‹ Le CanadaChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Efforts du gouvernement français pour coloniser le Canada. — Ruine et dissolution de la compagnie des Cent Associés. — Lois et principes administratifs de la mère patrie appliqués à la Nouvelle- France. — Hostilité des colons anglais et des peuplades iroquoises contre notre puissance, — Massacre du bourg de la Chine. — Le comte de Frontenac et le chevalier d'Iberville. — - Traités de Rys- "wyck et de Montréal.

Nous avons énuméré avec un respectueux empressement les noms et les actes de plusieurs des généreux missionnaires qui ont propagé la vérité dans le nouveau monde, parce que leurs exemples sont de nature à ranimer les courages trop souvent abattus de notre temps. Il importe de raviver le souvenir de leurs vertus, afm de leur susciter des imitateurs; car, plus que jamais, la terre a besoin de cœurs vaillants qui s'inspirent ici-bas des pensées d'en haut. Ces hommes d'élite savent qu'un des meilleurs moyens de gagner le ciel est de semer en ce monde les œuvres civilisatrices : ils s'y consacrent avec ardeur, et , en travaillant pour obtenir les immortelles récompenses de Tavenir, ils deviennent toujours les bienfaiteurs du présent.

' Après le rapide exposé que nous venons de présenter à nos lecteurs, il convient de leur offrir dans un tableau sommaire l'histoire des efforts tentés par le gouvernement français pour coloniser le Canada; il faut raconter les difficultés qu'il eut à vaincre, ses sacrifices, ses suc-

\ ces, ses fautes, ses revers, et en dernier lieu sa suprême Refaite.

JLa compagnie des Cent Associés s'était fondée en 4627 : autorisée par le cardinal de Richelieu, elle s'était montrée sévère dans le choix des colons , et n'avait accepté que d'honnêtes familles, venues surtout des campagnes de Bretagne et de Normandie *. Il faut l'en remercier et. lui rendre à ce sujet la justice qu'elle mérite.

« Tout le monde sait, dit le P. Charlevoix, de quelle manière la plupart des colonies se -sont formées dans l'Amérique ; mais on doit rendre cette justice à celle de la Nouvelle - France^, que la~~soÏÏfcô~Cte presque toutes les familles qui y subsistent aujourd'hui est pure, et n'a aucune dé ces taches que ropulencê a bien de la peine à effacer ; c^ést que ses premiers habitants étaient, ou des ouvriers qui ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonne famille qui s'y transportèrent, dans la seule vue d'y vivre tranquillement, et d'y conserver plus sûrement leur religion qu'on ne pouvait faire alors dans plusieurs provinces du royaume, où les coreligionnaires étaient fort puissants. Je crains d'autant moins d'être contredit sur cet article, que j'ai vécu avec quelques-uns de ces premiers colons, presque centenaires, de leurs enfants et d'un assez bon nombre de leurs petits-enfants ; tous gens plus respectables encore par leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisaient profession, que par leurs cheveux blancs et le souvenir des services qu'ils avaient rendus à la colonie. Sans doute dans ces premières années, et plus encore dans la- suite, on y a vu quelquefois des personnes que l'état de leurs affaires ou leur mauvaise conduite obligeaient de~s*eXîler de leur patrie, et quelques autres dont on voulait purger l'État et les familles; mais comme les uns et les autres y sont venus par petites troupes, et qu'on a eu une très- grande attention à ne pas les laisser ensemble, on a presque toujours eu la consolation de les voir en très-peu de temps se réformer

1 De nos jours encore les voyageiH-s qui visitent le Canada reconnaissent chez ses habitants , si dignes d'estime , un accent normand très-prononcé qui révèle leur origine.

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sur les bons exemples qu'ils avaient devant les yeux , et se faire un devoir de la nécessité où ils se trouvaient de vivre en véritables chrétiens, dans un pays où tout les portait au bien et les éloignait du mal. » / La compagnie des Cent Associés était douée de ce bon vouloir, de cette intention droite qui gagne des mérites pour l'éternité; mais elle était dépou^ime de l'initiative intelligente, active et fécontte^quiM<n'e^lM$essoup5^^ inspire la confiance, "Tsnfveille les détails et. pourvoit ai besoins f^aussi ne-But-eire~'pas imprimer à la colonisation l'essor attendu de ses travaux; elle ne parvint pas même à sauvegarder ses intérêts privés. En 1663 elle était à la fois ruinée el dissoute : le nombre désolons" ne dépassait guère deux mille. Ce fut alors que le gouvernement français reprit possession du Canada, et résolut de protéger efficacement les colons attaqués par les Iroquois, leurs perpétuels ennemis^^L'ordonnance royale rendue sur la proposition de Colbert étendait à la Nouvelle -France les principes administratifs qui régis- -*saient la mère patrie. Elle organisait à Québec un^conseil souverain, investir de prérogâtives anatogues àceîi^ des parlements, chargé î*fe«registrer les édits émanés du souverain pour leur donner force de loi, d'administrer les finances, de diriger l'exploitation des forêts, le commerce, l'industrie, de juger en dernier ressort les affaires civiles et criminelles.

Ce conseil était composé du gouverneur, de l'intendant, d'un procureur du roi et de plusieurs conseillers.

Sous le rapport rehgieux, le Canada avait d'abord relevé de l'archevêché de Rouen ; mais en 1657 le saintpère y avait créé un vicariat apostoUque, érigé en évêché treize ans plus tard (1670). Il fut convenu que le choix de l'évêque serait exclusivement réservé au souverain pontife; que le prélat élu prêterait serment au roi de France, et ferait partie du''conseil supérieur*.

1 Le premier évêque du Canada fut François de Laval, de l'illustre maison de Montmorency. Ses vertus brillèrent d'un vif éclat au Canada, et ajoutèrent un nouveau lustre à son nom.

Le gouverneur, investi des pouvoirs les plus étendus, avait le droit de requérir les forces militaires, réglait les affaires extérieures, et représentait le roi.

L'intendant, à l'instar des préfets de nos jours, mais avec une autorité beaucoup plus complète, administrait les chemins, les finances, la marine, le commerce, etc. Une partie des affaires judiciaires rentrait dans ses attributions ; ses décisions pouvaient être réformées par le conseil d'État siégeant à Paris.

Quant à la législation , il fut convenu qu'on suivrait la coutume de Paris, en y introduisant quelques modifications locales. Cette coutume admettait le partage égal des successions , et , parsuite de ce principa, la division des propriétés fut portée à de telles limites, que T exploitation des terres deyenait presque impossible; il fallut remédier à ce grave inconvénient. En 4745 il fut défendu de parceller des terrains qui n'avaient pas un arpent et demi de large sur trente de long.

Les concessions territoriales étaient accordées sous les titres de seigneuries aux personnes réputées dignes et capables de les bien administrer. Au lieu de les faire valoir directement, elles en confiaient ordinairement la culture à des soldats vétérans ou à des familles laborieuses, moyennant certaines redevances fixées d'avance en argent, en blé et en prestations. Ces fermiers de- ^vaient entretenir les chemins nécessaires, fournir le bois dont le seigneur avait besoin, faire moudre le blé au moulin seigneurial , et y laisser la quatorzième partie de la farine pour droit de mouture.

Dans le siècle qui s'écoula de 1663 à 4763, ces concessions importantes s'élevèrent au chiffre de deux cent dix, et le même régime se continua sous la domination anglaise; il a été récemment aboli.

Les colons étaient obligés d'acheter à la France les objets manufacturés dont ils avaient besoin , et ils ne pouvaient vendre qu'à elle les produits de leurs travaux; il leur était interdit, sous des peines sévères, de commercer avec des étrangers. Ces entraves, si préjudiciables aux intérêts de la colonie, ont été maintenues

[ jusqu'à notre époque; les règlements actuels établissent j enfin la liberté du commerce et de l'industrie; à présent ! les Canadiens peuvent fabriquer, vendre et acheter sans i entrave et sans restriction.

I Le monopole dont ils ont si longtemps souffert pesait sur eux avec d'autant pluà d'inconvénients, qiie les fonctionnaires publics, pourvus de traitements médiocres, / étaient autorisés à fournir à l'armée et aux habitants les ' marchandises nécessaires à leur consommation. De là de déplorables abus qui ne furent pas étrangers à nos défaites. Ces employés s'associaient pour vendre à un taux élevé , et empêchaient la concurrence qui eût favorisé les intérêts des consommateurs en produisant l'abaissement des prix.

Toutefois le régime inauguré en 1663 au Canada était bien préférable à l'état ancien , et dès que le pays fut ainsi replacé sou& l'^aiitoxité. directe de la^cQ.^ ,.la

colonisation prit un certain essor, dû surtout aux sages et habiles mesures adoptées par un homme d'un m^érite incontesté : c'était l'intendant Talon ^ dont le nom était justement honoré dans les fastes du parlement de Paris. \L'agriculture , l'exploitation des bois et des mines de fer, /les pêches de morue , reçurent une impulsion inaccou- ' tumée. Des vaisseaux construits à Québec facilitèrent les transports, et le commerce de pelleteries acquit une importance telle, que la valeur annuelle de cette principale branche de l'industrie canadienne dépassa bientôt trois minions. Mais, dans ce commerce même, les colons anglais, voisins de nos compatriotes^ réussissaient mieux que les Français. Entraînés par le goût des aventurés maritimes qui distingue ordinairement les nations insulaires, les habitants de la Grande-Bretagne émigraient en plus grand nombre pour le nouveau monde, et y faisaient de plus importants bénéfices. Libres dans leur industrie, ils fabriquaient eux-mêmes, à bon compte, les marchandises qu'ils échangeaient contre des fourrures avec les sauvages, et ils leur fournissaient les étoffes de leur goût , tandis que nos produits , préparés d'avance d'après certaines règles invariables, ne répon-

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daient ni aux caprices ni même aux besoins des acheteurs; enfin nos rivaux leur vendaient sans scrupule et sans entrave ces funestes liqueurs fortes qui passionnaient les sauvages en les abrutissant, tandis que la loyauté du roi de France interdisait cette vente pour éviter les abus de l'ivrognerie, et faire respecter chez les pauvres Indiens les droits de la faiblesse et du malheur. Aussi les plus grosses parts des pelleteries allaient aux Anglais, et leurs gains dépassaient sensiblement les nôtres. Mais le temps et l'expérience tournèrent au profit de notre nation. Les Canadiens finirent par comprendre où étaient leurs vrais amis, et leur attachement pour les Français a bravé les injures du temps; elle a survécu à tous nos désastres. A la fin du siècle dernier, Chateaubriand, visitant les peuplades qui avaient connu nos rehgieux et nos soeurs hospitalières, remarquait qu'elles se souvenaient avec reconnaissance du drapeau de la France, ce Un mouchoir blanc, dit-il, suffisait pour passer en sûreté à travers les hordes ennemies, et pour recevoir partout l'hospitalité. »

A la fin du xvii« siècle, c'est-à-dire à l'époque qui 1 nous occupe, la Nouvelle-France comprenait la plus | grande partie de l'Amérique du Nord. Elle était limitée ; au nord par la baie d'Hudson, au midi par le golfe du i Mexique, à l'est par l'océan Atlantique, à l'ouest par les prairies situées en avant des montagnes Rocheuses, et connues de nos jours sous le nom de Far-West. Cette superficie égalait onze fois celle de la France ; elle était d'environ trois cent mille lieues carrées, et se divisait en plusieurs parties ainsi dénommées : au nord, le pays de la baie d'Hudson et le Labrador, à l'est, l'Acadie, le \ Canada proprement dit et Terre-Neuve; à Touest, les ) pays d'en haut , situés autour des grands lacs ; au midi, / la Louisiane, dans la vallée du Mississipi, récemment découverte et baptisée par ce vaillant de la Salle, dont nous avons déjà raconté les exploits (168^2).

Les gouvernements de Versailles et de Londres vivaient en bonne intelligence, parce que la maison des Stuarts avait besoin de l'aUiance de Louis XIV; mais

en Amérique les colons anglais luttaient incessamment contre nous, envahissaient nos possessions, et suscitaient contre nos compatriotes la fureur des Iroquois, l\ qui vinrent nous attaquer. Le gouverneur du pays, \ M. de la Barre , était un vieillard malade et infirme ; il I perdit un temps précieux, accepta une paix humiliante, I fut rappelé en France , et remplacé par un officier plus énergique , le marquis de Dénonville. Ce colonel de cavalerie venait au nouveau monde avec la volonté trèsarrêtée d'imprimer dans l'esprit des barbares le respect de notre puissance, et il débuta par un acte de nature à diminuer ce sentiment.

Avant les premières hostilités, il eut la fâcheuse idée d'attirer plusieurs chefs iroquois, d'une complexion robuste, dans un guet-apens; au lieu de conférer avec eux, il les fit prisonniers, au mépris du droit des gens, et les embarqua pour la France, où ils furent employés sur les galères. Ce procédé , indigne de l'autorité française, exaspéra les peuplades qu'on voulait intimider, et augmenta leur soif de vengeance. Elles coururent aux armes, furent vaincues dans plusieurs combats, virent leurs villages incendiés et leurs pays ravagés; cependant, comme elles avaient su se préparer d'inaccessibles retraites, en peu de temps elles réussirent à réparer leurs pertes.

Dès qu'elles se crurent suffisamment préparées , elles recommencèrent la lutte avec l'appui de l'Angleterre. La révolution de 1688 y avait détrôné le roi catholique Jacques II, et avait appelé au pouvoir son gendre, Guillaume III, prince protestant de la maison d'Orangé 'et stathouder de Hollande. A partir de ce jour, l'antique aUiance qui unissait les deux nations voisines et si souvent rivales fut rompue. Une ère nouvelle d'hostilités* s'ouvrit, dura vingt-cinq ans, et fut suivie par une paix de trente années. Puis la guerre recommença; elle, aboutit à la destruction de notre puissance maritime et à la perte de la Nouvelle-France.

Les Iroquois, plus soutenus que jamais par les Anglais, pillèrent la partie occidentale du Canada pendant plus

de dix années, et jusqu'en 1700 ils incendièrent, massacrèrent et assouvirent leur rage avec d'autant plus de facilité, que nos colons, disséminés sur une immense étendue de territoire, ne pouvaient leur opposer aucune résistance efficace. Groupés, associés, se prêtant un mutuel secours, les Français se seraient défendus; isolés, abandonnés à eux-mêmes, ils étaient à la merci des sauvages, et devaient subir les plus horribles traitements. Nous donnerons une idée de la férocité de ces barbares, en reproduisant ici la relation du massacre de la Chine, petit bourg situé dans l'île de Montréal, à trois lieues de la ville du miême nom. Ils y pénétrèrent de nuit (25 août 1689) et y trouvèrent tous les habitants endormis. « Ils commencèrent, dit le P. Charlevoix, par tuer les hommes; ensuite ils mirent le feu aux maisons. Par là, ceux qui y étaient restés tombèrent entre les mains des ennemis, et endurèrent toutes les horreurs que la fureur peut inspirer. Les barbares la poussèrent même à des excès dont on ne les avait pas encore crus capables

Ils mirent des enfants tout vivants à la broche, et^^itraignirent les mères de les tourner pour les faire rôtir! Jls inventèrent quantité d'autres supplices inouïs, et deux cents personnes de tout âge, de tout sexe, périrent ainsi en moins d'une heure dans les plus affreux tourments. Gela fait, l'ennemi s'approcha jusqu'à une lieue de la ville, exerçant partout les mêmes cruautés, et quand ils furent las de ces horreurs , ils firent deux cents prisonniers qu'ils emmenèrent dans leurs villages. »

Toutefois , à partir de 1696 , on put espérer de faire respecter nos compatriotes; nos villages se fortifièrent; on vit des femmes elles-mêmes se défendre vaillamment contre les attaques des barbares ; et pendant que l'intérieur du pays s'organisait, à l'extérieur des tribus alliées à la France pénétraient sur le territoire anglais, où elles exerçaient de terribles représailles. Le roi venait d'ailleurs de donner pour la seconde fois au Ganada un gouverneur capable de rassurer le pays sur son avenir ;

c'était le comte de Frontenac, qui avait déjà très-habilement dirigé la colonie pendant dix ans; il fut appelé de nouveau à la tête de la colonie et y resta jusqu'à sa mort (1698). Les Anglais faisaient de redoutables préparatifs pour s'emparer de nos possessions. Ils envahissaient TAcadie, Terre-Neuve, la baie d'Hudson, et se 'disposaient à prendre nos places fortes. Frontenac, déployant une activité bien entendue, pourvut aux plus pressants besoins, mit Montréal et Québec en état de défense, réunit dans cette dernière ville toutes les forces dont il pouvait disposer, et y attendit l'ennemi de pied ferme. Phibs, amiral de la Grande-Bretagne, vint l'y chercher avec une flotte de trente vaisseaux, et le fit sommer de se rendre en ne lui accordant qu'une heure pour écrire sa réponse. Le gouverneur répondit immédiatement par la bouche de son canon, et ouvrit le feu contre les navires anglais. Après trois jours de combats acharnés , les assaillants étaient repoussés avec des pertes considérables, et devaient retourner à Boston. Ce glorieux fait d'armes eut en France du retentissement, et Louis XIV voulut qu'une médaille frappée en l'honneur de cette victoire fût chargée d'en perpétuer le souvenir.

Bientôt les Français purent enfin prendre l'ofi'ensive au Canada, et cette dernière partie de la campagne fut conduite avec autant de fermeté que de succès par le chevalier d'iberville, capitaine de vaisseau, fils d'un des premiers colons normands, né à Montréal, d'une famille nombreuse et entièrement vouée au service de la patrie, puisqu'il eut dix frères, et que huit d'entre eux embrassèrent la carrière des armes; cet officier distingué détruisit le fort Pemaquid, élevé par les Anglais sur le territoire de nos alliés, comme une perpétuelle menace contre l'Acadie : il rasa les étabhssements fondés par les ennemis à Terre-Neuve et à la baie d'Hudson. Avec un seul navire, il attaqua trois vaisseaux bien armés, et grâce à des manœuvres hardies, habilement combinées, il parvint à faire sombrer un bâtiment, à en capturer un autre, et à mettre en fuite le troisième.

Pendant ces brillants exploits, le comte de Frontenac

luttait avec avantage contre les Iroquois, et ordonnait des constructions pour la défense de nos frontières, quand le traité de Ryswyck (1697) et celui de Montréal (1701) suspendirent momentanément les hostilités.

La convention de Ryswyck, intervenue entre la France et l'Angleterre, reconnaissait à la France l'intégrité de son territoire américain, y compris la baie d'Hudson , et désignait la rivière Saint- Georges comme limite entre l'Acadie et la Nouvelle-Angleterre. Cette convention fut signée une année avant la mort du gouverneur français.

Frontenac termina sa glorieuse carrière en 1698. « Il était alors, dit le P. Charlevoix, dans sa soixante- dixhuitième année; mais dans un corps aussi sain qu'il est possible de l'avoir à cet âge, il conservait toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire d'avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte, attaquée de toutes parts, et qu'il avait trouvée sur le penchant de sa ruine.

Quant au traité de Montréal, il fut signé parles chefs de diverses tribus appartenant spécialement aux nations iroquoises, et par le chevalier de Callières, nouveau gouverneur du Canada, qui parvint, dès ses débuts, à imposer aux sauvages, parce qu'ils le savaient religieux observateur de sa parole, et résolu de faire exécuter celle qui lui avait été donnée. Il fut efficacement secondé dans ses négociations par un puissant chef des Hurons, appelé Kondiaronck, et surnommé le Rat. C'était un vieillard d'une grande valeur, distingué par son esprit, par sa bravoure, qui avait embrassé avec bonheur la vraie religion, et la pratiquait dans toute sa conduite. Les préliminaires furent signés en 1700, et l'année suivante ent lieu la signature du traité. Dès la première réunion, Kondiaronck se trouva mal, puis revint à lui, prit la parole, et captiva l'attention générale par un discours si éloquent, que l'imposante assemblée en oubHa la longueur. Après ce dernier effort, l'orateur, épuisé, retomba fort malade, mourut dans la nuit, éclairé, sou-

tenu par la foi vive des premiers chrétiens, et fut honoré par de solennelles funérailles.

Ce triste événement n'empêcha pas la conclusion de l'œuvre à laquelle le puissant guerrier avait préparé les esprits. Trente-huit chefs de tribus étaient réunis; chacun d'eux prit à son tour la parole; celui des Algonquins, jeune et vaillant capitaine dont l'alliance et le concours avaient efficacement aidé les Français à réduire les Iroquois, voulut alors adresser au gouverneur des paroles simples qui sortaient d'un cœur confiant et disposé au pardon. S'avançant vers le chevalier de Callières, il lui dit : ce Mon père, je ne suis pas homme de conseil, mais j'écoute toujours ta voix; tu as fait la paix et j'oublie le passé. »

Tous les membres du congrès signèrent le traité , fumèrent successivement, en signe de bonne harmonie, le grand calumet de paix, et chantèrent le Te Deum d'action de grâces. Un repas abondant dont trois bœufs entiers formaient les pièces de résistance, des illuminations, des feux de joie, plusieurs décharges d'artillerie, et une distribution de cadeaux envoyés par le roi de France à ses aUiés, tels furent les moyens employés pour fêter un événement sans précédent au Canada , et dont il y avait lieu d'espérer de salutaires résultats.

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