AUX CANADIENNES
Si TOUS Baviez comme elle est belle et grande ma patrie!
Madeleine Premier Pécbé,
Canada! Canada! terre immense et féconde,
Nouvelle Gaule assise au nord du Nouveau Monde,
Héroïque pays d'espérance et d'honneur,
Sol vierge, caps géants, Mille-Iles, flots limpides,
Généreuse nature, altières Laurentides,
Où l'érable sans fin déroule sa splendeur !
Canada! Canada! toi que le ciel protège.
Toi qui, sous ton manteau de verdure ou de neige,
Dans l'ombre de tes bois verdoyants ou jaunis,
Sur les bords de ton fleuve aux grandes eaux sereines,
Du sommet de tes monts et du sein de tes plaines.
Es pour le Canadien le plus beau des pays !
Gloire à Toi ! nons t'aimons et l'étranger t'admire ! Gloire à toi. Saint- Laurent dont je ne saurais dire La beauté sans amour, ni le nom sans fierté ! Qu'à jamais, fleuve aimé, tes rives nous soient chères. Et rappellent toujours que le sang de nos pères S'épancha pour ta gloire et pour ta liberté î
Retour des Corneilles
Corbeaaz et corneilles sont des astronomes Intelligibles. Quand on les voit envahir les campagnes, surgissant on ne sait d'où, les sucriers se disent: Aux cabanes!
Voici les sucres ! Et de partout on gagne la forêt. (3)
Entends-tu, paysan, la chanson des corneilles, Du sein du gouflfre bleu saluant ton pays ?
Leur retour fait chanter la mémoire des vieilles. Évoquant les soleils des printemps de jadis.
Sais-tu ce qu'il promet le cri de la corneille
Inclinant son vol noir vers la cime des pins ?
Les vieillards sur le seuil iront prêter l'oreille.
Et diront à leurs fils : Les beaux jours sont prochains !
Il est mdc, dis-ta, le chant que la corneille Vient aux matins d'avril vanner an fond des bois ; Mais chez toi, paysan, combien d'espoir s'éveille Quand l'âme des semeurs est pleine de sa voix !
Écoute, paysan, la chanson des corneilles.
Du sein du gouffre bleu saluant ton pays ; Leur retour £EÛt chanter la mémoire des vieilles. Évoquant les splendeurs des printemps de jadis.
Mars 1904.
Terre nouvelle
Le sol s'étend grisâtre où l'on fera des gerbes.
Hector Dbmbrs.
Lorsque le blanc Hiver, aux jours tièdes mêlé, Recule vers le Nord de montagne en montagne, La gaité du semeur envahit la campagne.
Et du sein des greniers renaît l'âme du blé.
Ennui de mars, espoir d'avril, attente et rêve ! C'est avant les bourgeons et les proches labours L'inquiétude exquise et sourde des amours.
C'est dans l'arbre vivant la marche de la sève.
LES H'jaiZ'.XS
C'est ton Œuvre, soIeiL créarenr des rnnrirîs. Scmenr de j<:>ars. passarLt du *>averaiiL a':î:rLe. Toi qui, majestaecLi. vas ton chemin sa'-.iinie. Jetant un printemps netrf sar zios prinretnps éteints.
C'est ponr t'ai mer, s<:>IeiL et Tivre ta lumière. Que k semear ainsi t'accneille à Thonzon, Qae le blé, prisonnier dans sa blanche m.aison. Dès les aabes d'aTril redemande la tore !
M an 190e.
O VOUS, mes arbres blancs, issus de la colline, Si vous savez lointain l'Hiver plus blanc que vous. Le long de mars enfuit, languide dans l'air doux. Pourquoi nul bourgeon neuf encor ne se dessine A vos branches, bouleaux jaillis de la colline ?
Frêles, sans nombre, et tous penchés, mes chers bouleaux, Vous qu'avril a pourtant baignés de clartés franches. Pensifs, qu'attendez- vous pour reverdir vos branches. Et, chantant, recevoir vos amis les oiseaux ? C'est paresse et langueur de la part des bouleaux î
Beaux arbres, pressez-vous d'avoir la beauté verte Que l'on sait familière à vos troncs éclatants, Connaissez la colline, et, sans trêve, à ses flancs Puisez large la vie, autant qu'elle est ofl*erte A vous, bois dévêtus de votre robe verte.
Bouleaux, le savez-vous qu'au jour trentième, avril.
Vers le soir, agonise entre vos formes blanches ?
Pour lui chanter l'adieu, sans feuilles sont vos branches !
Rien du ciel, ni du sol ne vous l'annonce-t-il.
Comme à nous, chers bouleaux, qu'il agonise, avril !
Ses matins levés prompts au versant de la terre N'ont-ils pas, trente fois, d'un geste lumineux. Aux airs enténébrés commandé d'être bleus ? Bouleaux, n'ont-ils pas dit: Voici de la lumière, Verdissez, verdissez, tous les bois de la terre !
Bouleaux sans nombre et tous penchés, mes chers bouleaux, Vous avez négligé d'avoir vos branches vertes. Et les oiseaux entre eux diront: Sont-ils inertes. Ces arbres sans souci du plaisir des oiseaux 1... Pour les faiseurs de nids soyez verts, les bouleaux !
Sur le Mont-Royal 30 avril 1905.
Soir de Juin à Longueuil
A GERMAIN BBAULIBU
Viens dans le mystère ému des longs soirs.
Bdmond Haraucourt.
Longueuil, au chant menu des grenouilles, s'endort. La gloire des prés verts s'éteint dans Tombre grise. L'azur meurt. S'effilant, le clocher de l'église. Au trouble crépuscule a perdu son coq d'or.
Les toits sont bruns. Déjà, vers l'ouest, se devine Une étroite lueur, au delà des pignons.
Et l'on songe qu'au loin, touchant les flots profonds, Montréal dans la nuit montante s'illumine.
LES Hoa:z.:Xï
C'est rheart où Tair t«iîi des jar-iiss a5S« m'rris Essaime des parfums snr le passant qui r^ve.
La brise ^te ceux qui m^inrhent vers la grcT«. Laissant leur âme errer sur ks cmniers detiris.
Veilleur, c'est l'instant cher!... (Jue le chemîa te mène Où la nuit brusquement s'étoile de feinanx.
Où, par delà les quais, la danse des canots^ S'aperçoit le profil de la cité prochaine.
Là, dans le décor féerique des soirs d'été, La ville, que jadis rêva De Maison neuve.
Lumineuse, rayant de longs reflets le fleuve. An lointain regardeur révèle sa beauté.
Ses fiîux tissent dans l'ombre une dentelle claire. Dont chaque point d'argent sur l'eau vacille et luit: D'éclatants nénuphars semblent peupler la nuit. Berçant au sein des flots leurs tiges de lumière.
Lrongueailf juia 1907 .
RDesiec^sTouilks
Poésie des Feuilles