LUOLOGAUSTE ET SON GATEAU
cœur un sujet de joie et de gloire en la journée de Christ, Paul ajoutait : Que si même je sers d'aspersion sur le sacrifice et l'office de votre foi^ fen ai de la joie et je m'en réjouis avec vous tous. La foi des Philippiens, l'œuvre de leur foi, voilà l'holocauste ou le gâteau , l'oblation de bonne odeur que le Père agrée en Christ* La mort de l'Apôtre, le sang qu'il est prêt à verser pour eux , voilà l'aspersion ou la libation dont il se féliciterait de pouvoir arroser celte oblation. Ce qui signifie que l'Apôtre serait heureux de mourir pour fortifier le courage et confirmer la foi de ses bien-aimés de Philippes. C'est encore dans le même sens qu'il écrivait à son cher Timothée (2 Tim. , IV, 6) : Car pour moi je sers déjà d'aspersion et le temps de mon départ est arrivé ; j'ai combattu le bon
combat la couronne de justice m^ est réservée y etc Je sers
déjà d'aspersion, dit saint Paul. Littéralement je suis déjà répandu, versé. Le rite qui précédait immédiatement le sacrifice était comme accompli sur l'Apôtre ; il ne lui restait plus qu'à être mis à mort. « Je vais être immolé, mais im- » mole comme une victime que Dieu agrée en Christ. » Tel était le dévouement, telle était la foi de Paul. Ah ! puisse le même dévouement, fruit de la même foi, se trouver aussi chez tous les serviteurs du Fils de Dieu !
Terminons cet article sur l'holocauste et son gâteau , vivant emblème de Celui qui, pour nous, offrit à Dieu l'hommage de tout son être. Singulièrement énigmatique, pour ne pas dire choquant, révoltant même, à ne l'envisager que dans sa forme extérieure, le rite dont nous venons d'être témoins, considéré dans son but mystique, dans sa pensée intime, est plein de grandeur et de consolation. Il dit donc tout ce que Dieu trouve de satisfaction dans la personne et l'oblation de son Fils unique , et de quel œil de paternelle ' complaisance il envisage aussi toute pauvre âme pécheresse
s'unissant par une foi vivante, s'identifiant au Biea-Aimé, centre de toutes ses affections. Elle participe, en quelque sorte, au parfum que Jésus exhale devant Dieu ; en Lui sa personne, en Lui son service et tout son être est odeur de bonne senteur*aux narines du Père ; Dieu trouve en elle ses délices, comme il les trouve en son Fils lui-même, en tout ce qu'il fut, en tout ce qu'il est encore pour nous.
Le symbole est admirablement fait pour rassurer l'enfant de Dieu le plus craintif. Souvent , hélas ! ne trouvant dans notre triste cœur que sécheresse, langueur et misère, nous n'osons nous approcher de Dieu, parce que nous n'avons rien à lui présenter. Mais que lui apporterions-nous donc? Sur sa table, toujours richement servie, voilà sa viande, voilà» son pain, voilà son breuvage! Et maintenant voici l'invitation qu'il nous adresse : « Oh ! vous qui n'avez » point d'argent, venez, achetez et mangez ; mangez de ce » qui est bon, et que votre âme jouisse à plaisir du seul ali- » ment qui rassasie (Esaïe, LV). » Allons donc nous asseoir avec confiance à la table du Seigneur et partager avec lui, dans la louange et l'adoration , son mystique et précieux repas.
Article 2. — Le sacrifice de paioo ou de prospérité.
Voici maintenant une oblation d'un autre genre. C'est une offrande de prospérité ou de paix (Lév., III). Nous avons dit (p. 28) que ce sacrifice était, tantôt eucharistique, tantôt voué. Celui dont nous sommes témoins est eucharistique, ou d'action de grâces. Après l'imposition des mains de l'Israélite qui l'a amené, l'animal a été mis à mort, non plus entre l'autel et le sanctuaire, comme l'holocauste (Lév., I; 11), mais entre l'autel et l'entrée du parvis« Le
sang en a ensuite été répandu sur les bords de l'autel ; puis , la poitrine tournée en tout sens, et l'épaule droite élevée devant Dieu. La chair de l'hostie pacifique, comme celle de toutes les victimes , appartient au Seigneur qui la partage avec la maison sacerdotale et l'adorateur. A l'Eternel, les graisses qui doivent toujours brûler en suave odeur devant lui; à la maison sacerdotale, la poitrine; au sacrificateur officiant, l'épaule droite; à l'adorateur enfin, le reste de l'animal. Les sacrificateurs et l'Israélite, avec tous les membres de leurs familles cérémoniellement purs, en mangent la chair sous leurs tentes ; mais ils ne touchent ni à la graisse intérieure toujours réservée pour l'autql comme étant ce qu'il y a de plus précieux dans la victime, ni au sang , véhicule et symbole de la vie qui n'appartient qu'à Dieu, au sang, moyen de propitiation pour l'âme et figure plus spéciale du sacrifice de Christ. Le jour où l'Israélite mange avec les siens le sacrifice do paix , est un jour de fête pour toute la maison (Lév., VII; X, 14; XVIL Deul., XU. Prov., VIL Jacques, V,5).
Le sacrifice pacifique avait pour objet principal de rétablir, entre l'Eternel et Tlsraélite, l'alliance rompue , en quelque sorte , par le péché ; de confirmer et de scéler la paix et de rendre ainsi la joie à Celui qui l'offrait avec intelligence et sincérité de cœur : de là le nom qu'il porte ; c'est l'opinion qui nous semble la plus probable.
Christ est notre paix(Eph., II), notre oblation de paix, comme il est notre holocauste. Il a ôté le péché par le sacrifice de lui-même et restauré entre nous et Dieu les relations que le péché avait brisées. Prince de la paix, il a mis la paix partout dans son Eglise, entre le Créateur et la créature, entre les rachetés eux-mêmes, et après avoir ainsi rétabli les douces communications que la désobéissance primitive
avait rompues, il les maintient de jour en jour par l'efficacité permanente de son oblation.
Le sacrifice pacifique se présente donc à nous comme le symbole de Tamitié, de la communion qui règne entre l'Eternel et son peuple ; c'est, répétons-le, comme un repas de paix que le Dieu de paix prépare aux siens, comme uq festin auquel il les convie; il les invite à venir s'asseoir à sa table, et à s'y nourrir du môme aliment que lui : simple et touchant emblème du sacrifice de Jésus, de la douce communion qu'il a rétablie entre nous et Dieu , de la joie, de la félicité commune que le Père et l'Eglise trouvent dans la manducation mystique (Je la chair et du sang du Messie! Dans la réalité, comme dans l'ombre, nous retrouvons trois parts, celle de Dieu, celle du sacrificateur et celle du peuple.
La part de Dieu, sous l'image de la graisse intérieure, emblème de notre cœur, de sa force, de son énergie, de tout ce qu'il y a de plus précieux en nous , et type aussi de Celui qui, pour nous racheter, consacra pleinement à Dieu tout ce qu'il y avait en lui de plus intime, de plus excellent, de Celui que le Père nomme symboliquement sa nourriture, sa viande, son pain (Lév. , III, 11). Nous avons dit que la graisse intérieure du sacrifice pacifique (et de tous les autres) composait, avec l'holocauste, la classe supérieure des offrandes léviliques , ks offrandes faites par le feu. Et nous avons de plus indiqué la signification spirituelle de cette catégorie d'oblalions. Le Père contemple, avec une pleine satisfaction, le travail de la charité de Christ et la gloire qu'il réfléchit sur ses attributs divins; c'est pour lui comme un aliment précieux dont il ne se rassasie pas; sou âme trouve un ineffable plaisir à cette oblation parfaite qui rend l'Eglise agréable à ses yeux; il se délecte en son Fils et dans l'œuvre qu'il a accomplie ; il met aussi son affection
sfeins tous ceux qui appartiennent à Jésus. Son regard repose avec une égale complaisance sur le Chef et sur les membres; il trouve en eux la même satisfaction, il flaire la même, agréable odeur: Tu les aimes comme tu m'as aame (Jean, XVII >
En ce point, l'offrande de paix se confond donc avec Tholocausle: elle s'en distingue en ce qui va' suivre.
Nous venons de trouver la part de Dieu sous l'image des graisses. Voici maintenant celle de l'Eglise sous le double emblème de la poitrine donnée à Aaron et à ses fils, et du reste de la victime concédé à l'adorateur. Ce que le gâteau partagé entre l'Eternel et les sacrificateurs laissait déjà pressentir, le sacrifice de paix l'exprime clairement. La sacrificature spirituelle, s'approchant de la table divine, y prend sa part de la très-sainte oblation; elle s'en repaît avec bonheur, et nourrie par la foi de la même viande mystique que le Père, elle participe à tout ce qui fait sa joie et ses délices; elle s'associe à tout le plaisir qu'il trouve dans fœuvre accomplie de la victime sans macule et ses merveilleux effets.
La part enfin du mystique Aaron sous l'emblème de Fépaule droite allouée au sacrificateur officiant; car c'est lui plus spécialement qui préfigure ici le Seigneur Jésus-Christ. Le souverain sacrificateur de notre profession possède donc aussi sa part delà joie que nous venons de décrire; il contemple avec bonheur la communion bienheureuse, indissoluble, éternelle, qu'il a établie entre le Père et tous les membres de la famille des croyants; il jouit du travail de son âme et il en est rassasié.
Telle est l'offrande de paix , retraçant à notre foi tout ce qu'il y a de plus doux et de plus grand dans la rédemption. Frères, la table divine est toujours dressée, nous pouvons
toujours souper avec le Seigneur et le Seigneur avec nous. Celui qui fait les frais de ce festin réjouissant Dieu et les hommes^ nous dit : Mes bêtes grasses sont tuées y tout est prit, venez t Approchons-nous donc avec assurance de sa table pour y participer au sacrifice eucharistique ; que notre âme s'y rassasie comme de moelle et de graisse y et que notre bouche loue l'Etemel avec un chant de réjouissance; enfin ^ souvenons-nous que c'est tous les jours et à toute heure , que nous pouvons et que nous devons nous approcher ainsi de la table spirituelle, afin d'y prendre, avec la famille de Christ, le repas divin, d'y partager avec elle les joies du Père et celles du Fils dans les actions de grâce et l'adoration.
Il est une autre table, table matérielle, ombre et reflet terrestre de celle dont nous venons de parler ; c'est la table de la cène (1 Cor., X, 21). Les types, prophéties symboliques, ont pris fin ; un mémorial les a remplacés ; plus d'autel de l'holocauste, plus d'offrande de paix, mais la chair de Jésus, mais la cène, cette offrande eucharistique des chrétiens, dans laquelle nous mangeons, par la foi, la chair da Sauveur, et nous la mangeons de même dans la communion du Père et de toute la famille , du Chef et du corps^ entier de la sacrificature évangélique.
Il fallait être net cérémoniellement pour manger le sacrifice pacifique; il faut l'être moralement, c'est-à-dire qu'il faut avoir la conscience purifiée par la foi au sang de Jésus et le cœur libre de toate malice , de toute rancune et de toute hypocrisie, pour manger avec bénédiction le vrai sacrifice de paix.
Nous avons remarqué que le sacrificateur a tourné la poitrine et élevé devant Dieu l'épaule droite de la victime légale. Elevons devant Dieu k véritable victime ; c'est-à-dire, reconnaissons hautement que c'est lui qui nous l'a donnée
et que c'est à son amour uniquement que nous devons l'offrande de paix qui sauve notre âme et la nourriL Tournonsla de même devant sa face et comme aux quatre vents des cieux, publiant que Jésus, victime de propitiation pour les iniquités du monde entier, ouvre indistinctement ses bras à tous les pécheurs, et les pressant d'aller à Celui qui seul donne la vie , la paix et le salut.
Dans le sacrifice eucharistique auquel nous venons d'assister, l'Israélite a posé la main sur la tête de la victime, se jeconnaissanl coupable, et digne de la mort qu'elle allait subir pour lui. Ainsi, jusque dans nos sacrifices de louange, jusque dans nos cantiques, et quand notre foi triomphe le plus , n'oublions pas que, sauvés par la mort de Jésus, c'est à lui seul que nous devons de pouvoir nous présenter librement devant le trône de Dieu , pour célébrer son amour et ladorer.
Encore un mot sur le sacrifice pacifique. Le pain levé, emblème de notre nature déchue, accompagnait toujours l'offrande eucharistique (Lév. , VII, 13), comme pour nous faire sentir encore mieux que, jusque dans notre culte le plus sincère et dans nos meilleures dévotions, il reste en nous un mélange de mal; que le levain du péché est toujours là. Mais, le pain sans levain, emblème de Christ, accompagnait aussi l'offrande (vers. 12), comme pour nous rassurer et nous dire que si le péché est toujours là pour nous souiller, Jésus est toujours là pour nous purifier.
Le sacrifice de paix nous donne la clef de plus d'un passage de la Bible, notamment de l'exhortation de Paul adressée à ces chrétiens de Corinthe qui ne craignaient pas de s'aller asseoir à la table des idoles, et de manger des viandes qui leur avaient été sacrifiées (1 Cor., X, 14-21). La coupe de bénédiction ou d actions de grâces que nous bé-
iU LE SACaiFlCB DB PAIX.
nissonSy leur écrivait l'Apôtre ( c'est le calice de la cène qui a succédé au calice pascal, lequel portait déjà ce nom parmi les Juifs); la coupe eucharistique que nous bénissons, n'est-elle pas la communion du sang de Christ? et le pain que nous rompons, n' est-il pas la communion du corps de Christ J Parce qu'il n'y a qu'un seul pain ^ nous qui sommes plusieurs , sommes un seul corps; car nous sommes tous participants du même pain. Voyez l'Israël selon la chair: ceux qui mangent les sacrifices ne sont-ils pas participants de l'autel? Que dis-je donc? Qu£ l'idole soit quelque chose, ou ce qui est sacrifU à ridole soit quelque chose ? Non. Mais je dis que les choses que les Gentils sacrifient, ils les sacrifient aux démons , et non pas à Dieu; or, je ne veux pas que vous soyez participants des démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons; vous ne pouvez être participants de la table du Seigneur et de la table des démons. Partant , comme on le voit, du principe que nous venons d'exposer, savoir que la participation au même sacrifice établit, constitue une communion réelle, intime, entre celui à qui le sacrifice est offert et ceux qui l'offrent et qui en mangent la chair ensemble: partant de ce principe, l'Apôtre déclare donc aux Corinthiens que de même qu'en s'asseyant à la table du Seigneur, celle de la cène, on faisait acte de communion avec le Seigneur et tous les siens, de même en s'asseyant à la table des démons, c'est-à-dire en prenant part aux banquets des idolâtres, on faisait acte de communion avec eux et avec les démons qui se faisaient adorer sous le nom des idoles. Or, dit l'Apôtre, je ne veux pas que vous soyez participants des démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons; vous ne pouvez être participants de la table du Seigneur et de la table des démons.
Dans la dernière parole que nous venons de lire, Paul
met donc ea opposition la table du Seigneur et la lable des démons; c'est que les démons ont leur lable et leur viande, comme le Seigneur a les siennes: aussi TEternel, annonçant par Sophonie (chap. II, vers. 11) que le jour viendrait où l'on ne sacrifierait plus aux vanités mensongères des-nalions, avait-il positivement déclaré qv^il amaigrirait tous les dieux du pays , et qu'on ne se prosternerait pins que devant lui seul.
Enfin, le Seigneur avait peut-être en vue ToJ^rande de paix quand il adressait à l'église déchue de Laodicée ce sérieux avertissement (Apoc., III) : Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte , f entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. Aspirons à comprendre toujours mieux par expérience ce que signifie celte parole du Seigneur, et à posséder la pleine bénédiction qu'elle promet. Manger et boire ensemble est, parmi les hommes, un signe d'amicié, d union, d'intimité; manger et boire avec le Dieu du ciel, nous donne l'idée de la plus douce , de la plus étroite et de la plus tendre communion qui se puisse imaginer. Le Seigneur a préparé dans son amour un repas auquel il veut bien se rencontrer avec nous et qui, commencé sur la terre au milieu des joies de la foi, doit se consommer dans la béatitude et dans les gloires du siècle à venir (Matth., XXII; XXIX, 29. Apec, XIX) : oh! saint et ineffable tête-à-tête! oh ! bienheureuse prérogative d'une pauvre créature humaine admise à s'asseoir à la table du Seigneur pour y rompre avec lui le même pain et y boire à la même coupe ! oh ! charité incompréhensible de mon Dieu! Seigneur! donne-moi de te rendre amour pour amour !
146 LE SACKIFItË POUR LE PÉCHÉ.
Article 3. — Le sacrifice pour le péché.
La victime de paix a donc été immolée entre Tautel et rentrée du parvis. Reportons-nous maintenant à la place où nous avons vu sacrifier la victime d'holocauste ; c'est-à-dire, entre l'autel et la porte du sanctuaire, et tout à l'heure nous y verrons égorger une hostie d'une autre espèce, une hostie pour le péché (Lév., I; II; IV, 24, 29; VI, 25 , etc. >
La loi n'avait pas d'oblation pour les fautes graves (p. 30 ), mais seulement pour les péchés commis par erreur ou par surprise (Lév., XX. Nomb. XV, 30. Hobr., X, 28); auasi remarquons-nous que, dans la même page où elle absout, au moyen d'un sacrifice, les enfants dlsraël péchant par ignorance, elle voue expressément à la mort un violateur public des sabbats de l'Eternel (Nomb. , XV).
On peut, avons-nous dit, envisager les sacrifices expiatoires de deux manières, relativement à leur but, ou relativement à leur forme (p. 30 ); au premier égard, ils se subdivisent en quatre catégories principales que l'Introduction spécifie d'après Lév., V et VI; au second, ils se partagent en deux classes, les sacrifices dont la chair est mangée par les sacrificateurs (ce sont ceux offerts pour les individus, princes ou simples particuliers) et leà sacrifices dont le sang est porté dans le sanctuaire pour y faire propitiation, et le corps brûlé hors du camp (ce sont ceux offerts pour le sacrificateur-oint ou pour l'Assemblée (Lév., IV, XVI).
Enfin , rappelons encore que tous les sacrifices pour le péché ont des points communs que l'Introduction mentionne également et que la cérémonie à laquelle nous allons assister va mettre en relief.
Un Israélite a, par inadvertance, touché à une chose
LE SACRIFICE POUR LE PIlCUE. 1*7
souillée , et doit offrir un sacrifice expiatoire. Il anaène donc à la porte du parvis une jeune brebis sans tare et lui impose les mains (Lév., IV, 27, 32). Le sacrificateur, après avoir immolé la victime (1), trempe le doigt dans le sang de Tanimal; il en teint les cornes de l'autel et répand le reste au pied. L'imposition des mains , dans ce sacrifice comme dans tous les autres, exprime l'identification de la victime et de Tlsraélile qui la présente. Quant à l'acte de tremper le doigt dans le sang de la bête immolée , d'en teindre les cornes de l'autel de l'holocauste et de répandre le reste au pied de cet autel, on doit se souvenir qu'il est particulier au sacrifice pour le péché.
Comme on l'a vu dans llntroduclion, la chair des victimes de cette classe appartient aux sacrificateurs. C'est la règle générale; elle admet cependant une exception que nous connaissons déjà : toutes les fois que le sang de la victime a été porté dans le sanctuaire (lieu saint ou lieu très-saint, n'importe), pour y faire propitiation , la chair, au lieu d'être mangée, doit être tirée et brûlée hors du camp. Ceci nous explique un passage du Lévitique (X). L'autel venait d'être consacré par les sacrifices institués à cet effet, entre autres, par celui d'un bouc immolé pour le péché du peuple (Lév. , IX ^ 15) (2). Le sang de ce bouc n'ayant pas été (par exception, Lév., IV, 21) porté dans le sanctuaire pour y faire propitiation, les sacrificateurs avaient le droit et conséquem-
(i) Lév. , IV, 29. f El on égorgera » ( la victime ) : c'est encore le sacriGcateur. {Voir la note, p. 127.)
(2) Lév. , IX , 15. Le vers.. 16 est mal rendu dans Martin. Lisez : il offrit ensuite Vholocauste et agit seUm Vordonnance , vers. 3. Car Aaron offt'it^ ce jour-là , deux sacrifices pour le peuple ( péché et holocauste } , comme il en avait offert deux pour sa propre maison ; mais Martin de fait en suprime un ( l'holocauste ) , et confond ainsi le sacrifice pour lo péché et rholocauste«
148 L£ SACaiFJCK POUK LE PÉCHÉ.
ment Tobligation d'en manger la chair (VI, 26-30) (1). Mais un sinistre événement avait eu lieu. Nadab et Abihu , fils d'Aaron , venaient de périr. Aaron , plongé dans la douleur, ne touche point à Faliment que la loi lui attribue (vers., 16-20) ; et Moïse s'irrilc contre son frère et les fils qui lui restent, de ce qu'au lieu de manger la chair du sacrifice offert pour le péché du peuple, ils l'ont brûlée, ayant ainsi l'air de mépriser le don du Seigneur et son commandement. La réponse d'Aaron revient à ceci : J'ai pu me taire en voyant périr mes deux fils aînés : mais manger, manger aujourdhui(\ers. 19) ! en aurais-je eu le cœur et l'Eternel l'eût-il agréé? Maintenant, Aaron ne voulant pas manger la chair de l'offrande, l'avait brûlée, appliquant peut-être à ce cas la règle que l'Eternel avait donnée pour un cas analogue, et croyant se conformer à son intention (VIII, vers. 32). Alors Moïse, qui ne voit plus qu'une affaire de sentiment , une pensée de mortification, là où d'abord il avait cru voir négligence, ingratitude et mépris de Dieu, Moïse approuve entièrement ce que son frère a fait (vers. 20) et n'insiste pas. Il est superflu de répéter que les sacrifices expiatoires n'avaient en eux-mêmes aucune vertu moralement et réellement purificatrice. Aussi Dieu disait-il aux Juifs : Mangerais-je la chair des taureaux ou boirais- je le sang des boucs î Qu'ai'je à faire de la multitude de vos sacrifices ? Je suis rassasié d'holocaustes de moutons et de bêtes grasses : je ne prends point de plaisir au sang des taureaux ni des boucs (Esaïe, I. Osée, VI. Ps. L, etc.). Les sacrifices expiatoires n'étaient
(i) D'autant plus que cette manducalion, toute exceptionnelle et n'ayant lieu que le jour de la consécration des sacrificateurs, avait un but symbolique , celui d'exprimer qu'en officiant pour le peuple ils mangeraient en quelque sorte et ôteraient ainsi son péché , comme on l'expliquera tout à l'heure.