‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 107 sur 135 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

c'est, enfin, la meilleure contrée pour l'élevage en grand ou sur de moindres proportions, bien que ce soit, peut-être, dans le district de l'Alberta septentrional et aux environs d'Edmonton que la culture des céréales et l'élevage se trouvent, de toutes les régions de l'Ouest, le plus heureusement combinés.

Depuis la frontière américaine jusqu'au 55* parallèle, la province forme une large bande, ayant à peu près la longueur de l'Angleterre, et qui va en s' évasant à mesure que les montagnes obliquent vers le Nord-Ouest. Une ligne de chemin de fer la traverse en ligne droite en son milieu, de Macleod à Calgary, où elle coupe la ligne transcontinentale du C. P. R., pour s'enfoncer ensuite vers le nord, dans la direction d'Edmonton. Les stations qui s'échelonnent sur la ligne, pendant ces quatre cents kilomètres, correspondent chacune à des genres différents de pays et de culture.

Au-dessus de Calgary, surtout en approchant de Macleod, la prairie s'étend au loin, sans arbre et unie, les troupeaux de chevaux, de bœufs ou de moutons qui s'y dispersent sont énormes et appartiennent généralement à de grands propriétaires ou à des sociétés. Les collines qui forment les premiers contreforts des Rocheuses s'approchent tout près, et les ranchmen se logent, nombreux, entre leurs ramifications. Au nord de Calgary, au contraire, on voit de la culture mixte et des propriétés de moindres dimensions. A Red Deer, on sort de la zone d'influence des Chinook ; la moyenne des pluies augmente; on arrive dans la région d'Edmonton, dont le climat rappelle, à tous égards, celui du Manitoba; le sol y produit autant de grain, mais, plus arrosé et plus couvert d'herbages, il est plus propre à l'élevage que celui du Mamtoba. Edmonton est, sans aucun doute, le principal centre d'attraction de tout

le Nord-Ouest canadien, pour la moyenne des émigrants venant d'Europe ou des Etats-Unis. Si l'on descend à l'une de ces stations de la ligne d'Edmonton, qu'aperçoit-on devant soi ? Les Rocheuses, quoique à plus de cent cinquante kilomètres, se dressent toujours là, élevant dans le ciel leurs cimes aiguës et découpées comme les dents d'une faucheuse, imposantes, même à cette distance, et tachées de plaques de neige.

La prahrie, cependant, a un peu changé d'aspect; elle n'est plus aussi unie, elle est mouchetée de plantes variées et de teintes diverses. Des champs de saules nains mêlés à des églantiers, alternent avec des étendues d'herbe et des taillis boisés. Rien, cependant, ne vient rompre ces vastes perspectives, qui sont le charme de tout le Nord-Ouest. L'ombre et le soleil se jouent sur des terrains plus ou moins variés et accidentés, mais toujours d'une inûnie étendue, dont les seules limites sont les sauvages sentinelles de roc et de neige qui se dressent à l'horizon. Des centaines de meules sont disséminées par la plaine, car le bétail, dans cette région, demande un peu de fourrage en hiver. De loin en loin, on aperçoit une ferme, généralement rudimentaire, construite par le premier colon, et dont le soleil caresse les murs blanchis à la chaux. Quelquefois, une ferme plus importante, avec sa grange, digne du Manitoba ou de l'Ontario, s'élève au bord de la route noire et poudreuse, que ne longe aucune clôture.

L'émigrant qui s'établit dans l'Alberta ne cherche qu'à avoir un terrain assez grand pour ses troupeaux; par suite, un quart de lot de terre lui est très suffisant. Il peut y construire sa maison et ses étables, planter en même temps du grain selon ses besoins, faucher sa prairie ou le foin qu'il a semé. La végétation pousse à

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