‹ Le Canada, empire des bois et des blésChapitre 128 sur 135 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tagnes au milieu desquelles nous avons suivi le cours du Fraser. Sur la presqu'île où la ville est construite, on découvre le promontoire de verdure du parc Stanley. Le long du rivage voguent des bateaux bizarres, à deux mâts, où rament des Indiens, couverts de châles aux couleurs criardes. Ce sont surtout des Siwash, au teint piesque rose, très actifs et excellents pêcheurs.

Aussitôt après la sortie du port, d'un côté, les rivages escarpés s'éloignent vers le nord ; de l'autre, au contraire, une côte plate s'abaisse vers le delta du Fraser. On dépasse, à droite, l'entrée très large du How Sound, qui s'enfonce dans les montagnes comme un fjord; à gauche, on aperçoit des bas-fonds très étendus sur lesquels, en été et au début de l'automne, sont disséminées des flottilles de pêche. Au-dessus de l'estuaire du Fraser s'élève la chaîne majestueuse des Monts Olympiens, avec sa longue rangée de pics neigeux, tandis qu'en avant de nous, vers l'ouest, les plateaux indécis de Vancouver barrent l'horizon, comme une digue qui retient les flots du Pacifique.

Les abords de l'île de Vancouver sont assez difficiles dans la direction de Victoria, qui est située à son extrémité sud. Le chenal que suit le bateau, parmi les îles qui la frangent, est si resserré que, par moments, on pourrait lancer une pierre sur la rive. La plupart sont couvertes de bois ; même, sur un certain nombre d'entre elles se détachent des prairies et des clairières défrichées par les colons; ceux-ci sont assez nombreux, et l'on voit leurs demeures abritées au bord du rivage. Ce ne sont pas des habitations primitives de simples squatters, mais de gens d'une certaine culture qui demandent à l'élevage des moutons et à la récolte des fruits, les ressources nécessaires pour vivre tranquillement, avec un petit revenu, loin de l'agitation

des villes. Pour l'élevage, l'absence de bêtes de proie, encore nombreuses sur la terre ferme, est très appréciable; en outre, le climat est aussi bienfaisant qu'agréable.

Certaines îles atteignent des altitudes considérables, d'autres sont plus plates; un quart environ de la surface de ces dernières est fertile. En tout cas, elles sont très jolies à l'œil, et elles ont l'avantage, comme l'île de Vancouver, d'être à l'abri du fléau des moustiques et des terribles petites mouches noires qui, partout au Canada, depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu'en Colombie, sont, à certains moments, une vraie peste dans les bois et sur la prairie.

Après une heure de route autour de la côte, le bateau sort de l'archipel par le détroit de Haro, et entre dans la rade abritée de Victoria, située à l'extrême pointe méridionale de l'île. Celle-ci, parallèle à la côte, a environ 450 kilomètres de long, sur une largeur moyenne de 20 lieues; la partie sud, assez plate, est défrichée et cultivée; des routes s'étendent jusqu'à une trentaine de kilomètres dans l'intérieur. Sur la côte est s'allonge une bande, en partie colonisée, jusqu'à Nanaimo, en face Vancouver; c'est un pK)rt et un centre minier important. Le reste de l'île, c'està-dire sa majeure partie, est sauvage, montagneux, couvert de forêts et, dans certaines régions, inexploré. Son sol renferme de grandes richesses minérales.

Victoria, dont la population a passé, ces derniers temps, de 10 000 à 30 000 habitants, a un caractère à part entre les villes anglaises de l'Amérique du Nord. Sa population descend des employés de la Compagnie de la baie d'Hudson et des chercheurs d'or du milieu du siècle dernier. L'essor inattendu et surprenant de Vancouver lui a causé beaucoup de tort, mais les

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