‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 123 sur 135 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

attirer quelques émigrants anglais, bien qu'elle fût à cinq mois de l'Angleterre.

Quelques années plus tard, on découvrit de l'or dans l'île et sur le continent. Comme la côte américaine débordait de mineurs, beaucoup se précipitèrent en Colombie. Il en arriva, en un seul jour, deux mille à Victoria, et, dans l'été de 1858, il y eut jusqu'à trentetrois mille mineurs fouillant les canons aurifères du Fraser, que nous venons de parcourir en descendant sur la côte. Le gouverneur de la province institua à Hope, sur le Fraser, une sorte d'embryon de gouvernement se rattachant à la couronne. Deux ans plus tard, New- Westminster était fondé, à dix-neuf kilomètres au sud de Vancouver, sur le delta du Fraser, et aussitôt choisi comme capitale de la province continentale qui formait, dès lors, une colonie indépendante. En 1866, elle fut réunie à l'île sous un même gouvernement, Victoria devenant la capitale. En 1871, la Colombie Britannique entra dans la Confédération canadienne.

Jusqu'alors, circonstance qu'il ne faut pas oublier, elle n'avait rien eu de commun avec le Canada, ni même avec les Canadiens. Elle n'avait de rapport avec la métropole que par mer ou par les Etats-Unis. Le noyau primitif de sa population est formé d'anciens employés de la Compagnie de la baie d'Hudson et de leurs descendants, et surtout de descendants des chercheurs d'or anglais, du milieu du siècle dernier, qui se sont fixés dans le pays. On les rencontre surtout dans l'île, à Victoria et aux alentours, et à New-Westminster. Ils ont le teint frais comme les Anglais, à cause du climat, qui est à peu près le même que dans la mèrepatrie. Leur accent est également différent de celui des Canadiens.

Vancouver est pourtant une ville bien canadienne ; c'est déjà un centre, surtout parce qu'elle est le terminus du C. P. R. Apres le percement de Panama, elle deviendra le principal port de la côte occidentale de l'Amérique du Nord, car son accès est plus facile que celui de San Francisco, par exemple, qui est souvent gêné par des brouillards, et l'île de Vancouver forme une haute muraille, qui préserve la ville des tempêtes.

La ville est située sur une longue et étroite presqu'île en dos d'âne, entre le havre de Burrard qui forme le port et la baie Anglaise, bras plus court qui s'en détache : en vingt ans, sa population a atteint plus de 35000 habitants; c'est une belle cité, bien bâtie. Les quartiers d'affaires sont construits généralement en pierre grise, et s'étagent le long de la pente qui domine le port. Les rues sont, naturellement, éclairées à l'électricité et desservies par des trams électriques ; presque toutes les maisons ont le téléphone. Le quartier d'habitation au milieu de la presqu'île est rempli d'agréables villas, entourées de pelouses épaisses et revêtues de lierre et de plantes grimpantes.

Dans la même région se trouve le parc Stanley, un des plus beaux qui existent, planté d'énormes cèdres et de gigantesques pins Douglas : il est, en grande partie, dans l'état sauvage des forêts de la Colombie et tapissé de luxuriantes fougères. Des grèves rocheuses qui bordent ce parc entouré par la mer, au bout des échappées que forment ses nombreuses allées, on aperçoit toujours les eaux scintillantes du Pacifique, qui pénètrent ainsi dans les terres. On voit passer de grands paquebots, dont les vergues semblent frôler les hautes branches des arbres, filant le long de l'étroit chenal vers la Chine, l'Australie ou le Japon. Sur le rivage opposé s'élève une masse montagneuse qui

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semble sortir de l'eau, et dont la cime commence à se couvrir de neige vers la fin de l'automne.

Le plateau incliné qui porte la \illc lui permet d'être toujours très sèche. Quelle que soit l'abondance des pluies, la nature du terrain et la pente des rues permettent à celles-ci de sécher en un clin dVril. C'est une situation unique en son genre, car, de toutes parts, des forêts touffues l'enserrent encore; dans les terrains vagues, on aperçoit d'énormes arbres, ainsi que sur ses grandes allées. La population est composée, en majeure partie, de gens du Canada Oriental ou d'origine anglaise, appartenant généralement aux meilleures classes de la société. Dans une certaine mesure, Vancouver est une ville cosmopolite; elle possède un excellent club, un hôtel du C. P. R. renommé, un opéra où jouent presque constamment des troupes de passage.

Le port est très actif : on y voit partir les vaisseaux pour la Chine et le Japon, Honolulu et l'Australie; un service régulier le relie à l'Alaska. Pourtant ce port ne comporte ni quais ni bassins : les grands paquebots viennent se ranger au bord des maisons et des jardins. Assis à la fenêtre de votre club, vous avez devant vous, de l'autre côté d'une pelouse de tennis d'aspect et d'un vert absolument anglais, les mâts et la coque d'un paquebot australien, qui semblent toucher la clôture du jardin, tandis que les sommets neigeux du Mont Cascade dominent les eaux bleues de la baie.

Toutefois, les alentours de cette ville si vivante ne sont que forêts en friche ; sauf deux routes qui traversent les bois, aucune voie ne se dirige vers l'intérieur : on a, par suite, un peu l'impression d'être emmuré. Au sud de Vancouver s'étend une région de forets ondulées jusqu'au Fraser et à New-Westmins-

ter; l'ancienne capitale de la province est encore le centre de l'industrie des conserves de saumons; sa population dépasse / ooo habitants. Sa principale rue longe la rivière, qu'elle domine en terrasse; on a, de là, un coup d'oeil très pittoresque sur le Fraser dans toutes les directions, jusqu'aux hauteurs couvertes de forêts qui ferment l'horizon. De petits vapeurs le remontent, chargés de passagers et de produits des fermes; d'autres traversent le détroit vers l'île de Vancouver.

La rivière, juste au-dessous, se divise en deux bras enserrant une île fertile. New-Westminster possède plusieurs grandes scieries et une douzaine de fabriques de conserves. Ces fabriques appartiennent, en grande partie, à des compagnies anglaises et marchent avec des capitaux anglais. Il y en a environ soixante-dix dans la province, et environ cinquante sur le Fraser : elles produisent ensemble près d'un million et demi de boîtes. Elles ne travaillent que quelques semaines par an, au moment du passage du poisson, à la fin de l'été et au début de l'automne. La visite d'une de ces fabriques n'est pas à recommander aux touristes qui ont un faible pour le roi des poissons. A voir manipuler à la tonne une friandise favorite, et cela par la chaleur, il y a de quoi troubler un estomac un peu fragile.

Par contre, les plus délicats peuvent visiter sans crainte les magasins frigorifiques : ce n'est pas la même chose, en effet, de voir vider et couper des saumons par milliers, ou de les voir porter, lorsqu'ils viennent d'être pris, du bateau dans les chambres frigorifiques, où ils se changent en blocs de glace. Il v a sept variétés de saumon de qualités différentes, en Colombie Britannique : le meilleur est le saumon de

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