‹ Le Canada d'autrefois [microforme]Chapitre 2 sur 4 · KT · texte numérisé non relu

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Abordons maintenant notre sujet. :Après avoir été édifiés sur la valeur et le caractere des preuves dont nous étayerons nos conclusions, vous serez plus à même d’en apprécier la solidité.

Qu'est-ce que le sol arable ?—C’est ce que l’on désigne partout du nom si commun et en même temps si vague de terre. C’est dans ce sens qu’on parle de terre argileuse où sableuse, de terre noire, grise ou jaune, de terre forte ou légère, de bonne ou de mauvaise terre, etc. Toujours, le mot terre désigne la partie du globe que le laboureur travaille et cultive de diverses marières, pour lui faire produire le pain de chaque jour. Considéré dans sa composition physique et chimique, le sol arable, ou la terre, est un agrégat de particules assez ténues, siliceuses, calcaires ou argileuses, lesquelles, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, sont des geotes secondaires de décomposition ou le résultat

’actions mécaniques.

Il y a donc pour le sol arable une double origine. La partie dure de la croûte terrestre, c’est-à-dire le roc, Us se décomposer et se transformer en une masse de

ébris de tontes sortes oui constituent une couche meuble et friable, en d’autres termes, une couche de terre. Ou bien encore, les roches peuvent-être usées, broyées, sous 'action énergique d'agents puissants. Ces fragments de rochers sont à leur tour réduits en morceaux plus petits, en gravier, en sable ct en argile,

uis ces matériaux pulvérulents sont transportés et dis-

ribués de diverses manières à la surface des rochers et dans les vallées pour y former encore une couche de terre. Une décomposition partielle peut accompagner, et, de fait, accompagne toujours cette action mécanique ; ALES le rôle principal revient à cette dernière. à rai ces deux origines du sol un peu plus en étail.

Très peu dé minéraux résistent à l’action dissolvante de l'oxygène , de la vapeur d’eau et de l'acide carbonique de l’atmosphère. Les rochers même les plus durs, comme les gneiss, les granites, sont attaqués et décomposés, surtout si la surface est recouverte de vé-

gétation, mousses, lichens ou autres plantes. Les acides organiques secrétés par ces plantes ont une action très marquée sur les minéraux. Les sommets des Laurentides sont ainsi énergiquement attaqués par l’atmosphère. Les gneïiss, les granites qui les constituent perdent leur feldspath, qui se dissout en partie et se

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chauge en partie en argile. Le quartz devient pulvérulent, les oxydes de fer sont enlevés et l’on voit partout un sable blanc ou grisâtre s’accumuler dans les anfractuosités des rochers. Arrive une pluie abondante, elle lave tous ces débris et les transporte avec elle dans la plaine. C’est sans doute de celte manière que se forment à la hauteur des terres les grandes masses de sable que les rivières du nord du lac Saint-Jean, au té- DISIATARR de M. A. Bnies, charrient sans cesse dans le ac.

On peut encore suivre cette décomposition pas à pas, dans une tranchée quelconque pratiquée à travers un rocher. A la surface se trouve le sol, la terre, puis une substance intérmédiaire entre la terre et le roc, et enfin ce dernier avec tous ses caractères minéralogiques distinctifs. Assez souvent certains lits résistent mieux à ces actions dissolvantes ; ils finissent par faire saillie à la surface. Si quelques portions de rocher sont plus compactes, la décomposition les entourent bientôt, et elles forment ces galets de décomposition très faciles à distinguer des galets de transport.

Le rocher de Québec n’est pas à l’abri de cette loi

énérale. Il suffit d'examiner une coupe un peu ongue faite perpendiculairement à la tranche des lits pour toucher du doigt ce travail de décomposition. Certains lits en particulier se décomposent avec une telle facilité qu’ils paraissent constitués uniquement ar de l'argile. On les dirait encore à. l’état pâteux de eur formation originelle. On trouve aussi abondamment des galets de décomposition dont les feuillets concentriques attestent l’origine.

Dans plusieurs pays, par exemple, dans le sud des Ftats-Unis, dans presque toute la France, eu Jtalie, en ÉJRRENS le sol arable n’a pas d’autres causes. Et voilà pourquoi il y a tant de ressemblance entre sa composition chimique et celle du roc sous-jacent.

Ce n’est pas ainsi que s’est formé la plus grande partie de notre sol arable.

Quelle est donc son origine ?—Jetons d’abord un coup-d'œil rapide sur nos fertiles campagnes. Nous trouverons que la surface en est généralement très unie, sauf quelques terrasses qui en élèvent subitement

De

le niveau en certains endroits, et quelques collines rocheuses qui font saillie ae place en place. C'est bien là l’apparence des vastes régions du Saguenay et des

roisses qui bordent la rive sud du fleuve, depuis Duébec jusqu'à Rimouski. Cette surface si uniforme est déjà une présomption que notre sol ne s’est pas formé sut place; car on ne pourrait expliquer la régularité de sa surface qu’en supposant au roc sous-jacent une régularité semblable, ce que l'observation directe contredit complètement. Le roc se trouve à des profondeurs qui varient dans de grandes limites. De plus ce même roc a une composition très changeante. Schiste en unendroit, il est gneiss dansunautre; calcaire ici, il est granitique plus loin. Or, on ne remarque aucune relation entre la composition des lits rocheux et celle du sol immédiatement superposé. Donc celui-ci n’est pas le produit de la décomposition de ceux-là.

Que reste-t-il à conclure ?—Que notre sol arable est le résultat de la trituration et de la décomposition de roches étrangères aux endroits où on le trouve et qu'il a été transporté et déposé dans nos plaines par un agent mécanique très puissant.

Je dis très puissant parce que la partie meule ne compose pas à elle seule tout le sol. fl y a de plus des cailloux roulés très volumineux, très nombreux, dont le transport a exigé le concours d’une force extraordinaire,

Chose curieuse, nous trouvons des indices de ces transports dans toutes les parties septentrionales de l'Amérique orientale, jusqu'aux limites sud de la Pensylvanie. Partout, nous trouvons la surface de la térre recouverte de débris, quelquefois dispersés au hasard, quelquefois stratifiés avec une grande régularité. Ici ce sont des sables ailleurs des argiles ; là de longues trainées de cailloux roulés, montrant pour ainsi dire la direction suivant laquelle la force motrice déplaçait tous ces débris.

Cette direction se trouve encore indiquée par d’autres faits. En étudiant avec soin les cailloux roulés de nos champs, on leur trouve une composition absolument analogue à celle des puissantes assises lau-eontiennes. Ce fait particulier peut se généraliser, et l’on

arrive à cette remarquable conclusive : que les roches, le sol d’un enûroit déterminé ont été transportés là par un agent faisant sentir son action du nord vers le sud. Ce sont les montagnes placées au nord qui ont fourni les matériaux des terrains méridionaux avoisinants.

Et pourquoi ne pas mentionner encore, à propos de ces déplacements vers le sud les curieuses migrations de plantes que l’on constäte dans notre Amérique ? Dans les montagnes blanches se trouvent des espèces végétales dont l'habitant est le Groënland. Ne seraientelles pas là à leur tour comme une preuve de ce grand déplacement superficiel qui se fit un jour des latitudes élevées vers les régions tempérées.

Lorsqu'on recherche les agénts qui ont pu effectuer ces déplacements, on trouve que deux seulement sont assez puissants pour s'adapter à tous les faits observés. Ce sont les banquises et les glaciers.

Les banquises sont des masses énormes de glace, cubant quelquefois plus de 500,000,000 pieds cubes et

ui, échappées de continents polaires, flottent à la surace de l'océan vers les régions équatoriales. Ces blocs de glace transportent des quantités prodigieuses de roches et de terre arrachées aux continents d’où elles partent, et, à mesure qu’elles fondent sous l’action plus énergique du soleil où au contact ï’eaux chaudes, ces subsiances terreuses se distribuent sur le fond de l'océan. C’est ainsi que le grand banc de Terreneuve s'est formé et augmente encore tous les jours, grâce aux banquises qui sont transportées du pôle par le courant du Labrador et qui fondent à la latitude de Terreneuve, au contact des eaux chaudes du gulf-stream.

Les glaciers, d’un autre côté, sont des fleuves solides, s’avançant lentement dans les vallons qui silloanent les flancs des montagnes à neige éternelle. Véritables fleuves de glace, ils ont leurs courants, leurs rapides et leurs chutes tout comme les rivières ordinaires. La rapidité de leur cours ne dépasse jamais un mille en dix-huit ou vingt ans. En revanche, l’action érosive de ces immenses amas dé gläce est énorme. Les roches

les plus dures sont broyées, usées, par Le frottement du pe et bientôt le courant glaciaire entraine avéc ui une quantité considérable de ces débris qui se mélent à la glace des parties profondes du glacier, ou s6 distribuent à la surface en loñgues trainées auxquelles 6n à donné le nom de moraines. Les roches sur les: qu ies passent ces tourants sont usées ét polies par le rottement, La surface générale devient mammelon: née, Or désigne cette forme extérieure du nom roches moutonnées. La surface se recouvre en mème temps de rainures plus ou moins profondes creusées par les fragments de roches plus dures entraînées par la glace. Ces rainures indiquent donc à la fois et’ le passage d’un glacier et le sens du courant glaciaire. Quand la inasse de glace atteint mille, deux mille pieds d’épais: seur, son passage modifie profondément le relief du pays sur la surface duquel elle $e déplace.

eut-on attribuer le transport mécanique de notre sol, des cailloux roulés de nos champs, à l'action des banguises ?--Nous ne le pensons pas. En effet, nous rencontrons ces divers matériaux à des hauteurs qui atteignent quelquefois six mille pieds, v. g., au mont Washington. Îl faudrait alors admettre que le Canada fut un han recouvert par un océan quiavait plus de six mille pieds de profondeur, à la surface duquel 'se promenaient ces blocs erratiques de glace. Get océan continental aurait dû s'étendre depuis la baie d’'Hudscn jusque dans la Pensylvanie, au sud, et jusqu'à Wisnipeg, à l’ouest. Or, entre la baie d'Hudson et la Pensylvanie, il y a de nombreux vestiges d’anciens rivages, Plusieurs, par exemple, se rencontrent à différentes hauteurs sur les flancs de la montagne de Montréal, d’autres à Beauport, à la Malbaïe, à Saint-Alphonse du Saguenay, au lac Saint-Jean et ailleurs. Pas un ne dépasse la hauteur de cinq cents pieds au-dessus de la mer. Donc le Canada n’a pas été recouvert par cette mer profonde sur laquelle auraient vogué les banquises polaires. Donc il est impossible d'attribuer le transport des galets et des matériaux du sol à l’ac. tion des banquises, Restent les glaciers. Les preuves de l'existence des glaciers à la surface du Canada, à une époque très

SA

reculée, ne manquent pas. Les collines laurentiennes qi longent la chaîne des Laurentides depuis le lac

upérieur jusqu'au Cap Tourmente sont de véritables 1oches moutonnées. a roches moutonnées, vous les trouvez encore à Saiat-Anselme, sur la hauteur des terres dans le canton de Ware, à la Beauce, aux Trois- Pistoles, au lacSaint-Jean, etailleurs. Leur surfare est toujours sillonnée par les rainures caractéristiques du se des glaciers, rainures qui,en règle générale, se

irigent du nord au sud. Souvent on découvre cesstries sur le sommet de montagnes très élevées. Au mont Washington, elles existent à plus de six mille pieds de hauteur, A tout cela, ajoutez ces blocs erratiques, provenant toujours de montagnes placées au nord de l'endroit où on lestrouve. Ajoutez encore que la plupart des collines rocheuses sont plus escarpées au nord qu'au sud. Tous ces faits nous forcent à admettre que le Canada fut un jour couvert d’une grande nappe de glace coulant lentement vers le sud.

Essayons maintenant de reconstruire par l’imagination l’aspect général de notre pays à cette froide ép°4"e que les géologues appellent l’époque glaciaire.

Notre province, Ontario et les provinces maritimes, étaient enveloppées d’une couche de glaces dont l’épaisscur devait atteindre plusieurs m'’iliers de pieds, puisqu’on trouve des traces certaines du passage des glaces sur la frontière entre le Canada et les Etats-Unis, à plus de deux mille pieds au-dessus du fleuve. (Cet immense voile de glace aminci dans les états de New- York, de Pensylvanie, d'Ohio, et dans l’ouest, croissait en puissance en gagnant le nord-est. Au nord de Montréal, commençait une puissante arète de glace, se prolongeant parallèlement au fleuve jusqu’au Labrador.

La cause de cette accumulation irrégulière de la glace est facile à trouver. La quantité de neige et de glace est une conséquence de la quantité de pluie qui tombe sur la surface d’un pays. Il est donc évident que la partie de notre continent voisine de l'Atlantique, did d’un climat plus humide que les parties de

‘intérieur (il tombe ici deux fois plus de pluie que dans les plaines de l'Ouest) la couche de glace a dû ncécessairement être plus épaisse ici qu'ailleurs. Ii #ct assez

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pps encore que, la barrière des glaces canadientres, nterceptant les vents humides de l'Atlantique, les continents polaires devaient avoir moins de neige et de glace que maintenant. Actuellement, les glaciers du Groënland ont des milliers de pieds d'épaisseur.

L'effet mécanique de cette masse de glace sur la surface du Canada fut immense. Le fleuve glacé exerçait une pression de plus de mille livres par pouce carré ; il usait, broyait les roches superficielles, enlevait les collines, pénétrait dans les vallées, labourant profondé: ment le sol et entraïnant avec lui une masse incalcau: lable de débris de touteespèce. Ces matières terreuses n'atteignaient pas la surface du glacier, car aucune terre ne faisait saillie au-dessus du champ de glace, sauf le mont Washington, ce géant des Montagnes Blanches. En revanche, nous pouvons affirmer que, sur une épaisseur de penses céntaines de pieds, la partie inférieure du glacier devait être remplie d’une En de débris arrachés aux rochers qui lui servaient

e lit

At moment où commençait ce long hiver, nous sommes en droit de croire que notre patrie était, comme au temps de Champlain, couverte de riches et puissantes forêts. Ces arbres furent déracinés au premier mouvement de la glace. Les troncs les plus solides ne purent résister $ la terrible impulsion et tous ces débris organiques formèrent plus tard les amas végétaux qu'on trouve de nos jours à différents endroits de la province, enfouis dans les profondeurs du sol arable.

La surface des rochers, exposée elle-même depuis des siècles à l’action dissolvante de l’atmosphère devait être

admirablement préparée pour ce labourage grandiose

de l’époque glaciaire. Aussi ce fut alors que les som: mets des Laurentides furent abaïissés à leur niveau actuel ; les lignes en furent adoucies, et l’incomparable horizon qu’elles dessinent au nord de Québec date sans doute de cette époque. Ce fut alors que nos vallées furent creusées, et cela à une profondeur mal connue, parce que plus tard elles furent à moitié remplies p2r les débris charriés par le glacier lui-même.

Avez-vous jamais remarqué le nombre poür ainsi

md

dire infini de petits lacs, semés à profusion daïs nos terrains laurentiens, entre le fleuve et la baie d'Hudson ? La position de ces flaques d’eau dépend d’une manière remarquable de la constitution. géologique du, pays. Elles existent là où. une roche plus molle a cédé plus facilement à l’action érosive de la glace. Et quelquesuns de nos grands lacs n'ont peut-ètre pas eux-mêmes d'autre origine, Il n’est pas impossible que les grandes cavités qui leur correspondent ne soient dues en partie à la même cause, Du reste, ilest certain que le glacier de l'époque glaciaire traversait la surface occupée maintenant par ces mers intérieures. On trouve au sud du Lac Supérieur des roches provenant évidemment des formations septentrionales,

Le Saint-Laurent eut également son lit occupé par le grand glacier, qui, sans aucun doute, contribua pour une large part à en augmenter la profondeur et la largeur,

Les rivières, surtout celles qui courent dans la direction du sud, subirent aussi l’action du glacier. Leurs lits furent creusés à une grande profondeur, A tel point que, dans certains cas, cette profondeur serait inexplicable sans l'intervention du glacier continental.

Que de problèmes renferme cette étude de l’action glaciaire! Quel rôle immense elle a joué dans l’ensemble des causes à qui notre pays doit sa configuration actuelle!

Nous pourrions ici, sous forme de digression, apqur quer ces données à un cas particulier, à l'étude de l’origine du Saguenay. La plupart d’entre vous ont par couru ce beau fleuve qui s'étend depuis Tadoussac jusqu'au fond de baie des Ha! Ha! Îls ont admiré la pro: fondeur des eaux, le pittoresque des rives, souvent coupées à pic comme par l'épée d’un autre Roland. Qui sait? Peut-être se sont-ils demandé comm les eaux avaient pu se creuser un lit aussi profond et aussi ca.

ricieux, Et, ne trouvant pas de réponse satisfaisante, ls ont cru voir dans origine de eette rivière, une révolution terrible de notre globe, se brisant comme le . verre sous la pression intérieure, et laissant pénétrer les eaux dans cette fissure gigantesque, où la sonde n’atteint qu'à mille pieds de profandeur.

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