‹ Le camp et le tabernacle du désertChapitre 29 sur 68 · B. OBLATIONS NON SANGLANTES · texte numérisé non relu

B. OBLATIONS NON SANGLANTES

La corbeille des prémices.

Les oblalions non sanglantes sont essentiellement les prémices ou premiers fruits des céréales et autres produits du sol , tant-ceux qui ne faisaient que de mûrir que ceux qu'on avait déjà recueillis, orges, froment, huile, fruits ou moût (Lév., II, 14; XXIII, 10. Nomb., XVIII, 12. Deut., XVIIf, 4). On les apportait à l'autel, durant toute la belle saison, de Pâque aux Tabernacles (c'est-à-dire d'avril à octobre), principalement aux trois grandes solennités : à Pâque, les prémices de l'orge; à Pentecôte, celles du froment; aux Tabernacles , celles des derniers fruits de l'année agricole. Les prémices étaient individuelles ou nationales. C'est des premières qu'il s'agit ici.

La seule nature des prémices dit suffisamment que leur oblation ne put avoir lieu que dans le pays de Canaan (1). Replaçons-nous devant l'autel au moment où Israël vient d'être mis en possession de la terre de la promesse : quel spectacle s'y présente à nos yeux ?

Docile à l'ordre de Dieu qui voulait que tous les chefs de famille se rendissent, au moins une fois Tan, pendant les trois grandes solennités , au lieu qu'il avait choisi pour y faire habiter son Nom et qui leur répète souvent de n'y point venir les mains vides (Exode, XXIII, 16-19; XXVI; XXXIV, 18 et suiv. Deut., XVI, 16, etc.); docile à cet ordre, un pieux enfant d'Abraham apporte à l'Eternel une

(1) Quant aux sacrifices, les Israélites purent en offrir au désert, ayant emmené d'Egypte avec eux une fort grande quantité de bestiaux.

LA GOKBEILLE DES PEEMICES. 15t)

corbeille pleine de fruits : c'est pendant la fête des Tabernacles, et au moment de la dernière récolte. Pour remplir la corbeille (Deut. , XXVIII, 8), il a choisi, parmi les produits du sol , ce qu'il a trouvé de plus beau , de meilleur, figues, grenades, olives, dattes, raisins (Nomb., XVIII, 12. Deut., XXVI , 2); et la remettant au sacrificateur qui la pose devant l'autel (non sur l'autel, p. 26), il prononce ces paroles: « Mon père était un pauvre misérable Syrien ; il descendit en » Egypte avec un petit nombre de gens; il y séjourna^ et il » devint une nation grande ^ puissante et nombreuse. Puis, les » Egyptiens nous maltraitèrent, nous affligèrent et nous impo- » sèrent une dure servitude. Et nous criâmes à l'Eternel, le Dieu » de nos pères; et l'Eternel exauça notre voix, et regarda notre » affliction y notre travail et notre oppression, et nous tira hors » d'Egypte à main forte et à bras étendu, avec une grande » frayeur, et avec des signes et des miracles. Depuis, il nous » mena dans ce lieu-ci, et nous donna ce pays, qui est un » pays découlant de lait et de miel. Maintenant donc, voici, » j'ai apporté les prémices des fruits de la terre que tu m'as » donnée, 6 Eternel! »

Telle est la confession de l'Israélite ; tout chef de famille doit la répéter chaque année, en posant devant Dieu la corbeille des prémices. Avant tout, il reconnaît l'humble origine de sa nation , déclarant que Dieu l'a trouvée aussi chétive et abjecte , qu'il Ta rendue grande, puissante et nombreuse. Son père, dit- il, était un pauvre misérable Syrien o\x Araméen : c'est Jacob issu de parents Syriens, et ayant passé tant d'années de sa vie en Syrie où il s'était marié, et où tous ses enfants, hormis Benjamin, étaient nés. L'Israélite rappelle ensuite la dure condition sous laquelle la famille d'Abraham avait gémi en Egypte, où elle avait séjourné comme étrangère et servi comme esclave. Puis, il célèbre la

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bonté, la puissance et la fidélité de Dieu , qui, touché des maux d'Israël, ému de ses cris, l'a tiré d'Egypte à main forte et à bras étendu , pour l'introduire enfin dans le fays découlant de lait et de miel; c'est à lui que la postérité de Jacob doit tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a, notamment cette terre fertile dont elle n'est que l'usufruitière (Lév., XXV, 23); et maintenant, le cœur plein de joie (1), il vient poser le tribut de la reconnaissance devant le Dominateur, l'Etemel, le Dieu d'Israël ^ assis sur le propitiatoire, et se prosterner à ses pieds (Exode, XXXIV, 23).

Tel est le but moral de cette belle institution. Elle a encore un but politique. Les prémices sont offertes à Dieu qui les donne ensuite à ses ministres ; car les sacrificateurs n'ayant point d'héritage en Canaan, reçoivent de sa main les premiers fruits de la terre, tout le meilleur ÇHébr., toute la graisse ) de l'huile et tout le meilleur du moût et du froment , comme une portion de leur revenu ( Nomb. , XVIII, 12).

De plus, la fête admet une application spirituelle. Le fidèle doit offrir à Dieu par Jésus la corbeille des prémices , c'est-à-dire, qu'il doit lui adresser le juste hommage de tous les biens qu'il a reçus de sa fidèle bonté, biens de la création, biens de la providence, surtout biens de la grâce. Qu'ils sont riches , qu'ils sont nombreux et variés ! C'est le don de sa Parole , et le bienfait d'une prédication évangélique. C'est la foi , c'est l'espérance, c'est l'amour ; ce sont tous les fruits de son Esprit en nous, fruits, hélas 1 à peine mûrs à cause de notre corruption qui met d'incessants obstacles à leur plein développement , mais dont néanmoins il

(1) Deut., XXVI, 11. Tu te réjouiras^ par opposition , je le suppose, aux Egyptiens qui faisaient des lamentations dans la cérémonie de Toblationde ieurs prémices (vers. 14).

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