‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 102 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les feux de prairie. — La chasse au buffle. — Le soulèvement de i883. — Calgary. — Les Rocheuses vues de Calgary. — L'Alberta. — L'élevage du cheval et du bétail. — La police montée. — Les grands ranches. — Macleod. — Avenir du Nord- Ouest.

A soixante-quatre kilomètres à l'ouest de Régina se trouve Moosejaw (Mâchoire d'élan), petite ville d'environ six mille habitants, qui est loin d'être agréable. Son nom était, à l'origine. Le ruisseau où Vhomme blanc répara une charrette avec une mâchoire d'élan, mais on comprend que l'on ait abrégé ce nom, longtemps déjà avant que le chemin de fer n'arrivât jusque-là. On passe de la région du grain dans celle des ranches. Les pluies sont moins abondantes, le pays est plus aride, et l'on commence à apercevoir, dans la plaine ondulée et morne, des troupeaux de bétail et de chevaux. Les fermes deviennent plus rares, et l'on y sent ce mépris du confortable qui est assez fréquent chez les ranchmen.

La plaine s'étend maintenant tristement à l'infini ; on ne voit plus de récoltes sur pied ni de meules, plus de charrues ni de batteuses, ni de routes noirâtres parcourues par des buggies ou des chariots; le paysage n'offre plus de teintes variées : seuls, les effets de

soleil et de nuages apportent quelques changements de couleur aux étendues infinies d'herbages. Pour la première fois depuis Winnipeg, le voyageur qui n'a pas quitté le train se sent saisi par une sensation vague d'oppression devant ce désert immense, d'où la vie semble absente. C'était, autrefois, une région favorite des buffles, et l'on voit encore distinctement dans la prairie les pistes qu'ils ont parcourues jadis par centaines de mille, et pendant des siècles. Les lacs et les marais ont la teinte laiteuse de l'alcali. De temps à autre, on aperçoit un troupeau perdu au loin, comme un point dans la plaine.

Pendant plus de deux cent cinquante kilomètres, à une allure de trente à l'heure, on traverse cette solitude mystérieuse dont le Pullman, malgré son agrément et la société qu'il fournit, ne réussit pas à diminuer l'impression pénible. Il arrive parfois que tout le pays soit en feu; il nous fut ainsi donné une fois de rouler pendant une après-midi et la moitié de la nuit à travers la prairie, brûlant sans discontinuer. Hâtons-nous d'ajouter que l'herbe y est très courte, et que la flamme ne dépasse pas soixante ou quatrevingts centimètres sur les plateaux, mais les pâturages incendiés demandent deux ou trois ans pour reprendre. Des zones de protection, sous forme de terre labourée, suivent la voie de chaque côté et entourent ranches et stations.

]\Iais nous ne sommes pas près d'oublier le magnifique spectacle qu'offrirent, à la nuit, ces kilomètres de prairie en feu Ces incendies causent de tels ravages que l'Etat nomme des surveillants dans tout le Canada, chargés de guetter dans les bois et la prairie, et de donner l'alarme. Une allumette ou un feu allumé par un chemineau peut détruire des lieues de pâturages et

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