‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 124 sur 135 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

printemps, mais il est trop peu abondant; toutefois, le saumon de Colombie est toujours inférieur à celui d^ l'Atlantique.

A certains moments, on se contente de le faire geler; à d'autres, on le recouvre d'une couche de glace; on en expédie aussi simplement emballés dans de la glace. C'est un spectacle curieux de les voir manier, dans les magasins où règne un froid intense, empilés comme des bûches ou glissant sur les dalles. On les envoie, dans des wagons frigorifiques, vers les grandes villes de l'est, Montréal, Chicago, New-York; on en expédie en Angleterre et même en Australie. Les Chinois et les Japonais consomment les espèces de qualité inférieure. Une importante flotte de pêche, montée par des marins de races div^erses. Japonais, Chinois, Indiens et blancs, alimente l'industrie du poisson, qui comprend aussi la pêche de l'esturgeon, de la plie, etc.

Vancouver n'est pas une ville « dans le mouvement » comme ses voisines américaines, Seattle et Tacoma, au sens oii on l'entend dans cette région, c'est-à-dire une ville oii les distractions les plus bruyantes et les plus grossières, le jeu, etc., sont tolérées, non seulement pendant la semaine, mais même le dimanche; certaines gens, qu'intéresse son progrès matériel, mais peu soucieux de son bon renom, regrettent vivement cette réserve. Ces gens pratiques prétendent que ce genre de villes où l'on s'amuse attire beaucoup plus les mineurs et les travailleurs qui arrivent, les poches garnies, de l'intérieur du pays et du Yukon : ils évitent une ville où règne la pruderie britannique, pour aller dépenser leur argent, sans compter, dans ces gaies cités américaines. En réalité, la jeunesse dorée du pays peut gaspiller son argent à des jeux de hasard, dans des bouges de dernier ordre, aussi facilement à Vancouver qu'ail-

leurs, mais la ville ne s'abaisse pas à en tirer un revenu. Les cowboys et les mineurs ont l'habitude de ne considérer leur salaire que comme un moyen de faire, pendant quelques jours, une fête stupide : très âpres et retors en affaires, parlant sans cesse de la valeur des dollars, on se demande à quoi leur sert cette expérience si vantée, s'il= viennent enrichir d'une façon si enfantine débitants et tenanciers. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que tout le monde, même avec du goût pour le cheval, ne devient pas un bon cowboy; ceux que leur force physique et leur santé rendent aptes à ce dur métier, mettent du temps à atteindre l'entraînement parfait ; avec leur insouciance et leur folie de dépense, on ne saurait nier qu'il n'y a pas d'hommes plus durs au travail : pendant des mois, ils restent constamment en selle, et par tous les temps, ne prenant souvent que du thé pour tout breuvage. Ils sont très Êers de leur adresse, car ils se rendent compte qu'on n'y parvient qu'à force de courage, de résistance, et avec une longue expérience. Pourtant, ils ne jouissent pas de cette gloire spéciale qui entoure les cowboys américains, héros des romans populaires, car il ne saurait être question de revolvers ; un meurtre est un cas de pendaison au Canada et, à peine avisé du crime, un piquet de police montée ne tarderait pas à survenir, qui poursuivrait l'assassin jusqu'en Montana s'il le fallait.

L'activité commerciale de Vancouver est considérable; en outre, beaucoup de voyageurs, venant d'Extrême-Orient ou s'y dirigeant, s'arrêtent quelques jours à ce terminus du C. P. R. Les banques privilégiées, les agents de change, d'assurance, de propriétés immobilières, les représentants des maisons de l'Est peuplent ses rues. Plusieurs usines de conserves et fonderies s'y

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