LA COEBBILLË DES PRÉMICES
s'applique premièrement à Christ appelé les pr^émices de ceux ^ui dorment, ou le premier de la résurrection d'entre les morts; puis, à la première génération des chrétiens: choisis d'entre les hommes, ils avaient, en effet, été mis à part pour le Seigneur, selon la parole de Jacques (chap. I) : Dieu nous a engendrés j de sa propre volonté y pour que nous fussions comme les prémices de ses créatures. Les prémices , ce sont donc ici les premiers chrétiens; la moisson, c'est la masse des âmes qui devaient croire en Jésus jusqu'à la fin des sièdes (1 Tim., 1). Jérémie, longtemps avant Jacques, avait déjà nommé la famille d'Abraham : Sainteté à l Eternel et prémices de son revenu (II, 3), comme étant la première famille de la terre, la plus agréable au Seigneur, celle à qui tout d'abord appartiennent les dons de son amour. Israël est mon premier-né. Au Juif premièrement , puis au Grec (Exode, IV. Rom. , I). Saint Paul appelle Epaïnette et Stéphanas les prémices de fÀchaïe (Rom. , XVI. 1 Cor. , XVI) , parce que ces deux fidèles avaient été les premiers fruits de sa prédication dans celle belle province de l'empire romain.
Enfin, saint Jean, dans l'Apocalypse, qualifie du beau titre de prémices à Dieu et à l'Agneau, les chrétiens, vainqueurs de la bêle, qu'il voit sur la montagne de Sion, pendant qu'il nomme moisson ceux qui plus tard les rejoindront dans le ciel (Apec, XIV).
Le mot prémices s'applique également à des choses; c'est ainsi que Paul appelle prémices de l'Esprit (Rom. VIII) ce doux, cet intime et ineffable sentiment de paix et de con^ fiance que rame fidèle, scélée pour le jour de la rédemption , puise dès à présent dans la communion de Jésus et la grâce du saint Consolateur : les premiers fruits de cette magnifique récolte de bénédictions de joie et de gloire que l'Eglise recueillera dans le siècle à venir, quand elle aura en pléni-
164 L AUTEL AUX SABBATHS
tude dans la terre de promission ce qu'elle ne possède qu'en partie dans le désert (Nomb., XIII et XIV), Ahl qu'il nous soit donné de savourer maintenant les premiers fruits de l'amour divin jusqu'à l'heure de la pleine récolte, de chercher et de trouver , dans la jouissance des avant-goûts du bonheur éternel , la force et l'énergie dont nous avons besoin pour être rendus plus que vainqueurs de toutes les difficultés et de tous les maux; que nous rencontrons journellement sur le chemin des deux.
3« 0BCTloa. ^ SERVICE DE L'AUTEL AUX SABBATHS.
Le sabbath ou repos rappelle la création du monde en six jours et le repos qui la suivit ; il rappelle aussi la délivrance d'Egypte, ou repos accordé à Israël affranchi du joug de Pharaon (Exode, XX, 10. Deut. , V, 15). Le sabbalh est triple sous la loi : le sabbath du septième jour, celui de la septième année , et celui de la cinquantième.
Le service de l'autel au sabbath du septième jour est le même qu'aux jours ordinaires, sauf en deux points : il y a sainte convocation à la porte du tabernacle, et l'holocauste continuel est doublé ce jour-là. Le principal sabbath du mois s'appelle nouvelle lune (grec, n^ome'm'e). L'aspect de l'enceinte extérieure du tabernacle prend alors quelque chose de particulièrement animé; au son doux, clair et argentin des trompettes sacerdotales, comme à la voix de Dieu, Israël se porte en foule vers l'entrée du parvis. La néoménie est pour ce peuple un jour de fête et de banquets sacrés; c'est pourquoi l'Ecriture range au nombre des calamités publiques la cessation des nouvelles lunes. Les trompettes qui retentissent ce jour et les autres jours de sabbath, comme en général à toutes les solennités, sem-
ET AUX AUTRES SOLENNITÉS. lOtt
blent appeler sur les oblations de la nation sainte le regard favorable de l'Eternel (Ps. LXXXl. Nomb., X, 10; XXVIII, 11; XXIX, 1. 1 Sam., XX, 5. Osée, II, 11, etc.).
Le sabbalh du septième jour a été célébré dans le désert; le sabbath de la septième année et celui de la cinquantième n'ont pu Têlre que dans la terre de Canaan (Exode, XXlll, 11. Lév., XXV, etc.); au reste, le service de l'autel était le même alors que dans les années ordinaires (1).
4e 0BCTloa. — SERVICE DE L'AUTEL AUX GRANDES SOLENNITÉS.
Dans le développement des principales solennités juives, nous suivrons l'ordre du chapitre XXIII du Lévitique; c'est l'ordre chronologique, c'est aussi l'ordre divin (2); et, dans le but d'assister aux fêtes qu'il décrit, nous nous transporterons de nouveau dans le pays de Canaan ; car, à l'exception de la Pâque (Nomb., IX), elles n'ont pu manifestement être célébrées que dans la terre de la promesse. Toutes les fêtes de la nation viennent se placer en quelque sorte entre l'équinoxe du printemps et celui d'automne : au printemps, la Pâque ou fête des pains sans levain ; vers l'été , la Pentecôte ou fête de la moisson du froment , ou des semaines ; vers l'automne enfin , les autres solennités , notamment les tabernacles ou fête de la récolte (Exode, XXIII, XXXIV, etc.). Il y a toujours obla-
(1) Tout en servant de mémorial pour un bienfait passé, le sabbath annonçait comme type un repos futur. Paul dit que les solennités des Hébreux (et les sabbaths en faisaient partie) étaient des ombres , et que le corps, la réalité, est Christ (Col., II). Voir la note E à la fin du volume.
(2) Voir la note H.
166 L AUTEL A PAQUK.
tion de prémices nationales à chacune des trois fêtes principales que nous venons de nommer.
Article 1 . — U Autel à Pâque.
La Pâque est la grande solennité de la nation. Dieu rappelle ma fête solennelle y mon sacrifice (Exode, XXIII, î8). Le mot Pâque, en hébreu, passage ^ nous rappelle aussitôt cette nuit, la plus lugubre des nuits de l'Egypte, ea laquelle l'ange, qui frappa la terre des Pharaons, passa par-dessus les maisons des Hébreux teintes du sang de l'agneau pascal , sans loucher à leurs premiers-nés (Exode, XII). Le mot désigne , tantôt la senaaine pascale,, tantôt le jour de Pâque seulement, d'autres fois l'agneaa pascal. La semaine pascale commençait le soir du quatorzième jour de Nisan ou Abib, premier mois de l'année sacrée, mars-avril (c'est-à-dire, le quatorzième jour de la lune de mars), et durait jusqu'au vingt-unième au soir. Il y avait sainte convocation le premier et le septième jour. Les trois premiers étaient les plus remaquables: le 14, préparation de l'agneau pascal et sa manducation dans la nuit du 14 au 1 5 ; le 15, jour de Pâque , premier des azymes ou pains sans levain; le 16, oblation des prémices de la moisson des orges.
Le 14« jour de Nisan (vendredi). — Préparation de la Pâque.
Revenons à l'autel ce jour-là. Nous sommes entre les deux vêpres, entre trois et six heures du soir (D). L'holocauste est immolé dans le parvis du tabernacle et brûlé sur l'autel où sa fumée monte en suave odeur devant Dieu. En même temps ^ l'agneau pascal, amené par chaque père de famille
à l'entrée du parvis, est égorgé par lui-même, et le sang, recueilli par un sacrificateur , est répandu sur les bords de l'autel (1); car, c'est un sacrifice (p. 28), un sacrifice de paix (Exode, XU, 27; XXIII, 18; XXXIV, 25. Dent., XVI, 5, 6. Nomb., IX, 7). Après quoi, le corps de l'agneau, remis à l'Israélite qui l'a offert, sera rôti, puis mangé en famille, dans la nuit du 14 au 15, avec les azymes et les herbes amères. Défense expresse est faite d'en briser les os..
La Pâque juive était la figure de la Pâque chrétienne, de l'éternelle et glorieuse délivrance accordée à l'Eglise ; et la victime pascale était le type du Rédempteur qui l'a obtenue par sa mort. Christ notre Pâque (notre agneau pascal) a été sacrifié pour nous (1 Cor. , V).
Israël, par l'immolation de l'agneau pascal, fut racheté de la mort et de l'esclavage pour être une nation particulièrement consacrée au service de Dieu. L'Eglise, par la mort de Christ immolé pour elle, a été rachetée de tous ses^ péchés, délivrée de l'esclavage de Satan et retirée du présent siècle mauvais pour être un peuple qui appartienne en propre au Seigneur et qui soit zélé pour les bonne^^ cmvres (Actes, XXVI, 18. Gai., I, 4, Tite, II, 14, 15).
La victime pascale était un agneau, le plus innocent et le* plus paisible des animaux, qui souffre sans se plaindre et qui se laisse égorger sans résistance. Jésus, l'Agneau de Dieu , le Maître douœ et humble de cœur, Jésus s'est laissé conduire pour nous à la tuerie comme un agneau muet ;
(i) Selon l'opinion la plus probable , Fagneau ou le chevreau pascal > tué la première -fois dans les demeures des Hébreux , après Térection du tabernacle fut égorgé dans le parvis par les chefs de famille pontifes dans leurs maisons ; plus lard , par les sacrificateurs. Autres victimes offertes dans la semaine pascale (2 Chr. , XXXV. Deut. , XVI, 2,5,6. Nomb. y XXVIII, 19, etc., etc.).
j08 L'AUTEL A PAQUE.
chargé d'injures, il n'en a point rendu ; battu de verges , outragé, crucifié, il n'a point ouvert la bouche (Esaïe, LUI. 1 Pierre, II).
L'agneau pascal était sans tare. Jésus est X Agneau sans défaut et sans tache , dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude (1 Pierre, II. Esaïe, LUI).
L'agneau pascal avait un an. Christ s'est livré à la mort pour nous à la fleur de son âge.
Il était égorgé le quatorzième jour delà lune de mars, entre trois et six heures du soir, et c'est aussi le quatorzième jour de la lune de mars, entre trois et six heures du soir que Jésus, ayant jeté un grand cri , rendit Tesprit sur la croix ( Matth. , XXVII) (1). Ainsi, le même jour, à la même heure, où le sang de l'agneau journalier et celui de l'agneau pascal coulaient au pied de Tautel du Seigneur, le sang de l'Agneau de Dieu, coulant sur le Calvaire (2), lavait nos iniquités, et confirmait la vieille tradition juive annonçant qu'Israël serait racheté par le Messie le même jour oii il avait été délivré d'Egypte.
L'agneau pascal était ensuite rôti au feu. Jésus a supporté pour nous les ardeurs dévorantes du courroux divin.
Les os de l'agneau n'étaient point rompus. Les soldats romains laissèrent le corps de Jésus en son entier, afin que cette écriture fût accomplie : Pas un de ses os ne sera rompu (Jean, XIX. Ps. XXXIV).
Lors de la première Pâque en Egypte, le sang de l'agneau pascal n'avait pas été répandu seulement j il avait été mis
(1) L'heure du soir peut avoir été choisie pour donner à entendre à quelle heure de Fâge du monde le Messie mourrait pour nos péchés, savoir vers son déclin, dans les derniers temps j en la consommation des siècles ( Hébr. , I, 2 ; IX, 26, etc.).
(2) Voir les notes D et F à la fin du volume.
L'AUTEL A PAQUE. leu
par les Israélites sur les poteaux de leurs maisons et le seuil de leurs portes, afiu que l'ange armé du glaive de Dieu passât par-dessus leurs demeures sans frapper leurs premiers-nés (1). Nous ne demandons pas ce que le symbole signifie. Il ne suffit pas à notre salut que le sang de Christ ait été répandu pour nous; il faut qu'il soit appliqué à notre âme et qu'elle en soit comme arrosée par la foi : alors seulement il n'y a plus décolère à venir, plus de condamnation pour nous; Dieu voit sur nous le sang , le sang de Christ, comme il avait vu le sang de l'agneau sur les demeures des Hébreux (Exode, XII, 13. Rom., VIII, 1. Jean, III, 36). Us avaient mangé leur première Pâque dans la confiance, la joie et les actions de grâce et sous la protection du sang de l'agneau pascal; sous la protection du sang de Christ, nous mangeons , dans une pleine sécurité , le véritable Agneau pascal, ayant en mains le calice du salut et bénissant le Nom de notre grand Libérateur.
On le voit, l'agneau n'était pas seulement égorgé par les enfants d'Israël ; sa chair ensuite était mangée par eux. Jésus, crucifié pour nous n'est pas uniquement notre sacrifice eucharistique et notre propitiation; il est aussi notre pâture. Je suis le pain de vie descendu du ciel; le pain que je donnerai , c'est ma chair, laquelle je donnerai pour la vie du monde. En vérité^ en vérité, je vous dis , celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle.
Telle est la nourriture qu'il nous faut prendre, et prendre tous les jours ; comme notre corps ne vit pas de l'aliment du jour précédent, ainsi le repas spirituel que nous avons fait
(i) Le mot de Foriginal rendu par passer , signifie passer par-dessus et sans faire de mal , épargner.
170 L AUTBL A PAQUB.
hier neDOurrit pas notre âme aujourd'hui; et comme il. ne vit pas non plus de la vue des aliments, ni de la connaissance de leurs propriétés nutritives^ notre âme ne saurait pas mieux vivre d'une connaissance purement spéculative de Jésus et de TefScacité de sa mort. Prenons donc la viande mysti* que; mangeons par la foi l'Agneau pascal; et, selon le type, mangeons-le tout entier : car, en Jésus, en ses souffrances, en sa mort expiatoire, tout nous est vie et nourriture; ainsi, noiLS croîtrons dans la grâce ei la connaissance de notre &»• gneur et Sauveur Jisus^Christ; et, toujours plus intimement unis à sa personne divine, nous éprouveroqs que, tandis que l'aHment matériel digéré s'assimile à notre propre substance, l'aliment spirituel , au contraire, nous assimile et nous transforme de plus en plus à la sienne. Mais encore une fois, c'est tous les jours , c'est à toute heure que le fidèle est appelé à manger ainsi l'Agneau pascal, à célébrer la fête y la fête par excellence, à festoyer (1 Cor., V, 8, grec) l'éternelle rédemption de l'Eglise ; c'est tout seul avec son Dieu , ou dans la compagnie de ses frères, et surtout quand avec eux il célèbre la mort de Jésus dans le repas du Seigneur. La cène est aujourd'hui pour nous ce que la Pâque était autrefois pur les Juifs, la fête commémorative de notre rachat; .et le langage qu'elle parle à notre cœur est aussi le même: seulement ce que la Pâque ancienne montrait en symbole, la Pâque nouvelle le montre ^accompli, et au lieu que la première annonçait la mort du Messie jusqu'à ce qu'il vînt, la seconde rappelle sa mort jusqu'à ce qu'il revienne (1 Cor., XI, 26).
L'agneau se mangeait avec les azymes, et, sous peine d^ mort , aucun levain ne devait se trouver dans la maison durant les sept jours de la fête pascale. Jésus, le Saint de Dieu, Jésus que rfa point souillé le levain du péché, est notrç
azyme , la très-sainte nourriture de notre âme durant les sept jours de notre vie terrestre. Mais il veut aussi que devenus à notre tour azymes, que dépouillés de toute malice envers nos frères et de toute hypocrisie envers Dieu, débarrassés de tout vieux levaia d'Egypte, nous célébrions la fête avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité (lGor.,V).
A Tagneau rôti , les Hébreux ajoutaient lé^ herbes amères. Elles pouvaient représenter les souffrances de Jésus; et Tacte de les manger, la communion que les fidèles on t^ avec le Sauveur dans ses douleurs et dans sa mort ; si nous mourons journellement avec Christ au monde et à sa convoitise, si le péché nous est amer. Christ alors nous sera doux y et nous mangerons avec bonheur TAgneau pascal; si nous éprouvons la communion de ses souffrances , nous connaîtrons aussi la vertu de sa résurrection et la communion de sa gloire.
Enfin , les Hébreux, comme on Ta vu, se réunissaient en fomilles pour célébrer ensemble , et comme des frères , dans ce repas d'amour, les miséricordes du I>ieu qui les avait rachetés de la main de Pharaon. Eh bien, nous aussi, familles de frères qu'il a tant aimés, nous qu'il a sauvés d'un salut éternel , nous, églises de Jésus ^ réunissons-nous autour du Père et de sa table dans un même sentiment de charité , nous tenant les uns les autres comme par la main^ aimant Celui qui nous a aimés le premier, pardonnant comme il Jious a pardonné, a non pas seulement, a dit un cher serviteur de Dieu, non pas seulement en ne haïssant plus, mai» en bénissant, mais en aimant (1). »
(1) Notre but ne nous appelant pas à entrer dans de plus ampIes^ détails sur la Pâque , nous renvoyons le lecteur aux écrits spéciaux.
172 L AUTEL A PAQUK.
Le 15** jour (samedi). — Jour de Pâque, ou premier jour des Azymes (1).
Le lendemain du jour où Ton immole Tagneau pascal est un sabbath, le plus grand de l'année; c'est la Pâque proprement dite et la principale solennité des Hébreux. Retentissement des trompettes sacerdotales, sainte convocation, holocaustes multipliés, joie universelle, repos après le sacrifice et la manducation de l'agneau, repos complet, image de Celui qui est le fruit et le salaire du long et douloureux travail de Jésus-Christ, le mystique agneau pascal (Exode, XII, 16. Lév., XXIII. Nomb., XXVIII).
Le 16« jour (dimanche). — Second jour des Azymes. Oblation des Prémices et consécration de la Moisson,
Mais la fête est-elle terminée et le symbole épuisé? Nullement. Le Saint-Esprit, dans les rites du premier jour, nous a montré Jésus-Christ, notre victime propitiatoire et notre céleste alimentj dans le repos du second, Jésus-Christ le principe et la cause méritoire du repos qui reste pour le peuple de Dieu; il va maintenant nous peindre , dans les cérémonies du troisième jour, Jésus-Christ notre vie et notre résurrection, l'espérance de la gloire éternelle.
Le lendemain de la Pâque, second jour des azymes, 16* de Nisan ou Abib (2), avait lieu l'oblation des prémices de
(1) lie sabbath , celui de la Pâque en particulier, cooimençait la veille après le coucher du soleil : ainsi l'agneau pascal, avec les pains sans levain et les herbes amères , était de fait mangé le jour de Pâque , qui était bien réellement le premier des azymes.
(2) Abib. Hébr. épis. Mois des épis. Le jour dont il s'agit est probablement le jour appelé sabbath-second-premier (Luc, YI^ 1)» c'est-à-dire
Forge, première moisson de l'année. A peine Taurore a-l-elle blanchi l'horizon, que déjà le grand pontife est devant Tautel, paré de ses vêtements de gloire. Ses mains sont pleines des prémices de l'orge qu'il tournoie devant l'Eternel et qu'il lui offre au nom de la nation. Dès ce moment, la moisson représentée par la première g^rbe est envisagée comme une moisson consacrée à Dieu, d'après le principe lévitique : Les frémices étant saintes^ la masse l'est aussi; le regard de la bienveillance divine repose sur elle, et sitôt mûre on y mettra te faucille (Lév.,XXlII).
L'oblation et la consécration des prémices nationales a sans nul doute une haute signification. C'est un noble et touchant hommage que la nation rend à Dieu par l'organe du pontife qui la représente ; Israël reconnaît sofennellement que c'est uniquement à la munificence divine qu'il est redevable de tous les biens dont il jouit.
Ce beau rite proclame aussi d'augustes vérités. Avant tout, l'unité du Christ et de l'Eglise. Il est les prémices y elle est la moisson (1 Cor., XV); or, les prémices et la moisson sont de même nature et appartiennent au même champ; la seule différence entre elles, c'est que les prémices sont mûres les premières et se composent des épis les plus beaux. Pour tout le reste, entière conformité. Telsjes premiers fruits, telle la masse. Jésus est un épi, le premier mûr, et le plus beau de cette immense et magnifique moisson que l'Esprit saint fait croître et mûrir de siècle en siècle à la louange du
premier sabbath après le second jour des azymes , point de départ de la fête des sept semaines ou Pentecôte. Les sabbaths suivants s'appelaient second-second , second-troisième , et ainsi des autres jusqu'au second-septième qui précédait immédiatement la Pentecôte. C'est ainsi que les Hébreux comptaient les sept sabbatbs ( et les sept semaines ) qui devaient s'écouler entre la Pâque et la Pentecôte, ou fête des semaines.
174 L'AUTEL A PAQUfi.
Père dans le vaste champ de ce monde. Il appartient à la masse. Il est Tun de nous, un homme, le second homme, déjà couronné de gloire et d'honneur.
Le rite proclame aussi les bienheureuses conséquences de l'unité du Christ et de son Corps; il proclame la pleine acceptation de TEglise, et son admission dans le sanctuaire céleste en Jésus-Christ ressuscité qui se présente lui-même devant Dieu pour elle comme de saintes prémices. Elle est toute entière devant lui dans la personne de son Chef glorifié. Et comme la masse était sanctifiée et rendue agréable à l'Eternel dans Foblafion des premiers épis, ainsi l'Eglise est sanctifiée et rendue agréable au Père dans la présentation devant sa face et la comparution de son Fils bien-aimé. Douce et sublime vérité que les types du tabernacle ramènent sous toutes les formes! Dieu voit en même temps, et du même œil, la moisson et les prémices. Il ne les sépare point dans son amour. Pour lui, la sainteté et la gloire de la première gerbe mûre, de la gerbe privilégiée, se reflètent tout entières sur la moisson. Car il en est de l'EgUse comme d'Israël: les prémices de ce peuple, les patriarches, ayant été consacrés à l'Eternel, mis à part pour lui, la masse, c'est-à-dire leur postérité, lui est par cela même consacrée et il l'aime à cause d'eux (Bom., XI ); Jésus, de même, ayant été consacré au Père, l'Eglise lui est maintenant consacrée en Jésus et il l'aime et la bénit à cause de lui.
Le symbole dit plus encore. Non-seulement il exprime la gloire actuelle de l'Eglise dans sa pleine acceptation devant le Père et son admission dans le ciel en la personne de Christ; il exprime en outre sa gloire future dans sa i*ésnrrection bienheureuse et sa propre introduction dans la maison de Dieu. Car elle suit nécessairement les destinées de son Chef, et puisque Jésus est sorti victorieux de la tombe,
l'Eglise sanctiflée, agréée en lui, ne peut rester sous l'empire de la mort; il faut qu'elle se relève de la terre, moisson bénie. Aussitôt parvenue à sa pleine maturité, elle tombera donc sous la faux du Seigneur^ comme déjà sont tombées les prémices; puis, formée en javelles, elle sera recueillie dans les greniers du Père, au jour de 1 apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (1 Cor., KV. Tite, H).
Telle est la conséquence nécessaire de la relation qui existe entre Christ et l'Eglise. Un fait, puis une parole confirment pleinement ce que nous avançons. Transportonsnous à Jérusalem , le troisième jour après la mort du Sauveur, et voyons ce qui s'y passe à l'autel de Dieu. Une nouvelle coïncidence, non moins merveilleuse que celle qui «vait eu lieu le jour de la crucifixion de Christ, nous remplit d'un saint étonnement. Au moment où le souverain sacrificateur devant l'autel tournoyait la première gerbe mûre, consacrant ainsi la moisson, à cet instant-là même, Jésus, aux portes de la cité sainte, Jésus, les prémices de ceux qui dorment y brisant les liens de la mort^ s'élançait vainqueur du tombeau.
Voilà le fait. Voici la déclaration. Maintenant y dit saint Paul , Christ est ressuscité des morts y et il est devenu lesprémi- <:es de ceuoo qui dormant; cary puisque c'est par un homme qu'est la mort y c'est aussi par un hmnme qu'est la résurrection des morts. Car , comme tous meurent en Adam, de mime aussi tous (tous ceux qui sont de Christ) seront rendus vivants en ^Mf(lCor.,XV).
Le Christ mourait donc avant-hier; hier, il se reposait dans la tombe; aujourd'hui, il ressuscite, prémices de ceuoo qui dorment. Avant-hier, il nous. obtenait la vie par ses douleurs; hier ^ il se reposait du long travail de son âme;
176 LAUTËL A PÀQUE.
aujourd'hui , nouvel Adam , esprit vivifiant , il recueille fe fruit de son œuvre. C'est la vie impérissable. Elle commence en lui et par lui, la Têle du Corps, le Prince de la vie sorti le premier victorieux de la tombe; elle va suivre pour ses membres, se développer successivement en chacun d'eux, jusqu'à ce que tous en aient reçu la communication, ressenti la bienheureuse puissance , en leur âme l'un après l'autre, puis en leurs corps tous ensemble au grand jour de Christ. C'est surtout ce dernier point qui préoccupe l'Apôtre. Jésus est donc les prémices de ceux qui dorment. Il est le premier de la résurrection d'entre les morts. Il l'est d'abord quant à l'ordre des temps , la récolte des prémices précédant celle de la moisson. Il l'est aussi quant à la dignité; on choisit naturellement pour prémices ce qu'il y a de plus riche dans le champ : Jésus-Christ est le plus noble épi de la moisson que Dieu doit couper et recueillir au dernier jour.
Mais la parole du Saint-Esprit va plus loin encore. La résurrection de Christ est tout à la fois le gage, le type et le principe de la nôtre. Elle en est le gage : de même que la récolte des prémices était nécessairement suivie de celle de la masse, de même la résurrection du Sauveur sera nécessairement suivie de celle de son Corps.
Elle en est le type, le modèle : comme les prémices et la masse se ressemblent parfaitement, ainsi Jésus, le modèle, le patron de la nouvelle création, ou nouvelle naissance de la tombe, Jésus et ses membres ressuscites offriront entre eux une parfaite ressemblance; et de la même manière que nous portons actuellement l'image de TAdam terrestre, nous porterons un jour l'image de l'Adam céleste ( 1 Cor., XV).
Enfin , la résurrection de Christ est le principe et la source de la résurrection des saints. Car, une fois les prémices
U AUTEL A PAQUE. i77
détachées de la moisson . et solennellement offertes à Dieu devant Tautel, la masse, avons-nous dit, la masse entière consacrée au Seigneur et agréable à ses yeux, ne pouvait rester sur le sol, et, sitôt mûre, elle tombait sous la faucille du moissonneur. De même aussi l'Eglise sanctifiée en Christ, agréable au Père en sa personne, ne peut rester dans la tombe; sitôt complète, elle en sortira donc et s'en relèvera, moisson glorieuse, à la voix de son Chef déjà ressuscité, de sa Tête bénie, du second Homme venu du ciel, qui ne vivifie pas l'âme seulement de ceux qui lui sont unis par l'Esprit saint, mais leur être tout entier, afin que cette écriture soit accomplie : Celui qui croit en moi a la vie étemelle : c'est pourquoi , je le ressusciterai au dernier jour.
Ce qu'il enseigne sous l'image de la moisson, le chapitre le confirme sous celle du corps humain ; la même relation existe entre la Tête et le Corps, qu'entre les prémices et la masse, et la même conséquence en découle : Comme fous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés en Chnst ; mais chacun en son rang les prémices^ c'est Christ; puis , ceuo) qui sont de Christ seront vivifiés en son avènement (vers. 22 , 23).
C'est à l'aube du jour qui suivait la Pâque (huitième jour), que le souverain sacrificateur tournoyait les prémices devant l'Eternel ; c'est au matin du huitième jour que Jésus- Christ est sorti de la tombe pour se présenter ensuite devant Dieu comme les prémices de ceux qui dorment ; ce sera de même au matin du huitième jour ( p. 80 ), et après le repos de l'état intermédiaire, ce sera à l'aube du jour millénial, du jùur d'éternité y que l'Eglise, brisant les liens de la mort, ressuscitera conforme à son Chef déjà glorifié. Alors la terre qui, pour peu de temps encore, retient dans ses entrailles l'Eglise de Jésus, la terfe, après avoir reçu les douces et
178 L'AUtBL A PAQUE.
fertilisantes pluies de la dernière saison , jettera dehors fes trépassés. Jour bienheureux I riche moisson ! sainte et glorieuse récolle I Oh! puissé-je être trouvé moi-même dans le nombre des épis bénis qui doivent tomber alors sous la faux du Seigneur pour être éternellement recueillis dans ses greniers (Matth., XIII)!
Voilà donc ce que dit la parole des Corinthiens, et voilà ce que symbolise Toblation des prémices. Maintenant, qud doux reflet l'une et l'autre, la parole et la cérémonie, jettent sur les lugubres avenues de la mort ! de quelle pure et vive lumière elles éclairent les sombres profondeurs de la tombe ! bonne espérance ^ 6 consolation éternelle des fils de Dieul voyez ces chers disciples de Jésus allant confier à la terre les restes périssables de l'un d'entre eux qui vient de s'endormir au Seigneur. Ils vont y jeter ce qui n'en sortira plus ! dit l'incrédulité. Ils vont y semer, dit la foi , le germe invisible d'un corps nouveau qui, tout à l'heure, à la voix de Christ, s'élancera du sépulcre impérissable et glorieux; la terre reprendra ce qui est à la terre, mais elle respectera ce qui est à Christ ; et tout ce qu'il y avait de mortel dans le bienheureux racheté de Jésus sera pour jamais absorbé par la vie.
Il y a plus de dix-huit siècles que les prémices ont été coupées. La moisson ne peut tarder beaucoup à l'être. Encore un peu de temps , et Celui qui doit venir ^ viendra. À peine aurons-nous fermé les tombes qui ont reçu les dépouilleB mortelles de ceux que nous aimons en Christ, à peine aurat-on recouvert la fosse qui doit recevoir la nôtre ^^ que le second Homme, descendant du ciel avec une voix d'exho^ talion et la trompette de l'archange , les rouvrira pour en relever le corps de notre humiliation rendu conforme au corps de sa gloire par cette puissance par laquelle il peut même s'aS"
L'AUTEL A LA PENTECOTE. 170
sujettir toutes choses^ Ayant cette espérance en lui, puri^ fions-nous donc , comme lui-même aussi est pur (Phil., IIL 1 Jean, III).
Résumons ce que nous venons de dire sur les trois premiers jours de la fête de Pâque : le premier (vendredi), immolation et manducation de Tagneau pascal; le second (samedi), repos de la Pâque; le troisième (dimanche), oblation des prémices. Ces trois jours contiennent donc, en symbole, l'œuvre entière de la rédemption : le premier nous rappelle le rachat et la nourriture de l'Eglise ; le second, son repos actuel en Christ; le troisième, sa résurrection et sa gloire futures. Le premier et le dernier sont les plus remarquables quant au service de Tautel, celui-là nous montrant Jésus immolé pour nos péchés, celui-ci Jésus ressuscité pour notre justification. Qu'à lui soit gloire éternellement I Âmen.
ARTICLE 2. — U Autel à la Pentecôte.
Le mot Pentecôte signifie en grec cinquantième. La fête qu'il désigne avait lieu, en effet, cinquante jours après l'oblation des prémices, ou sept semaines révolues après la Pâque: de là le nom de fête des semaines ou des sept semaines qu'elle porte aussi dans la Bible ( Deut. , XVI, 10, etc. ). On offrait alors à Dieu les prémices du froment qu'on venait de recueillir : de là le nom de fête solennelle de la moisson des premiers fruits, également donné à la Pentecôte (Ex., XXIII, 16). La loi ne permettait pas de moudre le froment nouvellement coupé, avant que les prémices n'en eussent été tournoyées devant l'autel, comme elle ne permettait pas non plus de couper l'orge avant l'oblation de l'homer ou poignée de cette céréale (Lév., XXIII).
18e L'AUTEL A LA PENTECOTE.
Replaçons-nous en présence de l'autel le jour de la Pentecôte. Le sacrificateur y tournoie devant l'Eternel un gâteau nouveau et deux pains levés que les enfants de Jacob ont apportés de leurs demeures et qu'ils ont faits avec le blé de la moisson complètement achevée; il les offre au Seigneur avec les sacrifices de ce jour : c'est un nouvel hommage que la nation, par son organe, rend au souverain Possesseur des deux et de la terre y vrai propriétaire du sol et des récoltes (Lév., XXV, 23>
La Pentecôte a de plus un but politique. Puisqu'on la célèbre cinquante jours après la Pâque et le jour anniversaire de la publication de la loi, nul doute qu'elle ne se rapporte à ce dernier événement , comme la Pâque se rapportait à la sortie d'Egypte. La Pentecôte retrace donc à notre souvenir la scène imposante dont Sinaï fut témoin quand, cinquante jours après le rachat d'Egypte et la première Pâque, l'Eternel, au sein de l'appareil lopins formidable , adopta solennellement la famille d'Abraham , à laquelle il donna ses commandements écrits sur des tables de pierre: constituant ainsi llsraël selon la chair, inaugurant la première économie, la lettre, le ministère de la loi, de la servitude et de la mort.
Outre ce but politique, la Pentecôte, comme la Pâque, comme toutes les solennités juives, avait sûrement une intention mystique (Col. , II, 17). Elle dirigeait les regards d'Israél vers une scène bien autrement glorieuse, vers celle qui devait ébranler le mont de Sion et remuer à fond Jérusalem, quand, quinze cents ans plus tard et cinquante jours après la Pâque chrétienne et la résurrection de Jésus, prémices de ceux qui dorment, le Seigneur devait envoyer du ciel l'Esprit de vérité pour amener à lui les pécheurs dqnt il voulait composer son nouveau
L'AUTEL A LA PENTECOTE f81
peuple ; et pour mettre dans leur entendement sa loi, roidi& liberté, loi d'amour , écrite sur les tables charnelles de leurs cœurs : constituant ainsi l'Israël selon l'Esprit formé de Gentils comme de Juifs, inaugurant la nouvelle économie, l'esprit, le ministère de l'Esprit, de la liberté, de la justification gratuite et de la vie (Hébr. , XII. 2 Cor., III).
L'interprétation spirituelle que nous donnons de la Pentecôte juive n'est point arbitraire. Une coïncidence admirable, non moins étonnante que celles dont la cité sainte avait été témoin le jour de l'immolation de l'agneau pascal et de celui de l'oblation des prémices , un fait immense vient la confirmer. Le même jour où le souverain pontife lévitique, debout devant l'autel , tournoyait les deux pains levés provenant des prémices du froment, le Saint-Esprit de la promesse , envoyé du ciel par Jésus ressuscité , convertissait le Juif (et bientôt après le Gentil, Jean, XVI. Actes, II, X, XI), pour les réunir ensuite en une seule et même offrande, l'offrande de la Pentecôte chrétienne et les présenter à Dieu comme une sainte oblation.
Il existait une relation intime entre la Pâque et la Pentecôte juives. C'est de la première que se comptaient (Lév., XXIII, 15) les sept semaines à l'expiration desquelles avait lieu la seconde. La Pâque était le point de départ de la Pentecôte, la Pentecôte le terme et le complément de la Pâque. C'étaient comme deux parties d'un tout : la première, perpétuant le souvenir de la pleine délivrance et de l'acquisition d'Israël ; la seconde, rappelant la publication de la loi donnée à Israël affranchi. — Eh bien, la même relation se retrouve entre la Pâque et la Pentecôte chrétiennes. A la première, Jésus, prémices de l'Eglise, ressuscite d'entre les morts, après nous avoir obtenu une éternelle rédemption. A la seconde, Jésus élevé à la droite 4e Dieu dans le vrai
182 L'AUTEL A LA PENTEGOTÏT.
sanctuaire, répand d'en-haut l'Esprit de la promesse, et par le ministère du Consolateur convertit le Juif d'abord, puis le Gentil, prémices de son peuple, et grave ses lois dans leur cœur. Un lien indissoluble unit ainsi la Pâque et la Pentecôte chrétiennes. Si Jésus ne fût pas ressuscité, et qu'il n'eût pas été élevé dans le sanctuaire céleste, le Saint-Esprit ne fût point descendu; le Juif et le Gentil n'eussent pas été convertis, les lois du Seigneur n'eussent pas été écrites dans leur entendement ; ils n'auraient pas été non plus offerts à Dieu comme de saintes prémices. La Pâque appelait donc la Pentecôte; la Pentecôte, à son tour, présupposait et consommait la Pâque.
Voilà ce que nous tenions à dire sur la Pentecôte juive, miroir fidète où se reflètent les glorieux effets de la mort, de la résurrection de Christ, et de la descente du Saint-Esprit sur l'Eglise. Mais revenons à l'autel.
L'oblation distinctive de la fête était , comme on l'a pu voir, celle de deux pains provenant des prémices du froment. Il y avait trois choses à considérer dans le type : la semence, les prémices provenant de la semence et servante faire les deux pains , le reste de la moisson. Il y a de même trois choses à considérer dans l'antitype: la semence, c'est Christ; les prémices, sous l'image des deux pains, ce sont les premiers fidèles; le reste de la moisson, c'est toute rEglise> selon la parole du Sauveur (Jean , XII, 24) : En vérité, en vérité , je vous dis : Si le grain de froment tombant dans k terre ne mevrt point, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit (1). Beaucoup de fruit, dit le Seigneur. Le fruit dont il parle, c'est ^ en effet, l'Eglise qui tout à l'heure allait naître de son Chef mort, puis ressuscité.
(1) En voir VexpHottioa détaillée , à la fin du volume, note G.
L'AUTEL À LA PfirfTE€Oi;£. ia3
Les pains delà fête juive n'étaient que les prémices de beaucoup d'autres. Les premiers chrétiens ne furent que tes prémices de cette innombrable multitude de pécheurs que rjEsprit saint devait appeler et consacrer à Dieu dans la suite des générations (Jacq. y I. Eph. , II).
Les deux, pains étaient levés^ parce qu'ils représentaient L'Eglise dans laquelle la nature corrompue subsiste à côté de la nature nouvelle ; car, ainsi quil a été dit plus haitt, le levain dans la Bible est pour l'ordinaire le symbole de la corruption ; c'est aussi pour cela que les pains ont été simplement toumoyés devant l'autel^ et non mis dessus.
Mais pourquoi deux pains ? Sans doute parce que TEglise, à son début, se composait du Juif et du Gentil, convertis l'un et l'autre par le Saint-Esprit et présentés à Dieu par Jésus ressuscité. — Et pourquoi le Symbole, après avoir parlé de deux pains, ne parle-t-il ensuite plus que d'un seul ? Apparemment parce que le Juif et le Gentil, qui sont deux au moment oii Dieu les éclaire par le divin Consolateur et les prend à lui, aussitôt convertis ne sont plus qu'un dans la main de notre grand Sacrificateur qui les présente à Dieu réunis en une seule et même offrande, la sainte offrande de la Pentecôte chrétienne, agréable au Père en Christ, selon la déclaration de l'Apôtre : En Jésus-Christ , il n'y a plw ni Juif ni Grec ; des deux il en a fait un, ayant abattu la barrière qui les séparait et les ayant constitués en un seul homme nouveau (Col. , III. Eph. , II).
Encore une remarque. Le sacrifice pour le péché n'a point accompagné l'oblation des prémices de la Pâque, parce que ces prémices étaient naturellement sans levain, et qu'elles rq)résentaient Christ en qui ne se trouve point le levain du mal, et qui ressuscita sans avoir senti la corruption. Mais le sacrifice pour le péché accompagne toujours l'oblation
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des prémices ou pains de la Pentecôte, parce que les pains sont levés et qu'ils représentent TEglise en qui la nature corrompue se trouve à côté de la nature produite parle Saint-Esprit. Ce qui est né de la chair est chair. Si la nouvelle naissance affaiblit en nous la nature primitive et en réprime les mouvements, elle ne la détruit cependant point; le levain de la malice humaine, bien que surmonté par la puissance du Saint-Esprit, est toujours là pour souiller ; mais, béni soit Dieu 1 le sacrifice pour le péché est toujours là pour ôter la souillure. En même temps que notre misère , sachons donc voir la victime qui Ta expiée, nous souvenant que Dieu ne voit pas l'une sans l'autre , et que même il regarde moins à nos offenses qu'au sang précieux qui nous en a complètement lavés.
Article 3. — V Autel aux autres grandes Solennités juives (Lév., XXIII. Nomb., XXIX).
La Pâque avait eu lieu le premier mois de l'année sacrée; la Pentecôte y le second; du deuxième au septième mois, point de grandes solennités; mais, en revanche, au septième (Tisri ou Ethanim) elles se succèdent presque sans interruption, tellement qu'on pourrait appeler ce mois, le mois des fêtes : au premier jour, les trompettes ; au dixième, les expiations ; au quinzième, les tabernacles.
3. La fête des Trompettes avait donc lieu le premier jour du mois de Tisri ( septembre-octobre ) , septième de l'année sacrée. C'était la principale des néoménies ou nouvelles lunes de la nation. Les noms qu'elle porte, fête des trompettes , commémoration du son Qiébr.) , jour de jubilation, lui viennent de ce qu'elle était annoncée et célébrée au son retentissant des trompettes et qu'elle remplissait
AUX AUTRES SOLENNITÉS. fS$
le pays d'une allégresse universelle (Lév., XXIII, 24^ 25. Nomb., X, 1-10; XXIX. Ps. LXXXI, 1-3). Cessation complète de toute œuvre servile , sainte convocation y holocaustes, sacrifices pour le péché, outre les sacrifices ordinaires, etc. Toutefois, rien de particulier ne se passe à Fautel. La trompette de la grande néoménie marquait le commencement de l'année civile, d'après laquelle se réglaient toutes les négociations et tous les contrats; de plus, elle avertissait le peuple de se préparer pour la solennité prochaine des expiations ou propitiations.
4. Solennité des Expiations ^ ou jeûne annuel de la nation. Le service de l'autel en ce jour a quelque chose de particulièrement remarquable. Le souverain sacrificateur entre alors dans le saint des saints avec le sang des victimes expiatoires immolées dans le parvis. Imposante cérémonie retraçant à nos yeux tout ce qu'il y a de plus grand dans l'Evangile, la mort du Sauveur, sa résurrection, son ascension , sa séance à la droite du Père , son retour en gloire et l'éternelle bénédiction de ceux qui l'attendent pour le salut La journée des propitiations fera plus bas la matière d'une section distincle (1). Jamais elle n'était plus solennelle que dans l'année jubilaire (Lév. , XXIIl et XVI).
5. Fêtes des Tabernacles. Cette solennité, la dernière de l'année (Lév., XXIII, 34-43. Nomb. , XXIX. Esdras, III) , avait pour but de rappeler à Israël le séjour des pères dans le désert d'Arabie où si longtemps ils avaient séjourné sous des tentes, et d'éveiller ainsi la gratitude de ce peuple envers le Dieu fidèle et tout-puissant qui l'avait si miséricordieusement conduit dans la riche et belle contrée où maintenant il possédait pour asile, non plus de mobiles
(1) Le lieu très-saiot^ section 3e.
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tabernacles, inai^ de solides et agréables habitations. Tel est le sens moral de la fête. En même temps elle avait un bat figuratif. Elle symbolisait les destinées de l'Eglise, étrangère et pèlerine dans ce monde qu'elle traverse comme un désert, logeant dans ce corps mortel comme sous une t^te, et s'acheminant , sous la fidèle garde de Jésus, vers la Canaan céleste où TÂgneau la paîtra et la conduira aux vives fontaines des eaux, où elle habitera éternellement avec Dieu dans le tabernacle qu'il a préparé pour ceux qui l'aiment (Apec, XXI).
La solennité s'appelait aussi fête de la récolte ^ parce qu'Israël ayant alors achevé de recueillir tous les produits du sol, remplissait le pays de joyeux hosannas (Exode, XXIU, 16. Lév., XXIU, 39. Deut., XVI, 13). Commencée le quinzième jour de la nouvelle lune de Tisri , elle durait huit jours (Lév., XXIII, 36). Le premier et le dernier étaient les plus solennels. Jamais la Judée ne retentissait de plus de cris d'allégresse ; jamais le parvis ne prenait un aspect si animé ; jamais enfin tant d'holocaustes ne brûlaient sur l'autel du Seigneur (Nomb., XXIX, 12, et suiv.). Le nombre en diminuait de jour en jour : tie treize veaux, deux béliers et quatorze agneaux qu'ils étaient au premier jour, ils ne sont plys au huitième et dernier (réputé néanmoins le plus grand de la fête, Jean, VII), que d'un veau, d'un bélier et de sept agneaux, comme pour donner à comprendre, par ce décroissement graduel , que la dispensation légale s'évanouirait insensiblement, et que la multitude de ses sacrifices aboutirait finalement à une seule et grande immolation , terme , substance et accomplissement de tous les sacrifices de la loi.
Pour solenniser les tabernacles , on prenait les plus beaux fruits de la récolte alors achevée j on coupait des rameaux
AUX AUTRBS SOLENNITES. ia7
de palmiers, de saules et autres branches, qu'on portait en gigne de réjouissance (Lév., XXIII, 40), et dont on construisait des pavillons sous lesquels on passait huit jours, en commémoration des tentes qui avaient abrité les anciens dans le désert. Il paraît que, du temps de Jésus, l'on entonnait de plus des cantiques entremêlés dliosannaSy mot tiré du Psaume CXVIII, vers. 25, signifiant en langue hébraïque : Sauve y je te prie, et s'adressant à la Semence de la femme, à la Postérité de David dont on implorait la venue en le prononçant ; aussi quand le Sauveur entra dans Jérusalem, la multitude, ivre de joie, à son aspect, croyant voir ses vœux enfin réalisés, fit-elle entendre les mêmes cris d'allégresse dont elle avait si souvent rempli les airs pendant la fête des tabernacles. Il paraît , que, en outre, on allait puiser des eaux à la fontaine deSiloé ou de l'Envoyé (Jean, IX) ^ située au pied des murs de Jérusalem , pour en faire aspersion devant l'autel de l'holocauste, en chantant cette parole d'Esaïe (chap. XII) : Vous puiserez des sources du salut des eaux avec joie ; et l'on croit communément que c'est à cela que Jésus , que l'Envoyé du Père, faisait allusion lorsque ^ se tenant debout dans les parvis du temple , le grand et dernier jour des tabernacles, il criait à haute voix à tout le peuple qui l'entourait, et comme pour lui révéler le mystère de cette importante cérémonie : Si quelqu'un a soif^ qu'il vienne à moi et qu'il boive ; qui croit en moi , comme dit t Ecriture y des fleuves d'eau vive découleront de son sein (Jean,^ VII) (1).
(1) Voir, sur les solennités juives et leur enchaînement considérés a^ point de vue symbolique, la note H à la an du volume.
5« «BCTiOii.- SERVICE DE UAUTEL EN D'AUTRES CIRCONSTANCES.
Article 1*^ — Aux relevailles de la femme juive (Lév., XII).
Il y a trois choses à considérer ici : la souillure de la femme, les conséquences de cette souillure, la purificalion.
La souillure. — La souillure cérémonielle de la femme qui vient de mettre un enfant au monde, est une image de l'impureté réelle et morale que nous apportons en entrant dans la vie (Ps. LI. Jean , III). La femme est léviliquement souillée pour une fille deux fois autant que pour un fils ; ce n'est pas à dire, on le comprend, que celui-ci naisse moins impur ; mais comme le péché est entré dans le monde par une femme. Dieu, sous la dispensation légale, a voulu que le souvenir et la tache en parussent dans la naissance des personnes de ce sexe ( 1 Tim. , II).
Conséquences de la souillure. — Durant tout le temps de sa séparation, laquelle est de trente-trois jours pour un fils et de soixante-six pour une fille , la femme accouchée ne peut assister aux saintes convocations dlsraél, ni manger d'aucune des choses consacrées à Dieu, dîmes, viandes ou prémices. Emblème non moins frappant des conséquences de l'état naturel de l'homme! souillé dès la conception , il n'a pas le droit de servir Dieu dans le vrai tabernacle^ et comme un membre de sa maison, ni de toucher aux choses saintes, à la cène, par exemple, avant que la grâce divine ne lait régénéré ; et s!il meurt dans son état actuel, il meurt sous la colère de Dieu, éternellement exdu du vrai tabernacle où le Dieu trois fois saint veut faire sa demeure avec les hommes (Jean, III, 36. Apoc., XXI et XXII).
AUX RBLEYAILLES DK LA FEMMB JUIVE. 189
La purification. — Mais que voyons-nous dans ce moment à l'autel ? Une femme israélite relevée de couche s'est approchée du sacrificateur à l'entrée du tabernacle; et, pauvre, elle lui a présenté l'offrande de la femme pauvre, savoir : une tourterelle pour Fholocausle, et une autre pour le péché (1); puis, le sacrificateur a offert ces choses devant le Seigneur et fait propiliation pour elle. . Dès cette heure, elle est tenue pour nette et l'accès au tabernacle lui est rouvert. Fille d'Abraham dans le vrai sens du mot, a-t-elle compris ce qui vient de se passer? sous l'ombre, a-t-cUe discerné la vérité ? Je l'ignore ; mais pour nous, qui n'avons plus le voile sur les yeux quand nous lisons Moïse, nous ne demanderons point ce que le rite signifie. L'impureté cérémonielle voulait une expiation cérémonielle; l'impureté morale exige une purification d'un autre genre : Jésus s'çst présenté pour l'accomplir.
La souillure de la femme israélite n'était pas la même pour un fils que pour une fille; mais, pour l'un et l'autre, le sacrifice était le même. Semblablement , au point de vue moral , bien que tous les hommes ne soient pas également pécheurs devant Dieu, le moyen de purification néanmoins est le même pour tous : la foi, la foi seule au sang expiatoire du Rédempteur.
Le symbole retrace à nos yeux les merveilleux effets du sacrifice de Christ. Le sang que Jésus, victime d'holocauste et victime de péché, a répandu pour nous, lave de toute impureté ceux qui croient et les rend agréables au Père , établissant entre eux et lui une pleine et douce communion, tellement que, avec tous ses rachetés, ils peuvent le servir
(1) L'offrande de la femme riche était un agneau pour Fholocausle et un pigeonneau ou une tourlerelle pour le péché.
IdO L'AUTEL DE L'UOLOCAUSTË
librement dans le vrai tabernacle et toucher aux choses saintes. Et non-seulement il restaure entre eux et lui la communion précieuse que la désobéissance avait rompue, mais il la conserve et la maintient de jour en jour. Voilà ce que comprend toujours mieux le disciple de Jésus; aussi, dans ses erreurs journalières, a-t-il recours à l'Agneau de Dieu , sachant que ce qui rétablit entre le Seigneur et nous les relations de paix momentanément interrompues par le péché, c'est ce qui les avait d'abord établies, savoir la foi seule au sang précieux que Jésus a versé pour nous.
Il y a plus : le môme sacrifice 'qui, dès cette heure, ouvre à notre âme le sanctuaire céleste où nous servons le Seigneur dans la communion de ceux de ses enfants qui sont actuellement dans le monde; ce sacrifice, d'une valeur infi* nie, doit l'ouvrir un jour à notre personne entière, pour y adorer le Seigneur dans la vision béatifique de sa gloire et la compagnie de toute sa famille , rachetée alors de la tombe et transformée à la pleine ressemblance de Christ.
Enfin , le symbole exprime quelque chose de plus grand encore que le sacrifice du Sauveur et ses glorieux effets» U proclame la charité qui l'inspira. Pour nous sauver^ Jésus 9 paru dans ce monde, environné de nos infirmités, pauvre, méprisé, chargé de nos langueurs et de nos souillures, fils de la femme , d'une femme pécheresse comme nous. Voyez Marie , réputée impure après Tavoir mis au monde ! voyez la mère du Rédempteur séparée, durant trente-trois jours, du temple, de son culte, de toute participation aux ehosesf saintes; puis offrant, à la porte du sanctuaire ^ pour accomplir toute justice, l'Qblation de la femme souillée,' après avoir enfanté le Saint, l'oblation de la femme pauvre, après avoir enfanté le Riche! (Lév,, V, 7; XII. Luc, II, 22-24) Voilà la charité de Christ. Il s'est rendu pauvre ^