VAISSEAUX DU PARVIS. — L'AUTEL DE L^HOLOCAUSTE
l'« «BCTIOH. — L'AUTEL.
Ce que la porte du camp nous avait déjà prêché, le parvis va nous le prêcher encore. 11 publie à la fois la misère de rhomme et la miséricorde de Dieu. Tout ruisselant du sang des victimes y il nous offre partout Fimage de la mort que nous avons méritée y mais partout aussi celle du sacrifice qui nous en garantit. S'il nous montre la loi frappant le pécheur , c'est dans la personne de la Victime adorable substituée à sa place. Ici la bonté et la vérité s'enlrebaisent, et tout nous convie à célébrer le Dieu juste et Sauveur qui y dans les profondeurs de sa divine sagesse, a trouvé le secret de concilier les éternelles exigences de sa justice avec les droits impérissables de sa charité (Es., XLV. Ps. LXXXV. Rom., III).
L'autel de l'holocauste est le premier vaisseau sacré qu'on rencontre en entrant dans le parvis. Long de cinq coudées , large de cinq, haut de trois, il est fait de bois de sittim recouvert d'airain. De ses quatre angles s'élèvent quatre cornes qui sont tirées de lui. A l'intérieur, une grille d'airain, suspendue à moitié hauteur , porte la victime et le feu qui doit la brûler. Sous la grille, un foyer mobile reçoit les cendres. Deux barres de bois de sittim^ passées dans des
120 L'AUTEL DB L IIOLOCAUSTB.
anneaux d'airain, servent à transporter l'autel dans les traites du désert. Une sorte de banquette, d'une pente douce et sans degrés, en rend l'abord facile aux sacrificateurs (1). Auprès de l'autel , nous remarquons des racloirs , des bassins , des chaudrons , des encensoirs d'airain , destinés au service du parvis. Les plaques de même métal , faites avec les encensoirs de la bande impie de Coré, qui recouvrent ce vaisseau du tabernacle , attestent la haine de l'Eternel pour le radicalisme et l'esprit de nivellement. Ajoutons, enfin, que lautel est le centre du culte mosaïque , tout ce qu'on voue au Seigneur devant être apporté à l'aulel qui sanctifie toutes les oblations (2).
L'autel fut consacré en même temps que les sacrificateurs et par les mêmes cérémonies , c'est-à-dire par la réunion des trois sacrifices qu'on y devait offrir à Dieu ( p. 24 ). A cette occasion , les principaux d'Israël apportèrent leurs oblations et firent preuve d'une grande libéralité. La consécration dura sept jours. Au huitième, un événement miraculeux émut toute la nation : une flamme, descendue du ciel ou sortie du sanctuaire de devers Dieu, consuma ITiolocauste sur l'autel et témoigna solennellement que l'Eternel agréerait le culte qui lui serait rendu dans le tabernacle (Ex., XXVII, 1-8; XXIX, 36, 37. Lév., VI, 8-13; VIII, IX. Nomb., XVI, etc.). C'est apparemment à cette circonstance que fait allusion le Saint-Esprit, quand il dit au Ps. XX, vers. 3 et 4 ; Que f Etemel réduise en cendres ton holocauste ; qu'il te donne ce que ton cœur désire et fasse réussir Iceuvre de tes mains. Ajoutons enfin que , sous peine
(i) Cest du moins Topinion de quelques commentateurs, fondés, je le suppose, sur l'analogie avec Exode, XX, 26.
(2) Josué XXII donne la mesure de la juste importance que le peupfe àttaobnit à Tautol.
VAUTEL DE L'HOLOCAUSTE. 121
de mort , les sacrificateurs ne devaient point laisser éteindre sur l'autel le feu que l'Elernel y avait allumé.
Tel est l'autel de l'holocauste. Une victime y brûle en ce moment. Dans le tabernacle , dans cette vaste et admirable institution figurative^ où tout ce que notre œil rencontre est l'expression symbolique de quelque vérité céleste , que
signifie l'autel, la victime et le feu qui la consume?
Tout ce que nous voyons nous parle encore du Rédempteur, car il remplit tout le tabernacle , de la porte du camp jusqu'au lieu très-saint , comme il remplit la Bible entière de la Genèse à l'Apocalypse.
L'autel , c'est la nature divine de Jésus : Nous avons , dit saint Paul, un autel ^ dont ceux qui servent au tabernacle n'ont pas le pouvoir de manger. La victime , c'est la nature humaine du Sauveur qui, par l'Esprit éternel ^ s'est offert à Dieu pour nous sans nulle tache (Hébr. , IX, XIII). Car Jésus est tout à la fois la victime et Taulel de la nouvelle alliance, comme il en est aussi le sacrificateur.
C'est dans le vestibule et en dehors du sanctuaire qu'étaient égorgés les animaux offerts en sacrifice. C'est sur. la terre, correspondant au parvis , que Jésus a aboli le péché par le sacrifice de lui-même ( Hébr. , IX ).
Il n'y avait qu'un autel de l'holocauste. Il n'y a qu'un Rédempteur, qu'un seul Nom sous le ciel donné aux hommes pour être sauvés (Actes, IV, 12).
L'autel avait été consacré , c'est-à-dire rendu propre à son usage, par l'effusion du sang des victimes et par l'aspersion de l'huile sainte. C'est par la vertu de son propre sang dont il s'est comme arrosé pour nous, et par le baptême du Saint- Esprit, que Jésus a été consacré Rédempteur et qu'il peut maintenant sauver à plein tous ceux qui se reposent sur son œuvre accomplie.
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Gomme Taulel soutenait rholocauste pendant le sacrifice, ainsi la nature divine du Christ a soutenu sa nature humaine dans Toblation qu'il a présentée à Dieu pour nous.
Poursuivons les analogies :
L'autel donnait aux victimes leur valeur lévitique. La nature divine du Sauveur donne à son sacrifice la valeur infinie qu'il a pour nous devant Dieu (Ex. ^ XXIX ^ 37. Matth.,XXm, 19).
Jésus, sanctifié par Faspersion de son propre sang et par l'onction du Consolateur^ Jésus, le Saint de Dieu , sanctifie maintenant tout ce qui s'unit à lui par la foi , tout ce qui le touche comme autrefois la femme de l'Evangile , de la même manière que l'autel , sanctifié par l'aspersion du sang et de l'huile, sanctifiait ensuite tout ce qui entrait en contact avec lui.
La forme et la place de l'autel ne sont point non plus sans mystère.
Sa forme : les quatre cornes qui s'élèvent de ses quatre angles, aux quatre points cardinaux, semblent dire que Jésus, que la rédemption par son sang, est également accessible aux habitants des quatre vents des cieux, que sa croix, son amour est notre refuge, notre rendez-vous général , et crier à tous les fils du premier transgresseur : « Regardez vers moi de » tous les bouts de la terre et soyez sauvés (Es. , XLV) l »
Sa place. L'autel est le premier vaisseau qu'on rencontre en entrant dans le parvis , le premier devant lequel s'arrêtent les sacrificateurs dans le service journalier du tabernacle; il faut nécessairement passer à l'autel pour aller au sanctuaire. Christ et l'expiation par son sang, tel est aussi le premier objet qui s'offre à nous dans l'Evangile; c'est avant tout à Jésus crucifié que nous adresse le saint Consolateur , c'est dans le sang purifiant la conscience des
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œuvres mortes qu'il nous appelle tout d'abord à nous laver, pour être mis en élat de servir le Dieu vivant (Hébr. , IX y 14); et rame pécheresse qui prétend aller à Dieu sans passer par l'autel de Tholocausle, c'est-à dire par la purification du sang de l'Agneau y va nécessairement au-devant de la réjection , car c'est chargée de ses transgressions qu'elle paraît devant le Dieu saint.
Enfin, l'autel était pour le coupable un sûr, un inviolable asile, et, à moins qu'il ne fût un meurtrier volontaire, ou que la vengeance divine ne l'eût expressément voué à la mort , il se sentait en pleine sécurité dès qu'il en avait saisi les cornes (Ex., XXI, 13, 14. 1 Rois, I, 50 ; II, 28). Le Nom de Jésus est de même une sûre, une inviolable retraite pour quiconque se réfugie auprès de lui; sous l'aile de ce puissant Rédempteur, sous la protection du sang qu'il a versé pour nous, il n'a plus à redouter, ni les menaces de la loi, ni la malédiction de Dieu ; on pouvait encore périr au pied de l'autel : témoin l'infortuné Joab (1 Rois, II); mais nul ne périra qui se jette véritablement dans les bras du Fils de Dieu, notre cité de refuge, la force de noire vie, la corne de notre salut y fussent ses péchés nombreux comme le sable de la mer et rouges comme le cramoisi (2 Sam., XXII, 3. Es., XXXII, 2. Ps. XVm, 2; XXVH, 1 , 2; CXXXU, 17. Luc, I, 69 (grec).
Et ce feu sorti de devant l'Etemel qui brûle en ce moment la victime sur l'autel de l'holocauste , que préfigure-t-il à son tour? Le jugement de Dieu, les ardeurs dévorantes de sa justice. Il exprime aussi que l'Eternel accepterait un jour en notre faveur la propitiation de Jésus , notre mystique autel et notre mystique holocauste. Ce feu ne s'éteint point, mais brûle nuit et jour sur l'autel du Seigneur , comme pour dire à Israél que les sacrifices de la loi n'expieraient point
ses péchés et diriger ses regards vers Toblation parfaite qui devait les ôter entièrement. Maintenant bénissons Dieu, nous qui savons que le feu des vengeances divines , ce feu que n'avaient pu éteindre les flots de sang journellement versés durant les quinze siècles de l'économie des ombres , s'est complètement et pour jamais éteint dans le sang de Jésus- Christ. Mais quel sort attend rincréduUté ? Le symbole , dans son langage y ne le dit , hélas ! que trop clairement : c'est le feu qui ne s'éteint point y ce sont les ardeurs éternelles qui doivent consumer tous ceux qui n'auront pas fait leur paix avec Dieu par Jésus-Christ.
La vue de l'autel nous remet en mémoire une des scènes les plus imposantes de la révélation. Le jour où le fils d'Amots fut solennellement investi de son ministère en Israël , l'un des séraphins qui se tiennent devant Dieu , prenant avec des pincettes un charbon vif sur l'autel, en loucha la bouche du prophète et lui dit : Voici , ceci a touché tes lèvres; c^est pourquoi ton iniquité sera ôtée et la propitiation sera faite pour ton péché (Es. , VI, 7). L'autel étant le symbole de l'expiation des péchés par le sacrifice de Celui qui devait venir , le séraphin disait de fait à Esaïe : « Le sang » du Christ lavera ta souillure et la lave dès cette heure; » il purifie ton cœur et tes lèvres, et maintenant tu peux » offrir à l'Eternel un service qu'il accepte. Entre donc avec )) confiance dans le beau ministère dont il lui a plu de te » revêtir. » C'est de la même manière , c'est par la foi au sacrifice du Christ maintenant venu , par l'application de son sang faite à leur âme par l'Esprit saint, que tous les ministres du Seigneur sont encore aujourd'hui lavés et mis en état de lui offrir un service qu'il agrée. Nul n'est apte à exercer le ministère de l'Evangile , s'il n'a d'abord été lavé dans le sang de l'Evangile.
L'AUTEL DE L'HOLOCAUSTE. i25
X'autel nous a rappelé l'éclatant témoignage que Dieu donna de sa pleine acceptation du culte lévitique, au jour où le feu du ciel consuma l'holocauste, et la sainte joie qu'on vit éclater alors dans toute la nation. Mais il nous rappelle encore un événement d'une toute autre nature , et qui bientôt après vint plonger Israël dans le deuil et la consternation. Nous voulons parler du châtiment terrible qui tomba sur les deux fils aînés d'Aaron pour avoir offert l'encens avec un autre feu que celui que Dieu venait de donner. Un seul passage sépare les deux événements dans le récit sacré ; bien peu d'instants semblent les avoir séparés dans leur accomplissement. Remarquez l'opposition : Le feu sortit de devant VEternel et dévora sur l'autel Vholocauste et les graisses, ce que fout le peuple ayant vu y ils poussèrent des cris de joie et se prosternèrent le visage contre terre (Lév., IX, 24) : puis, deux- versets plus bas ( X , 2 ) : Le feu sortit de devant C Etemel , et dévora les fils d'Aaron et ils moururent devant l'Etemel. Encore une fois, quel contraste!... et quelle leçon! quelle inauguration du premier sacerdoce! un acte d'amour, puis aussitôt après un acte de justice! une offrande d'agréable odeur , puis en quelque sorte un sacrifice d'anathèrae! Il se passa quelque chose d'analogue au début du nouveau sacerdoce. Le feu descendit du ciel en amour, en bénédiction, d'abord, quand , sous la forme de langues ardentes, le Consolateur, seul feu que le Seigneur accepte dans notre culte, vint se poser sur l'Eglise à son berceau. Mais, bien peu de temps après , le feu descendait du ciel en jugement, quand la vengeance divine frappait ces deux grands coupables, ce Nadab et cet Abihu de la nouvelle dispensalion, qui, sacrificateurs infidèles, avaient offert au Seigneur un encens maudit , un parfum que n'avait point brûlé le seul feu qu'il agrée ( Act., II et V).
126 LHOLOCAUSTB ET SON GÀTB4U.
II est bon de se rappeler ce début , en quelque manière identique, de la loi et de l'Evangile, et de recevoir rinstruction qui en découle. Craignons , après avoir commencé peut-être comme Nadab et Abihu, témoins sur Sinaï de la gloire de Jéhovah , le Dieu de la loi , ou comme Ânanias et Saphira, témoins sur le mont de Sion de la gloire bien autrement excellente du Père de Jésus-Christ, du Dieu des compassions; craignons de trouver la même fin que ces deux infortunés, et, pour éviter un pareil sort, retenons d'une main ferme la grâce par laquelle nous puissions servir Dieu avec respect et avec crainte , car notre Dieu est un feu consumant ( Ex. , XXIV. Hébr. , XII ).
a« SBCVlOll. — SERVICE JOURNALIER DE L'AUTEL. A. OBLATIOlfS SANGLANTES.
Article 1®^ — L'holocauste et son gâteau.
Comme on le sait, les oblations qu'on apporte à l'autel sont de deux sortes, les oblations sanglantes ou sacrifices proprement dits, et les autres oblations. Parlons d'abord des premières , avant tout de l'holocauste.
L'holocauste est le sacrifice par excellence ; il est, «ivec la graisse des autres sacrifices, la seule chair que l'Eternel admette sur sa table, il est sa viande y son pain, son odeur agréable : aussi , dans l'Exode , la loi relative à l'holocauste suit-elle immédiatement celle qui se rapporte à la consécration de l'autel. Après la table , la viande qui doit être servie dessus. L'holocauste est d'ailleurs individuel ou national. Le premier est ou volontaire ou voué. Le second a régulièrement lieu deux fois par jour, le malin
L'UOLOGÂUâTB ST SON GATKAU. 127
et le soir ^ et se nomme holocauste continuel. La victime est immolée aa côté nord de Tautel , enlre ce vaisseau du parvis «la porte du sanctuaire (Ex., XXIX. Lév., I, XXIL Nomb., XV,XXVI1L Malach., I,etc.).
L'holocauste auquel nous assistons maintenant est individuel et volontaire. Un Israélite vient d'amener à l'entrée du parvis un agneau sans tare, qu'il a présenté de bon gré devant TEternel. Il a posé la main sur la tête de la victime; puis, un sacrificateur, après l'avoir égorgée (1) et l'avoir oioverte , en a répandu le sang sur les bords de l'autel ; après quoi, la victime coupée par pièces, et soigneusement lavée , a été placée sur l'autel et consumée toute entière devant Dieu. A l'holocauste , il est de règle qu'on ajoute un gâteau de fleur de farine pétrie à l'huile sans levain , saupoudré d'encens ou drogues aromatiques ( Lév. , I , M, VI).
Christ est le glorieux antitype de l'holocauste. Homme et Dieu tout ensemble, sacrificateur et victime, agneau sans lare, en qui Satan ne trouva jamais rien à reprendre (Jean, XIV, 30), en qui Dieu trouva toujours tout ce qu'il requérait , Jésus a de bon gré donné sa vie pour les brebis , selon le commandement qu'il en avait reçu du Père, et l'a plus glorifié par son obéissance qu'Adam ne l avait déshonoré par sa transgression (Hébr. , X, 7. Jean, X, 18). En même temps que l'agneau du riche peignait son innocence, sa do-
(1) lÀv. , /, 5. « Puis on égorgera le veau. » On est ici le sacrificateur. — « L'offrant, dit le juif Philon, pose les mains sur la lèle de la victime; alors un sacrificateur prend la victime et l'immole ; un autre , ayant reçu le sang dans un vase, le* répand en cercle autour de l'autel, etc. » Il est probable qu'au début du sacerdoce, et quand Aaron et ses fils en si petit nombre ne pouvaient suffire aux besoins du culte, les lévites assistaient les sacrificateurs dans cette partie de leurs fonctions , comme dans les autres*
i2B L*HOLOCAUSTE fiTT SON GATEAU.
cilité^ sa débonnairelé ^ la tourterelle du pauvre exprimait sa douceur et sa chasteté.
La victime légale était comme chargée, par rimposition des mains, de la faute et de la condamoation de celui qai l'offrait. Jésus-Christ s'est véritablement chargé de notre souillure et de notre anathème : L'Etemel a fait venir sur lui t iniquité de nous tous (Esaïe, LUI).
La victime, ainsi qu'on vient de le voir , était égorgée entre l'autel et le sanctuaire dont l'accès n'était ouvert que par l'efficacité des sacrifices journellement offerts à l'Éternel. C'est par Jésus-Christ seulement, c'est par sa mort propitiatoire dont la vertu demeure à toujours, que nous avons accès au ciel et à la communion du Dieu trois fois saint.
L'offrande lévitique coupée par pièces, puis lavée, soumise en entier au feu de l'autel , et totalement consumée, montait en agréable odeur devant Dieu. Jésus-Christ, qui s'est livré pour nous sans réserve, de son premier à son dernier soupir, de sa crèche à sa croix, Jésus-Christ a reçu le baptême d'eau et du Saint-Esprit. Il a de même reçu le baptême de feu. Pour sauver ses brebis, il a passé par la fournaise sept fois chauffée de la colère du Souverain (Ps. XXII et Cil). Le feu du jugement de Dieu, du Dieu saint, l'a pénétré jusqu'aa plus intime de son être; il l'a éprouvé, sondé jusque dans ses plus secrètes pensées , mais sans jamais produire autre chose en lui qu'une bonne odeur à l'Eternel. Nous avons déjà dit que, dans l'original , brûler l'holocauste et brûler l'encens, c'est tout un. Maintenant ce que le type n'explique pas, l'anlitype en rend aisément compte. Pas une pensée en Christ, pas une affection, pas une volonté qui n'ait été mise à la redoutable épreuve du jugement de Dieu, et qui ne soit montée en suave odeur devant lui (Lév., I. Eph., V, 2, avec Gen., VIII, 20, 21). Voilà ce que le sym-
VaOLOGÂUSTB ET SO.N GATKAU. 129
bole exprime. Il nous rappelle moins peut-être le péché, son châtiment^ Texpiation que Jésus en a faite, que la pureté, le dévouement et la perfection de la sainte Victime qui i'efiaça complètemenL
Le sacrifice de Noé avait déjà le caractère de Tholocauste, car il est écrit que TEternel en flaira une odeur d'apaisement. L'original dit, une odeur de repos. C'est aussi le mot du Lévitique (Gen , VIII, 21. Lév. ,1,9, hébreu). Et ce mot est juste; en effet. Dieu se reposait dans Tholocauste, comme étant Tombre, la figure de Celui qui devait s'offrir tout entier pour nous. Il se repose parfaitement dans le sacrifice de Jésus, il ne se repose que dans ce sacrifice et dans la personne de celui qui Ta offert. Jusqu'à la venue de Christ, il n'avait, pour ainsi dire, trouvé sur la terre aucun lieu, aucun être sur lequel ses regards pussent s'arrêter avec une entière satisfaction : partout Todicuse image de la désobéissance; mais l'homme nouveau paraît; alors le ciel s'ouvre, et l'Esprit de Dieu descend et se repose sur Jésus et sur toute Tœuvre de son amour (Esaïe, XI, 2, hébreu ).
Le feu qui brûlait continuellement sur l'autel et que Dieu luinmiême y avait allumé, le feu qui consumait l'holocauste , disait donc en symbole que le Seigneur approuvait, qu'il acceptait ce sacrifice et l'avait continuellement pour agréable (Lév-, IX, 23, 24. 1 Rois, XVIU, 24-38. Juges, VI, 21); de là sûrement la prière du Ps. XX<^ déjà citée : Que r Etemel réduise en cendres ton holocauste et fasse réussir tes desseins ! On ne pouvait sûrement exprimer d une manière plus vive et plus saisissante l'efficacité permanente de ce parfait sacrifice qui monte devant Dieu comme un parfum (Eph. , V, 2) ; l'odeur d apaisement qu'il en flaire continuellement; la pleine et ineffable satisfaction qu il trouve dans l'obéissance volon-
13e L'HOLOGÀUSTK fiT SON GATEAU.
laire que Jésus lui a rendae jusqu'à la mort de la croix. Voici, dit-il , mon Elu auquel mon âme prend son bon plaisir (Esaïe, XLU, 1). Gomme le Fils trouvait sa nourriture et son breuvage à faire la volonté du Père, ainsi le Père trouve son aliment à contempler l'obéissance du Fils et ses glorieux résultats : c'est une odeur de bonne senteur qui monte éternellement à ses narines.
L'holocauste national ne se distinguait en rien de l'holocauste individuel. Il avait lieu régulièrement, comme on le sait, le matin et le soir, le soir entre les deux vêpres (Exode, XXIX, 39), c'est-à-dire entre le déclin du soleil et son coucher, entre trois et six heures après midi (D), et c'est aussi vers celle même heure qu'était immolé l'agneau pascal. Rappelons à ce sujet d'admirables coïncidences. C'est précisément vers cette même portion de la journée que, huit siècles plus tard, l'archange Gabriel annonçait à Daniel le prophète (Dan. , IX) , la naissance et la mort propitiatoire de Gelui que préfigurait le sacrifice qui nous occupe; et c'est encore vers cette même heure du jour que, dans V accomplissement du temps marqué ^ le souverain sacrificateur lévitique, sans le savoir, livrait pour nous à la mort l'Agneau d'holocauste et l'Agneau pascal, dont le sacrifice a aboli Fififidélité, scélé le péché ^ expié l'iniquité et amené la justice éternelle (Jean, XI, XVIII. Dan., IX).
Encore un mot sur l'holocauste. Après avoir égorgé la victime, le ministre du tabernacle l'a ouverte (comme cela du reste avait lieu dans tous les sacrifices), pour en sortir les entrailles, si bien que le dedans comme le dehors de l'animal ont été mis à nu devant lui. G'est à cela que Paul faisait allusion quand il disait aux Hébreux (IV) : Toutes choses sont nues et entièrement découvertes auœ yeuco de Celui à qui nous avons à faire. Il voulait donc exprimer ainsi
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que Dieu lit dans notre cœur comme le sacrificateur juif lisait dans les entrailles de la victime, et qu'il n'est rien dans nos pensées 9 rien dans nos sentiments qui puisse échapper à son discernement pendant notre vie, ni à son jugement après notre mort (Ps. XC. Apoc. , II, 23). Pensée profondément sérieuse et infiniment propre à pousser les Hébreux à qui Paul écrivait, à nous pousser aussi, nous, dans les bras de ce grand Sacrificateur dont les paroles qui suivent immédiatement rappellent avec autant de puissance que de douceur le souverain pouvoir, l'invariable fidélité, les tendres et éternelles compassions. C'est encore à l'holocauste que le même apôtre fait allusion quand il exhorte les Romains ( chap. XII) à offrir à Dieu leurs corps en sacrifice vivant et saint, ce qui, leur dit-il, est votre raisonnable service. Telle est , en effet , l'oblation que le Seigneur attend de notre part en retour de tout ce que Jésus a fait pour nous : c'est l'holocauste, c'est-à-dire le sacrifice entier de notre être; sacrifice, il est vrai, toujours indigne en soi-même de lui être offert, même alors qu'il est le moins imparfait, mais sacrifice dont l'holocauste du Christ ôte et fait disparaître toutes les imperfections, toutes les souillures, auquel il communique sa pleine valeur, et que le Père agrée toujours de la main de son Bien-Aimé.
L'holocauste était la viande de l'Eternel. Le gâteau est SOD pain. Comme il accompagnait toujours l'holocauste, il vient naturellement après lui dans l'ordre du Lévitique (Lév., II). L'une -et l'autre oblations , le gâteau continuel (Nomb., IV, 16) et Yholocauste continuel expriment la perfection humaine de Jésus-Christ , son entier dévouement à Dieu pour nous ; mais tandis peut-être que l'holocauste , oblation sanglante , le peint offrant à Dieu sa vie humaine, de son berceau jusqu'à sa tombe, le gâteau, oblation non san-
132 niOLOCAUSTË ET SON GÂTEAU.
glante , le montrerait plutôt consacrant à Dieu ses facultés humaines, facultés dont le Père accepte pareillement l'hommage comme un parfum d'agréable odeur.
Le gâteau était fait de fleur de farine. Jésus, semblable à nous en toute chose sans péché, Jésus est pur et séparé des pécheurs ; saint et non pas seulement innocent.
Le gâteau était sans levain. Le levain, symbole des fausses doctrines, de l'hypocrisie, de la malice, de l'orgueil (Luc, XII, 1. Matlh., XVI, 6, 11. Marc, VIII, 16. 1 Cor. , V , 8. Gai. , V, 9 ) , le levain ne paraît point dans le gâteau qu'on offre avec l'holocauste ; car le gâteau représente Christ en qui n'apparaît ni malice, ni mensonge, ni esprit d'indépendance, ni aucun autre mal. Mais le levain, coipme le miel, est admis dans les offrandes qui ne sont pas brûlées à l'autel, par exemple, dans celle des prémices (Lév. , II, 12), parce que ces offrandes-là représentent l'Eglise, partiellement sanctifiée par le don du Saint-Esprit.
Ce n'était pas d'une manière négative uniquement que le gâteau préflgurait l'humanité du Sauveur ; il la représentait encore positivement , car non-seulement il était sans levain, mais il était pétri à l'huile, emblème de la sainte humanité, de la pureté parfaite de Celui qui est né de l'Esprit (Luc, I).
Toutefois pureté n'est pas puissance ; voici donc la puissance sous une autre image. Non-seulement le gâteau était pétri à l'huile, il en était de plus oint. Jésus de Nazareth a été oint du Saint-Esprit et de force (1) ; puis," emmené par l'Esprit dans le désert, il a combattu Satan dont il a triomphé par la puissance de ce même Esprit
Les aromates mis sur le gâteau étaient entièrement brûlés
(1) Remarquez en passant Fanalogie qui existe entre le Christ et les chrétiens, d'abord nés de Dieu, ensuite oints et scélés de son Esprit.
L'HOLOGAUSXfi BT SON GATEAU. 133
sar l'autel, où le gâteau lui-même, le mémorial , /wmaï/ en bonne odeur à l'Etemel (Lév., II; VI, 15 ) : belle image du doux parfum qu'exhalèrent devant Dieu toutes les grâces que réunissait la personne adorable du Christ !
C'est à Dieu seul que l'enœns était présenté. Tout ce que Jésus fit , il ne le fit qu'en vue de Dieu ; son service , ses affections, son cœur, sa vie entière, montèrent et montent toujours devant lui comme un agréable encens : Toute la maison du Père est remplie de F odeur du parfum.
Mais point de miel dans le gâteau. Car, outre qu'il tient un peu du levain, le miel est l'emblème de ce qui nous est naturellement agréable, par exemple de l'affection de nos parents, de nos amis, c'est-à-dire de choses qui, bien que permises dans de certaines limites , ne trouvent cependant plus leur place dans un sacrifice. Christ s'est volontairement privé pour nous de toutes les douceurs légitimes de la vie, de toute jouissance des affections naturelles.
Enfin , le sel sur le gâteau , le sel de r alliance de ton Dieu y dit la Parole. Le sel , employé dans les aliments , non-seulement pour en rehausser le goût, mais pour les préserver de la putréfaction et les conserver; le sel, emblème d'incorruptibilité, indique ici l'immutabilité de l'amour de Dieu en Christ, la perpétuité, la stabilité de son alliance, la permanence et l'irrévocabilité de ses dons. Une alliance de sel dans l'Ecriture est une alliance ferme, immuable, éternelle (Nomb., XVIII, 19. 2Chr., XIII, 5. Hébreu. Rom., XI). . Au reste, comme il a été dit plus haut, l'on mettait du sel , non-seulement sur le gâteau , mais en général sur toutes les oblations (Lév., II , 13 ). Ce qui nous rappelle la parole de Jésus , en saint Marc (IX , 49) : Chacun sera salé de feu et toute oblation sera salée de sel. Le sel étant l'emblème de l'incorruptibilité , le Seigneur voulait exprimer en ces mots
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ré|ernité des supplices réservés aux méchants, et Fimmorlalité , rindestruclibilité de leurs personnes. Maintenant si , pour conserver notre vie, nous consentons à nous voir privés d'un membre de notre corps, combien plus , en présence d'un sort pareil , ne devrons-nous pas crucifier nos mauvaises convoitises, plutôt que de risquer la perle éternelle de notre âme 1 Telle est la pensée de Jésus dans le passage ( vers. 42 à 49). Il ajoute : C'est une bonne chose que le sel, mais si le sel devient insipide, avec quoi tassai sonner ez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes , et soyez en paiœ les uns avec les autres. L'idée générale demeure ici la même, mais l'application diffère; elle est aussi douce que lout-à-I'lieure elle était sombre» Le sel maintenant, c'est la grâce évangélique, c'est la puissance du Saint-Esprit réagissant en nous contre notre corruption naturelle, assaisonnant nos affections, nos sentiments, nos discours, notre vie entière, de telle sorte que non-seulement nous n'infections pas le prochain par de mauvais exemples ( vers. 42), mais [que, par la sagesse, l'onction , la fidélité de nos paroles et de nos œuvres , nous arrêtions autour de nous les progrès du mal et de l'erreur , communiquant la grâce à tous ceux qui nous écoutent (Col., IV, 6. Eph. , IV, 29). Pour cela, suivons le conseil du Seigneur : (( Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns » avec les autres; » préservons-nous d'abord nous-mêmedela corruption avant de prétendre en garantir autrui; que, sévère pour soi , chacun de nous soit indulgent pour son frère. Mais malheur à celui qui, laissant affadir en son âme le sel divin, ne trouve plus la force nécessaire pour résister au mal en lui et hors de lui : Si le sel perd sa saveur , avec quoi l'assaisonnera-t'On ? Il n'est propre ni pour la terre , ni pour le fkimier; on le jette dehors (Luc, XIV, 34, 35 ).
Revenons à notre emblème. Nous parlions du gâteau,
L'HOLOCAUSTE ET SON GATEAU. i3tf
mémorial ou témoignage de reconnaissance offert à Dieu , pain du Seigneur^ servi sur sa table. Une portion de cette offrande, comme on le sait, était donnée aux sacrificateurs pour la manger dans le tabernacle auprès de la table de , l'Eternel ( Lév., VI, 16; X, 12). Le gâteau ne brûla tout entier sur Tautel que le jour de la consécration du sacrificateur-oint (Lév. , VI, 23; IX) et comme pour lui dire : « Dé- » voue-toi complètement au service de Dieu; » mais surtout, je pense , afin de préfigurer ainsi d'autant mieux Celui qui , devait se sacrifier entièrement pour nous. Quant à la portion réservée aux sacrificateurs, elle était réputée chjo%e trèssainte , et quiconque la touchait en était sanctifié ( Lév. , II , 10; VI, 18). Elle représentait le Sauveur comme l'autre , mais le montrait sous un aspect différent. Jésus est notre aliment , notre aliment très-saint ; sa nature humaine , qui s'est complètement consacrée à Dieu pour nous, est la précieuse nourriture de notre âme. C'est le pain dont la sacrificature spirituelle est appelée à se repaître dans le vrai tabernacle où maintenant elle sert Dieu : mais, hors de ce divin sanctuaire , hors de là foi au sacrifice de Jésus, et de la méditation journalière de l'amour et de l'entier dévouement de Celui qui s'offrit à Dieu pour nous sans nulle réserve, dans toutes ses facultés humaine^ , nul aliment véritable pour notre âme , nulle vraie bénédiction.
Nous venons de voir la table du Seigneur ; de voir sa viande , son pain , son sel , servis sur sa table ; mais où est son breuvage (p. 22 ) ? Le sacrificateur , en offrant à Dieu l'holocauste, a versé du vin sur le gâteau qui l'accompagne ; car, avons-nous déjà dit ( p. 28 ) , si l'holocauste n'est jamais sans son gâteau, le gâteau non plus n'est jamais sans sa libation ou aspersion de vin (Ex., XXIX, 40. Nomb., XV, 4, etc. ). C'est, avec le sang répandu sur l'autel , le breuvage
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de Dieu. Il prend plaisir au dévouement complet du Christ; le travail de son amour est pour lui ce qu'est, pour l'homme altéré, épuisé de fatigue, un vin généreux qui le restaure et le ranime; de là peut-être cette parole deTEcrilure : « Le vin réjouit Dieu et les hommes ( Juges , IX , 13 ) (1). »
Dieu tenait beaucoup à Fholocauste, au gâteau et à sa libation; et Ton mettait aussi beaucoup de prix à les lui offrir : ce qui nous explique deux versets de Joël. Après avoir annoncé le fléau des sauterelles qui devaient ravager les campagnes , retrancher de la maison de Dieu le gâteau et Faspersion, et plonger ainsi dans le deuil les sacrificateurs faisant le service de F Etemel (I, 9, 13), le prophète convie le peuple au jeûne et à Fhumiliation ; puis il ajoute : Qui sait si r Eternel votre Dieu ne viendra point à se repentir^ et s'il ne laissera point après lui bénédiction , gâteau et aspersion (II, 14), c'est-à-dire : Qui sait si, touché de nos regrets et de nos larmes, il n'éloignera pas de nous le terrible fléau dont il nous a menacés ! s'il ne nous conservera pas les fruits de la terre , et de quoi lui offrir nos gâteaux et nos aspersions !
Les païens avaient aussi des libations dans leurs sacrifices , mais elles dégénérèrent à tel point qu'ils arrosaient de sang leurs victimes et qu'ils en buvaient dans leurs cérémonies; de là probablement cette parole du Ps. XVI, 4 : Je ne ferai point leurs aspersions de sang et leur nom ne passera point par ma bouche.
L'aspersion sur le gâteau explique encore d'autres passages. Paul (Philip., II, 17), après avoir exprimé le vœu que son travail au milieu de ses chers Philippiens fût pour sob
(1) Le vin les r^'ouit ( vers. 13 ) Et Phuile les honore ( vers. 9) comme étant employée au culte du tabernacle , ainsi qu'à Ponction des sacrificateurs et des rois dlsraël.