‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 109 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

craindre maintenant. Aucune maladie sérieuse du bétail n'a fait son apparition.

C'est certainement, des métiers du Nord-Ouest, le plus intéressant et, somme toute, le plus rémunérateur; toutefois, il exige plus de capitaux que la culture du blé, que l'on peut cotnmencer sur de modestes proportions, avec une concession gratuite ou en achetant la terre à tempérament. Pour l'élevage, au contraire, plus grande est la mise de fonds, dans une certaine mesure, mieux cela vaut. On surveille aussi facilement trois cents bêtes qu'une seule, et bien que les cours soient évidemment sujets à des fluctuations, il ne semble pas, dans les conditions présentes du marché mondial, qu'il doive se produire encore de ces terribles crises de marasme qui paralysaient autrefois les affaires dans l'Ouest américain. Les facilités des transports par voie ferrée, les magasins frigoriûques, le perfectionnement des races, l'augmentation de la consommation de la viande dans le monde entier, semblent devoir prévenir d'autres fluctuations que celles auxquelles il faut s'attendre normalement, et, contre celleslà, l'éleveur, grâce à la moyenne des bonnes années, peut lutter facilement.

Les rues de Calgary offrent un spectacle très pittoresque : on sent tout de suite que l'on est dans le pays des ranches. On voit de tous côtés des cabriolets, des dogcarts, des sulkeys, des phaétons attelés de poneys, sans parler des chariots et des buggies que l'on retrouve partout. Absents dans l'Est, les cavaliers sont ici nombreux et variés. On ne rencontre plus, toutefois, les cowboys amateurs, au.x allures de bandits (desperado), que l'on y voyait autrefois : l'accoutrement le plus fantaisiste que l'on puisse se permettre maintenant, se compose du feutre brun à bords larges et raides, la

chemise de flanelle, avec le foulard rouge noué autour du cou, le pantalon dans les bottes; toutefois, la selle anglaise de chasse, employée par les cavaliers, à Toronto, est remplacée par la selle du Texas, qu'accompagnent les étriers suspendus par le bout.

Du reste, on serait plutôt malvenu à se donner des allures de desperado dans l'Alberta, car la loi défend même de porter un revolver et, si l'on en faisait un usage effectif, on serait sûr d'être pendu haut et court. Les choses ne se passeraient pas comme dans le Montana ou le Texas : on ne verrait pas le juge ou le jury intervenir amicalement, ni les <( amis » de l'assassin venir à son secours en employant l'argent, l'influence ou l'intimidation. Cela ne lui réussirait pas mieux que s'il était en Angleterre, et la police montée aurait bien soin de ne pas le laisser s'échapper, dût-elle le poursuivre jusqu'au Mexique.

On croise beaucoup d'Indiens, car il y a, dans le voisinage, des réserves de Stoneys et de Pieds-Noirs, venus à la ville pour leur plaisir ou pour affaires, montés sur leurs robustes poneys ; les hommes portent les guêtres de cuir a franges et les mocassins; les squaws, montant à califourchon, sont drapées dans leurs manteaux aux voyantes couleurs. Les rues de Calgary sont constamment parcourues par des cavaliers de la police montée, coiffés du feutre, et portant la tunique rouge et le pantalon noir à bande jaune. Le Canada est fler de cette arme, et à juste titre; les Etats-Unis pourraient bien la lui envier. Comme ces cavaliers ont le privilège de poursuivre les criminels au delà de la frontière, les bandits du Montana et du Dakota en ont une sainte terreur. Ils surveillent surtout les voleurs de chevaux et les Indiens tapageurs ; grâce à la terreur qu'ils inspirent, le meurtre et la violence ont presque

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