‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 108 sur 135 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

merveille dans ce terrain noir et profond. Le bétail que l'on voit courir sur la plaine appartient aux plus belles races. Les shorthorns, les herefords et les aberdeens sont les espèces qui se sont disputé la préférence des éleveurs; pourtant, il n'est pas douteux que les shorthorns n'aient triomphé de leurs rivaux. On voit dix durhams, fortement membres, aux teintes rcugeàtres, contre un hereford, un aberdeen ou un galloway. Le hereford, solide malgré son aspect un peu mou, a regagné un peu de terrain, mais c'est le shorthorn qui prend le plus de poids et donne le plus de lait; c'est, à tous égards, le plus parfait représentant de la race bovine.

Dans l'Alberta, on élève souvent des chevaux en même temps que le bétail ; on en compte à peu près un quart sur l'ensemble des troupeaux. Avec son climat très sec, ses ruisseaux limpides, ses pâturages d'herbe en touffe séchant sur place, c'est une contrée idéale pour le cheval : toutes les races se trouvent représentées, suivant les préférences personnelles des éleveurs. On voit surtout des clydesdales et des shires, et les bêtes de trois ans atteignent de 375 à 500 francs. Les races plus légères se vendent, au même âge, de 200 à 250 francs.

Mais l'élevage du cheval est une question assez complexe, et les différents marchés d'exportation varient fréquemment dans leur choix. De plus, la viande de cheval ne trouve qu'un débouché restreint; seul, im district des Etats améiicains du Sud-Ouest expédie des chevaux pour cet usage en Belgique et en France. Enfin, il n'est pas exagéré de dire que cet élevage demande une sorte de don ou de goût naturel, et que certaines gens ont la vocation de ce métier, quoiqu'il y en ait peu sur lesquels les amateurs se fassent plus

facilement des illusions. Pour la moyenne, l'élevage du bétail, bêtes à cornes et moutons, est plus sûr. En général, les nouveaux arrivés réussissent mieux dans cette voie que comme fermiers.

Il fut un temps où Calgary avait, dans le Canada tout entier et même en Europe, une réputation spéciale pour la vie tapageuse que menaient les jeunes gens dans ses bars. De jeunes Européens, avec une dizaine de mille francs placés dans de petits ranches, perdaient la tête en se voyant tout à coup propriétaires de chevaux et possesseurs d'un compte de banque éphémère; ils passaient la moitié de leur temps dans la ville, paradant dans des tenues de cowboys extravagantes, s'entraînant au whisky, jouant au billard et au polo, jeu admirable, il est vrai, mais peu approprié pour quelqu'un qui doit vivre, à force de travail, sur les produits d'un petit revenu. Cet élément a maintenant disparu.

Quoi qu'il en soit, beaucoup d'éleveurs sérieux, réellement actifs, et munis de capitaux, venus dans l'Alberta dans les premiers temps, n'y réussirent pas. Il y avait beaucoup à apprendre au point de vue du climat et de l'élevage lui-même, exactement comme pour la culture dans le Manitoba, où les premiers venus devaient acquérir de l'expérience à leurs propres dépens, pour en profiter eux-mêmes plus tard ou en faire profiter les autres. De plus, les moyens de transport par la voie ferrée étaient très mal commodes; enfin, les cours étaient bas. Cependant, l'élevage est devenu un métier assez régulier et lucratif. Il n'y a, en effet, ni ouragans, ni maladies du bétail ni insectes nuisibles dans l'Alberta. Les loups ont été détruits; le coyote rusé, que l'on aurait pu prendre pour un chien de berger perdu, errant dans la prairie, n'est plus à

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