A. OBLATIONS SANGLANTES OU SACRIFICES
1. Institution des sacrifices. — L'institution des sacrifices remonte à l'origine de la société, et, sans nul doute, elle est divine; jamais Abel ne se fût déterminé de lui-même à immoler des premiers-nés de son troupeau ; c'est par la foi, dit saint Paul, qu'il offrit un sacrifice plus excellent que
(1) Compris les uns et les autres sous la dénomination générale d'oblatien ou d'offrande ( Hébr. , Corban ). Quelques auteurs appellent sacrifice ce qui était détruit tout ou partie à l'autel , don tout le reste , mettant «nsi le gâteau de l'holocauste au nombre des sacrifices.
celui de Caïn ; or , la foi présuppose une révélation d'en-^ haut(Hébr.,XI).
Le but du Seigneur en instituant les sacrifices était ma^^ nifeste. Il voulait rappeler aux hommes^ dès la chute^ le souvenir de leurs fautes et du châtiment qu'elles méritaient; surtout, il voulait préfigurer l'immolation du Ré* dempteur promis. Noé suivit l'exemple d'Abel , les patriar* ches suivirent l'exemple de Noé , et ce fut ainsi que, jusqu'à Moïse , les sacrifices se perpétuèrent de génération en génération dans la ligne des fils de Dieu. Ils ont passé aux Gentils par tradition; mais la connaissance du but précis de leur institution ne s'est conservée que parmi les Juifs.
2. Choix des victimes. — Les païens n'étaient point délicats dans le choix des victimes qu'ils immolaient à leurs fausses divinités. C'est pourquoi Moïse n'admit pour les sacrifices que trois races de quadrupèdes : celle du taureau, celle du bouc et celle du bélier (Nomb., XVIII, 17). C'étaient des animaux réputés purs selon la loi ; c'étaient aussi les plus communs à la fois, les plus propres, les plus doux et les plus précieux de la Palestine (1); mais , afin de se mettre à la portée du pauvre, le législateur inspiré lui permettait d'offrir des tourterelles ou des pigeonnaux, et même, à leur défaut, une petite quantité de fleur de farine (Lév., V, 7, 1 1 ). Les oiseaux que nous venons de nommer, et les passereaux offerts dans un cas spécial (Lév., XIV), étaient les seuls dont la loi de Moïse autorisât l'immolation.
L'animal qu'on présentait à' Dieu devait être sans tare (Lév., I, etc.), et l'on ne pouvait sacrifier le même jour la mère avec ses petits (Lév., XXII, 28). La loi n'acceptait
(1) Les Hébreux n'en manquèrent point dans le désert, en ayant eramené d'Egypte avec eux une fort grande quantité.
pour rholocauste que des mâles; les femelles étaient également reçues dans les autres sacrifices ^ et même prescrites dans certains cas (Lév., I, 2, 3 ; III, 1 ; IV, 28, etc.).
3. Immolation. Points communs à tous les sacrifices. — La bête, amenée à la porte du parvis par l'Israélite, était présentée au sacrificateur pour l'offrir à l'Eternel. L'Israélite imposait les mains à la victime, exprimant, par cet acte symbolique, qu'elle le remplaçait devant Dieu et subissait pour lui la peine qu'il avait méritée ; puis , elle était immolée auprès de l'autel du Seigneur, et son sang répandu sur l'autel ou à sa base.
Sous peine de mort, la loi défendait aux enfants de Jacob (TofTrir leurs sacrifices ailleurs qu'à l'autel de l'holocauste et devant l'Eternel. Mais il leur était permis d'égorger où que ce fût les animaux destinés à leur table (Lév., XVII , 3-9 (1). Deut., XII, 13, 14, 15, 22).
L'efTusion du sang constituait proprement le sacrifice : c'était le pcnnt le plus important de la cérémonie. Le sang est le véhicule et le symbole de la vie, et la vie n'appartient qu'à Dieu. C'est pourquoi les Hébreux ne pouvaient le manger, non plus que la graisse réservée pour l'autel. Lame ou la vie est dans le sang , dit l'Ecriture. Vie pour vie , dit-elle encore. De là ce principe lévitique : Le sang fait propitiation pour rame, et cet autre principe : Sans effusion de sang y point de rémission des péchés (Lév., VII, 26, 27; XVII, 11, 12. Hébn, IX, 22; etc.).
(1) S^agit-il ici de sacrifices, ou de tout animal tué pour la nourriture des Hébreux f La référence (Deut. , XII ) appuierait la première opinion. £q tout cas la défense de tuer les animaux pour nourriture ailleurs qu'au tabernacle eût été purement temporaire , et relative aux circonstances actuelles du peuple de Dieu. Elle n'aurait pu être observée en Canaan.
Dans tous les sacrifices y un seul excepté , celui de la génisse rousse , la victime immolée était ouverte^ et l'on en détachait les reins, l'enveloppe du foie. et la graisse intérieure (1), pour les brûler en bonne odeur sur l'autel; l'on y ajoutait ordinairement la queue des béliers, chargée de graisse et d'une grosseur prodigieuse dans les contrées de l'Orient ( Lév. , III , 3-S ; IV , 8-10. Ps. LXVI , 1 5 , etc.).
Voilà ce que tous les sacrifices avaient de commun , quant à leur forme. Voici maintenant ce que chacun d'eux avait de spécial.
4. Différences entre les sacrifices quant à leur forme. — Il y avait trois sortes principales de sacrifices : l'holocauste^ le sacrifice de prospérité et l'offrande pour le péché.
Dans l'holocauste y le sang de la victime était répandu sur tous les bords de l'autel, d'où il découlait à sa base; puis, la chair, coupée en morceaux, était placée, avec les graisses, sur l'autel oii déjà le bois était préparé et le feu allumé. En peu de temps elle était consumée. Avec elle brûlaient les graisses des autres sacrifices (Lév. , I ; VII, 8 , etc.). L'autel était la table du Seigneur (Ezéch. , XLIV, 16. Mal ^
1, 12), et la chair de l'holocauste, la seule qu'il agréât sur sa table; c'était sa viande (Lév., XXI, 6. Nombr. , XXVIII,
2. Ezéch., XLIV, 7). On y ajoutait, pour l'ordinaire, de la fleur de farine eu du gâteau : c'était le pain , la nourriture de Dieu (Lév. , II; XXI ) ; du vin ^ dont on faisait aspersion sur le sacrifice : c'était son breuvage (Lév., XXIII, 13. Nombr. , XV, 8 , etc.) ; puis, du sel , qui devait accompagner toute offrande (Lév., II, 13. Marc, IX, 49). Mais le miel et le levain, admis en d'autres oblations, ne paraissaient jamais sur la table de Dieu (Lév. , II , 11 ).
(i) Non la graisse unie à la chair ( Néh. , VIII , 10 , etc. ).
SÂGRIFICBS. 2^
Quant aux tourterelles et aux pigeonneaux , offerts en holocauste, on leur fendait la tête avec l'ongle, et, aprè^ avoir laissé couler le sang de la victime et ôté le jabot avec la plume (1), on brûlait le corps sur Fautel du Seigneur (Lév.,I).
Dans le sacrifice de prospérité, comme dans Tholocauste, le sang de Fanimal était répandu sur tous les bords de Fautel » mais la chair, au lieu d'être brûlée dessus, était donnée partie aux sacrificateurs et partie au sacrifiant. Les premiers avaient pour eux l'épaule droite et la poitrine qu'ils faisaient cuire ensuite à leur propre foyer pour la manger avec leurs familles. Le reste appartenait à l'adorateur (Lév., III; VII, etc.).
Enfin , l'offrande pour le péché avait ceci de particulier que le ministre du Tabernacle, au lieu d'asperger l'autd^ du sang de la bêtCi égorgée, y trempait seulement le doigt et en teignait les cornes de Tautel , répandant le reste au pied de ce saint vaisseau. Sauf en certains cas, que nous indiquerons tout-à-l'heure, la victime appartenait au sacrificateur officiant (Lév., IV, 6, 7, etc.; VI, 24-29).
5. Le feu de t autel. — Le feu qui consumait les animaux offerts sur l'autel était un feu exclusivement destiné à cet usage. Descendu du ciel, ou sorti du lieu très-saint, siège de Dieu, le jour où l'autel fut consacré , il consuma totalement , sur la table du Seigneur , les victimes qu'on venait d'y placer (Lév., IX, 24). C'était comme si Dieu les eût mangées. Il témoignait solennellement ainsi qu'il aurait pour agréable le culte qui lui serait rendu à l'autel et dans le tabernacle. La même ^cène se renouvela plus tard, à Jérusalem, le
(1) U ne faut pas mettre sur la table divine ce qu'on n'accepterait pas sur sa propre table.
$4 INTHODUCTION.
jour OÙ fut inauguré le temple de Salomon (2 Chr., Vil, 1), Les ministres du sanctuaire ne pouvaient pas offrir .les sacrifices ou Tencens avec un autre feu (Lév., X), et il leur était formellement prescrit de ne point le laisser éteindre sur l'autel (Lév., VI, 12, etc.).
6. Classification des sacrifices. — Ainsi qu'on vient de le voir, les sacrifices étaient de trois sortes principales : l'holocauste avec le gâteau qui l'accompagnait toujours , le sacrifice de paix ou de prospérité , et l'oblation pour le péché. C'est l'ordre de leur institution (Lév. , I — IV). Le Lévitique semble les classer d'après leur valeur légale et leur importance typique , l'holocauste le premier , le sacrifice pour le péché le dernier, le sacrifice de paix entre les deux ; mais, dans l'application, l'oblation pour le péché se présente d'ordinaire la première, et cela doit être; car, si le pécheur veut s'approcher de Dieu par un sacrifice, ce sera naturellement tout d'abord par l'efficacité de celui qui ôte le péché.
Telle est la division des sacrifices. L'holocauste avec son gâteau, comme avec les graisses des autres sacrifices, lesquelles lui sont assimilées (Lév., I; II; III, 3-5; IV, 31 ; IX, 10, etc.); l'holocauste est l'oblation par excellence. Dieu le nomme, avons-nous dit, mes offrandes, mon pain, ma nourriture (Lév., XXI, 6, 8, 17, 21 , etc.). Consumé tout entier sur l'autel auquel il donnait son nom , ce sacrifice montait toujours comme un parfum devant le Seigneur (Lév., 1,9), tellement que, brûler l'holocauste, ou brûler l'encens, c'est tout un dans l'original et que le mot pour l'exprimer est aussi le môme (1). L'holocauste, le gâteau, les graisses, sont
(1) Il y. a un autre mot pour exprimer l'acte de brûler, hors du campi, le 3acrifice pour le péché.
compris sons la dénominatioD générale d'offrandes consumées jpar le feu de l'autel (1).
7. Caraclères distinctifs des sacrifices. — Essayons maintenant de caractériser les sacrifices. Il est, quant à Dieu , quatre besoins principaux dans Fâme humaine : le glorifier dans ses attributs ou l'adorer ; lui rendre grâces pour un bienfait reçu ; le prier pour obtenir une bénédiction désirée ; implorer enfin son pardon. Or, voici comment le Lévitique^ à sa manière, pourvoyait à ce quadruple besoin d'un cœur pieux. L'holocauste honorait , glorifiait l'Eternel. Le sacrifice de paix, sous l'une de ses formes, comme on le verra tout à l'heure, le remerciait pour des bienfaits déjà reçus, et sous l'autre , le priait pour obtenir des grâces nouvelles. Enfin, l'offrande pour le péché apaisait sa justice et procurait son pardon. En d'autres termes , l'holocauste était un acte d'adoration ; le sacrifice de paix, tantôt un acte de reconnaissance , tantôt un acte d'invocation ; le sacrifice pour le péché , un acte d'humiliation. Les deux premiers étaient en général eucharistiques, ou destinés à louer Dieu; le troisième était expiatoire.
8. Développement des sacrifices. — L'holocauste remonte à l'entrée du péché dans le monde. Noé, Abraham , Job , Jéthro , offrirent à Dieu des holocaustes (2), Acte général d'hommage ou d'adoration , ce sacrifice l'honorait comme le Créateur et le Conservateur de tout ce qui existe, le souverain Bienfaiteur et le Maître absolu de ses créatures. C'est par la description de l'holocauste, le plus parfait des sacrifices, que débute le Lévitique. Sauf la peau donnée au sacrificateur
(1) Hébr. , ignitions ou combustions.
(2) Non , toutefois, dans Tunique but de rendre hommage à Dieu ; mais aussi dans Tintenlion de remercier ou d'intéresser sa bonté, ou bien encore d'apaiser sa justice.
officiant, il appartenait tout entier à TEternel , et la tainé» en montait, comme un encens, à ses narines. De là sûrement lé nom qu'il porte en hébreu, holahy ascension, ce qui monte devant Dieu, ce qui s'élève jusqu'à Lui (Lé v., I , etc. , etc.). lien obtient quelquefois un autre qui signifie entièrement consumé (Lév.yWy 22. Deut., XXXIII, tO. 1 Sam., VII, 9. Ps. XLI, 19, etc.) (1). C'était, avons-nous dit, le seul mets que le Seigneur acceptât sur sa table (2); et la plus grande pureté cérémonielle était requise des sacrificateurs par la raison qu'ils offraient les sacrifices qui se font par le feu, le pain, la nourriture de leur Dieu (Lév., XXI, 6, etc.). Tandis que, pour le sacrifice depaix et quelquefois pour le sacrifice expiatoire, les femelles étaient employées comme les mâles, ces derniers seuls étaient admis pour l'holocauste. Le sexe le plus noble pour l'oblation la plus noble. Le riche prenait la victime dans lé gros ou le mena bétail ; le pauvre offrait des tourterelles ou des pigeonnaux (Lév., I). L'holocauste dont l'Ecriture parle le plus souvent est celui des deux agneaux qu'on offrait à Dieu journellement, l'un le matin, l'autre le soir; elle l'appelle holocauste ou sacrifice continuel (Exode, XXIX, 38-40. Lév., VI, 9-13. Nomb., XXVIII, 1-8. Daniel, VIII, 12). Aux jours de sabbaths et autres solennités juives, le nombre des victimes était multiplié (Nomb., XXVIII).
Tel était l'holocauste. Plus d'un auteur, partant du nom grec de ce sacrifice, nom qui signifie complètement brûlé , ont indifféremment appelé holocauste tout ce qui était consumé sous la loi; ainsi, par exemple, le sacrifice pour le péché
(1) Le mot se rapporte également à l'holocauste et à son gâteau.
(2) On brûlait encore suf Fautel l'épaule droite du bélier des consécrations , immolé pour l'investiture des sacrificateurs ( Exode , XXIX, Lév.jVUI).
dont le sang était porté dans le sanctuaire^ ainsi la génisse rousse; c'e«5t-à-dire, qu'ils ont de fait rangé dans le nombre des sacrifices de bonne odeur , placé, servi en quelque manière, sur la table de Dieu, des victimes que la loi revêtait plutôt d'un caractère d'anathème, et dont la chair était tirée et brûlée hors du camp. Si un sacrificateur l'eût osé faire , Tautel en eût été souillé, et, pour le briser, il n'y aurait pas eu trop de foudres dans le ciel. Ce n'est donc pas du mot grec qu'il faut partir pour définir le sacrifice dont il s'agit , mais bien plutôt du mot ordinaire de l'original (ascension) et du chapitre P' du Lévitique. Or, encore une fois, l'un et l'autre nous donnent l'idée d'une victime qui est brûlée à l'autel, et dont la fumée monte en agréable odeur devant Dieu ; ce qui n'est point le cas pour ics sacrifices expiatoires, surtout pour ceux que nous venons de mentionner (1).
Bien que le gâteau ne soit pas proprement un sacrifice , nous le joignons cependant à l'holocauste par la raison qu'il l'accompagnait toujours. Il vient immédiatement après celui-ci dans l'ordre du Lévitique (chap. II). Une portion du gâteau , brûlée sur l'autel, composait avec l'holocauste le manger mystique de Dieu (Lév. , XXI, 6, 8, 17. Nomb., XV, 3, etc.). L'autre, appartenant aux sacrificateurs, était donnée, tantôt au ministre orficiant, tantôt à la famille sacerdotale en général (Lév., VI, 16-18; VII, 9, 10) (2). Rien n'en était réservé pour l'adorateur. Le nom hébreu de cette oblation (minehah) signifie don^ présent (3). C'était un témoignage de la piété de l'Israélite, un hommage qu'il fai*
(1) La fleur de farine offerte pour le péché du pauvre était en partie brûlée à Fautel par une exception nécessaire.
(2) Cependant le gâteau qui fut offert à Dieu , le jour de la consécration d'Aaron et de ses fils , dut fumer en entier sur Tautel ( Lév. , YI , 22 }.
(3) Le'sacrifice tfAbeFest appelé minehah dans l'original.
sait à Dieu des produits du sol ; de là vient aussi qu'elle était appelée le mémorial de celui qui l'offrait (II, 2; VI, IS). Il y avait trois manières de préparer le gâteau (Lév. , II et VI) toujours fait de fleur de farine pétrie sans levain mais à rhuile dont elle était également arrosée , et de plus accompagné d'encens destiné à brûler sur l'autel. Jamais de miel dans le gâteau, car le miel est un ferment; mais toujours du sel sur cette oblation , comme au reste , sur toutes les autres. Et de même que l'holocauste n'était point sans son gâteau^ le gâteau non plus n'était point sans son aspersien ou sa libation de vin (Lév., XXIII, 13, 18. Nomb., XV; XXVIII, etc.).
Sacrifice de prospérité ou de paix (Lév., III). — Le nom hébreu de ce sacrifice dérive d'un autre qui signifie perfectionner, accomplir, compléter; aussi, rétribuer, compenser; encore, faire la paix. En effet, ce sacrifice, comme acte de reconnaissance pour la prospérité dont on jouissait, était une sorte de rétribution, de compensation des bienfaits divins; ou, selon d'autres, il complétait, en quelque manière, ce qui manquait à l'adorateur, et rétablissait entre le Seigneur et lui l'alliance rompue , confirmant et scéîant la paix et rendant la joie à l'Israélite sincère qui le mêlait à ses prières et à ses louanges. Ainsi que nous l'avons déjà vu, le sacrifice de paix était tour à tour offert sous la forme de la supplication et sous celle de la louange; il était (relativement aux individus au moins) tantôt un vœu, tantôt une action de grâces, naturellement obligatoire dans le premier cas , plus ou moins libre dans le second. L'agneau pascal rentrait dans la seconde catégorie. Le sacrifice pacifique revêtait encore une troisième forme, celle de l'oblalîon volontaire, témoignage spontané d'une piété véritable, offert, dans le seul but de plaire à Dieu et d'avoir commumon
avec lui dans un même sacrifice (1). Ajoutons que les riles n'étaiëat pas exactement les mêmes pour le sacrifice eucha^ ristiqueou de louange et pour les deux autres (le sacrifice voué et l'oblation volontaire), la chair du premier devant être mangée le jour même de Timmolation , celle des deux autres pouvant être gardée jusqu'au lendemain.
La victime, indifféremment mâle ou femelle (p. 26), pourvu qu'elle fût sans lare, se prenait, comme l'holocauste^ tant du gros que du menu bétail , selon les facultés du Sacrifiant, et elle appartenait au Seigneur qui la partageait avec les siens. C'était comme un repas que le Créaleur préparait à ses créatures , que le Roi faisait avec ses sujets. Il y avait trois parts ; celle de Dieu, la graisse intérieure toujours réservée pour sa table ; celle des sacrificateurs, l'épaule droite et la poitrine, la première, appelée épaule d'élévation ou offrande élevée, la seconde, poitrine de tournoiement ou offrande lournoyée, parce que, avant de les emporter, le sacrificateur officiant les élevait vers le ciel et les tournait en tout sens devant Dieu, exprimant par cet acte qu'il les teu^it uniquement de sa libéralité et lui en faisait solennellement hommage. Tous les membres de la famille, cérémoniellement purs, hommes et femmes, en mangeaient avec lui dans sa tente; les autres ne pouvaient y toucher sous peine d'être retranchés du milieu de leur peuple. Enfin, le sacrifiant avait pour sa part le reste de la victime. Le sacrifice pacifique était le seul dont tous les Israélites pussent manger la chair ( Exode , XXIX , 26 , 27. Lév. , III , VI, 26; VII, 12, 15-18, 29-36; VIII, 31; X, 14; XXII, 21, etc.).
(i) Les Hébreux au désert devaient offrir en sacriGces de paix les bétes qu'ils égorgeaient pour leur nourriture ( Lcv. , XVII ).
L'holocauste et le sacrifice pacifique, envisagé comme témoignage de reconnaissance , bien que différant l'un de . l'autre à plus d'un égard , avaient cependant un point commun : tous les deux honoraient Dieu , mais Tholocauste d'une façon plus générale ; le premier s'adressait plutôt à l'ensemble de ses attributs glorieux; le second, plutôt à sa bonté, surtout en vue de telle ou telle faveur particulière qu'elle venait d'accorder ; mais, à ne les envisager que fort généralement, l'un et l'autre étaient eucharistiques. Les suivants étaient expiatoires.
Sacrifice pour le péché et pour le délit. — Sacrifice pour le péché (Hatlâh). La loi n'avait pas de sacrifice pour les péchés commis par fierté, à main levée y selon l'expression de l'original (Nomb., XV, 30), c'est-à-dire commis volontairement y continués avec obstination , au mépris de la Parole et des jugements de Dieu (Hébr., X, 26, 27) (1). Elle n'en avait que pour les manquements lévitiques et pour les péchés commis par erreur ou par surprise; encore ne les expiait-elle qu'au point de vue cérémoniel et national, c'està-dire que, par ses oblations, elle. plaçait le coupable hors de l'atteinte des jugements du Chef de la nation ,. et le mettait en état de paraître devant le Chef de l'Eglise (ou assemblée d'Israël) et de le servir avec son peuple aux abords du parvis.
On peut envisager les sacrifices pour le péché sous deux points de vue : relativement à leur nature ou relativement à leur forme. Considérés sous le premier aspect , ils se subdivisaient en quatre catégories principales : sacrifices ôtant
{i) A main levée ou haute est l'original ; volontairement , la traduction des LXX : Paul Fadopte : Hébn. , X , 26. Le mot signifie de propos délibéré, malicieusement et avec audace.
les péchés qui blessaient la conscience de Tlsraélite (il y en avait pour le. souverain sacrificateur et pour le corps de la nation; il y en avait aussi pour les individus, tant chefs que commun peuple : Lév., IV); sacrifices expiant ce qui violait des ordonnances positives (Lév. , V, 1-13); sacrifices effaçant les torts faits au Seigneur dans les choses saintes (Lév., V, 14-19), et les torts faits au prochain par abus de confiance et autres choses semblables (Lév. , VI , 1-7) (1). Considérés relativement à leur forme, les sacrifices pour le péché avaient ceci de commun, que le sacrificateur plongeait le doigt dans le sang de la victime, et qu'il en teignait les cornes de Tautel de Fholocauste , répandant le reste au pied de ce vaisseau sacré. Voici maintenant ce qui les différenciait. La victime devait être un mâle, quand c'était un des principaux qui offrait le sacrifice (Lév. , IV, 23). Dans le cas d'un tort fait, soit à Dieu, soit au prochain, la réparation devait toujours accompagner l'oblatiod (Lév., V, 16; VI, 4, 5). Mais une différence encore plus notable était celle qu'on remarquait entre le sacrifice offert pour le souverain sacrificateur ou pour le corps de la nation , et le sacrifice offert pour de simples particuliers. Le péché du souverain sacrificateur, qui représentait le peuple, et celui de l'assemblée, interrompant l'un et l'autre la communion nationale avec Dieu, pour la rétablir, on répandait le sang de la victime devant le voile qui séparait le lieu saint du lieu très-saint, et l'on en teignait aussi les cornes de l'autel d'or où le souverain pontife offrait l'encens journalier , et que son péché, ou celui du peuple, avait comme souillé et rendu impropre à son usage. Mais dans le cas de péchés, indivi-
(I) Lév. , V et VI ( Hébr. ) semblent mêler et confondre le sacriBce pour le péché et le sacrifice pour le délit ; voyez, par exemple, V, 6, 7.
^i iNÎRODUCTION.
duels y n'interrompant non plus que la communion individuelle y on répandait le sang de la victime sur Fautel de l'holocauste, dont l'Israélite pouvait s'approcher, à une certaine distance au moins, et non sur l'autel des parfums qui n'était pas souillé par le péché d'un seul homme.
Non-seulement le sang des animaux offerts pour le souverain sacrificateur ou pour la nation était en général porlé dans le sanctuaire pour y faire propitiation ; mais , afin de donner à cette espèce de victimes un caractère marqué d'anathème , la loi voulait que leurs corps fussent ensuite tirés et consumés hors du camp , sans qu'il en restât rien pour les sacrificateurs. C'était une déviation de la règle générale , qui leur accordait la chair des sacrifices expiatoires (Lév. , VI, 24-29). L'exception, pour le cas que nous venons de mentionner, était positive, l'interdiction catégorique, absolue ( vers. 30 ) ; et le motif évident , puisque , dans cette circonstance, le grand sacrificateur et l'assemblée eussent, en quelque sorte, mangé leur propre péché et de plus une chose à laquelle le Seigneur avait trouvé bon d'attacher une idée particulière de réprobation. Quant aux autres sacrifices expiatoires, les ministres officiants pou-^ vaient en manger la chair réputée très-sainte, et quiconque la touchait en était sanctifié (Lév. , VI, 24-29).
Les animaux offerts pour le péché étaient pris indifféremment dans les trois races de quadrupèdes fournissant des victimes à l'autel (p. 20). Le bouc, en particulier, était souvent employé dans cette classe d'offrandes. Comme les Egyptiens l'avaient en singulière vénération , et que les Israélites semblent l'avoir adoré en Egypte (1), Dieu, pour
(1) Lév. , XVII, 7. Le mot 4e l'original signifie à la fois boucs el dé' mons ( Ps. CYI , 37. 2 Chr. , XI , 15 ). Celait probablement quelque
inspirer aux siens une plus vive horreur de cette espèce d'idolâtrie , voulut qu'il servît à leurs sacrifices, notamment à Foblation pour le péché. Nous avons déjà dit que, au défaut de quadrupèdes, le Seigneur agréait de la main du pauvre deux tourterelles ou deux pigeonnaux, ou même seulement une petite mesure de fleur de farioe (Lév. , V, 7-11).
Sacrifices extraordinaires pour le péché. — On peut déjà ranger dans ce nombre le sacrifice offert pour le péché du souverain sacrificateur et pour celui de l'assemblée. Il faut y ajouter encore le sacrifice annuel du veau et du bouc des expiations (Lév. , XVI). Il avait lieu régulièrement le dixième jour du premier mois de l'année civile (septembre-oclobre) , et la loi lui imprimait un caractère marqué d'anathème. Le sacrificateur qui avait égorgé le veau et le bouc de ce jour, l'homme qui les avait tirés et brûlés hors du camp, étaient tenus pour cérémoniellemenl impurs jusqu'au soir, et, avant d'y rentrer, devaient laver avec soin leurs habits et leur chair.
Tous les sacrifices que nous venons de mentionner avaient ceci de commun, que le sang en élait porté dans le tabernacle (lieu saint ou lieu très-saint) pour y faire propiliation et la chair brûlée hors du camp.
La génisse rousse appartenait encore à la classe des sacrifices extraordinaires, si toutefois il est permis de la ranger au nombre des sacrifices proprement dits : nous en disons autant du passereau qu'on égorgeait pour la purification du lépreux (Lév., XIV); car, au lieu que les sacrifices se faisaient
fausse divinité , quelque démon, qu'on honorait sous Timage d'un bouc. On se souvient que Moïse avait dit à Pharaon : Nous sacrifierons V abomination des Egyptiens , c'est-à-dire le bouc que ce peuple adorait ( Exode , Vm , 26 ).
toujours à l'autel y la génisse et le passereau étaient immolés hors du camp. La génisse portait tout particulièrement le sceau de la réprobation. Tandis que , dans les sacrifices extraordinaires que nous avons nommés , la graisse au moins élait réservée pour l'autel, la génisse, par une exception absolument unique sous la loi, était complètement brûlée, corps, peau , sang , graisse, sauf une petite quantité de sang réservée pour faire l'expiation ; rien n'en était gardé pour l'autel , tout était malédiction devant Dieu.
Le sacrifice pour le délit. — La Parole distingue ordinairement entre le péché fhatahj et le délit faschamj , mais la nuance nous échappe (1). Dans les deux cas, les rites lévitiques étaient en général les mêmes; seulement, au lieu que le sang du sacrifice pour le péché n'était mis que sur les cornes de l'autel (Lév. , IV, 18, 25), le sang du sacrifice pour le délit , comme celui de l'holocauste et celui du sacrifice de paix , élait répandu sur l'autel même et découlait de tous ses bords (Lév., VII, 2). Le premier élait offert pour l'assemblée dans le cas indiqué plus haut ( Lév., IV, 13, 14); le second ne l'était jamais que pour des individus. Enfin, la victime pour le délit était toujours réputée chose frès-sainte^ et toujours donnée au sacrificateur officiant pour être mangée par tout mâle de sa famille cérémoniellement pur ( Lév. , VII , 1 -7 ).
Encore un mot sur les sacrifices. Il importe de ne pas confondre les oblations eucharistiques (holocauste et sacrifice pacifique) avec les oblations expiatoires (sacrifices pour le péché et pour le délit); surtout il imporle de ne point iden-
(1) 11 semble y avoir quelque chose de plus grave dans le délit que dans le péché ( Lév. , V, lî), hébreu ). Cependant , répélons-*le , les deux mots se prennent quelquefois Tun pour l'autre ( Lév. , V, 6, 7, hébr.).