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CHAPITRE XV

Le Fraser. — Une ferme au bord du Fraser. — Dernière étape. — Vancouver. — New-Westminster. — Les fabriques de conserves de saumon. — Une ville qui se tient bien. — Les blanchisseurs chinois. — L'industrie du bois.

A l'embranchement de Sicamous se trouve un bon petit hôtel, réputé parmi la clientèle de la côte; il est au bord du lac Mara, dans un site superbe, c'est le rendez-vous favori des pêcheurs et des voyageurs, en été. Kamloops, à cent quinze kilomètres à l'ouest, est le centre le plus rapproché. Le train suit, avant d'y arriver," les bords d'un des bras du lac Shushwap, ainsi appelé du nom d'une tribu indienne qui y a sa réserve, pour monter sur de hautes collines boisées et redescendre ensuite dans la vallée du Thompson. On y retrouve toute une série d'établissements datant des mineurs de 1850 à 1860. Kamloops, petite ville de deux mille habitants environ, située au confluent des deux Thompson, est un centre d'élevages et de mines. Pendant une trentaine de kilomètres, la ligne longe le lac du même nom, puis le Thompson, qui se précipite dans de sombres canons où brillent ses eaux glacées et verdâtres, sur le fond rougeâtre ou jaune des rocs sur lesquels il bondit. Après une succession de vallées, de caiions et de précipices, le Fraser rencontre le Thomp-

son à Lytton; c'est, en somme, la dernière étape de ce long voyage.

Depuis quelque temps déjà, le paysage, bien que pittoresque et imposant, diffère de celui des Rocheuses et des Selkirks. Ce n'est plus le même écrasement, la même désolation ; on sent partout la présence ou le voisinage de la vie et du travail humains. Mais ce qui frappe surtout le voyageur, c'est qu'il a sous les yeux une rivière comme il n'en a jamais vu auparavant. Pendant quatre-vingts kilomètres environ, la voie ronge le bord d'un précipice au fond duquel le Fraser, dans son lit étroit et encaissé, coule verdâtre et impétueux, mais sans le moindre bruit. Il glisse, toujours silencieux et rapide, l'air perfide, polissant et fouettant les murs de rocs qui l'enserrent : il semble toujours se précipiter vers une cataracte prodigieuse. Pourtant, on ne voit pas de cataracte, bien que ses flots continuent à rouler sans bruit, avec la même vitesse. On pourrait en descendre le cours, mais non le remonter. Enfin, il devient plus fougueux; son lit forme des sinuosités, des coudes brusques où il se brise en écumant ; il coule avec impétuosité. Sur l'autre bord passe, à des hauteurs variées, accrochée au flanc de l'abîme, la vieille route, ouverte il y a cinquante ans pour les premiers mineurs. C'est dans cette région que fut découvert l'or en Colombie.

Tandis que nous approchons de Yale, la rivière s'élargit en ralentissant son cours. On aperçoit, sur les hauteurs, des villages indiens avec des tombes bizarres, tandis que les habitants, dans leurs barques étranges, ou postés sur la berge, javelot en main, guettent le saumon qui remonte le courant ; de place en place, des Chinois lavent des sables aurifères. Enfin, la rivière coule doucement, sous l'ombrage des grands arbres;

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