‹ Le camp et le tabernacle du désertChapitre 15 sur 68 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LA POBIFICATIQN DU LÉPRBCX AGflBVÉI A LA PORTB DU PARVIS ( Lëf . , ZIV).

La scène change. Après avoir subi les purifications que nous venons de décrire ^ le lépreux entre dans le camp; et, traversant tout l'espace de terrain occupé par les tribus rangées sous la bannière de Juda (1)» il arrive enfin sur les lieux où sont dressées les trates de la maison d'Aaron. Tra* versons sur ses pas le camp dlsraêl , et admirons de près; 08 qui, vu de loin, nous avait déjà remplis d'élonnement : la disposition générale des tentes, la précision de leurs alignements, Tagréable coup-d'œil d'ordre et de propreté qu'dles présentent D'autres objets fixent également notre attention.

Que sont, à nos pieds, ces petits grains blanchâtres cou«: vrant le sol à une certaine hauteur ? Cest le pain quotidien que Jéhovah donne à son peuple, c'est la manne (Exode, XVI), aliment délicieux, type admirable de Christ, le pain de vie descendu du ciel afin de nourrir notre âme au désert que nous parcourons : oh ! puissions-nous en connaître toujours mieux la saveur (Jean , VI).

(1) Selon Josèphe, les tribus étaient séparées par de grands interval* les ; on ayait ménagé dans le camp des espèces de rues où les commerçants et les artisans , établis sous leurs tentes j offraient en vente leurs marchandises, ou les produits de leur industrie, comme on le fait dans les cités les mieux policées.

Et ce rocher auprès duquel nous passons dans ce moment? c'est le rocher que Moïse, peu de jours auparavant, a frappé deux fois de sa verge pour en faire jaillir le breuvage d'Israël. Car le camp est dressé dans le désert de Tsin (p. 39 ), et la contestation de Kadès vient d'avoir lieu (Nomb. , XX). Israël manquant d eau n'avait qu'à demander son breuvage à Celui qui lui donnait journellement son pain. Il a mieux aimé murmurer contre Moïse. Le médiateur a donc réuni l'assemblée autour du rocher. Mais , soit dépit , soit incrédulité, au lieu de le frapper d'une main ferme, selon l'ordre qu'il en avait reçu, et de manifester devant tous la puissance et la bonté divines, il a hésité; il a parlé comme s'il eût dépendu de lui, Moïse, et de son frère Aaron, d'en faire sortir de l'eau; il l'a frappé une première fois, mais sans succès; puis, une seconde, et l'eau en a jailli avec abondance. Tel est l'événement qui vient d'arriver et que la vue du rocher nous rappelle. Surtout, elle dirige nos pensées vers un rocher d'un autre genre, vers Celui qui nous suit de jour en jour au désert de la vie, vers le Rédempteur fidèle et tout-puissant qui nous protège de son ombre et nous désalt^e des eaux jaillissant de son flanc frappé, percé pour nos forfaits. Quant à Moïse et à son frère, parce qu'ils n'avaient pas glorifié Dieu dans cette solennelle eifconstance, il leur fut annoncé qu'ils n'introduiraient point Israël dans la terre de la promesse. L'Eternel avait encore en cela un but tout symbolique; il voulait donner à comprendre que, ni la loi, ni son sacerdoce (ni Moïse, ni Aaron), n'introduisent le peuple dans la céleste Canaan : que le vrai Josué peut seul le conduire au vrai repos. Moïse et Âaron sont morts; mais, béni soit le Seigneur ! Christ, notre Moïse et notre Aaron , l'Apôtre et le souverain Sacrificateur de notre profession, Christ ne meurt point, et parce qu'il

demeure éternellement, il peut toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par lui (Hébr., VII, 24, 25).

La manne et le rocher nous ont rappelé Christ notre aliment et notre breuvage. A quelques pas de là, le serpent d'airain que Moïse venait délever sur une perche et qui est encore debout (Nombr., XXI) (1), rappelle non moins vivement Jésus le médecin de notre âme , Jésus notre vie et notre salut; car, de même que tout enfant d'Israël, mortet lement blessé par les seipents vengeurs qui s'étaient jetés sur rassemblée rebelle, était guéri dès l'instant qu'il tournait ses regards vers le serpent d'airain, de même aussi tout pécheur, mortellement blessé dans son âme par l'ancien serpent , le tentateur, est sauvé dès qu'il tourne avec confiance ses regards vers Jésus qui, pour le péché, s'est laissé clouer à la croix dans une chair de péché semblable à la nôtre , et qui a pris sur lui notre ignominie et notre malédiction (Jean^ m. Rom., VIII. 2 Cor., V, etc.).

Mais que remarquons-nous au bas de la robe des Israélites qui se trouvent sur notre chemin ? Une frange ou

bande retenue par un cordon de couleur bleue, la même que nous allons voir se détacher avec un éclat si doux au milieu des couleurs du pavillon, des tapisseries et des voiles du tabernacle et des vêtements d'Aaron (Nomb. , XV, 38-41). C'est le signe extérieur de la consécration des fils d'Abraham ; tî'est aussi le symbole de notre vocation céleste et de la disposition spirituelle qu'elle doit produire en nous (Col., I, 4), de la charité, cette fille du ciel, douce, pure et paisible comme l'azur du firmament et son reflet dans une eau tranquille.

(t) Le fait dont il s'agit n'eut pourtant lieu qu'à Tune des stations suivantes (Nombr. , XXI). L'hébreu dit serpents seraphim , c'est-à-dire serpents faisant des blessures brûlantes ou cuisantes ; c'est le mot qu'on a Tendu mal à propos par serpents brûlants.

Arrivés enfin sur les traces du léprenx gnéri, tout près des tentes de la maison sacerdotale^ assistons maintenant aux cérémonies qui vont y achever sa purification.

n est donc là devant nous. Sa physionomie exprime la reconnaissance et le bonheur. Toutefois ^ sa joie n'est point sans mélange; un léger nuage a voilé son front. Déclaré net et réintégré dans la communion dlsraël^ il est dans le camp^ mais il n'est pas encore dans sa tente ; exclu du seul lieu sur la terre où il pût goûter un repos complet , un entier bienêtre^ il est condamné à errer ^ comme un étranger^ dans les mes du camp pendant sept jours.

Image frappante de l'état actuel du chrétien I Introduit par la foi dans l'Eglise de Christ , il jouit ^ il est vrai , de sa justi^ fication parfaite et de sa sanctification heureusement commencée ^ de son affranchissement^ mais il ne possède encore ni la pleine sanctification ni la gloire. Il est dans l'Eglise, mais il n'est pas dans le ciel. Il est dans la communion du Seigneur et de son peuple, mais il n'est pas dans la demeure particulière que Jésus lui destine; il n'a pas ce qui est à lui (Luc, XVI, 12), la place qui lui est réservée dans cette maison du Père céleste où il y a beaucoup de demeures (Jean, XIV); ou, s'il la possède, ce n'est qu'en espérance. Il n'est plus en dehors (Eph., II), mais il n'est pas tout à fait en dedans; déjà mis en possession des richesses de la grâce ^ il attend encore celles de la gloire (Ps. LXXXIV, il. Eph., I, 7, I8>

Le XIV® chapitre du Lévitique (versets 9-20) décrit donc les purifications par lesquelles le lépreux, une fois reçu dans le camp d'Israël, obtenait le droit de rentrer aussi dans sa tente, et d'abord celles qu'il devait pratiquer le septième jour après son admission dans le camp (vers. 9). Il lavait de nouveau sa chair, rasait sa chevelure, tous les |)oils de son corps, puis il était net.

PURIFICATION DU LÈPRBIJX. 79

Tout ceci n'est point sans mystère. Avant tout^ que représente le septième jour ? On peut diviser la vie du fidèle > à dater de sa conversion y en sept jours ou sept parties éga-^ les. Le dernier de ces jours est aussi celui de ses préparations les plus sérieuses pour le jour d éternité (2 Pierre, III}. C'est alors surtout, que le chrétien, le chrétien selon la Bible (car c'est de lui que nous parlons), désire voir tout son être entièrement purifié , sachant que Jésus va bientôt l'introduire avec son peuple dans la Canaan d'en-haut et l'y mettre en possession de sa tente, c'est-à-dire, de la place qui lui est réservée dans la maison de Dieu. L'Esprit qui l'a viélé pour le jour de la rédemption, l'en avertit et l'y prépare; il lui fait sentir toujours plus qu'ayant celte espérance en Christ, il doit se purifier comme lui-même est pur (1 Jean, lU).

Le huitième jour est enfin venu , jour où le lépreux doit rentrer dans sa tente. Il prend alors ( vers. 10 ) les victimes, rhuileet le gâteau, qu'il doit offrir à Dieu. Puis, le sacrificateur officiant, le conduisant vers l'entrée du tabernacle, le présente à l'Eternel, lui et ses obla tiens. Il égorge d'abord Tagoeau pour le délit, et, dit notre texte, il en met le sang sur le bout de foreille droite de celui qui doit être nettoyé ( ou qui se nettoie) , sur le pouce de sa main droite , et sur celui de son pied droit (vers. 14). Ensuite, il met de lliuile sur les mêmes parties du corps , et répand le reste sur la tête de l'Israélite. Après quoi , il offre à Dieu le sacrifice pour le péché, l'holocauste et le gâteau. Alors la purification du lépreux est achevée; il est déclaré net, pa'rfailement net , et à l'instant même rétabli dans la pleine jouissance de tous ses droits et de tous ses privilèges (1).

(I; Celait roiïranile de riiomme fortuné ; mais , à Taulel, le i>auvre est

80 EMTAÉE DANS LE CilMP. .

Telle est l'ombre. Voici la vérité, comme il nous est donné de la comprendre. Le huitième jour est spirituellement celui de la résurrection de Christ, et celui aussi de la résur* rection de son corps mystique ; c'est le jour oii Jésus doit introduire son Eglise, déjà virtuellement morte, ensevdie et ressuscitée en lui , dans une dispensation toute nouvelle, dans un ordre de choses qui est au-delà et au-dessus de toutes les économies précédentes (figurées par le nombre sept). Le huitième jour est celui où l'âme rachetée entrera dans la pleine jouissance de cette félicité dont elle n'a maintenant que les prémices; oii, comme Galeb en Juda , comme Josué en Ephraïm, elle recevra l'héritage spécial qui lui est réservé dans l'héritage général des enfants de son peuple. L'emblème lévitique met donc sous nos yeux ce qui se passe, à l'aurore de ce jour , dans le chrétien qui est ce qu'il doit être et qui sait ce qu'il doit savoir.

Nous avons déjà fait remarquer que le lépreux , au début de sa purification , n'a rien fait ; le sacrificateur a seul agi ; il a pris et apporté la victime et en a mis le sang sur l'Is^ raélite guéri; mais , au huitième jour, il n'en est plus ainsi; c'est le lépreux qui prend et apporte les oblations; le sacrir

aussi bien reçu que le riche : On est agréable à Diiu selon ce qu^on a et non selon ce qu^on n'a pas. Le Seigneur, qui accepte tout ce qui lui e^ offert gaiment , ne demandait au pauvre qu'un agneau pour le délit , ua dixième d'épha de fleur de farine pour le gâteau , et deux tourterelles ou deux pigeonneaux, Fun pour le péché , Faulre pour l'holocauste (21, 22). Les rites étaient d'ailleurs les mêmes (Lév. , XIY, 21-32). Le reste du chapitre se rapporte à la purification du domicile du lépreux , laqudle^ devait s'accomplir par des cérémonies analogues à celles que nous^ venons de décrire. La maison lépreuse , sa destruction ( et sa reconstruction ) symbolisaient peut-être la corruption et la ruine de ce corps de mort souillé par le péché (et sa restauration prochaine en Christ).

ficalear se borne à les présenter à Dieu. Eh bien ! voilà ce qui se réalise à Fégard du chrétien. Au moment de sa conversion, il n'a pas agi; Christ a tout fait, il a mis sur lui le sang qu'il avait répandu pour lui. Le fidèle a reçu le Sauveur. Maintenant il le prend, il le saisit lui-même (vers. 10) , montrant par cet acte qu'il a compris tout ce que Jésus est pour son âme; il le prend, il le saisit par la foi sous toutes les faces sous lesquelles le symbole lévitique nous lé présente.

D'abord , comme notre oblation pour le délit, comme la victime sainte qui nous purifie de toute offense. Puis , en quelque sorte , comme le mystique Aaron qui répand sur nous l'onction divine pour nous éclairer , nous consoler et nous sanctifier. Car, il ne suffit pas que Jésus ait mis sur BOUS le sang de l'oblation qu'il a offerte en noire faveur ; il faut aussi qu'il mette en nous l'Esprit qu'il a reçu sans mesure pour nous le communiquer. D'abord le sang , d'après le symbole , l'Esprit de sainteté ne pouvant descendre et habiter en nous avant que le sang de Christ ne nous ait lavés (Gai, III, 13, 14); d'abord le sang, puis l'huile sur le sang. D'abord le pardon, la justification, puis Fonction de la part du Saint, la sanctification , la consolation. Il faut que le sacrificateur mette l'un et l'autre, le sang. et l'huile , sur tout notre être : sur notre intelligence figurée par l'oreille droite, sur toute notre œuvre, toute notre activité chrétienne figurées par le pouce de la main droite et celui du pied adroit; il faut que, par l'application continuellement renouvelée de son sang et de son Esprit, il sanctifié tout en nous, l'âme, l'esprit et le corps; qu'il nous oigne entièrement de l'onction sainte, de l'onction de rois et de sacrificateurs, comme le ministre du tabernacle répandait sur le lépreux rasé tout ce qui restait d'huile en sa main,

82 ENTRÉE DANS LE CAttP.

mettant ainsi, pour ainsi dire, l'honneur royal et sacerdotal sur cette tête dépouillée de ce qui faisait son ornement.

Le chrétien prend aussi Jésus comme la victime qui a totalement aboli la peine du péché et nous a de plus entièrement affranchis de sa domination. Il le prend, enfin, comme le mystique holocauste, l'oblation de bonne odeur, que le Père accepte avec amour, et qui nous a pleinement rétablis dans la faveur div ine ; qui nous a rendus non-seulement acceptables, mais agréables devant ses yeux, dételle sorte que ses paternelles complaisances reposent maintenant sur nous comme sur Jésus, et qu'il flaire en nous le même parfum de suave odeur que dans le Fils de sa dilection. (Eph., I)(l).

Voilà du moins ce que fait Fâme parvenue à la pleine certitude d'intelligence, comprenant ses privilèges et jouissant de ses droits en Christ. Déjà parfaitement justifiée par la mort du Rédempteur, elle ne doute pas plus d entrer dans le ciel par la vertu de sa résurrection, que le lépreux réadmis dans le camp ne doutait de rentrer dans sa tente. Elle n'attend plus maintenant que le signal du départ.

Telle est donc la cérémonie de la purification du lépreux. Commencée à la porte du camp, elle vient de se terminer sous nos yeux à celle du parvis. A peine achevée, le lépreux a été déclaré net, net au sens absolu du mot. Aussitôt il a pris le chemin de sa tente, où il est entré le cœur débordant de joie, moins heureux peut-être à la pensée de retrouver tout ce qui lui appartient, que par le doux espoir d'aller, au prochain sabbath, servir le Seigneur avec son peuple dans les parvis de sa sainteté. Image pâle et décolorée du

( 1) Voir plus bas holocauste cl gâteau.

bonhear d'une âme rachetée qui, ayant reçu la pleine grâce de Christ, n'a maintenant plus quà s'en aller dans la maison du Père, pour y occuper la place que l'amour du céleste avant-coureur lui a préparée et que sa fidélité lui garde. Dès à présent elle s'en empare par l'espérance. La foi, qui rintroduit dans le monde nouveau de la lumière et de la gloire, la met en possession des privilèges du huitième jour, mêlant à l^mortume des choses présentes la douceur des réalités invisibles du siècle à venir, et la rendant ainsi capable d'endurer patiemment la chaleur et le faix de la dernière journée de sa laborieuse semaine.

Le XIV® du Lévitique est admirable par sa plénitude. Il nous montre le pécheur rentrant, par la mort et la résurrection de Christ, dans la communion de Dieu* Âvee le XIX« des Nombres, il nous montre encore , et peut-être avant tout, le saint en chute, l'enfant rebelle que le Père visite en Jugement, comme autrefois Marie (Nomb., XII), pour le relever ensuite en miséricorde et le rétablir entièrement dans sa faveur. Il peint l'Eglise, son origine, son état présent^ sa gloire à venir, et nous laisfe enlrevoir aussi tout ce qui regarde la nation juive , son retranchement momentané de l'alliance et de la communion de Diou, les purifications qu'elle doit subir avant de pouvoir rentrer dans la pleine jouissance de tout ce qu'elle a perdu; les riches bénédictions, enfin, que lui appcr:era le huitième jour, jour de sa résurrection morale, jour bienheureux où le Libérateur venu de Sion éloigne:a dclle les infidélités (Esaïe, LIX, 2a, 2L Daniel, IX. Ezéchiel, XXXVII, etc.).

Le XIV* du Lévitique retrace , dans leur enchaînement divin, les grandes doctrines de la Révélation. C'est tout l'Evangile en drame. L'homme souillé de sa nature^

aliéné de la vie de Dieu , n'est réintégré dans sa faveur que par le ministère sacerdotal de Christ. Aussitôt que le sang du Sauveur Ta touché, il est déclaré net, il est justifié. Tout ce qu'il faut pour cela , c'est Christ qui le fait. Mais bien que déclaré net, le fidèle n'en est pas moins appelé à se nettoyer encore lui-même : il doit se sanctifier et se sanctifier avec joie par cela même qu'il est justifié , se purifier en Christ de toute souillure de la chair et de l'esprit tout le long de la semaine de sa vie chrétienne ; mais il ne sera complètement net qu'au huitième jour, jour de son entrée réelle et personnelle dans le monde nouveau que Jésus-Christ nous a ouvert par sa mort et sa résurrection.

Remarquez la manière dont il est purifié ; d'abord par le sang de Christ, puis par l'huile de sa grâce : le sang est à la base de toute la purification du fidèle, comme il était à la base de toute celle du lépreux; il est pour lui le principe, la cause méritoire de toutes les influences purificatrices et salutaires du Saint-Esprit.

Remarquez de même les degrés successifs de sa purification. Il est net dès l'instant où le sang de la victime expiatoire a été mis sur lui par le sacrificateur ; net après qu'il s'est ensuite purifié lui-même; mais il ne sera complètement net qu'au jour suprême, au jour du départ de ce monde, et après qu'il se sera uni plus intimement que jamais à la personne adorable de Christ, son mystique Aaron et son oblation parfaite. Le premier degré de la purification du fidèle , le degré fondamental , c'est donc sa justification ; le second , sa sanctification journalière ; le troisième, sa sanctification consommée par l'application foncière et complète faite à sa personne, de toutes les grâces de justice et de vie qui sont en Christ. A chacun de ces degrés, il est déclaré pur et cependant il ne l'est d'une manière absolue qu'au dernier.

Jusqu'à ce moment l'on peut, avec notre chapitre, rappeler indifTéremment et sans nulle contradiction, celui qui est ne/ et celui qui se nettoie.

Remarquez, enfin, d'après le type, ce qu'est la vie du chrétien normal à partir de sa justification : un progrès continuel, ou du moins une tendance incessante vers la perfection. Soyez parfaits comme votre Père qui est dans les deux est parfait (Matlh. , VI). Telle est la règle de la vraie moralité : Dieu n'en place jamais le taux plus bas.

Au reste, ce que le Léviiique exprime ici dans une action parabolique, Jésus plus tard devait le répéter dans une autre. Le Seigneur refuse à Pierre de lui laver le corps, en lui disant qu'il est déjà net; toutefois, immédiatement après, il lui lave les pieds en ajoutant : Si je ne te lave, tu n'auras point de part avee mot (Jean, XIII). Paul, dans sesépîtres, donne sans image le même enseignement : relisez par exemple Phil. , III , et vous y trouverez tout à la fois les mêmes contradictions apparentes et les mêmes vérités : Paul et les chrétiens parfaits , Paul et les chrétiens courant vers la perfection, et s'avançant vers elle par la raison même qu'ils sont parfaits.

Le XIV« du Lévitique est donc la charte de nos espérances , et doit être aussi le thème de nos cantiques. Moralement lépreux dès la naissance, dès la conception, proscrits du paradis terrestre, mais lavés par Christ, justifiés, sanctifiés par lui, nous savons que le paradis céleste avec ses gloires nous est désormais ouvert. Plus de chérubins armés de glaives flamboyants , pour nous en fermer l'accès; mais les anges, amis des saints, pour nous y porter dans leurs bras au dernier jour, et comme si jamais la lèpre du péché ne nous eût touchés. Voilà ce qu'a fait pour nous le Dieu trois fois saint. Il nous a trouvés hors du camp >

criant le souillé y le souillé ! et non-seulement il nous a lavés, mais il nous a parés de la justice de Christ, et maintenant il s'apprâle à nous parer aussi de sa gloire : Que notre âme bénisse l'Eternel et que tout ce qui est au-dedans de nous bénisse le Nom de sa sainteté !

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