellement B^^^^

* Voir aux Annexes, p. 110, télégr. de M. Garré-Keri- «ou et do 17 novembre, et lettre du même du 18, à notre Appendice.

* Voir aux Annexes, p. 192, Télégr, ojgk», î« série, u© 43.

PREMliBE MRTIE. CHAPITRE H. S9

par la lettre de M. Le Cesne du 7 novembre. La ComBiissîon a écarta y> défini tivement rengagement pris par sen président» mais accéda au chiffre de SO^OOO fixé parle miaistre \ qui d'ailleurs , dès le 20 novembre à midi eé dex^^t télégraphiait à M. de Kératry :

tt ^ outre des ^,500 reniingtons espagnols et ttdes 10,700 carabine.s Spencer déjà expédiés, il a vous est réservé 17,000 fusils Spencer, à provenir ce' des steainers Avon et Ontario. On fera mieux plus (i tard.

a L|:0« GaUBSTTA. t>

Notez que les 17,000 armes promises ici à Tarmée de Bretagne ne sont plus, comme précédemment , assignées sur le chargement du Pereire, débarqué depuis huit jours, ce qui eut forcé le ministre de s'exécuter immédiatement. On les assigne sur deux bâtiments encore en mer, dont le terme d'arrtfée esi incertain , ce qui fait rentrer cet engagement dafisla classe des promesses mobiles, toujours fuyantes, dont on avait jusqu'alors payé l'armée de Bretagne. Et de fait, cette armée n'eut jamais une arme provenant de ces bâtiments. — Le ministre se trompe encore sur le chiffre des armes à tir rapide expédiées jusqu'alors à Conlie par la Commission aVmemenf , il les évalue à 13,200 (soH 2,500 re-

< Voir aux Annexes, p. 111 et 112, télégrftmiite de Jf« €ftfvé^KèriiouÔi, du 19 novembre, 4 h*, soir; iètUre du iiiétb«'<da'â(lÉo]^enièée$*let^e de M; idiês LeCëane, «Utée<de Tours, samedi ftoir. scî: ». «''

mingtons, 10,700 carabines Spencer) : à peine en avait-on reçu moitié, c*est-à-dire 7,000, ainsi que le prouve la dépêche suivante qui se croisa avec celle de M. Gambetta, et qui était une réponse à une demande de renseignements adressée la veille par le ministre :

a Conlie, 20 novembre 1870. — Kératry à Keri- « souëtj Tours. — Urgence.

tt Le 25 novembre, il y aura (au camp) 35,000 homtt mes; il y en a 25,000 présents \ J'ai 9,184 fusils (c à percussion antiques, tous mauvais. Comité d'armement m'a envoyé 5,000 spencers (carabines) et ce 2,000 remingtons. Je n'ai rien autre cbose. C'est tt avec cela qu'on veut faire la guerre. Ce serait risitt ble si ce n'était lugubre, quand on arme de fusils a perfectionnés tous les aventuriers qui se présentent a à Tours au cri de vive la République*. »

Cette dépêche ne valut pas à l'armée de Bretagne une arme de plus; à son auteur elle valut, le lendemain matin, cette réponse :

a Tours, 21 novembre 1870, 10 h. 25 matin. — « Intérieur et Guerre à général Kératry^ Conlie,

tt Je crois m'être acquitté de mes devoirs envers tt le pays, envers vos soldats et envers vous.... Vous

' Chiffres un peu anticipés.

3 Voir aux Annexes, p. 111, la dépêche de M. Kerisouè't, qui avait motivé celle-ci, en date dç Tou^s* i^ nQveml^re, 10 b. matin.

tt écrivez que j^arme de fusils perfectionnés tous lés a aventuriers qui passent à Tours au cri de vive la tt République. Ce n'est point ce cri qui m'empéchett rait de les armer si j'avais de quoi, et je suis tout « à fait surpris que vous vous soyez permis d'en vi faire un grief qui du reste est tout à fait injuste, a Je ne vous dis rien de plus sur ce petit mouvement a d'impatience.

tt LÉON GaM RETTA ' . »

On voit s'accentuer, dans ce télégramme, l'expression de mécontentements nourris dans l'entourage du ministre à l'endroit de l'armée de Bretagne, et dont il est nécessaire de dire un mot.

Dès le principe, quand M. de Kératry, : — au lieu de conclure sa proclamation du 23 octobre par le sacramentel Vive la République j — donnait à son armée pour a seul cri de ralliement » Dieu et Patrie, un sentiment de défiance s'éveilla chez certains républicains fanatiques. Huit jours après (1*' novembre), quand M. de Kératry prit à Nantes, en face du parti républicain et de toute la population, l'attitude exclusivement patriotique que nous avons indiquée plus haut, les soupçons redoublèrent dans le camp des exaltés, ils pénétrèrent jusqu'à l'esprit du ministre, qui crut devoir s'en expliquer avec quelques vétérans de la cause républicaine.

Ainsi, le préfet du Morbihan — qui, le 31 octobre, criait au Gouvernement avec une sorte d'enthou-

* Voir Annexes, p. 193, Télég, ofiic, 2« série, n*» 45.

MhMZ Eônlr^, mami ■»■■ nalî™*")»»

aiaphiùl, le â MiaBbre. « U . Gavbetta :

mn iipiAe ronBdnfirilr 3.145; f en MM BolF.Ti^ax rrpaUkÛB. je tous rep ntn MM«^. SofTz irmmfm^e : Kiratmmtrrrwe, « iiiïrffm. i Utrifmtctè l'a»-

nv pu k Afp^rW oi«i&l<«tidlc 3.145, XiKr Ja pn-Srt »tf«trr ^m- k> Bisislre.

F s*m-itL*a.ii ie U, i* tlnJT\. jugeait

frenLarr rt J* fr*»Ù4 rê f-aMicaioe.

i T.Nars fvvtr r.L£tïr« Ac Fai^OBeiit, uùLkiiltfv. Bt,-»-«Ml^iB<al b rM^bim des !. N^Iiijâivt» ^f««vn&Z<» iKs. Mobilisés, »»*■ xwîrv iwcs'sftxa ^îm- vemrir et plus ■. «l'iu liMak »a;5f» ^fwr» : * L'*ftiao du ^■$# fùvtewrat <rvatr« b«)^ mtîI U. Keri- . 4~K» »«iaw «Oûê, w CTwè i Tesisbewx de

•^••cy^fs «,*fcn«w Wa.iùï'* «■ ^Ma/ de '•ft*- — AV«j «MMV« J ^^Jrr art J^ms a im^mJit ^ «^ $* W« *%--<** •~«tù«Bt pas .vyts, if .'jLi- ,-v*-'-téM fma it L-;-r^:Jm 32 oe-

PBBinÈEK PAETIB. CHAPITBB II. 33

On conçoit que ces sentiments, de plus en plus répandus autour du ministre, n'aient pas dû accélérer la réalisation des promesses faites à Tarmée de Bretagne.

Page 1