‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 106 sur 135 · CHAPITRE XIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIT

dominent la ville, petite ascension de cent cinquante à deux cents mètres, car on découvre, de là, un superbe panorama des Montagnes Rocheuses. Semblables à une longue muraille découpée, elles se dressent à une distance d'environ 125 kilomètres, avec leurs pics neigeux, ou plus impressionnantes encore avec leurs cimes déchiquetées, semblables à des dents, et rayées de bandes de neige.

En temps normal, tous les innombrables ranchmen de l'Alberta et les habitants des villes et des villages ont devant eux ce magni&que spectacle. On raconte souvent, dans la région, qu'un Anglais, nouvellement arrivé, se mit en marche dans la direction des Rocheuses, le matin, après le premier déjeuner, comptant les atteindre et être de retour de son excursion pour dîner. Après avoir marché plusieurs heures sans que la distance parût diminuer, il rencontra un habitant qui lui dit que les montagnes étaient encore à plus de quatre-vingts kilomètres, sur quoi notre Anglais rebroussa chemin, stupéfait et plutôt fâché. Le lendemain, au cours d'une promenade qu'il faisait avec un ami dans un ranch voisin, ils rencontrèrent un ruisseau; l'ami, qui était du pays, se mit à ôter ses bottes et à relever aux genoux son pantalon, pour le traverser, mais il fut tout étonné de voir l'Anglais commencer à se dévêtir, comme pour prendre un bain. Lui demandant pourquoi il se déshabillait ainsi, l'autre lui répondit, en continuant d'ôter ses vêtements, qu'ayant été pris une fois avec les distances, dans ce pays, il pensait, d'après sa course de la veille, qu'il y aurait une bonne longueur à nager et, cette fois, il n'avait pas l'intention de rester en route.

Calgary est le centre et le marché de la partie moyenne de l'Alberta. Dans toute cette région, l'herbe

en touffe (i) qui sèche et se transforme en foin sur le terrain est d'excellente qualité; c'était autrefois l'endroit favori des buffles pour passer l'hiver. L'influence des vents Chinook en tempère la rigueur et coupe le froid, sec et vif comme dans le Manitoba, de périodes tièdes. Il nous est arrivé, après avoir traversé les montagnes oii régnait, avec beaucoup de neige, un froid de 30 degrés au-dessous de zéro, de nous trouver à Calgary au moment oii les Chinook y soufflaient. Avec l'aide du soleil, ils faisaient fondre la neige presque à vue d'œil. On nous a montré aussi la photographie d'une partie de tennis à Calgary, le jour de Noël. On y voyait tout le monde en complets de flanelle et en costumes légers. L'influence des Chinook, tièdes et parfumés, se fait sentir, au nord, jusqu'à Red Deer, c'est-à-dire à peu près à moitié chemin d'Edmonton, à environ 130 kilomètres de là. Vers le sud, ils se font sentir encore davantage.

La région de Calgary est plutôt un pays de ranches de moyenne étendue, tandis que celle de Macleod, à environ 150 kilomètres au sud, est le pays des grands élevages. On voit bien pousser de belles moissons autour de Calgary, mais il faut, pour cela, une année humide, et l'on ne peut planter du grain que si l'on fait en même temps de l'élevage. Dans la région de Macleod, qui est encore plus sèche, on a recours à l'irrigation, en utilisant les nombreux cours d'eau qui descendent des Rocheuses. L'Alberta, quoique très occidental, est très recherché des colons, car les hivers y sont généralement plus doux que dans les pays de blé ;

(i) Bunch grass : l'herbe en touffe forme une sorte de boule isolée et retenue au sol par une seule racine; à l'automne, elle sèche sur place et le bétail, qui reste l'hiver sur la prairie, la mange en fouillant sous la neige. (N. du t.).

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