OBLATIONS SANGLANTES COMPARÉES
nous avons dit que cela devait être : car le pécheur voulant s approcher de Dieu , devait tout d'abord le faire par l'efficacité du sacrifice qui ôlait le péché. Ajoutons maintenant qu'il en est de même au point de vue chrétien. Celui qui s'approche de Dieu pour la première fois, et comme pécheur encore chargé de ses offenses , doit premièrement s'appliquer à lui-même, par la foi, Christ victime d'anathème, hostie expiatoire, avec ses grâces de rémission des péchés, de purification de la conscience, avant de pouvoir s'appliquer, comme pécheur reçu en grâce, comme adorateur, Christ hostie de suave odeur, victime d'holocauste, avec ses grâces de pleine acceptation devant Dieu , d'éternelle adoption et d'hérédité céleste. C'est naturellement dans la repentance et l'humiliation qu'il doit s'approprier Christ, victime d'anathème, avec ses pardons; c'est dans la louange et l'adoration qu'il devra s'approprier Christ, victime d'holocauste, avec sa pleine et éternelle justification dé vie.
Tel est, selon nous, l'ordre évangélique correspondant à l'ordre lévitique; et telle aussi la corrélation du type et de Fantitype, comme il nous est donné delà concevoir; c'est ainsi que, dans l'un comme dans l'autre, chaque sacrifice retient et garde à nos yeux son caractère propre, purement expiatoire dans un cas, principalement eucharistique dans l'autre. Mais comme le Juif, après avoir offert à Dieu l'holocauste, retournait ensuite au sacrifice pour le péché, de même, à cause de l'infirmité humaine, le fidèle, après avoir saisi parla foi Christ victime de bonne odeur, devra retourner à Christ victime d'anathème , et par cela même ^des actions de grâce , de l'adoration , à la repentance évangélique, à la tristesse et à l'humiliation selon Dieu : allant ainsi , selon le besoin de son âme, du sacrifice expiatoire au sacrifice eucharistique ; pour retourner du second au premier. C'est dans ce
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cercle béni que devront s'accomplir ses expériences religieuses jusqu'au jour oii, avec le péché, aura disparu pour jamais le sacrifice pour le péché, où l'humiliation aura fait place aux éternels alléluias.
Voilà du moins ce qui devrait être ; mais, hélas ! voilà ce qui n'est guère : nous connaissons mieux le sacrifice expiatoire que le sacrifice eucharistique; mieux le pardon, le rachat de Christ , que la pleine acceptation de notre personne et de notre service par la vertu de son oblalion. Et cette lacune dans la connaissance , nous la payons dans la pratique. Il ne suffit pas, en effet, à mon bonheur de savoir que, Jésus ayant ôté mon péché, la malédiction du Juge ne repose plus sur moi ; j'ai de plus besoin de savoir quQ le Père m'agrée et qu'il m'aime en lui d'un amour parfait. Il ne me suffit pas de croire qu'identifié par la foi avec Christ maudit à ma place, je ne suis plus mauvaise odeur aux narines de Dieu; j'ai besoin de croire que, identifié avec Christ dont l'obéissance volontaire jusqu'à la mort lui est parfaitement agréable, je suis bonne odeur à ses narines, oui, bonne odeur d'holocauste et bonne odeur de gâteau; que mon Sauveur, non-seulement ôte, absorbe complètement l'infection naturelle de ma personne, mais qu'il la parfume en quelque sorte de la suave odeur de sa très-saipte et parfaite oblation, si bien que mon être entier et toute mon activité chrétienne en sont comme embaumés devant le Père. Voilà ce que je dois comprendre pour posséder la pleine consolation qu'il me destine, et pour être mis en état de lui rendre le service fihal et joyeux qu'il attend de moi.