‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 100 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

carrés blancs représentant les lots de l'Etat qui ne sont donnés qu'en concessions gratuites, et les rouges, ceux qui leur appartiennent. Elles les achètent, par exemple, au prix de cinq dollars l'acre et, après avoir fait beaucoup de réclame et lancé leurs agents de tous côtés, les revendent avec deux ou trois dollars de bénéfice. Pendant des générations, les Etats-Unis ont pris au Canada une grande partie de ses meilleurs enfants; il y a une quinzaine d'années encore, on aurait considéré comme une bonne plaisanterie l'idée de fermiers américains s'établissant au Canada.

Mais deux causes importantes sont venues dans l'intervalle modifier cet état de choses. L'ime est que toutes les bonnes terres disponibles et à bas prix des Etats de l'Ouest sont occupées; la seconde est le développement des voies ferrées dans le Nord-Ouest canadien, la supériorité de son blé sur tous les autres blés de l'Amérique du Nord, et la facilité qu'il offre pour leur vente; enfin, l'abondance de terres accessibles et à bon marché. Depuis 1900 surtout, les Américains affluent en grand nombre : on en a compté déjà plus de 300 000, et les journaux canadiens en annoncent 100 000 pour cette année. Ce sont des gens intelligents, industrieux, habitués à la prairie et apportant des capitaux. Enfin, tous les Canadiens qui les voient à l'œuvre reconnaissent qu'on trouve chez eux un mélange tout particulier d'entrain, d'enthousiasme et d'initiative qu'eux-mêmes, malgré leur énergie et leur activité, ne possèdent pas à un égal degré.

Les sociétés américaines organisent des excursions accompagnées, de gens qui veulent se rendre compte de la valeur des terres avant de s'y installer; on raconte toutes sortes d'amusantes histoires sur la façon dont ces groupes, conduits par des représentants des syndi-

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cats américains, sont soigneusement tenus en dehors de tout contact avec les agents du pays. On frète des trains spéciaux, on loge les acquéreurs virtuels bien à l'écart, en veillant sur leurs allées et venues, de peur que des agences rivales ne leur parlent de terres plus avantageuses et plus prospères, et ne leur enlèvent leurs clients. Mais cette émigration dans le Nord-Ouest canadien, qui a atteint, dans la dernière année, le chiffre de 70 000 colons, a fini par émouvoir le public américain, et une campagne se dessine en ce moment à Chicago pour enrayer ce mouvement.

Tous ces Américains n'éprouvent aucune répugnance à vivre sous le drapeau anglais. D'ailleurs, la nationalité a peu d'importance, là 011 il n'y a pas de différence de race sensible, et il n'est pas douteux qu'ils ne deviennent, dans une génération, de bons Canadiens. Le colon américain trouve à peu près les mêmes lois en vigueur que dans l'Iowa ou le Minnesota, quoique mieux appliquées, ce qu'il reconnaît souvent. Comme il n'est pas de ceux qui manient à tort et à travers le revolver, il manifeste sa surprise et une satisfaction naïve à se trouver dans im pays oti tout homme qui se rend coupable d'un homicide volontaire est sûr d'être pendu. Certains même ne peuvent croire la chose possible, quoiqu'ils s'en réjouissent vivement. Ce qui les étonne le plus, c'est de voir les cavaliers de la police, sanglés dans leurs tuniques rouges, trotter dans la prairie ou monter dans le train. Le simple fait qu'il existe des individus qui peuvent leur donner des ordres arbitrairement, en cas de besoin, et en même temps les protéger, cause une sensation bizarre à ces Américains de l'Ouest; car, chez eux, la sécurité dépend ordinairement du caractère paisible de leurs voisins, et leurs juges sont souvent d'anciens assassins, sans qu'on

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