CHAPITRE XVI
de campagne pittoresquemcnt perchées sur le flaiic des collines ou des plateaux. Des champs couverts de chaume, ou des prés sur lesquels sont disséminés des chevaux ou du bétail, s'étendent agréablement d'une ferme à l'autre. Le paysage, ondulé, est semé de potagers et de vergers. Parmi les bois de pins épars, des érables et des saules réchauffent cette verdure sombre des dernières lueurs de leur parure d'automne.
Le décor rappelle tout à fait celui de certains comtés anglais, le Hampshire ou le nord du Devon ; mais cette vision s'efface bien vite, si l'on se tourne vers la mer et qu'on lève les yeux au-dessus du détroit, car on découvre une longue rangée de pics étincelants de neige se découpant sur le ciel. De tous les panoramas grandioses qu'offre l'Amérique du Nord, il n'y a que les Roclieuses, vues de la prairie, que l'on puisse comparer au merveilleux spectacle des Monts Olympiens surgissant ainsi de la mer. Bien que la largeur du défroit de Juan de Fuca dépasse un peu, en cet endroit, celle du Pas de Calais, la transparence parfaite de l'atmosphère ne le fait pas paraître plus large qu'un simple bras de mer. Mais ce n'est rien encore, car, en se tournant vers la gauche, on revoit encore la masse écrasante du Mont Baker, aussi imposant que lorsque nous le contemplions, à la moitié de cette distance, sur le Fraser. Il serait curieux de savoir jusqu'à quel point il faut naviguer vers l'ouest, pour voir disparaître à l'horizon cette cime extraordinaire.
A Esquimault, relié à la ville par un service de trams électriques, s'ouvre une rade profonde, très abritée et excessivement pittoresque, point d'attache de l'escadre anglaise du Pacifique. Il y a là aussi une cale sèche, un arsenal maritime et des casernes où loge la garnison anglaise.
Les grandes banques canadiennes ont des agenœs à Victoria, ainsi que les grandes maisons de commerce de l'Est. Les magasins sont fort bien montés, mais tous les articles sont naturellement plus chers; même la nourriture, particulièrement la volaille, les œufs, le beurre, est beaucoup plus chère qu'à Toronto. D'ailleurs, il n'y a pas, dans la Colombie anglaise, de pièce de monnaie inférieure à cinq cents (25 centimes).
Les rues, pleines d'animation, sont larges : on y voit beaucoup de matelots, de soldats, de marins de toutes les nations, des Chinois, des Japonais, des Indiens, sans parler des Anglais et des Canadiens. Il y circule donc une foule tout à fait cosmopolite. Le quartier chinois, avec ses rues et ses habitants kux allures mystérieuses, est curieux à visiter, mais ce n'est qu'un morceau de ville chinoise transplanté en Colombie ; mieux vaut parcourir les fraîches campagnes de l'île.
Celle-ci est assez accidentée, couverte de forêts, surtout de résineux, mais moins difhcile à défricher que la Colombie continentale. Beaucoup de vallées, plantées de saules et d'aulnes, ou encore les forêts de chênes sont très faciles à coloniser, et la terre y est d'excellente qualité. Des quantités de lacs et de rivières regorgent de truites, et le saumon abonde là où reflue l'eau salée.
La région la plus connue et la plus appréciée est le district de Cowichan, avec Duncans pour chef-lieu, à mi-chemm de Nanaïmo. La plupart des propriétaires de fermes sont des Anglais, et beaucoup d'entre eux sont d'anciens ofhciers de terre ou de la marine : on peut les définir sous le nom général de cadets de famille. Comme presque tous ont des revenus ou une pension, ce qui représente une aisance relative, en