CHAPITRE XI
Influence considérable exercée par les RR. PP. oblats à Ottawa et sur les sauvages du pays. — Confiance et reconnaissance touchante pour la Robe-Noire. — Temiskaming. — Abbitibbi. — Le Grand-Lac. — Œuvres nombreuses et florissantes de Mg»* Guignes. — Missions des chantiers dans le diocèse d'Ottavi^a. — Rivière-au-Désert. — Sault- Saint-Louis. — Les Iroquois convertis. — Résidence de Québec. — Les Escoumins Bethsiamits.
A Ottawa et dans sa circonscription épiscopale, les PP. oblats exercent l'influence la plus considérable et la plus salutaire. Ils se sont établis en 1844 dans cette ville de création récente, et d'une importance qui grandit chaque jour ; mais , avant cette époque, ils étaient venus prêcher des missions dans le pays. La lettre suivante, du P. Laverlochère , témoigne des fruits abondants qu'il leur avait été déjà donné de recueiUir :
«... L'année dernière, je fus chargé de porter la parole du salut aux sauvages de l'Ottawa. Cette année, j'ai encore été appelé à exercer ce redoutable et précieux ministère. J'ai eu pour compagnon le P. Garin, qui, bien que peu familier avec la langue indienne, a beaucoup contribué à alléger le poids de mes fatigues.
« Le 6 mai , après avoir eu le bonheur d'offrir, tous les deux, l'auguste sacrifice, et nous être mis sous la protection de Marie immaculée, nous partîmes de Montréal pour aller équiper un canot au lac des Deux-Montagnes.
Nous avions avec nous sept hommes pour le conduire : quatre Iroquois, deux Algonquins et un Canadien. Celte diversité d'origine faisait de notre léger esquif une petite Babel; on ne s'y entendait pas. Le soir, quand nous avions pris notre modeste repas, et le matin, avant de nous mettre en route, nous nous divisions en trois bandes pour louer, chacun dans notre langue, le Dieu des nations.
(( En remontant l'Ottawa, nous apprîmes que plusieurs jeunes Canadiens s'étaient noyés dans cette rivière, qu'ils traversaient sur des radeaux. Grand nombre de chasseurs, à qui nous racontâmes cet accident, en reçurent une impression salutaire, et plusieurs demandèrent à se confesser. Le cours de l'Ottawa était si rapide, que nos sept rameurs eurent une peine incroyable à atteindre le fort des Petites-Allumettes, où nous arrivâmes le 23 mai. C'était le premier poste que je devais évangéliser.
€ Je ne sais quel noir pressentiment s'emparait de moi à l'approche de cette station , qui pourtant m'était bien chère. Le bruit avait couru que la mort y avait exercé ses ravages l'hiver dernier ; j'en eus bientôt la triste preuve sous les yeux. A peine débarqué, je vis venir à moi une quinzaine de femmes, tenant au bras des enfants encore en bas âge. « Nos maris sont partis 1 » me dirent- elles toutes ensemble. « Où sont-ils donc allés, mes enfants? » leur demandai -je. « Là -haut, je pense, » me répondit l'une d'elles, jetant vers le ciel un regard plein de larmes. Puis elle ajouta: « Oh! si tu savais, mon père, combien « j'étais triste cet hiver dans le bois, lorsqu'il a été visité « parla mort, mon mari! »
« — Je ne verrai donc plus la Robe -Noire! plaise à « Dieu que je la revoie, pour qu'elle me purifie de mes « péchés ! » C'était ainsi que disait mon mari. »
(( Plusieurs autres me répétèrent la même plainte , avec un accent qui me déchirait le cœur. L'année dernière, en quittant ces chers Indiens nous laissions bien quelques malades; mais nous n'aurions jamais pensé que la mort en dût frapper un aussi grand nombre. Trente et un , dans la force de l'âge , ont succombé pendant l'hiver.
La plupart avaient adhéré à la société de tempérance , et vivaient fort chrétiennement.
« J'avais déjà tellement pris en affection ce troupeau désolé, que je ne le quittai qu'à regret. Tandis que nos rameurs chargeaient le canot, et que tous mes chers enfants étaient là tristes et silencieux, une femme s'approche de moi d'un air mystérieux et me dit : « Reivve (( minin keko nossa : Je veux te donner quelque chose, « mon père. » En même temps elle me présente une petite cassette de sucre d'érable, en ajoutant: « Quand le sucre « a coulé de l'arbre, j'ai pensé à toi, et j'ai dit : Voilà ce <( que je donnerai à notre père la Robe-Noire, lorsqu'il « viendra nous instruire de la sainte prière du Grandce Esprit. i> J'aurais fait une peine extrême à cette bonne femme en refusant son modeste présent ; car c'est de tout son cœur que le sauvage donne.
« A trente Ueues du poste, nous rencontrâmes huit familles qui venaient à la mission. Je fus donc obligé , pour dédommager ces braves gens, de m'arrêter deux jours au miUeu de leurs tentes : je les confessai tous; et après leur avoir dit la sainte messe, où quelques-uns communièrent, nous nous remîmes en route.
(( Quinze lieues plus loin , au passage d'un rapide appelé l'Éveillé, nous attendait une terrible épreuve. Arrivés au pied de cette chute, qui peut avoir trois milles de longueur, nous déposâmes à terre la moitié de notre charge pour remonter plus aisément, et je restai là pendant que le P. Garin franchissait le premier ce mauvais pas. Nos hommes , après l'avoir transporté à l'autre extrémité du rapide , devaient venir me prendre à mon tour, et avec moi le reste de nos effets. Trois heures s'étaient déjà écoulées, et je commençais à être inquiet pour nos rameurs, quand tout à coup je les vis venir à travers les bois, mouillés jusqu'aux os et pâles comme la mort. Ils me racontèrent en tremblant encore l'accident qui leur était arrivé. Ils redescendaient vers moi , et le canot , entraîné par le courant et poussé par un vent impétueux, voguait avec la rapidité de l'éclair, quand il heurta contre un tronc d'arbre qui le brisa en deux. Tous les hommes
tombèrent dans l'eau , et ce ne fut qu'à grand'peine qu'ils gagnèrent le rivage. Deux se seraient infailliblement noyés, si les autres, très -habiles nageurs, ne leur eussent porté secours. Sans prendre un instant de repos, ils retournèrent au fort des Allumettes pour y acheter une nouvelle barque qui lût propre à continuer le périlleux voyage.
« Pour m-oi, j'éprouvais une peine extrême en songeant à l'anxiété dans laquelle se trouvait le P. Garin. Demeuré seul en haut du rapide, à une lieue au-dessus de nous, sur la rive opposée , sans feu, sans vivres, sans savoir ce que nous étions devenus, et nous croyant tous noyés, il dut passer une nuit affreuse. Il avait près de lui tous les bagages , et moi toutes les provisions. Ce fut le lendemain soir seulement qu'il trouva par hasard un morceau de pain que notre cuisinier avait jugé à propos de mettre dans un sac avec nos chaussures. Oh! qu'une séparation de ce genre fait bien sentir ce que vaut un frère et un ami ! Le canot qui me transporta au delà du fleuve n'avait pas atteint le rivage, que déjà nous étions dans les bras l'un de l'autre.
« Voilà le seul accident remarquable que j'aie à vous signaler, mon révérend père, bien que plus d'une lois encore notre frêle barque ait failli périr et quelques-uns de nos hommes se noyer. Pour les deux missionnaires, ils n'ont couru aucun danger imminent : Marie immaculée, leur auguste mère, veillait sans cesse sur leurs jours.
« De là nous poursuivîmes notre route vers Temiskaming, où nous arrivâmes heureusement le 11 juin. Nous y étions attendus avec impatience. J'eus la consolation d'apprendre que sur six cent vingt-cinq personnes agrégées, l'année dernière, à la société de tempérance, une seule avait manqué à son engagement. Vingt-cinq autres se sont empressét-s, sur notie invitation, a'en faire partie. Cette tendance des sauvages vers la sobriété vous paraîtra d'autant plus admirable, que, depuis l'arrivée des blancs parmi eux, l'ivrognerie a été leur passion dominante, la source de leurs malheurs.
« Il existe entre Temiskaming et le Grand- Lac une famille dont chaque membre (le père et ses neuf fils) s'était rendu fameux par des excès de tout genre. C'était la terreur de la contrée. Tous les ans il en venait quelquesuns au poste durant la mission ; mais jamais ils n'avaient songé à se faire instruire. Deux jours avant notre départ de Temiskaming, j'appris que le père était campé à peu de distance. Je vais le trouver, et, pensant au divin Pasteur, qui recherchait avec tant d'ardeur et de tendresse la brebis égarée, je l'aborde, je l'embrasse, je lui parle de la bonté de Dieu et de sa justice , je lui montre l'image du Sauveur mort sur la croix pour notre amour. Il parut tout étonné de ma démarche, et je crus remarquer, sur cette vieille et hideuse figure , quelque chose de moins repoussant, depuis que je lui parlais de la miséricorde infinie de Dieu pour les coupables repentants. Je le revis le même soir ; et le lendemain il vint encore me trouver, me demanda si je partais déjà, si je ne reviendrais pas l'année prochaine. Toutes ces questions, il me les adressait avec un accent qui attestait le triomphe de la grâce, et me faisait bien augurer de son retour à la vertu.
« Nous quittâmes Temiskaming après seize jours de mission. Plus de deux cents sauvages s'étaient confessés; un grand nombre avaient participé à la divine eucharistie , quelques-uns pour la première fois ; quinze personnes ont reçu le bienfait de la régénération , et parmi elles trois adultes , un homme et deux femmes , dont l'une nous édifia d'autant plus par sa ferveur, que sa conversion s'était fait plus longtemps attendre. Tant qu'a duré la cérémonie de son baptême, elle n'a cessé de verser des larmes qui montraient la vivacité de sa foi et de son repentir. Je la vis ensuite ; elle pleurait encore, mais c'était de joie. «Que j'étais malheureuse, mon père, me dit-elle, « avant que le Grand- Esprit m'eût prise en pitié! Dece puis le jour où la Robe -Noire me prévint qu'à moins « d'un changement de vie je ne pourrais être comptée au ce nombre des chrétiens, je n'ai pas eu un moment de « repcs. Souvent, pendant que je dormais, il me sem- « blait que j'étais précipitée dans le gouffre (l'enfer).
« Alors je m'éveillais tout effrayée, et je promettais au « Grand- Esprit de faire tout ce que m'avait conseillé la « Robe-Noire; mais toujours j'étais vaincue par le mat- « chi - manitou ( le démon ) . La vue des saintes graines de « la prière (le chapelet, et surtout la sainte figure de « Marie, la médaille) que mes enfants portaient à leur « cou, faisaient sur moi une vive impression. Depuis « l'année dernière, j'habite avec mon fils ; tous, les jours « nous comptions ensemble les saintes graines de la « prière; cela me faisait du bien, et je sentais de plus « en plus augmenter en moi le désir du baptême. Que « l'année me parut longue 1 Plût à Dieu qu'elle vînt vite, « la Robe-Noire, me disais-je, elle m'obtiendrait misé- « ricorde! C'était la pensée de tous mes jours pendant « ce triste hiver. Voici une lettre de mon fils ; il l'a écrite « pour toi avant de partir pour Kithi-Kami (la baie « d'Hudson). »
« J'ouvris aussitôt cette lettre, et je lus ce qui suit: « A toi mes saluts et mes pensées, mon père la Robe- « Noire. J'emporte un grand regret de Temiskaming, car (c tu vas y venir, et je ne te verrai pas, je ne pourrai pas c aller l'ouvrir mon âme pour que tu la purifies. Que je « suis malheureux! Pense à moi, prends pitié de ma G mère; elle a un si grand désir d'être baptisée, qu'elle « vit déjà comme si elle était chrétienne. y>
ce Lorsque j'eus parcouru cette lettre^ je demandai à ma néophyte pourquoi elle ne me l'avait pas montrée plus tôt. « Je vais te le dire, reprit-elle. Quand mon fils « t'écrivait, il était désolé en songeant qu'il ne verrait « point la Robe-Noire ; et mol je me disais : Je suis bien « plus malheureuse; il est baptisé, mon fils! Je ne pen- « sais pas à autre chose. Mais le bonheur rend la mé- « moire. Si tu rencontres mon fils à Abbitibbi, annonce- « lui bien que sa mère était chrétienne quand elle l'a « remis sa lettre. »
« De Temiskaming à Abbitibbi le trajet se fil en neuf jours. Nous trouvâmes peu de sauvages à ce poste ; la plupart des chasseurs étaient partis pour Moose, et les femmes étaient allées tendre des filets à une certaine
distance , pour avoir de quoi se nourrir durant la mission.
« La chrétienté d'Abbitibbi est encore peu nombreuse ; mais il serait difficile d'en trouver une plus fervente. A toutes les heures de la nuit j'entendais ces pieux néophytes prier, chanter ou réciter ensemble le chapelet.
« La privation de chapelle a été jusqu'à présent un obstacle à l'instruction des Abbitibbites. Obligés de leur faire le catéchisme en plein air , nous étions forcés par rinconstance du climat, presque à chaque fois, de nous retirer dans nos cabanes aussitôt l'exercice commencé ; mais grâce à la générosité de l'honorable sir George Simpson , gouverneur de la compagnie de la baie d'Hudson , on a déjà préparé le bois pour construire une éghse de trente pieds sur vingt -cinq, qui pourra, je l'espère, au printemps prochain , offrir un abri à la plus grande partie de la population.
« Cent cinquante personnes ont constamment assisté aux exercices de la mission ; leur manière de se confesser est assez curieuse pour que je vous en dise un mot. En faisant la revue de leur conscience, ils gravent des caractères symboUques sur un morceau d'écoi ce : un homme la tête en bas, par exemple, leur rappelle qu'ils se sont enivrés.
« Nous avons baptisé dix -neuf enfants e-t six adultes. L'un de ces derniers mérite surtout d'être cité : c'est un jeune chasseur d'un caractère violent et sanguinaire. Il n'y a pas encore deux ans qu'il tua sa nièce d'un coup de fusil. Depuis le jour du meurtre, ce malheureux n'a goûté de repos ni jour ni nuit, selon son propre aveu. « Il me semble toujours avoir ma nièce devant mes yeux , « me disait -il, me reprochant de l'avoir tuée avant c< qu'elle eût reçu le baptême. » Il était l'année dernière brillant de jeunesse et de santé ; maintenant une maladie intérieure le consume. Je n'ai jamais vu pénitent plus contrit de son crime , et j'ai cru trouver un motif d'indulgence à son égard dans son état débile et la vivacité de son repentir.
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« Nos adieux d'Abbitibbi eurent quelque chose de si touchant, que des agents protestants de la compagnie, venus récemment de Moose , en furent frappés. Figurezvous, mon révérend père, plus de trois cents sauvages, la plupart infidèles, agenouillés au bord du lac, et le missionnaire debout dans son canot, levant au ciel ses mains habituées à bénir et ses yeux pleins de larmes, priant le Père des miséricordes de daigner jeter un œil de compassion sur cette portion de son héritage! « Non, (( me disait un protestant témoin de ce spectacle, non, (( je n'avais encore rien vu de si attendrissant! — Ce « n'était pourtant pas mon éloquence, lui répondis-je, « qui captivait cette foule d'Indiens, puisque, comme « vous le savez, je puis à peine les comprendre; c'était «: la divine influence de la religion que je me suis efforcé « de leur faire connaître; c'était la présence de Celui « qui a dit : « Qui vous écoute m'écoute. »
(( Dans chacun des postes où nous avons donné les exercices de la mission . nous avons reçu des délégués de la compagnie Faccueil le plus bienveillant. Le commandant d'Abbitibbi, quoique protestant, a eu pour nous autant d'égards que le plus fervent catholique. Un trait vous prouvera son admirable franchise, en même temps qu'il vous fera connaître à quel point nos confrères égarés se méprennent sur les vrais motifs qui dirigent le clergé. Il me demanda un jour quel profit nous retirions d'un voyage qui devait nous être si pénible. Je lui répondis que cette peine était pour nous un vrai bonheur, que nous l'avions sollicitée avec instance, et que nous croirions déshonorer la religion catholique et nous-mêmes si nous réclamions autre chose que la nourriture et le vêtement. Il ne put en revenir, et, dans son étonnement, s'adressant à quelques jeunes gens indociles, il leur dit en ma présence : « Vous êtes des misérables de ne pas écouter « la Robe-Noire, qui ne vient ici que pour vous faire du « bien. Nous autres, si nous nous exilons dans vos déc( serts, c'est pour gagner de l'argent, mais lui, il n'en (( retire pas un sou. »
(( D'Abbitibbi au Grand-Lac, nous voyageâmes en com-
pagnie de plusieurs sauvages qui conduisaient des canots chargés de marchandises. Ce fut une occasion pour nous d'exercer notre ministère le long de la route. Après avoir ramé toute la journée, ces bons Indiens ne trouvaient point de meilleur délassement que de venir se confesser et entendre la parole de Dieu.
« Un soir, tandis que nous étions occupés à dresser notre tente, arrivèrent près de nous plusieurs néophytes qui avaient suivi les exercices de la mission à Temiskaming. Je leur demandai où ils allaient. « Nous venons te « voir, me répondirent-ils. Enfants des forêts, nous nous c< sommes dit : Il passera bientôt, notre bon père la « Robe-Noire ; allons au-devant de lui pour camper près « de sa tente. » Ces braves gens avaient déjà fait cinq journées de marche ; ils nous accompagnèrent encore pendant deux jours; puis, forcés de rentrer enfin dans leurs familles, ils nous demandèrent un peu d'eau bénite et s'en retournèrent contents.
« Arrivés au Grand-Lac, nous fûmes agréablement surpris de voir les chefs des trois petites tribus qui fréquentent ce poste, c'est-à-dire le chef du lieu, celui de Kamikwanakag et celui de Michikanabikong , réunis dans un même camp : je savais qu'autrefois l'esprit de jalousie les tenait séparés. Otichkwagami, chef de Michikanabikong, vint au-devant de moi, suivi des deux autres et d'une soixantaine de personnes; il tenait à la main la lettre que M^^' l'évêque de Montréal lui avait fait parvenir l'hiver dernier, et, me la présentant, il me dit: « Tu es (L salué par nous , mon père. L'été dernier, lorsque notre « ancien père (M. Moreau) passa au Grand-Lac, il était (( malade, et ne pouvait ni nous confesser ni nous in- (( struire, ce qui nous affligea beaucoup, car nous étions c( ici plusieurs qui voulions nous purifier de nos péchés. « Grande a donc été notre joie, lorsque Thiver dernier € nous avons reçu une lettre du gardien de la prière; il (( nous disait : « Vous serez visités par les Robes-Noires « au printemps prochain. C'est ce que moi, gardien de « la prière à Montréal, fais savoir à Otichkwagami, chef « de Michikanabikong , pour qu'il en avertisse tous ses
« jeunes gens. » Voilà ce que m'a écrit le gardien de la « prière; aussi j'ai eu soin de l'annoncer à tous ceux de « ma tribu. De plus, comme depuis longtemps le chef « du Grand- Lac et moi nous ne campions plus ensemble, « j'étais affligé de nos dissensions; pour y mettre un « terme, j'allai le trouver, je lui fis connaître ce que « voulait de nous le gardien de la prière, et nous ci- « montâmes de nouveau la paix. Désormais nos tentes « seront unies aussi bien que nos cœurs. Nous espérons « que notre exemple sera suivi par tous les guerriers des f deux tribus. Que vous en semble?» ajouta-t-il en s'adressant à l'assemblée. Chacun répondit par un signe approbatif , et l'orateur s'assit au milieu des siens.
(c Ce bon néophyte avait construit lui-même à Michikanabikong une grande cabane d'écorce destinée à servir de chapelle. Elle pouvait contenir près de cent soixante personnes. C'est là que j'ai prêché ma dernière mission, qui a duré neuf jours. Plus de deux cents sauvages y ont pris part, et m'ont fait oublier par la vivacité de leur foi toutes les fatigues du ministère apostolique.
« Je les quittai le 5 août; et après avoir descendu pendant neuf jours la rivière Gatineau sur une pirogue que m'offrit le chef Otichkwagami , j'arrivai à Bytown (Ottawa) le 14, à onze heures du soir.
« Les détails que je viens de vous soumettre suffiront pour constater le développement que prend chaque jour le catholicisme dans ces régions reculées, et pour vous donner une idée des progrès autrement plus considérables qu'y fera l'Évangile, lorsque des missionnaires pourront se fixer au milieu des tribus. Cette Église, encore à son berceau , pourrait sous peu être citée comme une chrétienté modèle, si elle avait plus de secours religieux. Il n'est pas téméraire de le penser, quand on voit plusieurs Indiens se maintenir toute l'année dans la grâce de Dieu , bien qu'ils ne jouissent -de la présence du piètre que durant quelques jours.
« Ah! si jamais le nombre des ouvriers évangéliques permettait de proportionner les secours aux besoins , toutes ces tribus qui peuplent le nord de l'Amérique ,
et qui, pour la plupart, demandent des Robes -Noires, seraient bientôt membres de la grande famille catholique ! »
La lettre du P. Laverlochère est datée de 1843. Les vœux de son zèle apostolique ne tardèrent pas à être exaucés : quelques mois plus tard (janvier 4844) les oblats venaient se fixer à Ottawa. Un nouveau siège épiscopal y fut érigé en 4848; et un religieux oblat , M^'' Guignes, fut le premier évêque de ce diocèse. L'année même de son sacre, Sa Grandeur fondait, près de son palais , le collège de Saint- Joseph , dont la prospérité va toujours en s'augmentant , et son épiscopat se distingue par le nombre et l'importance des œuvres qu'il a créées ou développées.
Les vingt mille catholiques qui habitent l'industrieuse cité sont pour la plupart des Canadiens et des Irlandais pauvres, attirés par l'espoir d'y gagner leur vie. Ils trouvent dans le clergé la lumière et la protection dont ils ont besoin contre l'envahissement des erreurs protestantes , propagées par les redoutables influences du crédit et de la fortune. Des antipathies nationales divisent ces deux nations; mais la communauté de la foi les rapproche, et les efforts de la charité sacerdotale apaisent les querelles réciproques.
A l'évêché même résident un certain nombre d'oblats , qui s'adonnent à toutes les fonctions du ministère paroissial, et se chargent des missions si importantes et si difficiles des chantiers. Dans ce modeste palais chacun s'exerce aux œuvres de miséricorde : personne n'invoque l'âge ou les infirmités pour obtenir du repos, et, dès l'entrée, on rencontre un vieux frère portier occupé dans ses temps libres à fabriquer des chapelets, dont la vente lui procure assez de bénéfices pour lui permettre de faire l'aumône; il donne à tous les pauvres qui lui demandent.
Des sociétés de tempérance travaillent à guérir la plaie sociale de l'ivrognerie.
Des asiles sont ouverts aux orphelins et aux vieillards.
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Deux conférences de Saint -Vincent -de -Paul comptent beaucoup de membres . qui se font remarquer par leur fidèle assistance aux séances hebdomadaires. Deux sections de dames de charité se réunissent chaque semaine pour travailler aux vêtements des pauvres.
Les religieux ont embelli les égUses et augmenté le nombre des sanctuaires. Ils ont construit une cathédrale, devenue l'ornement et l'honneur de la ville ; ses proportions imiposantes , ses flèches découpées à jour, ses tours élancées qui portent à deux cents pieds dans les airs le symbole de la foi , ses quatre cloches qui s'associent aux joies et qui sympathisent avec les tristesses, ses belles cérémonies, ses prédications éloquentes et ses importantes communions, où les hommes se comptent par milliers, tout dans ce pieux monument parle aux yeux pour les charmer et aux âmes pour les émouvoir. Entre les deux grandes tours on admire une statue de l'Immaculée Conception qui domine le portail du temple. C'est un don offert par les ouvriers qui passent l'hiver dans les forêts pour les exploiter, et qui font descendre ensuite en radeau sur le fleuve Ottawa le bois qu'ils ont coupé. Dans les périls des rapides ils aiment à invoquer Notre-Dame des Voyageurs; dès qu'ils l'aperçoivent, ils se rappellent les bienfaits de la religion et les promesses qu'ils ont faites à Dieu.
Les populations se donnent souvent à qui leur parle le premier, et on sait quelle activité déploie l'erreur pour s'emparer de l'esprit public. Aussi les oblats s'efforcentils d'attirer les hommes à l'éghse : ils ne se contentent pas de les y attendre avec leur plus gracieux accueil, ils vont les chercher dans la ville et dans la campagne.
Ils saisissent toutes les occasions de les rencontrer pour se mettre en relations avec eux et les attirer dans des associations cathohques. Des cercles de jeunesse réunissent, à révèché et dans d'autres quartiers, les jeunes hommes pour les amuser, les instruire et les préserver des mille daegers auxquels ils sont exposés durant les longues soirées d'hiver.
Enfin les oblats de cet immense diocèse vont chercher
les ouvriers jusque dans les forêts , en pratiquant l'œuvre des chantiers, que nous avons déjà vue fonctionner dans les environs de Montréal. Les religieux qui s'adonnent à ce fécond labeur Sm consacrent la saison d'hiver, et s'appliquent pendant l'été à l'évangéhsation des sauvages.
Les nombreux chantiers dont l'entrepôt général est placé à Ottawa sont des ateliers de bûcherons établis dans les bois par groupes de dix, vingt, trente et quarante hommes, pour dépouiller la forêt de ses richesses. Ce sont en général des jeunes gens, venus des diverses parties du Canada , attirés par l'espoir du gain, éloignés de leur famille, exposés sans défense aux entraînements des passions et aux exemples de compagnons débauchés. Ils se divisent en trois catégories : les piqueurs abattent les arbres ; les équarrisseurs les dégrossissent et les taillent à angles droits; les charretiers les conduisent sur des traîneaux à la rivière voisine, en faisant des abatis pour arriver par la ligne la plus directe.
Dès le mois de novembre, lorsque la neige couvre la terre , les bûcherons vont s'établir dans les bois pour un séjour de six à sept mois. Les murailles de leur abri sont des troncs d'arbres garnis de mousse ; Ye toit se compose de légers madriers couverts d'écorces, étendues en sens divers.
Quand les pères arrivent , c'est le soir ; les ouvriers sont réunis : les religieux sont accueillis avec reconnaissance. Ils abordent les hôtes de la forêt avec une grande cordialité, serrent affectueusement les mains dirigées vers eux, et prennent immédiatement une attitude ouverte qui appelle la confiance. Après les premières politesses, les missionnaires se mettent à raconter des histoires dramatiques choisies pour exciter l'intérêt et captiver l'attention , pendant que les auditeurs achèventd'énormes morceaux de pain accompagnés d'une tranche de lard. Puis, au moment favorable, on entonne le cantique suivi du sermon. Ensuite vient la prière en commun; après une exhortation au sacrement de pénitence, des couvertures se dressent aux deux extrémités des chantiers ; alors des deux côtés les confessions commencent. Les
bons viennent les premiers, et leur influence décide beaucoup de ceux qui hésitent. Le lendemain de grand matin les messes se célèbrent, et les communions sont nombreuses : parfois tout le chantier correspond à l'appel de la grâce. Dans l'une de ces réunions ouvrières, un seul homme avait résisté ; le jour suivant , de bonne heure, il vint trouver le religieux en sanglotant. « Mon père, lui dit-il, j'ai sérieusement réfléchi à vos paroles; je n'ai pas pu dormir cette nuit : je vous en prie, écoutez ma confession. » Il resta longtemps agenouillé , et il se releva joyeux.
On cite un missionnaire qui, dans l'espace de deux mois , avait visité cinquante-cinq chantiers , avait entendu treize cents confessions et distribué plus de mille fois le pain des anges.
Les oblats résidant à Temiskaming et à la Rivière-au- Désert reçoivent les ressources et la direction de la maison d'Ottawa, qui s'occupe aussi de Canadiens français, d'Irlandais, et de cinq mille sauvages, pour la plupart Algonquins, disséminés sur une grande étendue de terrain. Ces chrétientés se distinguent par leur esprit de foi et de soumission à l'autorité de l'Église. Elles ne sont pas exemptes de fautes; elles se laissent aller aux excès de la boisson. Mais les scandales reçoivent un châtiment public; depuis les chefs jusqu'aux derniers de la tribu, les coupables s'y soumettent avec respect : ils demandent eux-mêmes la pénitence quand elle tarde à venir, parce qu'ils sont heureux d'expier leurs péchés et de recouvrer ainsi la paix de la conscience.
La mission du Sault-Saint-Louis dessert surtout un gros village appelé Canghnawaga , presque exclusivement composé d'anciens sauvages. Il est agréablement situé sur les bords du Samt- Laurent, à trois lieues de Montréal. Ses habitants, au nombre de plus de deux mille, sont des débris de la célèbre tribu des Iroquois, convertis enfin par la compagnie de Jésus. Après avoir martyrisé plusieurs de ses membres, ils devinrent si fervents qu'ils firent revivre pendant un temps les. exemples et les vertus des premiers chrétiens.
A l'époque où il fut impossible aux pères jésuites de continuer cette belle œuvre, par suite de la suppression momentanée de leur institut, des prêtres séculiers se succédèrent dans la conduite de la mission. L'un d'eux , M. l'abbé Narcoux , de pieuse et chère mémoire , conserva soigneusement les traditions établies, passa trente -six ans avec les sauvages , composa pour leur idiome une grammaire, un dictionnaire , un livre de cantiques et de prières, fit construire une belle église ornée de statues, de reliques , de riches offrandes envoyées par le saintpère et par les souverains de la France ; puis , à la fin de sa carrière sacerdotale, il demanda que son héritage spirituel fût dévolu à ur^e congrégation rehgieuse, persuadé qu'on trouverait ainsi plus sûrement des prêtres toujours disposés à perpétuer son ministère : c'est alors que les pères oblats furent appelés au Sault- Saint - Louis.
Ils conservent religieusement les livres, le modeste mobilier et les usages de leurs devanciers. Comme eux, ils font chanter dans la langue du pays les cantiques, les prières du matin, celles du soir, et les parties de la messe que le prêtre ne chante pas seul. L'assiduité de leurs ouailles les récompense de leurs travaux. L'assistance est nombreuse à la célébration des saints mystères, même pendant la semaine; les communions sont fréquentes, et il est très-rare que le devoir pascal ne soit pas rempli par tous.
L'administration temporelle du village est confiée à sept chefs élus à de longs intervalles. Plusieurs femmes respectables par leur âge et la vertu portent les titres de cheffesses; elles surveillent les jeunes personnes et signalent leurs écarts afin d'appeler la répression. Deux associations exercent une heureuse influence : celle de la Sainte-Famille entretient chez les mères les pratiques de la piété; la société de tempérance, sous l'invocation de saint Jean -Baptiste, avec ses réunions mensuelles, prémunit les jeunes gens et les hommes contre le goût très-vif qui les entraîne à l'abus des boissons enivrantes. Les efforts des missionnaires sont secondés par les se-
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cours des fervents catholiques. Les pères citent entre autres l'exemple donné par Timmins. Ce propriétaire canadien, qui a contribué à l'érection d'une chapell8, travaille avec persévérance à diminuer la plaie de l'ivrognerie. Un jour, rencontrant de bonne heure un ouvrier déjà ivre, il lui dit : « Eh bien! tu bois donc toujours! Veux- tu faire un marché? Yeux-tu l'engager à ne plus boire, et de mon côté je promets, tant que Dieu voudra bien m'en laisser les moyens, de te procurer chaque année trois sacs de farine? — Ainsi soit-il, » répondit le fils civilisé des sauvages. Et depuis longues années le marché a tenu de part et d'autre. L'ancien ivrogne est maintenant propriétaire d'un terrain qui donnera de l'aisance à sa nombreuse famille.
Les oblats étabhs à Québec obtiennent d'importants résultats. Non-seulement ils y exercent leur ministère au grand profit des âmes, mais ils y encouragent les bonnes œuvres. Ils soutiennent un cercle httéraire où plus de cent jeunes gens trouvent la préservation. Deux magnifiques écoles pouvant recueiUir quinze cents enfants ont été fondées , et font bénir dans le pays le nom des religieux. Une société de bon secours procure des livres et des vêtements aux élèves pauvres et à leurs parents. Les ressources matérielles ne leur manquent pas, et quand il s'agit de les attirer, les associés battent monnaie en préparant un bazar. Tel est le nom d'une vente organisée par des dames qui quêtent pour garnir leur comptoir et décident de charitables auxiliaires à les seconder. Quand les tables sont couvertes d'objets confectionnés, la publicité attire les acheteurs, et le bénéfice s'élève à quinze mille francs et plus.
Dans la mission du Labrador, la sollicitude des oblats s'étend aux Canadiens, aux sauvages nouvellement convertis , et spécialement aux Montagnais ( habitants des montagnes), disséminés sur un parcours de deux cent cinquante lieues, au milieu desquels s'élèvent quatorze chapelles en bois. Au village de? Escoumins on voit encore la vieille chapelle des jésuites; c'est là que reposent les restes de plusieurs de leurs missionnaires,
morts au champ d'honneur en civiUsant les sauvages Montagnais, devenus de nos jours bons chrétiens. On y voit encore les ruines de la résidence de la compagnie, ainsi que deux canons laissés par Jacques Gariier. Les Canadiens pieux et instruits continuent à s'y rendre comme à un pèlerinage qui relève leur courage, leur rappelle un héroïque passé , et leur obtient au ciel la protection de ceux qui ont si bien soutenu le bon combat sur la terre.
Quand les oblats reviennent aux Escoumins , la joie du village est générale, et chacun s'empresse de la leur témoigner. Les habitants fabriquent des planches, cultivent la terre, ou se livrent au double exercice de la chasse et de la pêche. Quelle que soit leur profession , dès que la cloche appelle pendant la semaine à un exercice rehgieux, aussitôt le bruit cesse, le mouvement général s'interrompt, le travail est suspendu, tout le monde se dirige vers l'église. En l'absence des religieux partis pour d'autres missions, on se réunit toujours deux fois , les dimanches et les fêtes , pour réciter ensemble les prières, entendre de pieuses lectures et faire le chemin de la croix. Les chefs du commerce et de l'industrie rempUssent les devoirs chrétiens, et leur exemple est suivi.
La plus jolie des quatorze chapelles est celle de Notre- Dame -de-Bethsiamits, située dans une position ravissante , sur les bords du fleuve dont elle porte le nom. En été, les Montagnais aiment à se réunir dans ce riche sanctuaire, dont les ornements sont dus à leur piété; on les reconnaît à leur taille élevée , à leur épaisse et noire chevelure, à leur couleur bronzée, à leur tempérament sanguin. Ils savent lire l'unique hvre qu'ils possèdent; ils y trouvent les cantiques, les prières, la doctrme chrétienne, rénumération des vices à combattre, des vertus à pratiquer ; et avec ce seul livre ils se distinguent des autres tribus par la vivacité de leur foi.
Ils fabriquent les vêtements et les meubles de leur intérieur, chassent, pèchent avec une adresse prodigieuse, et pourvoient très- largement à leurs besoins. Ils sont
encore imprévoyants et n'ont aucun soin de l'avenir; mais ils s'aiment beaucoup , s'entr'aident généreusement, et accueillent avec bonne grâce ceux qui sont dans le besoin. Ils ont de l'horreur pour le vol , ne j urent jamais , et auraient honte de blasphémer contre le Dieu dont ils reconnaissent la miséricordieuse tendresse. Matin et soir ils se réunissent pour la prière. Pendant la mission ils entendent chaque jour la messe ; après le travail ils récitent le chapelet, écoutent la parole de vie, et assistent au salut. Leur tenue est édifiante, leurs yeux modestement baissés ; leurs chants sacrés en langue montagnaise sont doux et mélodieux, les voix des hommes alternant avec celles des femmes.
Suivant un usage répandu au Canada, les enfants qui viennent souhaiter la bonne année à leurs parents reçoivent leur bénédiction. Bon nombre, même après leur mariage, font dix à vingt lieues pour aller demander à leur père de les bénir. Quelquefois ces assemblées de famille réunissent trois ou quatre générations. Il faut de graves obstacles pour se dispenser de s'y rendre, «t quand il y a des absent^ le chef de la famille s'en afflige. « J'ai une grande peine sur le cœur, disait l'un d'eux ; tous mes enfants sont venus chercher ma bénédiction, à l'exception de l'aîné, qui s'est abstenu. Le malheureux ne sait pas le chagrin qu'il me cause ! »
On rencontre parmi les Montagnais des modèles de piété et de vertu, depuis les chefs qui les dirigent jusqu'aux derniers membres de la tribu. On raconte qu'un jour une Montagnaise, remarquable par sa taille et ses avantages extérieurs, vint trouver un missionnaire pour retremper son courage dans la réception des sacrements. Les larmes dans les yeux et le cœur brisé de douleur, elle lui parla d'abord de son fils aîné, le soutien de sa famille, si aimé, si regretté de tous, qu'elle venait de perdie; puis elle ajouta : « Père, j'avais un excellent mari : le Grand -Esprit l'a retiré de ce monde lorsque, jeune encore, j'avais six enfants à élever. Bien des mois après mon malheur, un bon chasseur vint me proposer de m'épouser. « Femme, me dit-il, te voilà sans appui,
« presque sans secours; que vas-tu devenir? Je suis prêt « à te rendre heureuse. » Je repoussai ses offres, parce que je pensai que si je me remariais je ne pourrais plus aimer autant l'époux avec lequel j'ai vécu plusieurs années, et les enfants qu'il m'a laissés. Je résolus dès cette époque de rester veuve, afin d'être toute à ceux que j'aime en ce monde et dans l'autre. » Quelle délicatesse de sentiments la grâce divine avait inspirée à cette femme, vraiment forte parce qu'elle était sérieusement chrétienne I
Un autre missionnaire reçut une troupe de vingt-cinq Montagnais qui avaient fait deux cents lieues pour s'instruire des vérités de la foi. « Père, lui dirent-ils, nous arrivons de bien loin afin de goûter le bonheur de te voir; et nous ne regrettons pas les fatigues de notre voyage... Nous te demandons la lumière; nous voulons devenir les enfants de la prière, et nous désirons ardemment être arrosés de l'eau qui purifie. » Pleins d'ardeur pour apprendre les vérités du salut , ils pleuraient de bonheur en recevant le baptême.
Ces faits , cités entre bien d'autres , nous prouvent l'opportunité des travaux entrepris pour répandre la foi chez les peuplades de l'Amérique du Nord; ils nous montrent quelle bénédiction la Providence accorde au zèle et à l'abnégation des ouvriers évangéliques.