YIGTIMB POUR LE PÉCHÉ
à la sombre agonie du Rédempteur^ et nous enlendoos le cri déchiraot de son angoisse : Mon Dieu , mon Dieu y pourquoi m'as-tu abandonné (Ps. XXII )I Ici nous entrevoyons quelque chose des terreurs mystérieuses et des cruels tourments d'Emmanuel. A la grandeur de ses souffrances ex* piatoires, nous mesurons la grandeur de son amour pour nous; à la grandeur de son amour pour nous, nous mesurons celle de la reconnaissance et du dévouement qu'il a le droit d'attendre de la part de ceux qu'il racheta au prix de tant d'humiliations et de tant de douleurs.
Tout ce qu'il nous reste à voir encore à la porte du camp, tout ce que nous trouverons sur nos pas de cette porte au lieu très-saint, va nous parler de Christ et du rachat par son sang. C'est pourquoi nous croyons utile de signaler, dès l'entrée, une méprise trop générale. La propitiation de Christ n'a point eu lieu; sa médiation n'a point été établie pour changer les intentions de Dieu à Tégard des siens, comme s'il ne les aimait pas dès avant les siècles. La propitiation de Christ n'a eu lieu , sa médiation n'a été instituée que pour ôter le péché qui s'opposait à là pleine manifestation de l'amour éternel du Père envers eux, et pour conserver, malgré leurs infirmités, pour maintenir avec eux, sa communion journalièra Si l'on pouvait concevoir la succession dans la pensée divine, y assigner la priorité à une chose sur une autre, nous dirions que l'amour du Père a préexisté à la rédemption comme la cause à son effet (Jean, III, 16). Ne dépouillons pas Dieu de ses compassions éternelles , ni la rédemption de son vrai caractère.
tf6 LA POKTB DU CAMP.
1« «aCTlOV. ^ IMMOLATION DE LA GÉNISSE ROUSSE. (Nomb., XIX. Hébr., IX, 13, U.)
Mais voici un animal qu'on amène vivant à Tendroit oà nous sommes arrêtés : spectacle unique sous la loi. C'est une génisse ^u manteau d'un roux ardent; elle n'a pas porté le joug, elle est sans défaut et pleine de vigueur. Eléazar^ filsd'Âaron, la conduit , le caractère de la cérémonie ne permettant pas au souverain sacrificateur d'y prendre part : il en eût été souillé. Au lieu que les victimes expiatoires sont égorgées près de l'autel, la génisse est immolée hors du camp , et par un autre qu'Eléazar y mais néanmoins par son ordre et sous ses yeux. Trempant ensuite le doigt dans le sang de l'animal , il en a fait aspersion jusqu'à sept fois, la face tournée vers le sanctuaire : c'est une imitation ou un équivalent de ce qui se pratique dans ceux des sacrifices expiatoires dont le sang est porté dans le tabernacle et répandu devant le voile. Puis , la victime est entièrement consumée, chair, peau, sang, graisse, sans que rien soit réservé pour l'autel ; tout est malédiction , pure malédiction. Avec la victime , on a brûlé du bois de cèdre, de l'hysope et du drap écarlate. Le sacrificateur qui a conduit ici la génisse et trempé le doigt dans son sang, l'homme qui l'a égorgée et brûlée , celui qui en a ramassé les cendres , tous sont tenus pour souillés jusqu'au soir, et devront laver leurs vêtements et leur chair, avant de rentrer au camp et de s'approcher du tabernacle.
Bien que la génisse ait , comme on le voit , de l'analogie avec les sacrifices expiatoires , cependant elle n'est pas un vrai sacrifice; l'animal n'est mis à mort pour aucun délit spécifié; on ne l'immole que pour en avoir la cendre afin d'en faire l'eau de séparation ou purification ; il est tué, non
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dans le parvis, mais hors du camp, par un assistant quelconque et non par Eléazar. Ces! donc une cérémonie d'un genre particulier, analogue à l'immolation de celte autre génisse égorgée dans une vallée rade pour un meurtre dont Fauteur était inconnu (Deut., XXI, 4). La génisse, chargée de la malédiction d'Israël, nous rappelle encore ces hommes qui, dans le but de délivrer leur pays de la peste ou de quelqu'autre fléau, et d'apaiser les dieux qu'ils supposaient irrités contre leur patrie, se dévouaient pour elle, et mouraient chargés de ses crimes , accablés de ses imprécations. Toutefois, si l'on veut absolument la placer au rang des oblations, il faut au moins en faire une oblation d'un genre particulier, un sacrifice exceptionnel et tout à part.
Au reste, il n'y avait rien de régulier pour l'immolation de la génisse. On regorgeait, lorsqu'on voulait en avoir la cendre pour en faire l'eau de séparation ou purification, ce qui n'avait lieu qu'à des époques fort distantes, et peut-être de siècle en siècle seulement (1). L'eau, dont il est question , était de l'eau courante mêlée à la cendre de la génisse. Elle servait à purifier la chair , les vêtements et la tente de l'Israélite que l'attouchement d'un corps mort avait souillé, et momentanément privé de l'accès au tabernacle et aux choses saintes. On prenait une branche d'hysope, et, la plongeant dans l'eau purificatrice, on en faisait aspersion, le troisième et le septième jour, sur celui qui devait être nettoyé.
Maintenant que signifie Pacte qui vient d'avoir lieu ? Il dit encore , mais avec plus de force , ce qu'a déjà dit l'acte précédent , ce que dira plus tard la combustion annuelle du
(1) Une tradition juive porte qu'il y a eu neuf génisses immolées de MoKse à la ruine du second temple.
m LA POaTB DU CAMP.
bouc et du veau des propitiatious; il exprime la mort igoo* minieuse et cruelle que Jésus, fait péché pour nous, devait endurer à notre place hors de Jérusalem. Il dit en symbole ce que Paul devait dire littéralement dans ces mots : Christ nous a rachetés de la malédiclion de la loi , ayant été fait malédiction pour nous (Gai., III). C'est l'expression typique la plus énergique à la fois et la plus précise de la grande vérité, qui est la base de la révélation comme elle est le fondement unique de nos espérances (1).
Deux choses attirent principalement notre attention dans le type : l'immolation de l'animal hors du camp, puis l'usage qui est fait de ses cendres. Deux choses nous préoccuperont de même dans l'antitype : Jésus mourant pour nous sous l'anathème de Dieu hors de Jérusalem , et l'Esprit saint ^ appliquant à notre âme le sang du Rédempteur, pour la pu^ rifier des œuvres mortes et la mettre en état de servir le Dieu vivant (Hébr., IX). En d'autres termes, l'œuvre expiatoire du Fils, et l'œuvre applicative du Saint-Esprit, telles sont les deux grandes vérités qu'associe et que proclame le chapitre XIX« des Nombres.