GÉNISSE ROUSSE
(ime sainte devait s'offrir à Diea pour notre rachat : car c'est nne génisse, une jeune vache qu'on immole; Jésus devait mourir pour nous à la fleur de son âge, sous la malédiction du Dieu tout-puissant.
La couleur de la génisse indique l'ardeur du courroux dont il aurait à supporter le poids à notre place; et la circonstance qu'elle était sans défaut , exprime l'immaculée pureté , l'innocence et la perfection du Rédempteur.
La génisse n'avait point porté le joug. Jésus s'est volontairement livré pour la rançon de nos âmes; il avait le pouvoir de donner sa vie et le pouvoir aussi de la reprendre; il n'a été lié, tiré hors de Jérusalem par d'autres cordes que œlles de son amour pour le Père et pour les brebis : Me voici y dit-il , je viens y 6 Dieu ! pour faire ta volonté (PhiL , n. Ps. XL. Hébr., X. Jean, X).
Puis, la victime donnée à Eléazar a été par lui menée hors du camp, et , là, égorgée en sa présence, tout près de l'endroit où les malfaiteurs étaient mis à mort ; or , comme on l'a vu plus haut, être mis hors du camp, c'était être rejeté tout à la fois de l'Eternel et de son peuple, retranché, maudit. C'est ainsi que Jésus, chargé de notre honte et de nos forfaits, a été réellement abandonné, rejeté de Dieu et des hommes, comme suspendu entre le ciel et la terre , crucifié entre deux brigands ; c'est ainsi qu'il a été tiré , traîné hors de Jérusalem , comme une victime d'anathème et d'exécration , par le peuple criant : Crucifie , crucifie,
Eléazar, après avoir commandé qu'on égorgeât la génisse, en a pris du sang dont il a fait aspersion la face tournée du côté du sanctuaire. Jésus, après avoir souffert pour nous hors de Jérusalem , a porté son propre sang dans le vrai tabernacle , où maintenant il parle en notre faveur.
Eléazar a fait jusqu'à sept fois aspersion du sang de la viclime. Le nombre sept , qui est le nombre parfait , marque la plénitude^ la perfection de l'expiation que Jésus ^ notre pleige, devait offrir à Dieu pour notre salut.
En6n , la génisse a été totalement brûlée sous les yeux d'Eléazar. Ce que le roux ardent de la victime légale faisait déjà pressentir y sa combustion totale l'exprime très-clairement. C'est encore Jésus, fait malédiction pour nous, qui se présente à nos regards sous l'emblème lévitique. Le courroux céleste le dévore en entier; toutes les douleurs, toutes les tortures que nous eussions dd souffrir éternellement en notre âme et en notre corps , dans le lac ardent de feu et de soufre, il les a subies pour nous à Gethsémané et à Golgotha.
Nous avons remarqué que tous ceux qui ont pris part à la cérémonie, en ont été lévitiquement souillés, sans excepter Eléazar , et que tous ont dû se laver avant de rentrer au camp. Eh bien , tous ceux qui ont mis la main sur Jésus, persécuteurs, traître, juges, exécuteurs, en ont été moralement souillés; la nation qui a versé le sang du Juste est demeurée jusqu'ici comme en dehors du camp , et , avant d'avoir été lavée, elle ne pourra rentrer dans la communion de Dieu.
Tel est le type de la génisse. De tous les symboles de la loi , nul assurément n'exprime avec plus de force la haine de l'Eternel pour le péché et la malédiction dont sa loi le poursuit. En même temps peut-être nul n'exprime plus énergiquement l'amour infini du Père envers nous et l'incompréhensible charité du Fils. Nul enfin ne manifeste avec plus d'évidence l'entière sécurité du croyant, qui sait que main* tenant il n'y a plus de condamnation pour lui ; mais aucun ne lui dit avec plus d'éloquence : « Ce que tu vis en la
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chair, vis-le désormais dans la foi du Fils de Dieu qui fa aimé et s'est livré lui-même pour toi ( Gai., II ). »
2. A côté de l'œuvre expiatoire du Fils , le symbole nous montre aussi l'œuvre applicative de l'Esprit et la développe dans les points suivants (vers. 11-22) : ce qui souille risraélite, l'eau qui le lave, lunion indissoluble des deux éléments qui la composent, le vaisseau qui la contient, le moyen d'en faire aspersion, sa vertu purificatrice, les degrés enfin de la purification.
Ce qui souille l'Israélite. — L'Israélite selon la chair était souillé par l'attouchement d'un mort; car la mort est le gage du péché et le symbole de l'état naturel *de l'homma L'Israélite selon l'Esprit est souillé par le contact journalier avec le monde spirituellement mort dans ses péchés et ses transgressions. L'Ecriture, par une allusion manifeste à l'attouchement des morts sous la loi , nomme les péchés des œuvres mortes ( Hébr., VI et IX), par la raison qu'ils souillent l'âme comme un cadavre souillait le corps.
L'Israélite qui, d'une manière quelconque, s'était trouvé en contact avec la mort , ne pouvait s'approcher du Seigneur et de son tabernacle , avant d'avoir été complètement aspergé de l'eau de purification. Le chrétien qui a péché est momentanément privé de la jouissance de la paix de Dieu et de l'accès libre et filial à son trône, jusqu'à ce que, par la foi, il se soit comme aspergé tout de nouveau du sang de Jésus-Christ.
L'eau qui lave la souillure. — Comme sous la dispensalion légale, le Seigneur avait préparé pour l'Israélite une eau faite avec la cendre d'un animal dont le sang avait en quelque sorte été répandu devant le sanctuaire, de même, sous la dispensatîon de grâce, il a préparé pour le chrétien un sûr et infaillible moyen de purification , à savoir le sang
que Jésus a versé pour nous hors du camp et qu'il a porté dans le vrai tabernacle. Appliqué à notre âme par le Saint- Esprit y le sang du Rédempteur la purifie de tout péché (1 Jean, I, 7): c'est la source qui demeure continuellement ouverte pour la souillure ( Zach. , XIII, 1 ).
L'union intime des éléments qui composent l'eau purificatrice. '^ — Il y avait deux éléments dans l'eau de séparation typique , l'eau même et les cendres ; et c'était à leur intime union que l'institution divine avait attaché la vertu sanctifiante qu'elle possédait : les cendres n'auraient point purifié «ans l'eau, Teau non plus sans les cendres. Il y a 'de même deux éléments dans la véritable eau de séparation; car, dit l'Apôtre, nous sommes lavés ^ c'est-à-dire, nous sommes sanctifiés et justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l'Esprit de notre Dieu (1 Cor., VI). Et les deux choses sont nécessaires : supprimez, en effet, le sacrifice de Christ, et l'œuvre applicative et sanctifiante de TEsprit n'a plus lieu; supprimez Faction de l'Esprit, et le sacrifice de Christ nous devient inutile.
Le vase qui contient l'eau. — C'était un vaisseau matérid destiné à cet usage qui contenait l'eau de purification lévitique. C'est le Livre de Dieu qui contient la véritable eau de purification ; en lui se révèle à notre esprit la vertu souveraine de ce sang précieux qui nous lave de tout péché ; en lai se déploient devant nous les inépuisables trésors de cette grâce qui surabonde où avait abondé l'offensa
Quant au moyen de faire aspersion de l'eau lustrale, sous la loi, c'était une branche d'hysope qu'on plongeait dans cette eau ; sous FEvangile , c'est la foi au Seigneur Jésus- Christ, cette foi qui, par la Parole et l'Esprit saint, met l'âme chrétienne en plein contact avec le Sauveur, et, la rendant participante des fruits de sa mort , la purifie
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de toute souillure et lui fait retrouver la liberté devant Dieu.
Vertu purificatrice de l'eau de séparation. — L'eau typique sanctifiait l'Hébreu quant à la chair , et lui rouvrait l'accès à la congrégation d'Israël et au tabernacle figuratif. L'eau véritable sanctifie quant à la conscience le disciple de Christ, et le met en état de s'approcher librement du Seigneur et de le servir avec son Eglise dans le vrai sanctuaire (Hébr., IX). Une seule chose nous manque, c'est de cnnre plus simplement à son efficacité. L'Israélite eût été bien coupable, qui eût révoqué en doute sa purification cérémonielle après l'aspersion de l'eau lustrale; le croyant ne l'est pas moins, qui met en question sa purification morale après l'aspersion du sang de Christ.
L'eau ne lavait pas seulement l'Israélite qui avait touché un mort ; elle purifiait aussi tous ceux qui avaient pris part à l'immolation de la génisse (1). La foi au sang du Seigneur Jésus a de même purifié plusieurs de ceux qui avaient contribué à le répandre, et elle les eût tous purifiés infailliblement^ si, tous, ils eussent pu croire à son efficacité. Mais le jour approche, ô doux espoir de la, foi ! où la nation juive toute entière doit croire au Seigneur Jésus-Christ, et ou s'accomplira pleinement l'oracle de Zacharie déjà cité (XIII) : En ce temps-là , il y aura une source ouverte en faveur de la maison de David et des habitants de Jérusalem pour le péché et pour la souillure.
Les d^rés enfin de la purification. — Commencée le troisième jour , la purification légale s'achevait le septième , api^ quoi l'Israélite était admis au tabernacle. Commencée
(f) Dans ce cas, c'est de Peau simple (vers. 7) ; mais en général elle a lè même sens mystique que Tèau composée.
et continuée dans le cours de notre vie, la parification évangélique doit se terminer pour chacun de nous à la fin de notre carrière, — de notre semaine, dirons-nous avec le symbole, — et, pour l'Eglise entière, au jour de Christ; alors , perfectionnant , achevant la bonne oeuvre qu'il avait commencée en nom sur la terre, le Seigneur nous introduira tous ensemble dans le sanctuaire céleste^ où nous le servirons éternellement (Phil, I et IH).
Telles sont les saintes et précieuses instructions qui découlent de notre chapitre. Il nous montre encore, de la manière la plus expressive, tout ce que le contact habituel; tout ce que les relations intimes avec le monde, ont de dangereux pour nous, et avec quelle active vigilance nous devons fuir les mauvaises compagnies qui corrompent les bonnes mœurs ( 1 Cor. , XV ).
Mais ce n'est pas seulement à l'enfant de Dieu que parle le symbole. Il s'adresse en général à tout homme, proclamant l'impuissance de tous les moyens de purification auxquels l'on a communément recours. L'homme rendu sérieux, mais encore imparfaitement éclairé, se fait à luir même une eau d'aspersion qu'il compose de ses regrets, de son repentir, de ses larmes, de ses déterminations pieuses. Mais cette eau de sa création le purifierait-elle? Si, par moments , il pense au sacrifice de Christ, c'est plutôt pai* Finlelligence qu'il le saisit. Il voit le sang du Sauveur, sans en rechercher l'application par l'Esprit saint. Il prend la cendre et laisse l'eau. Ou, peut-être, faisant l'inverse^ il voit et recherche l'Esprit, mais il oublie le sang; il prend l'eau sans les cendres et demeure étranger à la paix de Dieu. Cher lecteur, si tu la veux connaître, cette paix qui passe toute conception , ah 1 je t'en conjure, ne sépare pas ce que
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le Seigneur a joint. Le sang do Jésus appliqué à Tâme par FEsprii do Jésus, dans Facte de la foi y voilà ce qui la purifie des œuvres mortes et lui donne la liberté de s'approcher du Dieu vivant Jusqu'à ce que tu aies eu décidément recours à Celui qui est venu tout à la fois avec Feau et avec le sang , et que par lui tu aies été lavé de tes péchés ( Jean , XIIL 1 Jean, V), toujours la coulpe pèsera lourdement sur ta conscience, toujours tu ignoreras les douceurs de la communion de Christ et de son Eglise; et le ciel, où n'entrera rien que n'aient lavé le sang et TEsprit de Jésus, le ciel demeurera fermé pour (oi (Apec., VII, XXI et XXII). L'Israélite souillé, qui eût osé se présenter aux abords du parvis avant d'avoir reçu l'aspersion lévitique, e&t été infailliblement mis à mort ( vers. 13, 20); l'homme qui prétend aller au ciel et s'y asseoir à la table des rachetés, sans avoir été lavé dans le sang et l'Esprit de l'Agneau, sera jeté dans les ténèbres de dehors, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
11 n'est donc aucun autre moyen de purification que celui que le symbole indique. Mais alors, ajoutons-le, ce moyen est sûr , il est infaillible : toute l'Eglise de Dieu est là pour l'attester. Et comme son efficace est parfaite , elle est de même permanente , éternelle. Les cendres de la génisse que nous venons de voir brûler suffiront longtemps , toujours peut-être , aux besoins cérémoniels de la nation ; c'est un trésor inépuisable , où les générations suivantes trouveront la purification de leurs souillures. Il en est ainsi de Christ , qui s'est offert lui-même une seule fois pour nous. La vertu purificatrice de sa mort, appliquée à notre âme par le Saint- Esprit, est permanente à toujours. C'est un trésor où les générations successives des croyants puiseront jusqu'à la fin des âges , sans rien ôter à sa plénitude. C'est le vrai trésor
des indulgences. Le sang de Christ lave à fond tout péchear qui s'en arrose par la foi. Il n'est pas de souillure qu'il n'efface, et si tant d'infortunés doivent périr, ah! ce sera bien moins à leur impureté naturelle qu'ils auront à s'en prendre, qu'à leur refus obstiné de s'aller laver à la source que la miséricorde divine leur avait ouverte en Jésus- Christ
Plus qu'un mol. Maintenant nous avons la clef de l'énigme qui embarrassait jusqu'aux plus habiles d'entre les Hébreux. Car les rabbins nous apprennent que Salomon lui-même, avec toute sa sagesse, n'avait point compris cornment la même chose pouvait souiller ceux qui étaient purs et laver ceux qui étaient souillés. La difficulté pour nous est levée. Jésus-Christ , momentanément chargé de notre honte et de nos impuretés, Jésus-Christ a été fait péché et malédiction pour nous (2 Cor., V. Gai., III). Mais à présent son sacrifice expiatoire nous lave de toute souillure. II eût, disionsnous, lavé la synagogue elle-même, la synagogue coupable de la mort du Fils de Dieu , si elle eût pu croire a la vertu du sang du Fils de Dieu. Il a lavé les Juifs et les Gentils qui, après ravoir répandu, se convertirent au Seigneur de gloire et crurent en son Nom. Le jour vient où il lavera de même toute la nation juive (Zach., XIII). En attendant, il purifie dès cette heure quiconque s'en arrose par la foi ; il m'a purifié, il me purifie journellement, moi, pauvre pécheur; et c'est ainsi que l'antitype me donne l'explication la plus naturelle à la fois, la plus simple et la plus saisissante, de l'énigme que le type laissait complètement insoluble*
PURIFICATION DU LÉKREUX. m
3' PBCnOH. — L'OFFRANDE POUR LA PURIFICATION DU LÉPREUX
{ Lév., XIV ),
Le camp d'Israël étant la demeure du Dieu saint , nul enfant d'Abraham cérémoniellement impur n'y était toléré. Les souillures qui en excluaient l'Israélite étaient de deux sortes : les unes simplement extérieures ou légales , comme celles qui résultaient de l'attouchement d'une bête immonde oo d'un corps mort; les autres intérieures et physiques, telles que les divers flux spécifiés par la loi (Nomb. , V, 1-3^ Lév. , XI, XV, etc.) : fidèle image de notre cœur , d'où coulent, comme d'une source intarissable, les péchés qui souillent journellement le cours de notre vie (Matth. , XV, 18-20).
Près de l'endroit où nous sommes arrêtés, nous rencontrons un certain nombre de ces Israélites , qui ne peuvent rentrer au camp et y reprendre possession de leurs tentes , avant d'avoir été arrosés de l'eau de purification (Nomb. , V, 1-3; XIX).
Mais qui sont ces infortunés dont le corps entier nest qu'une plaie, et qui fuient devant nous en poussant un cri sinistre? C'est une classe toute à part d'Israélites souillés, ce JBont des lépreux (Lév., XIll; XIV). Leur sort nous émeut, car œ n'est pas pour un jour seulement ou pour sept qu'ils sont exclus du camp, mais pour aussi longtemps que durera le mal qui les dévore. Quelle situation que la leur ! Repousses tout à la fois de la communion de rEternel et de son peuple, ils marchent, vêtus à peine de quelques lambeaux déchirés , la tête nue , la lèvre intérieure couverte en signe de deuil (Mich.,111, 7, avec Ezéch., XXIV, 17), astreints à crier : Le souillé! le souillé! (Lév., XIU, 45)
dg LA PORTE DU CAMP.
pour qu'à ce lugubre avertissemeut chacun se hâte de Fuir leur abord ^l leur contact ( 2 Rois, VII , 3 , 4. Luc , XVII, 12). Telle fut un instant la position de Marie ; quel opprobre pour la fille d'Hamram et la sœur de Moïse et d'Aaron! <Nomb.,XIl)
Trois choses réclament ici notre attention : le mal , sa ^uérison , surtout la purification légale qui la doit suivre.
1. Le mal. — La lèpre est une maladie particulière à ï'Egypte, à la Syrie et à d'autres contrées de l'Orient. Elle se manifeste pour l'ordinaire par l'éruption de petites pustules bleuâtres, autour du nez et des yeux; de là, se répandant sur la peau et tout le tissu cellulaire, elle attaque souvent les os, la moelle et les articulations. Les extrémités des membres meurent par degrés, se gangrènent et tombent par lambeaux; tout le corps est horriblement mutilé. Cette maladie, toute affreuse qu'elle est , ne cause pas de douleurs trèsaiguës, mais une faiblesse extrême et parfois une irrésistible envie de se déchirer de ses propres mains. Le sujet maigrit à vue d'œil et tombe dans une mélancolie profonde. La lèpre se divise en plusieurs sortes. Le lépreux , léguant à sa postérité malheureuse un fatal héritage, propage une maladie dont trois ou quatre générations ont peine à faire disparaître les traces.
La lèpre est une image de notre état naturel. Ce que le lépreux est an physique, nous le sommes au moral, totalement souillés, aliénés de la vie et de la communion de Dieu. ç
La lèpre, ainsi qu'on vient de le voir , est un mal héréditaire : un lépreux engendre des lépreux. Il en est de même de notre nature déchue ; Adam pécheur a engendré des enfants à sa ressemblance (Gen., V, 3) : Ce qui est ni de la chair est chair (Jean, III).
La lèpre infecte le corps entier. Le péché a souillé tout notre être.
Il n'est rien de dégoûtant comme la lèpre , rien qui rende un homme plus difforme et plus affreux à voir. 11 n'est rien . de hideux au moral comme notre nature originelle, rien qui inspire à Dieu plus d'horreur.
La lèpre excluait du camp l'Israélite. Le péché a de même exclu d'Eden notre premier père. Chassé du paradis terrestre y Adam nous a tous entraînés avec lui loin de la présence et de la faveur divines. Nous naissons hors du camp ; appelés individuellement à l'existence, nous entrons dans la vie, privés de l'image de Dieu , séparés de son amour, conçus dans le péché, souillés \ souillés^ proscrits, assujettis à l'éternelle condamnation ( Gen., III. Es., LIX, 2. Rom., V, 12, etc. ).
Enfin , comme la lèpre une fois formée ne se guérit que par une sorte de miracle , il n'y a non plus que la grâce de Dieu qui puisse nous délivrer, nous purifier entièrement de notre souillure naturelle (1 Jean, 1,7).
2. La guérison de la lèpre. — Dieu seul , avons-nous dit, guérit la lèpre du corps. Lui seul aussi guérit, par Jésus, la lèpre de l'âme. Le sacrificateur juif n'ôtait pas le mal, il se bornait à offrir pour le malade guéri les sacrifices prescrits par la loi ; mais, rejeté pour nous comme un lépreux, Jésus a pris sur lui nos maladies , nos langueurs , notre lèpre morale, afin de nous en délivrer; et quiconque le touche avec foi, est infailliblement affranchi de la domination du péché ; l'iniquité ne règne plus sur lui , car il est alors sous la grâce (Ps. XXXVIII. Es., LUI, 4. Marc, I, 41 , 42. Luc, V, 12- 14; VIL Rom, VI).
3. Après la guérison de la lèpre, viennent les purifications requises par la loi. — C'est le sujet du chap. XIV du
Lévilique. Il expose tout ce que le lépreux devait faire pour être réadmis dans le camp d'abord^ pais dans sa tente (1),
Un lépreux guéri est là devant nous^ heureux de se voir enfin délivré de ce mal dégoûtant , de cet affreux cancer^ qui l'obligeait de fuir loin du regard de ses frères et de h maison de son Dieu. Un sacrificateur a quitté le tabernacle et y trav^*sant tout l'espace de terrain que la division Juda eouvre de ses tentes, il est sorti du camp. C'est encore un des fils d'Âaron. On amène devant lui le lépreux. Il l'exa* mine attentivemept pour s'assurer qu'il est bien guéri ; puis^ il ordonne aux personnes de sa suite de prendre deux pas* sereaux vivants et nets, avec du bois de cèdre, du drap écarlate et de l'hysope. On coupe ensuite la gorge à Vxu» des passereaux sur un vase de terre rempli d'une eau vive et courante (2) ; après quoi , le sacrificateur prend l'autre passereau , l'hysope, l'écarlate et la lM*ancbe de cèdre; ety trempant le tout dans l'eau teinte du sang du premier pas* sereau , il en fait aspersion jusqu'à sept fois sur le lépreux guéri, le déclare net (3), puis laisse aller par les champs k passereau vivant (1-7).
Jusqu'ici le souverain sacrificateur a agi tout seul. Maintenant commence la coopération du lépreux; il lave ses vêtements, rase ses cheveux, sa harbe, tout le poil de son
(1) Ce sont probablement les mêmes ordonnances que Jésus, le minis^ trede la circoncision, Jésus qui était venu pour accomplir toute justice , recommanda formellement au lépreux qu'il avait guéri d'bbserver exactement , pour que cela servit de témoignage aux Juifs.
(2) Le paçsereau du lépreux , comme la génisse , n'est pas cependant un sacrifice proprement dit ; car il est égorgé hors du camp , par un autre que le sacrificateur, et le sang n'est pas répandu devant rautel.
(3) C'est le sens de l'original ici et Lév. , XIII (Hébr.), — Voir Oster-* vàld,XIV,7.
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corps; alors il est net y et^ le cœar pleia de joie, il se dirige sans retard vers la porte du camp qu'il aura bientôt franchie.
Telle est la cérémonie à laquelle nous venons d'assister. Tout nous y parle encore de Jésus , tout nous y ramène; à lui.
Le passereau égorgé y c'est ce bon Sauveur mourant pour nos offenses , supportant pour nous hors de la porte le poids de la malédiction de Dieu. Le passereau vivant trempé dans le sang du passereau mis à mort et prenant ensuite son essor dans les airs, c'est Jésus ressuscitant pour notre justification y et allant porter aux cieux le sang qu'il a versé sur la terre et qui prononce en notre faveur de meilleures^ choses qu'Âbel ; c'est le Prince de la vie s'élevant vers les tabernacles éternels, et l'Eglise y montant en sa personne, lavée de toute souillure par son sacrifice et affranchie par son Esprit de la servitude du diable et du péché.
L'un et l'autre passereaux sont nets. Christ est l'Agneau sans défaut et sans tache , le saint de Dieu.
Le vase rempli d'une eau pure et recevant le sang du passereau tué rappelle la sainte humanité de Jésus, vase pur y brisé pour nos forfaits, et d'oii a jailli Teau salutaire et le sang précieux qui nous lavent de toute tadie et de toute iniquité.
Le sang et l'eau préfigurent les deux choses avec lesqudles Jésus devait venir sur la terrre, les deux grâces qu'il devait apporter au monde, savoir, la justification par la foi en son sang et la régénération par son Esprit.
Remarquez que le passereau vivant n'a obtenu sa liberté qu'après avoir été plongé dans le sang du passereau mis à mort Christ non plus ne s'est relevé de la tombe , l'Eglise n'en est virtuellement sortie avec lui, elle ne doit en sortir
réellement au dernier jour, que par Tefficacilé du sang qu'il a répandu pour elle sur la terre (Hébr., XIII, 20.).
Et le sacrificateur que nous venons de voir fonctionner y que représente-t-il à son tour? Encore Jésus , mais Jésas BOtre grand Sacrificateur, appliquant à notre âme, par son Esprit, les glorieux effets de son sacrifice, et nous mettant en possession des fruits précieux de sa mort méritoire.
Pour purifier le lépreux , il n'a pas suffi d'avoir fait couler devant lui le sang du passereau sur l'eau vive du baquet; il a fallu faire aspersion sur lui de ce sang et de cette eau. Il ne suffit pas non plus, pour que nous soyons moralement nettoyés, que Jésus ait répandu pour nous le sang et l'eau que l'apôtre vit découler de son flanc percé; il faut que notre grand Sacrificateur en fasse aspersion sur nous dans l'acte de la foi, nous purifiant comme avec de Fhysope (Ps. LI), et qu'il applique à notre âme par le Saint-Esprii le sang qu'il a versé pour uous.
Mais sitôt le lépreux aspergé par le sacrificateur, il a été déclaré ne/, net par le seul fait de l'aspersion qu'il venait de recevoir (vers., 7); il a cru le sacrificateur et trouvé sa joie dans ce que celui-ci venait de faire et de prononcer. Ainsi Jésus, après avoir fait aspersion sur nous, du sang qu'il a répandu sur le Calvaire, nous déclare ne/s, nets à l'instant même et par le seul fait que nous avons cru ; nets dès le moment où, par le Saint-Esprit, le sang de l'Agneau sans tache a été mis sur notre âme; et nous serons heureux, oui, bienheureux; si, comme le lépreux aspergé, nous sa* vous nous en tenir à ce qu'a fait et prononcé notre souverain Sacrificateur ; si nous recevons simplement sa Parole qui nous certifie que, par une seule oblation de lui-même, il a sauvé parfaitement tous ceux qui mettent leur con-^ fiance en lui (Hébr.,X, 14).
Enfin , le lépreux est à peine déclaré net par le sacrificateur , que le passereau vivant relâché prend son essor dan» les airs. Il est doux de le répéter : Jésus, après avoir souffert pour nos offenses, est allé prendre possession, dans le ciel , de la gloire quil s'est acquise par son opprobre et ses douleurs; et l'Eglise, en sa personne, l'Eglise, rachetée par son amour, est entrée dans les tabernacles de paix , ou elle retrouve dans le second Âdanî infiniment plus qu'elle n'avait perdu dans le premier. Jésus s'est laissé mettre à mort pour elle hors du camp, afin de lui procurer des places dans la maison de Dieu. C'est là que, dès celte heure, est rhabitation de Ions ceux qui croient, leur refuge au sein des tribulations de la vie. Le passereau trouve ici-bas sa maison, dit le Psalmiste, et Thirondelle son nid où elle met ses petits ; l'âme fidèle n'a pour asile que le sein de Jésus , le sanctuaire où maintenant il siège dans le tr6ne de la magnificence; c'est là qu'est m maison ; mais à cette hauteur , elle défie tous les orages et toutes les tempêtes d'ici-bas.
Jusqu'ici le sacrificateur a donc tout fait. Maintenant commence la coopération du lépreux (vers. 8). Bien que déclaré net, le voici néanmoins qui se purifie encore luin^me. Il en est ainsi du pécheur lavé dans le sang de Christ. Quoique déclaré net par la Parole que le Seigneur a annoncée (Jean, XIII, 10; XV, 3), il travaille à se purifier journellement de toute souillure de la chair et de l'esprit, et cela par la raison même qu'il a été déclaré pur quand il était encore mort dans ses péchés. Ah ! ce n'est pas lui, ce n'est pas le chrétien vraiment justifié par la foi, que vous entendrez dire : « Il me suffit d'avoir été déclaré net ; prendre après cela souci de ma purification, serait propre justice et servitude légale ; » il sait trop bien que, parler de la sorte, ce serait violer la loi de la purification évangélique , et se
priver ainsi des joies de la sainteté^ des délices de la paix et de la communicHi de Dieu.
Le lépreux (vers. 8) se purifiait lévitiquement à plusieurs égards : eu particulier, il lavait ses vêtements ; or, les vête* ments de Thomme peuvent symboliser ce qui est extérieur en lui, sa conduite, son caractère tel qu'il se produit au dehors; ce qui, en lui, est susceptible de se souiller par le contact avec le monde. Il est des habitudes dont il faut que s'affranchisse celui que Jésus a déclaré net ; il est des liens qu'il doit rompre, des associations auxquelles il doit renoncer. Se purifier ainsi soi-même de toute souillure extérieure, tel est le premier pas du justifié dans la voie de la sanctir fication.
Non content d'avoir lavé ses vêtements , le lépreux lavait encore ce que les vêtements recouvrent; il lavait sa chair, comme pour indiquer au pécheur reçu en grâce ce que le Seigneur attend de lui , savoir, une sanctification réelle, in^ térieure et complète, -^ et lui dire : Ne nettoie pas seule*, ment le ddiors; lave aussi, lave avant tout le dedans, et que la vie nouvelle en toi démontre la présence du codor. nouveau.
BNtRÈB DAIYS LB CAMP. 7(r