CHAPITRE XIV
connu, et Morley, réserve des Indiens Stoney, autrefois les plus braves, et maintenant les plus industrieux. Des murailles de calcaire gris pâle s'élèvent à pic de toutes parts; leurs sommets sauvages, durs et nus, revêtent toutes sortes d'aspects d'une grandeur abrupte et fantastique; les pics isolés et les arêtes dentelées se succèdent rapidement et se découpent sur le ciel. C'est la fin d'octobre : les premières neiges ont déjà étendu leur manteau sur la cime et les épaules des grands pics, et soulignent de bandes blanches les corniches qui contournent l'abîme effrayant de la montagne. Le fond de l'étroite vallée est une sombre mer de pins et d'épinettes serrés, qui essaient de grimper sur les premières pentes et s'éclaircissent bientôt.
Entre la voie ferrée qui suit tous ses détours et les bois, l'Arc, gris verdâtre encore comrne au sortir du glacier, rejaillit sur les rocs ou tourbillonne en de larges remous sur lesquels les pins jettent leur ombre profonde. En cette saison, dans les Rocheuses, chaque heure du jour amène des surprises : un ciel bleu se cache soudain derrière des flots de brouillard ; à une matinée grise et froide succède une belle et tiède journée d'été indien (i). Au pied de ces sommets aux découpures étranges, on comprend maintenant pourquoi ces montagnes avaient, dans le lointain, cette silhouette si fantastique, qui surprend les voyageurs habitués aux pics harmonieux et comme symétriques de l'Amérique Orientale et même de la Suisse.
Le train dépasse Canmore et Anthracite, deux localités qui exploitent une houille excellente; à Canmore se dressent, sur la gauche, les pics fameux des Trois
(i) Nom que l'on donne, aux États-Unis et au Canada aux beaux jours de l'automne. (N. du t.)
Sœurs, puis la longue crête découpée du Mont Rundlc, enfin la masse puissante du Mont Cascade; il tourne brusquement vers l'ouest et arrive à Banff, station favorite, dans ce désert impressionnant, qui offre de grands espaces, où l'on peut excursionner sans avoir à monter réellement, et sans que le panorama perde rien de sa grandeur, et une variété remarquable de paysages.
C'est le cœur du Parc national canadien auquel on ne doit toucher sous aucun prétexte. Le fond de cette cuvette où se trouvent dispersées les habitations s'étend dans chaque direction sur cinq ou six kilomètres; il est traversé par les eaux vertes et limpides de l'Arc qui bondissent, jaillissent et s'endorment tour à tour, et dont les aspects varient à l'infini. De belles routes serjDentent à travers des bois de pins et des prairies où l'on peut se promener en voiture ou à bicyclette. D'innombrables sentiers suivent les bords des eaux rapides ou s'enfoncent dans la sombre profondeur des bois.
Il y a deux hôtels à Banff : le plus grand, appartenant au C. P. R., domine, dans un site superbe, la jonction de la rivière et d'un de ses affluents; l'autre est le Sanatorium. Le village, qui comprend quelques coquettes maisons en bois, échelonnées le long de la route de la gare, renferme aussi un musée qui possède une belle collection de la faune des Rocheuses. Le panorama, dans toutes les directions, est superbe, mais il est surtout impressionnant de la spacieuse véranda de l'hôtel du C. P. R. A cent mètres au-dessous, on voit les deux rivières unir leurs eaux d'un bleu verdâtre, puis s'éloigner vers l'est en tm large ruban d'argent parmi les bois touffus, au pied d'immenses précipices.
Les touristes trouvent toutes sortes de distractions,