CHAPITRE XIV
pêche et sport, à Banff; situé dans le Parc National canadien, la chasse y est interdite : en se promenant dans les bois, on voit des grouses voleter sans crainte d'un coup de fusil, et l'écureuil bondir, avec une égale confiance, d'une branche à l'autre. Rien, aux alentours, comme cela a été voulu par l'Etat, ne vient gâter ce magnifique tableau de montagnes; aucune usine, aucun défrichement ; tout le pays est consacré au plaisir des yeux, au repos et à l'agrément.
La masse énorme du Mont Cascade s'étend au nord. Au-dessus de la lisière des forêts de résineux qui, comme partout dans l'Ouest, "s'accrochent opiniâtrement à ses flancs, là oii elles peuvent trouver prise, les rocs dénudés, d'un gris pâle ou légèrement brunis, se dressent à pic de toute part, sauf sur un côté; là, ils ne présentent pas grand obstacle aux ascensionnistes, et c'est l'excursion favorite des gens un peu endurcis. Le Mont Cascade doit son nom à un ruisseau qui, jaillissant de son flanc, retombe de saillie en saillie, comme un fil d'argent, pour se perdre dans les bois. La montagne voisine, que l'on appelle, assez mal à propos, Vermillon, est moins imposante.
Comme nous nous trouvions à Banff, un jeune commis voyageur du Canada Oriental, aussi novice que celui dont nous avons raconté la mésaventure à Calgary, quitta un matin notre hôtel, à l'insu de tout le monde, sauf de son compagnon de voyage qui sans doute, bien sûr de son affaire, avait parié contre lui un billet de cinq dollars, pour faire l'ascension de la montagne. Vers midi, nous trouvâmes le jeune homme affalé sur un fauteuil, dans le hall de l'hôtel, les pieds couverts d'ampoules, les bottines toutes déchirées, les vêtements salis, attristé mais assagi, et soulagé, sans doute, lie ses cinq dollars. Il nous montra la corniche jusqu'à
laquelle il était parvenu avec beaucoup de mal, — c'était pourtant un garçon solide, — et qui semblait bien encore à trois cents mètres du sommet. Là, son nez avait commencé à saigner et sa tête à tourner; ce qu'il avait pris, de loin, pour un tapis de neige était une couche de cinquante centimètres, et les petits buissons qu'il avait cru voir étaient une impénétrable forêt de pins. Se contentant de déposer là une bouteille avec sa carte, au lieu de la porter triomphalement au sommet, comme il en avait eu l'intention, il était redescendu dans ce triste état vers les sphères inférieures, avec des notions plus exactes sur celles qu'il quittait.
Les monts Rundle et du Soufre leur font face, et d'autres encore complètent le cercle.
Banff doit être, en été, un endroit délicieux pour le naturaliste, l'alpiniste, le pêcheur, et aussi pour tous ceux qui ne rentrent dans aucune de ces catégories, et c'est, après tout, la majorité. En automne, le temps et l'impression produite peuvent varier brusquement : on se promène un jour, sous un bon soleil, à travers les forêts, on flâne au bord des eaux qui reflètent leur sombre verdure et les rocs rouges qui les surplombent; le lendemain, tout est gris et froid : les précipices et les montagnes, au milieu des nuages, semblent vous menacer d'un air sauvage. C'est peut-être ce dernier aspect qui convient le mieux au caractère des Rocheuses. Nous nous rappelons avoir fait, par un de ces temps sombres, ime promenade en voiture au lac Mirmewanka, à une douzaine de kilomètres de Banff, nappe étroite d'eau glacée, longue de trente kilomètres, que surplombent des montagnes dénudées. C'est un endroit très fréquenté des touristes, en été, et les pêcheurs prennent