‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 118 sur 135 · CHAPITRE XTV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTV

tion, qu'elle contient une série de chaînes parallèles dont les ondulations se succèdent des prairies de l'Alberta jusqu'au Pacifique, et qui sont séparées par d'étroites bandes cultivées et habitées. C'est une mer de montagnes couverte de forêts, riche en minéraux, avec quelques poches de terre fertile, de bois et de prairies.

En sortant des Selkirks, la ligne pénètre dans la chaîne de l'Or, puis, après avoir traversé une vallée semée de lacs, elle arrive à la station de Sicamous d'où se détache l'embranchement de Vernon et de la célèbre vallée Okanagan, le district agricole le mieux connu, et peut-être le plus agréable de la province, et qu'on appelle souvent le jardin de la Colombie.

Cette ligne de Sicamous à Vernon traverse d'abord une région à demi sauvage et raboteuse, longeant les bords du lac étroit mais superbe de Mara, dont la rive occidentale est couverte de hautes montagnes boisées. La vitesse du train ne dépasse guère vingt kilomètres à l'heure et, à ce propos, il est bon de remarquer combien le voyageur aurait tort de s'impatienter de la lenteur des chemins de fer dans ces pays neufs. Tout finit, d'ailleurs, par s'améliorer.

Il y a des difficultés physiques et autres à surmonter dans ces contrées peu peuplées, qu'on ne rencontre pas ailleurs. Ce qui importe à la plupart des gens, c'est que leurs produits et leurs marchandises puissent être expédiés, et non de voyager à telle ou telle vitesse. Les trains sont peu nombreux, pour des raisons trop apparentes, et s'il y a des colis à embarquer pendant une heure à une station, les voyageurs s'y résignent et se consolent en se rappelant le temps oii l'on allait en voiture. De plus, la voie est souvent très dure pendant les premières années, et ne permet pas de faire de la

vitesse. En tout cas, le touriste ne doit pas se plaindre de la lenteur des trains, car elle lui ijermct de voir le pays comme s'il était en diligence ou en buggy.

A Enderby commence la vallée fertile. On voit partout des champs de blé ou d'avoine, de foin, de légumes, car les pluies sont suffisantes, et l'on n'a pas besoin de recourir à l'irrigation. Les fermes se succèdent sans interruption, et bientôt apparaît une petite ville de marchés, Armstrong. Le sol, d'argile noire, y était renommé autrefois pour ses récoltes de blé, qui égalaient les meilleures du Manitoba. Vernon, terminus de la ligne, se trouve près de l'extrémité du lac Okanagan que parcourent des vapeurs du C. P. R. jusqu'à Penticton, à cent dix kilomètres de là; c'est, avec la vallée Spallumchecne et les cantons voisins, le centre d'une région sans égale, dans la Colombie Britannique, au point de vue agricole et, en même temps, l'une des localités les plus agréablement situées de tout le Dominion. L'immigration, il est vrai, est loin d'y être aussi rapide, même dans les districts favorisés, que sur la prairie. En effet, les régions agricoles de cette province n'offrent pas au colon sans argent ou presque sans argent, les mêmes facilités que celle-ci.

La main-d'œuvre est bien payée, mais les grandes exploitations qui donnent de bons salaires exigent des hommes adroits, et ne se soucient pas d'embaucher des amateurs. Les petits fermiers n'engagent des ouvriers que d'une façon intermittente. Pourtant, il faut qu'une immigration régulière se répande dans l'Okanagan. Tout ce qui se cultive, en effet, depuis le tabac jusqu'à l'avoine, et depuis les pommes jusqu'aux abricots, et tout ce qui aime une terre grasse, prospère dans ce pays favorisé. Le profil du paysage est charmant : des collines doucement arrondies, tapissées d'her-

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