‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 117 sur 135 · CHAPITRE XTV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTV

À onze kilomètres de là se trouve le lac Emeraude. derrière le Mont Burgess; il attire Ijeaucoup de visiteurs, ainsi que les grandes chutes de Takakkaw, cataracte de près de 400 mètres de haut, et la vallée de Yoho. Toute cette région est admirable pour la pêche à la truite.

En descendant vers Golden, la voie suit les gorges sauvages et les rapides impétueux du « Cheval qui rue » : elle accomplit des prodiges, au moyen de travaux d'art variés, tunnels, ponts de maçonnerie et pilotis. Golden, situé au pied des Rocheuses proprement dites, est un grand centre pour les mineurs; on gagne de là, en vapeur sur la Columbia qui coule vers le nord, un monde actif et encore sauvage d'industrie minière; on y extrait surtout de l'or, car la Colombie Britannique, dans laquelle nous avons pénétré en franchissant la ligne des deux versants, renferme d'énormes gisements aurifères.

Le train traverse la Columbia, s'engage dans les monts Selkirk par l'étroit caiïon de la rivière des Castors et grimpe lentement sur le flanc à pic de la montagne, à une vitesse de 15 à 16 kilomètres à l'heure. A trois cents mètres plus bas, au delà de forêts de cèdres et de pins Douglas, la rivière serpente, tortueuse et ralentie par des troncs abattus et d'anciens barrages de castors. C'est un des points les plus intéressants de tout le parcours : le train, s'élevant lentement vers les sommets, traverse, sur des ponts de fer, des précipices effrayants oii de petits torrents se jettent impétueusement dans l'abîme. Les avalanches constituent un grave danger sur ces corniches longeant le flanc de la montagne. Très rapprochés les uns des autres, des tunnels-abris, longs parfois de cinq cents mètres, protègent la voie. En approchant du col Roger, la vitesse

tombe à cinq kilomètres à l'heure; au point culminant (l 400 mètres), on }x;ut, si l'on a l'intention de s'arrêter à l'hôtel du Glacier, descendre du train et faire la route à pied en suivant la voie. Il se trouve à cinq kilomètres plus bas, et l'on peut contempler à loisir, en marchant, les Monts Tupper, Macdonald (3 200 mètres) et Avalanche, les Monts Grizzly et Chéops, tout en aspirant l'air vif qui descend de leurs sommets glacés. L'hôtel du Glacier, dans la vallée, est très fréquenté par les ascensionnistes ; un groupe de guides suisses y séjourne tout l'été à leur intention.

Les tunnels de protection sont fort nombreux dans cette région. Lorsque les avalanches se précipitent avec un grondement de tonnerre dans la vallée, elles ébranlent l'hôtel et secouent ses pensionnaires. Des piquets, plantés dans la montagne aux endroits où elles se produisent le plus fréquemment, avertissent de leur approche les travailleurs de la voie. Le C. P. R. a adopté aussi, ce qui montre bien les difficultés qu'il a vaincues, un système spécial de voies de garage, placées de loin en loin sur les pentes rapides : si un train arrivait à rompre ses freins et à s'emballer, le mécanicien signalerait son approche à des gardes, qui veillent nuit et jour, et qui l'aiguilleraient sur la première voie de garage dont la pente montante le forcerait à s'arrêter.

A trois heures de là, en descendant la fameuse vallée de rillecilliwaet, où la voie forme des boucles extraordinaires, se trouve Revelstoke, centre minier de deux mille habitants, où nous retraversons la Columbia. Tout le pays renferme, dans ses vallées profondes, de petites villes de mines, mais le relief de la Colombie est si compliqué qu'il est impossible d'en donner une description. On peut dire, pour résumer sa conforma-

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