‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 122 sur 135 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nombre de daims, d'ours et de caribous; les rivières regorgent de saumons et de truites.

Le saumon est le produit auquel le nom de la Colombie Britannique est le plus souvent associé dans le -1 nde entier. Les histoires qui racontent comment les saumons s'écrasent dans les rivières ne sont nullement exagérées. Par le Fraser d'abord, puis par ses affluents, ils remontent loin dans l'intérieur des montagnes. Il nous est arrivé, voulant nous installer pour goûter en plein air au confluent du Fraser et du Stave, d'être obligés d'y renoncer, tellement leurs rives étaient couvertes de carcasses de saumons, et tellement leur odeur était insupportable. Les eaux, très basses, étaient remplies de saumons à demi morts, qu'elles ballottaient.

Il paraît qu'ils ne fraient qu'une seule fois, vers quatre ou cinq ans, et meurent aussitôt après; des bandes d'oiseaux voraces viennent déchirer des morceaux de chair sur les poissons encore vivants, et même les ours les traînent sur la rive avec leurs pattes. Le coup d'œil, en remontant le Fraser, est inoubliable, car on y découvre, dans toute sa splendeur, le Mont Baker, situé dans le territoire de Washington, de l'autre côté de la frontière. C'est le sommet le plus élevé de l'Amérique du Nord : il atteint plus de 3 500 mètres. Quand on le contemple, dominant la rivière, couvert de neige dès l'automne, il semble remplir le ciel. De l'île de Vancouver, à 130 kilomètres de là, il paraît encore énorme. Rentrant, le soir, par les bois obscurs, nous apercevions encore la grande masse blanche du Baker, toujours aussi nette qu'à midi, sur le fond violacé du ciel, bien que ti:)ut s'estompât déjà entre nous et lui.

En arrivant aux environs de Vancouver et de la côte, le pays est coupé par de petites fermes aux grasses

prairies, adossées à des collines boisées, derrière lesquelles se dressent parfois de plus hauts sommets; puis le Fraser se détourne vers New- Westminster et son delta. Nous traversons la rivière Pitt, large et profonde, qui vient de sortir du lac du même nom, et nous découvrons les célèbres prairies voisines, pâturages et terres à fourrages, couvertes de troupeaux de bœufs et de vaches laitières. La ligne suit les bords sinueux du chenal de Burrard, qui s'élargit ensuite, pour devenir le port de Vancouver. Le pays est très beau. Les monts, couverts de forêts, se dressent vers le ciel, tandis que les pentes boisées de leurs contreforts se reflètent dans les eaux étroites du fiord. On commence à voir des bateaux : des vapeurs chargés de bois ou remorquant des chalands; des barques de pêche montées par des Indiens ou des Japonais. Tandis que le train pénètre lentement dans Vancouver, on découvre la ville active qui s'étale sur les pentes, au bord de l'eau, les grands vaisseaux et les paquebots mouillés dans cette rade magnifique, un des plus beaux ports du monde, et l'on songe qu'il y a vingt-cinq ans, il n'y avait là qu'une solitude boisée. Son développement vient de ce qu'on y a placé le terminus du C. P. R., achevé en 1887.

L'histoire de la Colombie Britannique, quoique brève, est assez suggestive. C'était un terrain de chasse de la Compagnie de la baie d'Hudson, habité par des Indiens assez redoutables, lorsque, en 1849, la grande ruée de l'or en Californie vint troubler jusqu'à ces côtes septentrionales. La Compagnie de l'Hudson acquit le privilège de gouverner et de coloniser l'île de Vancouver, tâche dans laquelle elle échoua. L'île devint alors colonie de la couronne et commença à

Page 1