CHAPITRE XVI
raison de la simplicité de la vie qu'ils mènent, le produit des fermages est plutôt, pour eux, un appoint qu'un moyen d'existence; Vancouver est, du reste, de tout le Dominion, l'endroit le mieux approprié pour ce genre de vie, encore qu'il y ait, dans cette région, des exploitations fermières sérieuses et exclusivement de rapport. Le district de Cowichan possède une fromagerie qu'alimentent plus de cinquante fermes avec cinq cents vaches, une coopérative agricole et une association pour la garde des moutons. Le blé et l'avoine sont assez répandus et donnent de bonnes récoltes. Le trèfle et le foin réussissent bien et arrivent à point avant le début de la saison sèche. Enfin, les fruits sont cultivés avec le même succès que sur la côte du continent.
Pour se donner une idée de ce pays agréable, on peut faire une jolie excursion dans la presqu'île Saanich : on traverse de charmants paysages au bord de l'eau. Les routes sont excellentes, et un petit chemin de fer, dont les locomotives brûlent encore du bois, vous descend à Sydney, localité sur la côte Est, dotée d'un hôtel, d'où part un bateau à vapeur qui fait le service des îles voisines.
A une trentaine de kilomètres plus au nord, sur la ligne de Nanaïmo, se trouve cette région de Cowichan, pays favori des gentlemen émigrants, qui semblent constituer le principal élément des fermiers que l'Angleterre envoie à Vancouver. La plupart ont des ressources indépendantes des revenus de leurs fermes, qui sont généralement petites et confortablement installées. Un Anglais, chasseur en même temps qu'écrivain de talent, qui habite depuis longtemps l'île, estime que l'on peut vivre ici beaucoup mieux, se donner plus de plaisir et plus d'agrément à la chasse, avec
5 ooo francs par an qu'en Europe avec 25 000, et nous sommes parfaitement de son avis.
^vlalgré son éloignement, Vancouver offre plus d'attrait pour ce genre d'émigrants que n'importe quelle autre région du Canada, si ce n'est peut-être le district d'Okanagan. Le climat ne subit pas d'extrêmes. Le paysage est superbe; le pays très sain; il n'y a pas de moustiques ; le sol y est bon et la vie facile. La pêche, le canotage, la chasse, ne laissent rien à désirer ; à peu de distance, dans de vastes espaces déserts, on peut tirer le gros gibier. Enfin, un chemin de fer commode permet de se rendre, en deux heures, à Victoria qui, nous l'avons vu, est Tune des villes les plus agréables du Canada.
Nanaïmo, le term.inus septentrional du chemin de fer, est le grand entrepôt des mines de charbon voisines : c'est maintenant un port de 6 000 habitants.
Les chaînes de montagnes de l'ile, qui s'élèvent en moyenne à six ou neuf cents mètres, atteignent parfois dix-huit cents à deux mille; elles sont semblables à celles de la Colombie proprement dite et enserrent, dans leurs vallées, de longs lacs et des rivières rapides. Le détroit qui sépare l'île du continent va en se rétrécissant vers le nord ; il est semé, dans cette partie, d'un SI grand nombre d'îles que c'est un vrai dédale; mais de grands vapeurs peuvent circuler sans danger parmi cet archipel, jusqu'aux côtes de l'Alaska. L'avenir de l'île de Vancouver, au point de vue minier, est certainement très grand. Le charbon de Nanaïmo approvisionne l'escadre anglaise du Pacifique. Malheureusement, les capitalistes étrangers intéressés au développement de la colonie envoient toujours, pour les représenter, des gens inexpérimentés, non seulement en ce qui concerne le pays lui-même mais souvent en