‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 105 sur 135 · CHAPITRE XIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIT

dame. Le domestique nègre qui garde le sleeping est toujours prêt à rendre service, mais on ne peut guère lui demander, connaissant son tempérament, de faire acte d'autorité. Pourtant, nous en vîmes un, une fois, réclamer auprès d'une dame, qui persistait à tricoter avec sérénité, pendant que ses quatre rejetons faisaient des courses dans le couloir du wagon, agrémentées de steeple-chases par-dessus les banquettes. Elle faisait le voyage de Montréal à Calgary, aussi la perspective était-elle sombre pour les voyageurs. A la un, le gentleman de couleur ne put y tenir plus longtemps : après plusieurs avertissements inutiles, la petite bande disparut soudain. Il la déposa sans doute dans la prairie. En tout cas, personne ne chercha à pénétrer ce mystère, car tout le monde remerciait intérieurement notre sauveur.

Calgary, cette petite capitale de la région des ranches du Nord-Ouest, diffère des autres villes nouvelles que nous avons vues : elle se trouve, en effet, dans une situation unique au point de vue pittoresque. Bâtie sur les bords d'ime large rivière, qui a les allures d'un gros torrent, froid, limpide et bondissant, elle est entourée de collines sillonnées de cours d'eau rapides, avec, au fond, le décor des Montagnes Rocheuses dont les sommets, couverts de neige et abrupts, se découpent sur le ciel.

Calgary, dont la population a passé, en cinq ans, de 10 000 à près de 30000 habitants, se développe rapidement ; la ville est construite, en grande partie, avec une pierre grise, extraite des environs et qui, très douce à travailler, durcit complaisamment avec le temps. Les magasins sont suffisants, les succursales de banques nombreuses. Elle possède deux ou trois hôtels relativement convenables, bien que, comme tous les hôtels de

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la prairie, ils soient trop souvent, le soir, le rendezvous d'individus grossiers, affligés d'un excédent de salive, qui encombrent les meilleures places près du poêle dans les salons et font, de temps à autre, un tour au bar le plus voisin. Le besoin de renvoyer ces flâneurs ou le manque d'une pièce spéciale pour la clientèle plus relevée se fait désagréablement sentir dans tout l'ouest de Winnipeg, jusqu'aux montagnes.

Le prix de ces hôtels varie entre deux dollars et deux dollars et demi. La cuisine y est partout mauvaise, et le service des chambres capricieux, souvent nul. Ils sont de beaucoup inférieurs à ceux du Canada Oriental et surtout aux hôtels américains. Ce n'est pas là une plainte personnelle, mais une opinion à peu près générale, même chez les Canadiens. Elle ne vise naturellement pas les grands établissements, qui font, au contraire, ressortir par contraste l'insuffisance des autres.

Les quartiers non commerçants de Calgary s'éparpillent dans tous les sens sur la plaine étroite qui s'étend entre la rivière et les collines; comme il est habituel aux alentours des villes de la prairie, la plupart des maisons y sont peintes coquettement. Les quartiers bas, dans l'angle formé par les deux rivières, le Coude et l'Arc, ont eu souvent fort à souffrir des inondations de ce dernier. Calgary renferme les usines habituelles, scieries, minoteries, fromageries et brasseries, avec un abattoir et des magasins frigorifiques; comme toutes les villes de la prairie, il est éclairé à l'électricité. Calgary possède aussi une grande et agréable caserne pour la police montée, dont c'est le second dépôt après Régina.

La première chose à faire en arrivant de l'Est à Calgary est de se rendre sur l'une des hauteurs qui

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