CHAPITRE XIII
bois une race de buffles que tuent les Indiens qui vont chasser sous ces latitudes extrêmes.
Nous arrivons à l'embranchement de Dunmore, où la ligne sud du C. P. R. se détache à travers les régions méridionales de l'Alberta, du côté des districts miniers des Montagnes Rocheuses, vers Nelson et d'autres centres industriels, pour remonter ensuite vers le nord, et rejoindre la grande ligne à Revelstoke.
On aperçoit de loin en loin, rencontre. peu fréquente dans le Manitoba, un éleveur solitaire sur son broncho, trottant dans la plaine déserte, accompagné de collies; ou des troupeaux de bétail parqués, autour desquels galopent des cavaliers. De blanches tentes d'Indiens, Cris ou Pieds-Noirs, indiquent le voisinage des réserves qui leur sont encore imposées; on distingue aux alentours de ces campements des hommes et des squaws montés sur des poneys, et conservant presque intact leur accoutrement voyant d'autrefois. C'est dans le nord de la Saskatchewan que se produisit d'ailleurs le dernier soulèvement des Indiens au Canada, en 1885.
Les métis de cette région, naturellement hostiles à la colonisation, se révoltèrent et invitèrent Louis Riel, qui avait dirigé l'insurrection de 1870 et dont la vie avait été épargnée, à quitter le Montana, où il s'était réfugié, et à venir se mettre à leur tête. Ce qui était pire, ils appelèrent aussi beaucoup d'Indiens à leur aide, et l'on eut la plus grande peine à contenir les autres. Les colons et la police montée furent cernés et assiégés à Battleford, Edmonton, Prince-Albert et dans quelques autres villes; des groupes isolés furent massacrés. Environ deux mille guerriers formidables se mirent sur le sentier de guerre et les secours les plus voisins ne pouvaient venir que des provinces de l'Est; or, le C. P. R. n'avait pas encore établi la liaison, à
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l'est de Port Arthur. Cependant, avec une promptitude remarquable et méritoire, on dépêcha dans la Saskatchewan plusieurs milliers de volontaires, dont aucun n'avait jamais combattu : après plusieurs engagements, où ils perdirent environ cent cinquante hommes, la rébellion fut écrasée. Riel, qui ne méritait plus de merci, fut pendu cette fois, avec quelques autres.
Ce fut un moment critique, non seulement parce que les deux mille et quelques rebelles partis sur le sentier de guerre étaient des guerriers de valeur et des tireurs hors ligne, en face de Canadiens inexercés, mais surtout parce que tous les Indiens du Nord-Ouest étaient surexcités à un tel point qu'en cas d'un sérieux échec des troupes canadiennes, il y aurait eu certainement un soulèvement général. Tout a bien changé depuis ce temps, et une nouvelle révolte serait maintenant absolument impossible, même si les causes qui l'avaient amenée n'avaient pas cessé depuis longtemps d'exister.
Aux approches de Calgary, un incident comique nous revient à l'esprit, qui se rattache aux désagréments que présentent inévitablement les Pullman. Les enfants mal élevés, ou pas du tout élevés, beaucoup plus fréquents au Canada et aux Etats-Unis qu'ailleurs, y sont quelquefois parfaitement insupportables. On est disposé naturellement à beaucoup de patience en songeant à l'épreuve que constitue un voyage de trois ou quatre jours pour les nerfs des enfants, et aussi pour leurs parents, mais il y a des plaisanteries et des façons de torturer les voyageurs qui sont inexcusables de la part de petits garnements de trois à dix ans.
Lorsque certains d'entre eux sont lâchés àans un Pullman, il n'y a rien à faire qu'à se réfugier dans le fumoir, ce qui peut être gênant, feurtout pour une