Rom., VIII
Les noms des tribus n'étaient pas écrits ou peints sur
les épaulettes et sur le pectoral de l'éphod, ils étaient gravés de gravure de cachet. Les noms de ses rachetés sont gravés dans le cœur de Christ et sur les paumes de ses mains.
Le nom de chaque tribu, ainsi gravé sur un brillant du pectoral , était toujours présent devant l'Eternel. Le nom de chaque croyant, gravé dans le cœur de Jésus, est toujours présent devant le Père ; les hommes peuvent le dédaigner, Dieu le contemple avec amour : balayure du monde, le vrai disciple de Christ est un joyau du Seigneur (1 Cor., IV, 13. Ps. XVI, 3. Mal., III, 17).
Chaque tribu, si pauvre fût-elle, avait néanmoins sa place au pectoral du jugement et elle y jetait le même
éclat que les autres. Tous les saints, jusqu'aux plus chélifs, sont d'un grand prix devant le Père et leurs noms élincellent des mêmes feux au pectoral du céleste Aaron. Oh! que tous me soient également chers à moi-môme 1 que je m'habitue à les voir où le Père les voit, sur les épaules et sur le cœur de Jésus ; et que, sacrificateur à Dieu, je trouve mon plaisir à les lui présenter dans mes requêtes : heureux de porter devant lui sur mon cœur tout ce que Jésus porte sur le sien ! Mais que je m'accoutume à voir aussi par la foi mon nom, mon propre nom, écrit sur le pectoral de Jésus où il rencontre pareillement le doux sourire du Père ; alors, pleinement rassuré dans ma misère, je pourrai continuer ici-bas ma course dans la paix, l'espérance et la fidélité.
Les brillants du pectoral reçoivent dans la Bible le nom d'urim et thummim (hébreu , lumière et perfection ou plénitude; C), nom qui leur vient apparemment de leur éclat et de leur beauté; mais surtout de leur usage: car c'est par leur moyen que le souverain sacrificateur, placé dans le lieu saint, consultait l'Eternel assis derrière le voile, et que l'Eternel lui donnait la réponse désirée; c'est par leur moyeu qu'il déclarait ses jugements à Israël (de là peut-être le nom de jugement qui leur est également appliqué), et toujours ses directions qui ne sont que lumière y toujours ses décisions qui sont la perfection même, répondaient admirablement aux circonstances et aux besoins des Hébreux (Exode, XXV, 22. Nomb., VU, 89; XXVII, 21. 1 Sam., XXIII, XXX,etc.).
Les urim et les thummim n'étaient non plus qu'un symbole : le corps est Christ, substance glorieuse de toutes les ombres de la loi. Il est, lui, le véritable urim, la lumière de la vie, la source unique, éternelle, de toute vraie sagesse et de toute vraie science, le resplendissement de la gloire du
Père. Il est aussi le véritable thummin ; car, en sa personne adorable^ habite toute plénitude; il est le principe de toute sainteté, l'auteur de toute grâce excellente et de toute donation parfaite. C'est lui qui, sous l'Evangile, est notre unique oracle. Il porte toujours les urim et les thummim, et toujours par lui nous pouvons consulter le Père et obtenir, au moyen de la Parole de vérité, dans toutes nos incertitudes et toutes nos perplexités, des directions constamment claires, lumineuses, des décisions sûres, infaillibles. Oh I puissions-nous, à notre tour, devenus pour nos frères et tous nos semblables des urim et des thummim , répandre sur eux les purs reflets de la lumière de Christ, faire briller à leurs regards la prudence, la sagesse et l'intelligence des parfaits! (Jean, I, VIIL Col., I,II, etc.)
Par-dessous Féphod et le pectoral , Aaron portait le rochet , robe d'un bleu céleste , descendant à moitié jambes et terminée par des grenades aux trois couleurs et des clochettes d'or (1). Ces clochettes servaient à faire reconnaîtra de loin le souverain sacrificateur, et à annoncer son entrée dans le sanctuaire oii chaque jour il allait offrir l'encens à l'autel d'or. Aussitôt qu'il en avait ouï le son , Israël faisait monter à Dieu ses prières et ses louanges, qu'il mêlait à l'épaisse fumée des parfums et qui s'élevaient avec elle devant le trône de Jéhovah (Luc, I, 10).
C'est encore Jésus-Christ que nous découvrons ici sous le
(i) La version de Genève 1805 (Exode , XXVIII, 31) met le rochet par-dessus Téphod et le pectoral ÎI N'est-ce qu'une faute d'impression ? — e Le rochet était, au reste, d'un seul tissu, avec une ouverture pour y passer la lête. Ouverture , hébreu, bouche, comme au Ps. CXXXIII, 2 , où David dit que l'buile découle jusqu'à Vouverture du rochet, ce qui ex-« prime une abondante onction sur le chef du sacerdoce lévitique. La tra* duction ordinaire de ce passage, en laissant supposer que l'huile découlaife jusqu'au bas do ses vêtements , éveille une idée fausse çt dégoûtante.
108 LE SOUVERAIN SÀCRIFIC4TEnR*
beau symbole lévilique. Dans les sublimes visions de Palbmos , il apparaît à Jean révolu du rochet et de la ceinture d'or de Vépbod (t). Le bleu céleste du surplis sacerdotal nous rappelle encore une fois sa nature et sa mission divines. Sous l'image des clochettes, j'aime à voir la prédication de son Evangile ^ la parole retentissante de ses messagers dont la voix est allée par toute la terre; sous l'emblème des grenades, sa pure et sainte doctrine, comme aussi les fruits de sa grâce, et les prémices de son Esprit dont il nourrit, restaure et rafraîchit notre âme au désert que nous traversons (Nombr., XIII et XIV), jusqu'au jour où lui-même nous introduira dans la possession de la pleine récolte de la vraie Canaan. Enfin, sous l'une et l'autre images, le type semble nous dire : Sacrificateurs à Dieu , ayez vous-mêmes à votre robe des clochettes et des grenades ; à la franche et publique profession du Nom du Sauveur, joignez les fruits de justice qui, par lui, sont à la louange et à la gloire de Dieu le Père (Phil., I); que votre pratique harmonise avec vos discours, et que votre christianisme, au lieu d'être clochettes seulement , l'airain qui résonne et la cymbale qui tinte, soit en même temps clochettes et grenades, pour votre consolation personnelle et pour la gloire du Dieu que vous servez.
Enfin, la tiare y sorte de turban relevé, sur le devant duquel brillait une lame ou plaque d'or avec cette inscription, pareillement gravée : Sainteté à l'Eternel! la tiare complétait le costume du souverain pontife et en rehaussait merveilleusement l'éclat. La lame qui resplendissait sur la tiare obtient aussi dans l'Ecriture le nom de couronne ou mieux diadème de sainteté y car elle en avait la forme (Ex., XXIX;
(i) Exode, XXYUI , 4 , XXIX , 5. Septante , avec Apec. , 1, 13, grec.
^ ) : c'est le bandeau qui ceint le front des rois. A cette lame, il avait plu à Dieu d'attacher la vertu (ïâier Viniquité des ointes offrandes des enfants d'Israël^ et de rendre en même temps leurs personnes continuellement agréables devant lui (vers. 38); c'est-à-dire que, par cette marque imposante, le souverain sacriGcaleur intervenait solennellement entre le Seigneur et les fils d'Abraham pour que, non-seulement il ne punît point les imperfections de leur culte , mais qu'il eût leurs personnes pour agréables devant ses yeux.
Voilà lombre, voici la substance. Jésus porte la tiare et la lame d'or. Le bandeau royal pare son front. Prince et sacrificateur tout ensemble, pontife selon l'ordre royal et permanent de Melchisédec, de droit dès sa résurrection, il le sera de fait au grand jour de son avènement (Apec, I, V,VI, XIX, XX). Sur sa face adorable, nous lisons: Sainteté à r Eternel! car, pour nous, il s'est volontairement consacré à Dieu; pour nous , il s'est sanctifié, mis à part, afin que, à son exemple et dans la communion de son Esprit, nous fussions nous-mêmes sanctifiés , mis à part pour le service de Dieu dans la vérité (Jean, XVII). En lui réside ia sainteté parfaite de l'Eglise. C'est lui qui purifie à la fois nos personnes et nos oblations. Soùs TEvangile comme sous la loi , deux choses auraient pu empêcher notre communion avec Dieu, à savoir notre indignité personnelle, puis la souillure qui s'attache à nos meilleures dévotions. Eh bien, sous l'Evangile comme sous la loi. Dieu lui-même a pris soin de parer à celte double cause de réjection : Jésus, par la dignité suprême de sa personne divine et par la toute puissante et permanente efficacité de son sacrifice , Jésus rend et nos personnes et nos dévolions continuellement agréables devant lui ( Apoc, VIII). Par son ministère sacer-
ilO LE SOtVteRAIN SACRIFICAÏËUR.
dotal, ce qui est bon dans notre culte est accepté, ce qui est mauvais est été. Son intercession comble les nombreuses lacunes de nos requêtes et de nos louanges. Sa justice en couvre, en cache entièrement toutes les défectuosités. C'est Lui, c'est le Bien-Aimé, que Dieu contemple; c'est à son front qu'il regarde , et à la couronne d'innocence dont il Fa ceint ; en lui nous sommes les objets de ses paternelles com^ plaisances et de ses plus tendres affections. Déjà sous la loi le Juif intelligent et pieux , à la pensée du souverain pontife, pouvait dire avec consolation : DieUy vois la face de ton oint! (du sacrificateur oint, Ps. LXXXIV); c'est avec une confiance bien plus entière que le chrétien peut dire maintenant : (( Dieul regarde, non point à moi, pauvre, vile » et misérable créature, mais à mon Souverain Sacrificateur, » mais au diadème de sainteté dont ta main, ta propre » main a paré le front de mon Rédempteur. »
Âaron , comme on l'a vu , représentait Israël ; il était Israël devant Dieu, quand, dans le service journalier du tabernacle, il portait le pectoral et la lame d'or. Jésus de même est l'Eglise devant le Père , et il est bien plus réelle* ment l'Eglise qu'Aaron n'était Israël. En effet , celui-ci n'était que le représentant de la nation juive; Jésus est en même temps le représentant et la tête de son Corps, car> et celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous (Ttin, C'est en Jésus que le Père les voit , c'est comme les os de ses os, la chair de sa chair; c'est en lui qu'il les aime d'un amour sans mesure, du même amour que lui (Hébr., II. Eph., V. Jean, XVII, etc.).
L'inscription : Sainteté à r Eternel! se lit donc sur le front de notre souverain pontife ; que cette même inscription se lise également sur le nôtre. Jésus , avons-nous dit, s'est entièrement consacré à Dieu pour qu'à son exemple, et
LE SOUVERAIN SAGRlFiCATEUH. Jll
par la grâce de son Esprit , nous lui fussions consacrés nous-mêmes dans la vérité; eh bien ! que tout notre être soit dévoué au Père céleste qui nous a donné ce qu'il a de plus cher, et au Fils du Père qui s'est livré pour nous sans réserve (1).
Tels sont les saints vêtements de gloire (Exode, XXVlII, 2), types de la beauté suprême d'Emmanuel (2), Les trois couleurs que nous y voyons briller , comme aux voiles du tabernacle , le bleu , le pourpre et Técarlate , nous rappellent de nouveau la nature et la mission de Jésus et son œuvre accomplie : il est du ciel, il est roi, il est rédempteur. Âaron ne déposait les vêlements de gloire qu'un seul jour en l'année, celui des expiations, poxir prendre alors les vêlements saints (Lév., XVI, 4), ou simples vêtements de lin qui l'assimilaient à ses fils. Tandis que, sous la blanche tunique de la sacrificature ordinaire, il représentait, le Seigneur Jésus-Christ offrant à Dieu, dans son humiliation, le sacrifice qui nous a obtenu un rachat éternel, pour aller ensuite en porter le sang dans les lieux célestes, paré de tous les insignes du pontificat il préfigurait Jésus maintenant couronné d'honneur et comparaissant devant la face de Dieu pour nous, Jésus, le prince et le dominateur du siècle à venir, qui doit nous bénir au jour de son avènement et nous associer à toutes les joies et à
(1) Quand il est dit , Zach. , XIV : « En ce lemps-là il sera écrit sur les » sonnettes des chevaux : Sainteté à FEtemel^ » cela signifie que , dans le monde à venir, toutes choses, jusqu'aux plus modestes, seront consacrées à Dieu.
(2) Pour compléter la description des vêlements du grand sacrificateur, il faut y ajouter la tunique ou longue soutane de lin qu'il portait immédiatement sur le corps , et les caleçons de toile de même étoffe qu'il portait sous la tunique.
112 LES SACaiFlCATËURS
toutes les gloires de sa royauté sacerdotale (Hébr. , II, VII, IX. Apoc. ).
Jésus , au XXVIII« de l'Exode , se montre donc à nous dans la triple dignité de prophète, de roi et de sacrificateur d'Israël. Grand prophète, conseiller admirable des siens (Es., IX, 5), il porte les urim et les thummim; la lame d'or ceint le front du Roi de gloire ; Féphod d'or pare le souverain pontife de la maison de Dieu. Frères , consultons en toute chose et écoutons le Prophète ; courbons avec amour la tête sous le sceptre du Roi; approchons-nous librement de Dieu par le ministère du Souverain Sacrificateur; et qu'à Lui , comme au Père et à l'Esprit saint, soient honneur et gloire éternellement. Amen !
Article 3. — Les sacrificateurs et les lévites; leurs fonctions.
Mais ce n'est pas seulement le Christ que nous voyons sous le symbole de la sacrificature mosaïque; ce sont aussi les chrétiens, sacrificateurs à Dieu sous ses ordrea Que, selon le type (pages 96 et 97), ils soient intègres dans leurs voies et tendent vers la perfection ; qu'ils évitent le contact d'un monde impur, renonçant à toute affection terrienne, ne connaissant plus personne selon la chair, et, quand il s'agit de suivre Jésus, laissant lès morts enterrer leurs morts. Plus ils se détacheront des choses d'icibas , plus ils seront en étal de comprendre et de juger celles den-haut. La tempérance à tous égards est pour eux un devoir rigoureux. Déjà parés devant Dieu de la justice de leur Sauveur, de la longue robe sacerdotale lavée et blanchie dans le sang de l'Agneau, qu'ils aient encore pour vêtement la sainteté de Christ, tunique pure, glorieuse livrée de la maison de Dieu. Us l'entachent, hélas ! tous les