‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 12 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

douce vers le Saint-Charles qui, après avoir couru en maints détours à travers les prairies fertiles, arrive du nord-ouest pour se jeter dans le fleuve près de la ville basse. Les murs de la vieille cité, passant par-dessus la crête, vont de la citadelle jusqu'aux bas-fonds près du Saint-Charles : ils la gardaient ainsi de toute attaque venant de la terre. Deux des portes, celles de Saint-Louis et de Saint-jean, élargies et restaurées de manière à ne pas gêner la circulation, existent encore. Beaucoup de touristes, arrivant du château Frontenac et de la place d'Armes, montent à pied ou en voiture la longue pente de la rue Saint-Louis, se rendant aux fameuses plaines d'Abraham. En gravissant cette rue étroite et rapide qui conduit à la porte par laquelle revint Montcalm, mortellement blessé, on passe devant la petite maison où on l'étendit tout d'abord en attendant un chirurgien. Plus haut, on arrive dans la partie de la ville qu'animait jadis la garnison avant que les troupes anglaises eussent été retirées du Canada. Tout à fait au-dessus, s'élève le vaste bâtiment du cercle des officiers, qui est encore l'un des plus confortables et plus agréables du Canada, mais l'élément civil y domine maintenant. En été, il ne se passe pas de jour que des bandes de touristes, surtout des Américains, ne circulent sur l'esplanade de la citadelle, ou ne s'arrêtent devant les canons dont la gueule domine le fleuve de trois ou quatre cents pieds. Au milieu de l'esplanade, un petit canon, avec une inscription mentionnant qu'il fut pris à Bunker's Hill (i), semble vouloir provoquer les plaisanteries faciles des Yankees. Il peut arriver que l'on soit conduit dans cette

(1) Plateau situé au nord de Boston et maintenant compris dans la ville de Charlestown. Les Américains y livrèrent aux Anglais un combat victorieux le 17 juin lyyS. (N. du t.)

visite par un sergent français, revêtu de l'uniforme de l'artillerie royale, mais ne parlant que très peu l'anglais; en s'arrêtant à côté de lui, sur la batterie, pour contempler cette vaste vallée oti les deux peuples se livrèrent des combats si acharnés, on se prend à songer aux vicissitudes des choses humaines.

La rue Saint-Louis, en sortant de la porte du même nom, devient la route Saint-Louis ou la Grande Allé". Large, bordée d'arbres et d'agréables habitations, elle se dirige en droite ligne vers le fameux champ de bataille. Aussitôt après les anciens murs sur lesquels court parmi le gazon une promenade presque continue, s'élève le palais du Parlement de la province, belle masse de pierre grise dans le style de la Renaissance française, édifié il y a trente-cinq ans. Il y a à Québec une Chambre haute ou Conseil législatif, nommée à vie par le gouverneur, et une Chambre basse ou Chambre des députés qui est élue. Les deux langues sont employées dans les débats, mais, comme les sept huitièmes des députés sont français, leur langue prévaut naturellement. Ces deux Chambres, où l'on discute avec une grande volubilité les affaires locales sous l'égide des armes royales, seraient dignes l'une et l'autre, tant par leurs dimensions que par leur décoration, des plus hautes assemblées.

Le palais abrite également les bureaux du lieutenant-gouverneur; c'est, enfin, le siège des ministères : justice, instruction publique, agriculture. Une collection de portraits de notabilités du temps passé et d'aujourd'hui, qui ont contribué à diriger les destinées de la province de Québec, remplit un certain nombre de salles; les escaliers sont également ornés de panneaux représentant les armes des grandes familles francocanadiennes : ces emblèmes montrent qu'un certain

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